Le Maroc en bateau, Sète-Tanger

Une fois choisie la destination d’un voyage, l’étape suivante consiste généralement à acheter un billet d’avion pour arriver à bon port. Cette fois-ci, après avoir comme toujours pas mal gambergé entre plusieurs options, mon choix se fixe sur le Maroc. Le Maroc j’y avais songé plus d’une fois depuis plusieurs années. Qui plus est, c’est assez proche donc raison de plus pour y aller. Et bien en fait justement, plusieurs années durant, d’autres destinations plus lointaines ont eu mes faveurs car qui disait plus lointaines disait quelque part plus exotiques. C’est idiot mais c’est ainsi ! Mais cette fois-ci, c’est décidé, je m’envole pour le Maroc. Je m’envole, je m’envole … et bien non justement. En me répétant cette phrase dans ma tête, une idée jaillit. Non non non, je n’irai pas en avion mais en bateau.

Depuis que je voyage, l’avion m’a toujours semblé être un moyen de transport étrange, non naturel. Évidemment, comme tout le monde je pense, j’ai été fasciné la première fois que j’ai pris l’avion. Mais très rapidement, cette trop grande facilité et trop grande rapidité d’avaler des kilomètres m’a donné l’impression de tricher. Le voyage ne commence qu’une fois arrivé à destination. Le vol en avion n’en fait pas partie. Ce n’est pas un voyage mais pour ainsi dire une téléportation. La notion de distance est complètement abolie. Et si ce n’est le décalage horaire, rien ne nous permet d’appréhender tout cet espace, ces milliers de kilomètres qui nous séparent de notre chez nous. Bref ça ne me plaît pas trop. C’est d’ailleurs une des raisons qui m’avait poussé durant mon année sabbatique à ne pas opter pour un billet d’avion « tour du monde » mais à tracer mon propre itinéraire par voie terrestre à travers l’Europe, le Moyen-Orient puis l’Asie.

Évidemment, partir en Inde pour un séjour d’un mois autrement qu’en avion n’est pas vraiment possible. En revanche, pour le Maroc, ça l’est tout à fait. La première option consistait à descendre en car jusque Algésiras, au sud de l’Espagne, puis à traverser le détroit de Gibraltar. Mais ça ne enthousiasmait guère. Non, le Maroc est de l’autre côté de la Méditerranée donc pour y aller, il me faut la traverser, mais si je puis dire, pour de vrai, pas juste les quelques kilomètres de ce minuscule détroit. La seconde option, c’est de prendre le bateau à Sète jusque Tanger. Évidemment, c’est un peu plus long qu’en avion, la traversée Sète-Tanger dure 36 heures. Mais je pars pour un mois donc je peux me permettre cette petite extravagance.

Le Fantastic à quai à Sète

Le Fantastic à quai à Sète

À peine sorti du boulot le vendredi soir, j’embarque donc à bord du train de nuit Paris-Narbonne pour arriver à Sète au petit matin. Nous sommes fin avril, le printemps donc, mais il fait froid, il pleut et pour agrémenter le tout, ça souffle dur ! C’est ainsi cette année, l’hiver semble ne jamais vouloir en finir. Je passe donc la matinée assis au fond d’un troquet, mes pensées déjà à moitié à Tanger. J’aime ce nom, Tanger, je ne sais trop pourquoi. La Beat Generation peut-être, mais je m’égare. Le temps finit par se dégager, je me dirige donc vers le port et le Fantastic est là à quai, il m’attend. Ses moteurs ronronnent déjà et de la fumée sort de ses cheminées.

À bord du Fantastic

À bord du Fantastic

21 h, la nuit tombe sur Sète. Alors que le vent se lève à nouveau, deux remorqueurs s’amarrent aux flancs du Fantastic. Tout semble prêt pour le départ puis plus rien. Un véhicule de secours finit par arriver au port. Il semblerait donc qu’un passager ait décidé, un peu à l’insu de son plein gré, de reporter cette traversée à une autre fois. 22 h, nous levons l’ancre. Petite déception, le Fantastic ne fait pas retentir sa sirène. Le remorqueur nous tracte jusqu’à la sortie du port, à la dernière digue. La nuit est maintenant tombée, ne reste plus que les lumières de Sète et de quelques bateaux qui clignotent au large.

