Le jour ou j’ai cru mourir au Pakistan

Ce jour là, tout avait bien commencé, comme tous les jours de ce voyage au Pakistan j’allais dire. J’avais décidé d’aller à Darra Adam Khel, dans les régions tribales du Pakistan, proches de Peshawar. Mais on ne va pas à Darra Adam Khel comme on irait acheter son pain à la boulangerie du coin. La région est dangereuse, extrêmement dangereuse même. Il me faut donc dans un premier temps trouver une escorte armée pour m’y rendre.

La région est dangereuse, extrêmement dangereuse

À mon hôtel à Peshawar, le réceptionniste n’est pas très prolixe en conseils pour se rendre à Darra Adam Khel. Tout au plus me glisse-t-il un nom, Youssef. Et je peux le trouver où ce Youssef ? Il devrait passer ce soir à l’hôtel, on m’appellera quand il sera là. Le soir venu, Youssef est là en effet. Un solide gaillard très jovial qui parle un Anglais presque parfait, même si marqué d’un accent pakistanais assez marqué. Dans un premier temps, il me jauge. Depuis combien de temps suis-je au Pakistan, pourquoi est-ce que je veux aller à Darra, est-ce que je compte y prendre des photos … etc.

Pourquoi est-ce que je veux aller dans les zones tribales pakistanaises ? Parce que Darra Adam Khel est une ville étrange. Que ce soit le commerce ou l’artisanat, pratiquement tout ici est dédié à la production d’armes. La Chine est peut-être l’usine du monde, mais quand il s’agit du marché illégal des armes, l’usine est ici, à Darra. Je suis curieux donc je veux voir ça de plus près.

Quand il s’agit du marché illégal des armes, l’usine est ici, à Darra Adam Khel

Youssef s’y rend en jeep le lendemain avec d’autres personnes pour prendre justement livraison d’une commande de kalachnikovs. Je peux les y accompagner, moyennant finance, à la seule condition que je sois également armé. En cas de problème en route, Youssef veut que tout le monde soit à même de se défendre. Je devrai donc, comme tout le monde, être armé d’une kalachnikov. Ce n’était pas vraiment mon plan de départ. Je lui explique donc que je ne sais absolument pas m’en servir, il n’en a cure. D’après lui ce n’est pas bien compliqué, il suffit de prendre appui et d’appuyer sur la gâchette pour vider le chargeur !

Moi et ma kalachnikov juste avant le départ

Moi et ma kalachnikov juste avant le départ

Nous quittons donc Peshawar de bon matin. Darra Adam Khel n’est qu’à 40 km donc ça ne devrait pas être bien long. Les 20 premiers kilomètres se passent sans encombre. Mes compagnons de voyage ne sont pas très bavards, ils scrutent l’horizon tout en fumant une clope et en tenant leur kalach de l’autre main. Mais alors que j’avais presque oublié cette arme qui pend autour de mon cou, tout s’emballe en l’espace des quelques secondes. On entend une première rafale d’arme automatique. Le chauffeur de la jeep freine brutalement et hurle à tout le monde de descendre pour se mettre à l’abri dans le bas-côté de la route. À peine allongés dans le fossé, mes compagnons vident leurs chargeurs dans la direction d’où viennent les tirs. Et puis soudain, un bruit étrange, un sifflement, suivi d’une énorme explosion sur la route en amont.

Il y a quelques minutes, nous passions sur cette route

Il y a quelques minutes, nous passions sur cette route

À la vue de cette explosion, je suis pris de panique et vide mon chargeur dans à peu près n’importe quelle direction. Youssef hurle des ordres en pachtoune. J’ignore s’il maîtrise quoique ce soit. Moi, je vois ma fin arriver. Des images circulent très vite dans ma tête. Mes compagnons décident alors de quitter notre planque et m’enjoignent de les suivre, mais je suis paralysé sur place. J’entends des bruits derrière moi, et soudain, deux barbus dévalent le talus dans ma direction. Je braque la kalach dans leur direction mais rien, le chargeur est vide. Cette fois-ci, s’en est fini.

