L’Inde niveau grand débutant

Je me rends compte en parcourant la liste des articles publiés jusqu’à présent sur le blog d’une chose pour le moins étrange. Depuis que je voyage, l’Inde est pour ainsi dire devenue un synonyme du mot voyage. Si l’on cumule mes différents séjours, on atteint les six mois et si l’on me parle de voyage, en général, je case le mot Inde dans les cinq minutes qui suivent. Bref, en mode voyageur, je transpire l’Inde par tous les pores de ma peau. Il ne vous aura pas non plus échappé que le nom choisi pour mon blog à un petit goût d’Inde également. Pourtant, et c’est là le paradoxe, je ne vous ai pour ainsi dire encore pas parlé de l’Inde. Un seul article sur la route Manali-Leh, qui est d’ailleurs l’article qui a, et de loin, le plus de succès. Il est donc plus que temps de corriger le tir. D’où me vient cette fascination pour ce pays ? Comment est-ce que tout ça a commencé ?

Au commencement était un jeune homme (là c’est moi), qui n’avait pas vraiment voyagé et qui ne se sentait pas non plus forcément attiré plus que ça par ces contrées lointaines. J’étais certes assez curieux, mais je n’avais pas vraiment le profil du voyageur. J’étais bien allé une semaine en Israël voir une amie, l’expérience m’avait plu, mais les contrées lointaines, je ne sais pas, je ne me sentais pas vraiment concerné par ce genre de voyage. Je n’avais pas grandi dans cette culture.

Je ne me sentais pas vraiment concerné par ce genre de voyage.

Mes études terminées et mon diplôme en poche (nous sommes en 1997), je signe pour mon premier boulot à Dublin en Irlande (oui, il y a quelques détours et circonvolutions dans mon histoire, mais que voulez-vous, l’Inde, ça vaut bien ça). Et comment va-t-on de Dublin à Bangalore ? Et bien tout simplement en travaillant sur un projet qui ne fonctionne pas et qui est fait pour moitié en Inde. Un beau jour donc, mon patron me demande « Laurent, ça te pose un problème s’il faut aller en Inde à Bangalore pour deux semaines avec Sinbad ? » (non, je ne l’ai pas inventé, mon collègue s’appelait vraiment Sinbad). Moi, je ne sais pas trop si ça me pose problème. Je ne pense pas, pourquoi devrait-il y avoir un problème au fond. Certes, je ne comprends pas grand-chose aux conférences téléphoniques hebdomadaires avec nos amis indiens, mais c’est sans doute la faute à Telecom Éireann1. Donc je réponds « no problem for me Paul » (oui, mon patron s’appelait Paul et pas Aladin).

Pourquoi devrait-il y avoir un problème au fond ?

Qu’est-ce que l’Inde représentait pour moi à cette époque, je ne sais plus trop en fait. J’ai dû assez rapidement penser à Mère Teresa et à La Citée de la joie, mais à part ça … Je suis allé chercher quelques guides touristiques à la bibliothèque pour voir ce que je pourrais bien visiter durant le week-end libre (oui, un peu curieux tout de même) et voilà, un visa et deux piqûres de vaccin plus tard, j’embarque pour un Dublin-Genève puis Genève-Delhi, mon premier vol long-courrier. Durant le vol, pour être honnête, je suis assez fier de moi. Un vol long-courrier, payé aux frais de la boite pour aller en Inde. Mes chevilles n’enflent pas trop (quoique si, dans l’avion, un peu tout de même en fait !), mais intérieurement, je fais tout de même un peu le malin.

Huit heures plus tard, nous atterrissons à Delhi. Il est minuit passé, mais l’air est encore chaud et moite (nous sommes en octobre). Je récupère mes bagages et me dirige avec Sinbad vers la sortie. L’aéroport semble un peu « fatigué», mais tout va bien. Nous franchissons les portes du hall d’arrivée et là … Et bien là mes amis, je donnerais cher pour voir une photo de ma tronche à cette seconde ! Pas celle d’après, non vraiment cette seconde-là. Cet instant fugace restera, je pense, à jamais gravé dans mon esprit. Un éléphant aurait surgi devant moi, que je n’aurais sans doute pas été plus étourdi, ahuri, sidéré. Nous traversons d’abord une allée avec des guitounes de taxis de part et d’autre. Tout le monde nous apostrophe, « you want taxi ? », « where you go ? » avec cet accent indien si particulier. Sinbad ne fait pas non plus trop le malin, mais il semble tout de même un peu moins abasourdi. Il devient de facto le chef et je ne le lâche plus d’une semelle. On finit par suivre un gars qui nous amène en taxi à l’hôtel.

