Le Caire, une mégapole monochrome

Je suis allé au Caire en 2002. C’était mon premier voyage, un an après mon année sabbatique qui m’avait menée de la France jusqu’au Laos par la route. À cette époque, la place Tahrir n’était qu’un très gros carrefour, un gros rond-point, qui séparait le centre-ville au nord du quartier des ambassades au sud. Un endroit un peu plus aéré où les routes ne se superposent pas aux routes. Oui, au Caire, quand il n’y a plus assez de routes, on construit une route « à l’étage ». C’est sympa, surtout si ça passe devant vos fenêtres. Du reste, malgré tous les bouleversements actuels en Égypte, tout ça n’a pas dû changer. Les voitures n’ont sans doute pas disparu et encore moins les embouteillages. Mais pas si vite, commençons par le commencement.

À peine débarqué de l’avion qui me mène donc au Caire, je retrouve des sensations connues, comme si j’avais appuyé sur le bouton pause pendant une année et que la bande tournait à nouveau (évidemment, si vous avez oublié ce qu’est un radiocassette, la métaphore fait un peu plouf). En l’espace de 4 h, je quitte mon univers quotidien pour en retrouver un autre que je n’aurais quitté qu’une semaine plus tôt tellement il me semble familier. C’est en quelque sorte ma version de Dr Jekyll et Mr Hyde, mais en beaucoup plus gentils ! Non sérieusement, vous ne m’imaginiez pas en Mr Hyde tout de même ?

À peine débarqué, je pose mon sac à dos à l’hôtel et pars battre le pavé. Ce qui me surprend d’entrée de jeu, c’est un manque de couleurs. Qui plus est, aujourd’hui, un vent chargé de poussière balaie les rues du Caire. Comme s’il n’y en avait pas déjà assez de cette poussière qui rend tout uniforme, monochrome. On pourrait appeler Le Caire la ville brune. Oui, je sais, ocre ça sonne mieux, mais elle n’est pas ocre, elle est brune. Seuls quelques balcons repeints en vert, bleu, rouge, ou encore une persienne, un drap qui sèche, viennent rompre cette monotonie. Pour un peu, les centaines de minarets qui émergent des toits des mosquées passeraient inaperçus, noyés sous cette chape de poussière, cette poudre venue du désert.

On est bien d'accord, c'est brun !

On est bien d’accord, c’est brun !

Depuis mon perchoir, le minaret de la mosquée d’Ibn Tulun, je me sens un peu comme un intrus, suspendu à un fil, à contempler cette ville au trafic chaotique, prête à déborder à chaque instant. Soudain, c’est l’appel à la prière. Au bruit des klaxons viennent alors s’ajouter des centaines de « Allah akbar ». Et quelque part, on se dit que ce sont eux, ces « Allah akbar » qui tiennent cette ville. Ce sont eux qui font accepter à ces 16 millions de Cairotes de vivre ainsi dans ce dénuement tout en gardant le sourire et un « welcome into Egypt » à l’étranger qui passe. Oui aujourd’hui la vie est dure, mais demain, « inch Allah » ça ira mieux.

La mosquée Mohammed Ali

La mosquée Mohammed Ali

Mais Le Caire, ce sont aussi des cafés. On parcourt rarement plus de cent mètres sans en voir un avec ses habitués qui y prennent leur thé, eh oui, ici aussi le chaï est au rendez-vous, ou fument une chicha entre deux parties de dominos ou de tawla1. À moins bien sûr qu’il n’y ait un match de foot et le café se rempli alors de supporters, les yeux rivés sur la télé. Il y en a un au pied de mon hôtel. Un peu fourbu sous le poids des ans (le café, pas moi !), tout comme mon hôtel d’ailleurs, ils sont assez bien assortis, tel un vieux couple. Et à force de venir y boire un chaï ou fumer une chicha, un habitué des lieux m’invite à une partie de dominos. Il ne parle pas un mot d’anglais, ça tombe bien, car mon arabe s’arrête à « salam aleïkum ». Mais il ne s’arrête pas à ce détail, il est Égyptien donc souriant, chaleureux, généreux. Et moi, je suis évidemment bien trop fier pour vous avouer qui à gagner la partie, ou plutôt qui l’a perdue ;-).

Pause chicha

Pause chicha

Enfin, Le Caire, c’est la ville des monte-charges, pratiquement tous les bâtiments en sont équipés. Pourquoi un monte-charge et pas un ascenseur me direz-vous ? Et bien parce qu’en fait de monte-charge, il s’agit d’un simple panier en plastique accroché au bout d’une corde depuis le balcon. Vous avez besoin de quelques pitas ou de légumes ? Il suffit d’appeler (ou plutôt de héler) le commerçant sur le trottoir et il n’aura qu’à déposer ça dans ledit panier. Vous en faites évidemment de même en sens inverse pour payer la note. Ça vous évite de devoir descendre et remonter l’escalier. On appelle ça le payement sans contact !

Un livreur de pita. C'est autre chose que pizza express !

Un livreur de pita. C’est autre chose que pizza express !

Trop de voyageurs recommandent de ne pas s’attarder au Caire. Visiter le musée, aller à Gizeh et puis filer au galop. Soi-disant que Le Caire serait une ville polluée, sale et inintéressante. Et bien ils ont tort ! Évidemment, on n’y respire pas l’air pur de l’Ardèche et peu de médecins envoient leurs patients souffrant d’asthme en cure au Caire. Sale, tout est histoire de référentiel. Après avoir pas mal traîné mes savates en Inde, Le Caire c’est assez propre en fait. Moi j’avais décidé d’y traîner mes tongs quelques jours, et quand bien même la planète entière m’aurait dit qu’il ne fallait pas s’y attarder plus de 30 minutes, je n’aurais pas obtempéré comme ça. Je ne peux pas visiter un pays sans m’attarder un peu dans sa capitale. Y sentir battre son cœur.

Un chaï, une chicha, what else ?

Un chaï, une chicha, what else ?

Et quelle capitale s’il vous plaît ! Le Caire c’est tout de même 16 millions d’habitants, pratiquement un Égyptien sur cinq, excusez du peu. Et 16 millions de sourires chaleureux, ça fait beaucoup. Bon, je vous l’accorde, on y croise tout de même quelques grincheux, c’est l’exception qui confirme la règle. Saurez-vous les dénicher ?

Conseils pratiques

Pas des masses de conseils pour cette fois, si ce n’est qu’en plus du minaret de la mosquée Ibn Tulun déjà cité, l’autre endroit idéal pour bénéficier d’une vue panoramique sur Le Caire est la Citadelle. Les deux premières photos de cet article ont été prises depuis là, ça vous donne une idée.

  1. backgammon []

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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