Les éléphants de Boromo

Depuis que je voyage, et peut-être même avant en fait, je ne me souviens plus très bien, j’ai toujours eu une sorte d’admiration pour les éléphants. Je ne parle pas très bien éléphant, mais quand je regarde un éléphant domestiqué dans les yeux, j’ai l’impression qu’il me comprend. Alors vous pensez bien, quand j’ai su qu’il y avait des éléphants sauvages à Boromo, au Burkina Faso, il me fallait forcément allez les voir, histoire de leur serrer la patte, euh pardon, la trompe.

À peine arrivé à la gare routière de Boromo, je suis abordé par divers prétendus guides qui me proposent leur expertise en recherche de pachyderme et de logement. Après un « bonne arrivée » de circonstance (oui, au Burkina, on ne dit pas bienvenue, mais bonne arrivée, c’est charmant), je me débarrasse poliment de ses rabatteurs en prétendant avoir déjà réservé un logement (oh le gros mensonge) et ne pas être venu à Boromo pour les éléphants. Alors que le premier point est semble-t-il assez crédible (bah oui, de plus en plus de prétendus grands aventuriers réservent en fait leur logement à l’avance de nos jours !), le second ne peut que ressembler à une farce. Venir à Boromo sans vouloir voir les éléphants, à moins d’avoir été marabouté ou victime d’une insolation, c’est incongru. Mais le toubabou1 garde, semble-t-il, le droit de délirer sans que vos hôtes s’en formalisent. On me laisse donc filer.

Gare routière de Boromo

Gare routière de Boromo

Après avoir posé mon sac dans un campement à mon goût et m’être désaltéré avec une bonne Brakina2, je retourne en ville à la cherche d’un guide. Des prétendus guides, ce n’est évidemment pas ça qui manque parmi une jeunesse souvent assez désœuvrée, faute de travail. J’en trouve un qui peut emprunter une moto à son frère (frère s’entend souvent de manière assez extensive ici) et nous convenons d’un rendez-vous pour le lendemain pour aller voir les éléphants au parc des Deux-Balé tout proche. Le lendemain, la moto est en fait une mob, une Peugeot. Je proteste mollement que 10 bornes dans la brousse sur le porte-bagage d’une mob, c’est pas top. Et bien il s’y attendait un peu, du coup il a tout prévu et me sort avec un grand sourire un superbe coussin pour asseoir mon postérieur. Je suis plutôt de bonne humeur ce matin, donc j’accepte moi aussi avec le sourire. Allons-y, allons voir les éléphants.

Mon guide et sa 102 au parc des Deux-Balé

Mon guide et sa 102 au parc des Deux-Balé

Une fois en route, je me contorsionne comme je peux pour tenir sur le porte-bagage. La piste n’est pas en très bon état et deux fois 80 kg sur une mob, c’est un peu beaucoup. Du coup, ça ne rate pas, arrivé dans un virage particulièrement gravillonné, impossible de tourner, la mob tire tout droit. On doit être tout au plus à 15 km/h donc je n’ai qu’à me lever sur mes jambes et laisser la mob filer. Le pilote va lui faire un petit coucou dans les buissons épineux ! Je me retiens de ne pas me marrer parce qu’il a l’air un peu vexé 🙁

Nous voilà donc repartis, mais plus à 15 km/h, mais plutôt à 10, pas grave, je ne suis pas pressé. Arrivé au parc des Deux-Balé, l’endroit idéal pour voir les éléphants, c’est le long du fleuve Mouhoun. On a une bonne chance de les y trouver, surtout durant la saison sèche. Le campement Kaïcedra avec une terrasse qui surplombe le Mouhoun est idéal. Malheureusement pour moi, pas l’éléphant en train de faire trempette aujourd’hui. Il va donc falloir les trouver dans la brousse. On tourne un peu en rond avec la mob, mais sans grand succès.