Je suis pris de panique et vide mon chargeur

Quand soudain … Zorro est arrivé ! Quoi ça ? Zorro, WTF1 ? Et bien oui, chers lecteurs, cette histoire est un fake. Youssef n’existe pas et ce jour où j’ai cru mourir au Pakistan n’a jamais existé. Mais pourquoi inventer cette fable alors, nous ne sommes pas non plus le 1er Avril ? Et bien l’idée m’en est venue suite à un commentaire de Tony du blog Travelplugin sur un de ses articles. Le constat était le suivant. De retour de mon voyage d’un an en Asie, quand je racontais que j’étais allé au Pakistan et que ce pays comptait parmi mes meilleurs souvenirs, mes interlocuteurs étaient souvent assez intrigués. Ça, je pouvais très bien le comprendre. Nous sommes alors en 2001, autant dire une éternité si on compare cette époque à la situation actuelle au Pakistan, mais déjà alors, le Pakistan avait plutôt mauvaise presse. J’avais beau expliquer que là où j’étais allé, il n’y avait aucun danger, et que ce n’est certainement pas pour prendre des risques autant inconsidérés qu’inutiles que je voyage. Et si je dis que j’ai adoré le Pakistan, ce n’est certainement pas pour me faire mousser avec des remarques du genre « ouais, c’était vraiment chaud là bas, mais moi, j’ai pas peur, j’y suis allé » tant ce genre d’attitude ma donne la nausée.

Ce jour où j’ai cru mourir au Pakistan n’a jamais existé

Et bien malgré toutes ces explications, certains ne l’entendaient pas ainsi et enchaînaient avec des questions du genre « c’est où que t’as eu le plus peur ? » ou pire, « est-ce que tu as eu peur de mourir durant ce voyage ? ». Les bras m’en tombaient. Les gens sont continuellement gavés de nouvelles anxiogènes au 20 h et ailleurs, mais en fait, ça leur plaît et ils en redemandent. Et si on ne leur sert pas ça, certains sont déçus. On a en quelque sorte gâché l’image qu’ils s’étaient fait d’un voyage au Pakistan. Je n’y tenais sans doute pas tout à fait le rôle de Rambo, mais ça se devait tout de même d’être méga dangereux. Il ne pouvait pas en être autrement. Ces réactions furent bien entendu très minoritaires, mais il n’empêche, elles me mirent extrêmement mal à l’aise. Je finissais par botter en touche face à un tel mal entendu. Un commentaire de Bertrand du blog Le Braquet de la Liberté fait état du même sentiment face à une journaliste qui l’avait interviewé au retour de son voyage à vélo sur les routes du monde. Elle voulait du croustillant, du truc qui marque. Et faute de l’avoir obtenu, elle était déçue.

Est-ce que tu as eu peur de mourir durant ce voyage ?

Pour la petite histoire, Darra Adam Khel existe bel et bien. J’y suis allé et c’est un lieu pour le moins étonnant. Mais aller à Darra en 2000 n’était pas dangereux. On y fabriquait, et on y fabrique toujours, des armes à profusion mais on ne les testait pas vraiment dans la rue sur les passants ! La photo où je porte une kalachnikov a bien été prise à Darra, mais comme vous pourriez vous faire prendre en photo aux US avec entre les mains un fusil d’assaut, j’imagine. En gros, je n’ai pas résisté à l’idée de faire le kéké devant l’objectif. Notez tout de même l’emploi du passé pour le « n’était pas dangereux ». La situation au Pakistan et dans les zones tribales est tout autre de nos jours et y aller n’est probablement plus une option, à moins d’être journaliste.

Quant à la photo d’explosion sur la route, j’en ai bel et bien été le témoin, mais c’était de l’explosif utilisé pour dégager d’énormes pierres présentes sur la route de Gilgit suite à un éboulement.

Et vous, comment réagissez-vous face à cette attente ? Vous vous transformez en vrai mythomane (à moins de l’être déjà 😉 ), vous vous énervez, vous bottez en touche ?

  1. What the fuck []

Tu aimes One Chaï ?

Alors aime aussi la page Facebook s'te plaît 😍

Merci d'avance ...

Tais-toi, je l'aime déjà ➪

Merci !

Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

Une dose régulière de One Chaï ?

Les nouveaux articles directement dans ta boite mail environ chaque 2 semaines.

Un chaï, ça soigne tout, c'est garanti zéro spam et zéro frais de port 😉