La face cachée de la place Jemaa el-Fna

Marrakech, tout le monde en parle, à croire même quelquefois que tout le monde y est allé. Du coup, ne jamais y être allé pour quelqu’un qui a déjà pas mal voyagé, c’est à coup sûr faire preuve d’une certaine excentricité. Et bien soit, excentrique je suis. De prime abord, je dois avouer que Marrakech m’a plutôt déçu. Au centre de la médina, la place Jemaa el-Fna dont tout le monde parle tant n’est pas un lieu désagréable, mais je n’y vois rien non plus d’extraordinaire à mes yeux. Les reptiles des charmeurs de serpents semblent plus morts que vifs et les souks alentour ne vendent que des souvenirs pour touristes. Pourquoi tout le monde parle-t-il de la place Jemaa el-Fna sur un ton dithyrambique ? Serais-je blasé ? Je peine à la le croire car le Maroc m’a plutôt jusque là enchanté. Mais alors il est où le truc ?

La place Jemaa el-Fna durant la journée

La place Jemaa el-Fna durant la journée

Même les rabatteurs me déçoivent. Où sont donc ces personnages ayant acquis la triste réputation d’être insupportable à continuellement harceler le voyageur en quête de tranquillité, au point d’en dégoûter plus d’un de ne jamais remettre les pieds à Marrakech ? Rien de tel en fait. Quelques mots en arabe, un sourire, un refus poli ou une petite blague glissée en passant s’ils se font plus pressants et le tour est joué. Le sens de l’humour marocain est comme toujours au rendez-vous. Dire que cette réputation avait même à plusieurs reprises émoussé mon envie de visiter le Maroc. Quelle erreur, il ne faut décidément jamais écouter les esprits grognons !

On croise bien à Jemaa el-Fna quelques vendeurs d’eau en tenue traditionnelle, mais ça a tout de même de sérieuses allures de folklore spécial touriste. Alors quel est donc ce mystère ? C’est un coup monté ou quoi ? Au fond, c’est peut-être moi l’esprit grognon en fait :-(. Non décidément, je n’y comprends rien.

Vendeurs d'eau en tenue traditionnelle

Vendeurs d’eau en tenue traditionnelle

Pour résoudre l’énigme, il faut en fait attendre, attendre que le soleil qui vous toise décline puis se couche. Attendre que la terre ait fait sa demi-rotation pour nous cacher du soleil. Et c’est alors, et alors seulement, que la place Jemaa el-Fna en fait de même. Elle nous dévoile sa face cachée. Des dizaines d’étales ont alors fait leur apparition. Chacune porte un nom et un numéro, Aïcha 1, Hassan 53, Mbarek 114, Ahmed 6 ou encore Hicham 97 (vous pouvez aller vérifier sur place les noms et les numéros, c’est la preuve de l’authenticité de cet article ;-)).

À chaque stand son numéro

À chaque stand son numéro

Au centre de chaque stand se trouve le cuisinier, en maître de cérémonie. Il trône majestueusement tel un chef d’orchestre et laisse échapper des volutes de fumée dans un peu toutes les directions lors de ses envolées lyriques. Tout autour de lui sont étalées les victuailles, prêtes à se faire griller en deux temps trois mouvements. Et enfin, les tables et les bancs où s’installent les convives de ce festin en plein air. Au menu, bien évidemment, essentiellement du couscous ou des tajines. Certaines étales vendent également des escargots, moi qui pensait en bon français qu’on ne trouvait ça pour ainsi dire qu’en France.

Hassan, le pro de l'escargot

Hassan, le pro de l’escargot

Mais le tableau serait incomplet si on oubliait les serveurs, tous vêtus d’une blouse blanche. Leur carte à la main, jonglant entre le français, l’arabe, l’anglais, l’allemand, l’espagnol et une bonne dose de leur humour inégalable, ils n’ont pas la pareille pour recruter de nouvelles convives que s’empressera de servir le chef d’orchestre de cette symphonie humaine. Vous êtes ici au royaume de la tchatche et à ce jeu-là, vous avez perdu d’avance tant les Marocains sont les rois de la gaudriole.

Vous prendrez bien de l'harira

Vous prendrez bien de l’harira

Il faut dire qu’ils ont ici tout au plus dix secondes pour convaincre le chaland. Après, c’est trop tard, il est au stand suivant. Et si un groupe vient à hésiter entre deux tablées, ça se transforme en véritable concours d’improvisation. Et tout ça au milieu du brouhaha des tambours et des ghaïtas1.

Après un bon dîner, me voici rassuré. Non, le mythe de Marrakech et de la place Jemaa el-Fna n’était pas complètement usurpé. J’y retournerai tous les soirs !

Évidemment, durant ce séjour au Maroc, je ne me suis pas contenté de rester à Marrakech.

Les préparatifs

Les préparatifs

Les préparatifs

Les préparatifs

Conseils pratiques :

  • N’attendez pas nécessairement la nuit tombée pour vous rendre à la place Jemaa el-Fna. Voir arriver en fin d’après-midi les charrettes chargées de tout cet attirail et observer tout ce monde s’activer pour installer tout ça en un temps record est également un spectacle en soi.
  • Comment choisir la bonne table ? Et bien au pif mon ami ! Choisissez celle qui porte le numéro de votre département, celle dont le serveur vous aura fait rire, celle où il y a le plus de monde (c’est toujours bon signe) ou que sais-je. Mais laissez donc pour une fois votre guide de voyage au fond du sac. Laissez vous guider à l’instinct. Je propose d’ailleurs un grand concours, comment choisir sa table ? À vous la parole…
  1. sorte de bombarde []

Tu aimes One Chaï ?

Alors aime aussi la page Facebook s'te plaît 😍

Merci d'avance ...

Tais-toi, je l'aime déjà ➪

Merci !

Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

Une dose régulière de One Chaï ?

Les nouveaux articles directement dans ta boite mail environ chaque 2 semaines.

Un chaï, ça soigne tout, c'est garanti zéro spam et zéro frais de port 😉