La Syrie avant le bruit des bombes

Après vous avoir, semble-t-il, bien fait rire avec mes élucubrations sur mon premier voyage en Inde, actualité oblige, je repense de plus en plus à mon voyage en Syrie. Un voyage en Syrie aujourd’hui ? Non, je n’appartiens pas à la catégorie de ces têtes brûlées qui aiment faire parler d’eux tel ce Japonais que l’on voyait faire du tourisme en allant voir les forces rebelles en Syrie. De nos jours, à moins d’être un journaliste ou un humanitaire, on ne met plus vraiment les pieds dans ce pays. J’y suis allé en 2004, autant dire une éternité. Ce n’était sans doute pas le pays le plus visité du Moyen-Orient, mais j’étais loin d’y être seul. La Syrie était alors bel et bien sur le radar des voyageurs et autres touristes. Alors pourquoi la Syrie ?

On me faisait récemment remarquer qu’il était assez étrange que je sois allé en Syrie et jamais en Jordanie. À vrai dire, je n’ai pas vraiment de réponse à ça. Évidemment, comme beaucoup, Pétra fait partie des sites que je souhaite voir un jour, mais cette année là, j’avais fait le choix de la Syrie. Si je ne sais plus pourquoi j’avais choisi la Syrie, je me souviens par contre pourquoi j’avais choisi le Moyen-Orient. Depuis mon voyage en Turquie puis en Iran, une force mystérieuse m’attire vers cette région du globe, ce coin du monde qui fait si souvent la une de l’actualité, mais ça n’est pas ça qui m’attire. Ce qui m’amène sur ces routes, c’est la générosité, la chaleur de l’accueil auquel on a droit sur ces terres.

Et puis si, il y a également Damas. Ce nom a quelques résonances magiques dans mon esprit. Et encore plus en anglais à vrai dire, Damascus. Une cité millénaire, bien sûr, mais je ne vais pas prétendre être fasciné par son histoire, car je ne la connais pas vraiment. Les comptes des Mille et une Nuits, sans doute, bien que comme la plupart d’entre nous, je ne les ai jamais lus. Mais les mythes ont bien évidemment toujours leurs limites. Ils forcent un imaginaire, mais une fois sur place ?

Le souk de Damas

Le souk de Damas

Mosquée des Omeyyades

Mosquée des Omeyyades

Ce voyage avait été des plus plaisant (cela dit, les voyages déplaisants, je ne connais pas vraiment), mais je n’en étais pas non plus forcément revenu chaud bouillant comme c’est quelquefois le cas. L’hospitalité fut à la hauteur, mais je ne sais pas, le pays m’avait plu, mais pas transcendé. À moins que je n’aie été tout simplement un peu à côté de mes pompes, ça m’arrive. D’ailleurs, en recherchant les notes que j’aurais pu prendre durant ce voyage, je n’en retrouve aucune. Donc à moins de les avoir perdues (ça aussi ça m’arrive 🙁 ), je n’avais peut-être pas la tête complètement à ça.

Mais certaines rencontres m’avaient tout de même marqué durant ce voyage. D’une manière générale, une certaine désillusion du peuple syrien. On n’avait de cesse de me demander si je ne pouvais pas rédiger à l’attention d’un tel ou un tel une lettre d’invitation. On était alors convaincu que chargé de ce précieux sésame, le parcours du combattant qu’est la demande d’un visa pour la France se transformait en balade bucolique avec même, pourquoi pas, en clôture, un dîner mondain à l’ambassade. L’espoir des premières années du règne d’Assad fils s’était envolé. Non, je ne l’appellerai pas Bachar. Désigner un tyran par son prénom m’a toujours semblé des plus incongru. Ça suppose soit une certaine familiarité avec le personnage, ou pire, ça convoie une sorte d’empathie. Ce sont nos amis que l’on désigne par leur prénom, pas ces monstres. Bref, ça agresse quelque peu mes oreilles. Mais je m’égare, la population semblait donc résignée. Une vie meilleure, ça ne pouvait plus être qu’ailleurs pour certains. C’est toujours assez révélateur quand les demandes de sponsor pour un visa se répètent. Révélateur d’un malaise, d’un mal-être.

Dans les rues d'Alep, ça semble incongru cette flamboyance.

Dans les rues d’Alep, ça semble incongru cette flamboyance.

Ces confidences se faisaient toujours dans la discrétion, entre quatre yeux, dans un café ou un restaurant et à demi-mot. Comme si Big Brother pouvait rôder dans les parages. Une seule personne s’était confiée à moi au grand jour et à haute voix. Je visitais alors la citadelle d’Alep quand un jeune homme était venu vers moi. Il était enchanté d’apprendre que j’étais français. Il apprenait en effet le français à l’université et en était assurément très fier. Son français était très approximatif, très heurté et difficile à comprendre, mais quelle ardeur ! Il me transpercerait presque les tympans. Après avoir démarré sur les banalités d’usage, la discussion dévia rapidement vers des sujets plus politiques. Et c’est là qu’il se mit à déverser, toujours à tue-tête, toute sa haine du régime et du clan Assad. Passé la surprise, je commençais à me sentir un peu mal à l’aise. Heureusement, il ne parlait pas en anglais, mais tout de même. Et après deux ou trois minutes de cette rage, qui semblaient une éternité, un homme qui comprenait également le français débarqua pour faire taire l’étudiant un peu trop exalté. Il m’expliquera ensuite à voix basse que critiquer ainsi le régime au grand jour n’était pas la meilleure assurance vie qu’il soit. Que cet étudiant disait vrai, mais qu’en gros, il avait craqué, pété un câble. J’en ressortit il faut bien l’avouer un peu secoué.

Porte de la citadelle d'Alep

Porte de la citadelle d’Alep

Hama

Hama

Quand je repense à ça, je repense également à Alep et son bazar, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Plus grand-chose si ce ne sont des ruines. Il est parti en fumée dans un incendie au plus fort de la bataille d’Alep il y a tout juste un an, en septembre 2012. Il ne reste plus que des cendres.

Le souk d'Alep

Le souk d’Alep

Et la question finale, faut-il intervenir en Syrie ? Et bien je n’ai pas vraiment d’avis à vrai dire. J’entends bien les arguments des uns parlant de risque de déstabilisation de la région. Du risque que ça soit encore pire après, pire qu’avec Assad, car le pire est toujours possible. Mais d’un autre côté, que dire à ces Syriens, opposants au régime, qui hurlent leur douleur et appellent à l’aide ? Comment leur dire froidement « non désolé, démerde-toi mon gars » ! Chaque fois que j’en entends un, je repense à tous ces Syriens généreux qui avaient croisé mon chemin. Que sont-ils devenus ? J’ai honte de me sentir si impuissant face à ce cynisme de part et d’autre de ce conflit. Putain de guerre. Excusez la naïveté du propos, mais que dire d’autre ? Alors évidemment, les guerres, ça n’est pas vraiment ça qui manque. Celle-ci me marque davantage parce que la Syrie n’est plus une terre qui m’est complètement étrangère. J’y suis allé, allé avant la guerre, allé avant les bombes. Un avant aux allures d’éternité.

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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