Elles sont pas belles les Tata Ambassador ?

Elles sont pas belles les Tata Ambassador ?

Je reprends un peu mes esprits dans le taxi, pas mécontent de ne plus avoir autant de monde autour de moi à m’apostropher. Nous sortons de l’aéroport assis à l’arrière d’une magnifique Tata Ambassador. Et très rapidement, la stupéfaction est de retour. Mais à quoi bon employer des mots savants. En fait, j’hallucine grave ! Le chauffeur conduit comme un malade. Il y a peu de circulation à cette heure avancée, mais ça ne l’empêche pas de zigzaguer entre les autres véhicules, les chiens errants et surtout les vaches. Des vaches en plein centre-ville ! Mais c’est quoi ce truc de dingue. Arrivé à l’hôtel, forcément, on se fait arnaquer comme des bleus sur le prix de la course qu’on n’avait bien évidemment même pas négocié à l’avance. Le parcours sans faute du parfait débutant. On était quasiment éligible à vidéo gag.

Une vache en pleine ville ? Vous êtes sans doute en Inde.

Une vache en pleine ville ? Vous êtes sans doute en Inde.

Une autre pas très loin qui observe.

Une autre pas très loin qui observe.

Passée cette claque à l’arrivée, ou plutôt ce coup de patte d’éléphant, suivront deux semaines durant lesquels j’irai de surprises en surprises. Je m’adapte comme je peux, pas trop mal en fait et bien mieux que Sinbad. Je ne comprends pas forcément grand-chose, mais je suis fasciné. Du coup, le chef maintenant, c’est moi ! Et devinez quoi, à peine rentré à Dublin, j’achète un billet d’avion Dublin-Delhi pour y retourner, mais cette fois seul et avec mon sac à dos quatre mois plus tard. Je ne suis pas allé me plaindre au centre de vaccination international, mais à l’évidence, le vaccin n’avait pas du tout fonctionné. J’ai contracté un gros « travel bug » duquel je n’ai jusqu’à ce jour pas guéri. Il m’arrive aujourd’hui d’essayer d’imaginer ce qui se serait passé s’il n’y avait pas eu cette première fois.

Non, c'est pas ça les symptômes du travel bug. Mais nous sommes bien en Inde.

Non, c’est pas ça les symptômes du travel bug. Mais nous sommes bien en Inde.

Et en Inde, on dort partout.

Et en Inde, on dort partout.

Faut-il faire ses débuts sur les routes du monde en Inde ?

Après avoir lu ça, on peut assez légitimement se demander si commencer la découverte de l’Asie par un voyage en Inde est une si bonne idée. Le sujet est un peu un marronnier sur les forums de voyage. Les milieux autorisés vous diront souvent qu’il ne faut pas aborder l’Asie sous cet angle, mais plutôt commencer par un pays plus facile comme la Thaïlande. J’ai moi-même très souvent tenu ce discours, mais au fond, je ne suis plus forcément convaincu. D’une part, si vous vous y préparez un minimum, le coup de patte d’éléphant sera tout de même moindre. La manière, bien réelle, dont je décris mon expérience apparaîtra d’ailleurs peut-être exagérée aux yeux de certains. Mais comme je l’ai dit, je n’y étais tout simplement pas, mais alors pas du tout préparé. J’étais un peu à la masse quoi. Donc si pour vous l’Asie c’est l’Inde, et bien foncez. Dites-vous juste que ça ne sera peut-être pas comme vous l’imaginiez, mais au diable les conseils « raisonnables ». Vous ne revivrez ensuite sans doute pas tous les jours ce genre d’expérience, mais raison de plus pour foncer là tout de suite, maintenant !

Et pour la suite de mes aventures en Inde ? N’ayez crainte, tout vient à point à qui sait attendre. Et pour vous faire patienter un peu plus, je vous propose une petite visite de Varanasi et de Calcutta avec Joana de l’excellent blog VeniVidiVoyage.

  1. la compagnie nationale de téléphone irlandaise à cette époque []

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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