À bord, comme on pouvait s’y attendre, une majorité de Franco-Marocains. Forcément, eux ont emprunté le ferry car ils ont un véhicule. Nous ne sommes qu’une petite vingtaine à avoir embarqué sans véhicule. Contrairement à ce que j’avais pu lire sur quelques forums, le bateau est on ne peut plus confortable. Mais il y a toujours des esprits chagrins, que voulez-vous. Je retiens un rire compulsif quand j’entends un motard aux apparences de gros dur expliquer au téléphone à sa femme que c’est une vraie galère. Pensez donc, il ne partage pas une cabine avec ses potes mais c’est retrouvé avec 3 Marocains. Le truc impensable quoi  ! Pour ma part, la même galère, je partage ma cabine avec 3 retraités Marocains absolument adorables ;-).

 

À bord du Fantastic

À bord du Fantastic

À bord du Fantastic

À bord du Fantastic

Mais que peut-on bien faire durant les 36 heures de ce Sète-Tanger. Et bien pas grand chose en fait. Entre les repas, petites balades sur les différents ponts. Une petite sieste et des balades régulières sur les coursives externes pour respirer l’air de la mer. Le ciel est bas, la mer n’est pas des plus calme mais il en faut plus pour perturber le Fantastic. Il faut dire qu’il en impose tout de même un peu avec ses 9 ponts. Il fend les eaux à 20 nœuds, laissant dans son sillage une traînée d’écume blanche. Nous croisons de temps à autre des porte-conteneurs de taille assez modeste. Comme dans l’avion, un écran affiche une carte de la Méditerranée avec la progression du bateau. Sauf que là, la trace avance juste un petit peu moins vite.

Coucher de soleil sur un Bateau de croisière

Coucher de soleil sur un Bateau de croisière

Après une deuxième nuit à bord, au petit matin le bateau tangue un peu. Dehors, grand soleil mais le dieu Aeolus a décidé de souffler très très fort aujourd’hui. Les côtes espagnoles sont en vue puis enfin les côtes marocaines, nous croisons dans le détroit de Gibraltar qui à l’échelle des continents ressemble à un mince filet d’eau.

Pont supérieur du Fantastic

Pont supérieur du Fantastic

Peu de temps après avoir débarqué à Tanger, le ciel se fait noir. L’orage guette et là aussi il fait froid ! Pour un peu, on en viendrait à se demander si le capitaine n’aurait pas un peu abusé de la bouteille et aurait accosté en Écosse ! Mais je n’en ai cure, je suis à Tanger, je suis allé au Maroc. J’y suis allé pour de vrai, sans tricher. Avant-hier, j’étais à Sète, aujourd’hui je suis à Tanger. Et mon empreinte carbone est beaucoup plus légère que si j’avais pris l’avion, ce qui n’est pas non plus pour me déplaire.

Remorqueur à l'abordage àTanger Med

Remorqueur à l’abordage àTanger Med

Détails pratiques

  • La traversée Sète-Tanger dure environ 36 heures. Il y a 2 traversées par semaine. Les prix varient pas mal au gré des saisons. En avril, une couchette dans une cabine de 4 personnes avec hublot m’a coûté 90€. C’est un peu moins cher sans hublot et il est également possible de réserver juste un siège.
  • Il y a à bord une cafétéria qui sert des plats à 6/8 € et 3/4 € pour les entrées et desserts.  Ça n’est évidemment pas un resto 3 étoiles mais c’est tout à fait correct.
  • Les formalités de douane (passeport et véhicule si vous en avez un) se font à bord du bateau auprès des douaniers marocains.
  • En plus de Sète-Tanger, il existe également une ligne Barcelone-Tanger mais les prix sont assez comparables donc à moins de vouloir visiter Barcelone par la même occasion, ça n’est pas forcément très intéressant. Il y a également des bateaux moins fréquents qui font la traversée Sète-Nador.
  • Les bateaux n’accostent pas au port de Tanger mais au nouveau port de Tanger Med qui se trouve à 50 km à l’est de Tanger. Il y a sur place un terminal de débarquement dans lequel il est sans doute possible de terminer la nuit en cas d’arrivée à une heure indue.
  • Bureau de change et DAB sont disponibles au terminal de Tanger Med.
  • Des bus font régulièrement la navette entre Tanger Med et la gare routière de Tanger durant la journée et jusqu’à 22 h pour 25 Dh.

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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