Par chance, nous finissons par croiser la camionnette de l’association Enfants et Élephants. Petit aparté, qu’est-ce que cette association ? Comme c’est très souvent le cas, la cohabitation entre nos amis les pachydermes et les populations locales ne va pas sans poser quelques problèmes. Boromo n’est pas un bled complètement paumé dans la brousse, la région est même assez densément peuplée. La présence d’éléphants en nombre, leur population est estimée à 350, crée donc de sérieux problèmes de voisinage. Le toubabou est très content de voir ici des éléphants, mais ses nouveaux potes ont parfois la mauvaise idée d’avoir la patte un peu lourde dans les champs avoisinant le parc. Ils n’ont donc pas forcément la cote auprès des paysans. Le but de l’association Enfants et Éléphants est donc d’amener les enfants le long du Mouhoun afin qu’ils viennent y observer les éléphants et qu’ils en gardent une expérience positive et ne les voient plus uniquement comme une nuisance à l’avenir.

Camionette de l'association Enfants et Élephants

Camionette de l’association Enfants et Élephants

La camionnette s’arrête et le toubabou en charge du groupe d’enfants explique à mon guide qu’il y a deux adultes et un petit éléphanteau pas très loin dans la brousse. Le gars nous dit que les éléphants ne sont pas vraiment agressifs, mais qu’il faut tout de même rester prudent et ne pas trop s’approcher. Ça reste des grosses bébêtes sauvages bien plus lestes qu’on ne l’imagine.

Arrivé à l’endroit dit, on gare la mob et direction la brousse. Ils ne sont pas à découvert donc dans un premier temps, il faut un peu les deviner dans les broussailles. Nous nous approchons et là les amis … pfouuuu … je dois bien avouer que mon cœur fait boum boum boum très fort. Le spectacle n’a rien à voir sans doute avec ce qu’on peut voir au Kenya (j’imagine, je n’y suis jamais allé), mais il n’empêche. Nous sommes deux petits bonshommes à pied dans la brousse et pas très loin devant nous, deux éléphants et un petit. Ils ne nous ont pas vus et sont en train de s’empiffrer. Nous sommes sous le vent, donc ils ne nous repèrent pas du tout. Il faut savoir en effet qu’un éléphant voit très mal et vous repère à son adorât.

Maman éléphant et son petit. Vu comme ça ça n'a l'air de rien mais en fait, si !!

Maman éléphant et son petit. Vu comme ça ça n’a l’air de rien mais en fait, si !!

Ils finissent par se décider à bouger. Moi, je ne bouge pas et essaye tant bien que mal de prendre des photos, mais ça n’est pas évident avec ces hautes herbes. Mon guide devient alors très nerveux. Je ne comprends pas trop dans un premier temps, jusqu’à ce qu’il me dise « tu restes là, je vais chercher la moto ». En effet, nous amis les éléphants se dirigent droit vers la mob ! Et à mon avis voyez-vous, une mob contre un éléphant, on aura beau dire que la mécanique française, c’est du costaud …

Conseils pratiques

Quand peut-on observer les éléphants ?

Comme souvent avec les animaux sauvages, c’est la saison sèche de décembre à avril qui est la plus propice. L’eau se fait plus rare et la probabilité de les trouver sur les rives du Mouhoun est maximale. Sans compter que durant la saison des pluies, la brousse se couvre de hautes herbes. Les éléphants sont alors introuvables et vous risqueriez même de vous retrouver nez à nez avec un nouveau pote. Une expérience sans doute extraordinaire, mais bon, vous m’avez compris !

Où se loger à Boromo ?

Il existe plusieurs campements. J’avais jeté mon dévolu sur le Sama Camp et en fut fort satisfait. Le Sama Camp est tenu par Kadi et Philippe, un couple franco-burkinabé. Le bâtiment principal est construit selon la technique des voûtes nubiennes qui offre l’avantage de ne nécessiter ni bois (devenu rare) ni tôle et offre des maisons bien isolées, donc plus fraîches et c’est également une franche réussite esthétiquement parlant. L’accueil et la cuisine y sont excellents.

Enfin pour ceux qui se demanderaient comment ça c’est terminé, et bien très bien. Les éléphants n’ont pas piétiné la mob et nous sommes rentrés à Boromo pour une bonne Brakina bien méritée 🙂

  1. le blanc []
  2. bière du Burkina Faso []

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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