L’Inde du Sud, les temples du Tamil Nadu

Pour beaucoup, un voyage en Inde est synonyme de Rajasthan. C’est une région magnifique, mais un pays aussi vaste que l’Inde a évidemment bien plus à offrir que ça. Vous cherchez un endroit un peu plus relaxe ? Pourquoi ne pas dans ce cas aller faire un tour en Inde du Sud, dans le Tamil Nadu ? Vous allez peut-être passer à côté du Taj Mahal, mais en matière de temples et autres curiosités, le Tamil Nadu n’est pas mal non plus. Alors, attachez vos ceintures, c’est parti. Bon en fait, vous pouvez détacher vos ceintures, car cet ustensile ne fait pas trop culture locale, mais allons-y tout de même.

Alors que j’aborde le l’Inde du Sud, j’ai quitté la France depuis 6 mois, et petit à petit, mes pas m’ont mené jusqu’ici en Inde. Enfin pour être plus précis, ce sont plutôt les roues des bus et des trains qui ont fait l’essentiel du parcours. Mes jambes et mes pieds se sont contentés d’être assez souvent à l’étroit, mais je leur ai épargné l’essentiel des quelque 16 000 km de ce parcours. Car oui, bien qu’étant monté à plus de 5300 m sur la route qui relie Manali à Leh, je n’ai jamais pour autant quitté le plancher des vaches depuis mon départ de Saint-Dié-des-Vosges. Pas d’avion, c’était le plan de départ. Ça n’est en rien un exploit, mais j’avoue tout de même ressentir une petite fierté quand je regarde ma mini mappemonde et que je me dis, « ça y est, j’ai fait la route des Indes ». Ça fait maintenant deux mois que je suis en Inde, donc je m’y sens plutôt à l’aise. J’ai fait mes classes et ne suis plus le grand débutant d’il y a 3 ans.

Pas d’avion, c’était le plan de départ

Nous sommes en septembre et la mousson n’a pas encore dit ses derniers mots dans le Nord. Je continue donc mon jeu de cache-cache avec elle et fonce d’une traite d’une seule de Delhi vers Chennai (Madras), un peu plus de 2000 km et 34 h de train. Quand je raconte ça, on me dit très souvent « 34 h en train, c’est pas un peu long et ennuyeux ? ». Oh que non, ça n’est pas ennuyeux. Oubliez les voyages en train sous nos latitudes où l’on reste le nez dans son bouquin en prenant garde de ne surtout pas déranger son voisin (moi le premier d’ailleurs) et où l’intrus qui ose utiliser son téléphone portable est fusillé du regard s’il parle un tout petit peu trop fort. Vous n’êtes pas ici dans un TGV et ennuyeux n’est pas indien. Un train en Inde, ça vit. Quand ce n’est pas le chaï wallah1 qui n’a de cesse, de jour comme de nuit, d’arpenter les wagons aux cris de , « chaï chaï chaï », c’est toute une armée de petits vendeurs qui montent à bord à chaque arrêt pour vous vendre samossas, cacahuètes, coca, jouets, paans, remèdes miracles contre tout et j’en passe. Bref, c’est un concentré d’Inde sur rail. Vous trouverez plus d’infos sur les voyages en train en Inde à la fin de l’article.

Ennuyeux n’est pas indien

À peine débarqué à Chennai, avec 10 min d’avance sur l’horaire (qui a dit que les trains en Inde étaient toujours en retard ?), direction la gare routière pour prendre un bus pour Kanchipuram. Comme souvent, c’est un beau bordel à la gare routière de Chennai. Je m’enquiers à droite à gauche pour savoir où trouver mon bus. Je tourne un peu en rond jusqu’à ce qu’on me montre un bus. Devant, deux magnifiques sikhs enturbannés semblent être le chauffeur et le mécano. Je demande donc confirmation, « Kanchipuram ? » Et là, mes deux amis dodelinement latéralement de la tête sans émettre un seul son. Je réitère ma question, même réponse. J’essaye de jouer au plus rusé et change ma question, « c’est bon, je peux donc monter dans le bus ? ». La réponse ne change pas d’un iota. Tous les deux, en coeur, dans une harmonie et une parfaite synchronisation arborent un large sourire et … dodelinent de la tête ! M’enfin ça veut dire quoi ce truc, c’est oui ou non ? Je monte dans le bus et pose la même question à un passager qui dodeline joyeusement … et me répond « Kanchipuram, no problem ». OK, ça voulait donc dire oui. Mais ça n’est pas toujours le cas et ça veut plutôt dire quelque chose du genre, « j’ai compris ». Ne pouvoir répondre que par oui ou par non à une question, ça serait trop simple. Bref, c’est l’Inde quoi ! Et en Inde du Sud, ce sont de vraies stars du dodelinement. Le plus drôle, c’est que je finis par en faire autant parfois !

Ils arborent un large sourire et dodelinent de la tête

Après Kanchipuram, direction Mamallapuram (nous sommes au pays des villes en « am »). Mamallapuram est connue pour son Temple du Rivage et ses splendides bas-reliefs appelés La Pénitence d’Arjuna. Au Temple du Rivage, surprise, le temple est bien là, mais il y a une attraction supplémentaire. Sur la plage à proximité a été dressée une plateforme en bois d’une dizaine de mètres et au sommet, un homme aux allures de Ganghi est assis en tailleur et médite en plein cagnard. Intrigué, je m’approche. Il y a un écriteau, mais c’est écrit en Tamoul. Un Indien vient me voir et m’explique que cet homme médite pour la paix dans le monde. Jusque là, pourquoi pas, après tout, nous sommes en Inde. Mais la fin de l’explication est un peu plus surprenante. Il n’aurait ni bu ni mangé depuis 43 jours ! Assez dubitatif, je lui fais répéter, rien bu depuis 43 jours, c’est impossible, mais il n’en démord pas. 43 jours sans manger OK, passe encore, mais sans boire, non. Et là il ne dodeline pas de la tête, la réponse ne laisse place à aucune ambiguïté : « no, this man, very powerfull, 43 days no drink, no problem ».2 Eh oui, no problem, c’est bien connu, en Inde, tout est possible ! Enfin mine de rien, je me moque, mais ces actes très gandhiens de résistance passive ne me laissent pas insensible. Même s’il doit forcément boire discretos la nuit, c’est impressionnant cette abnégation.

43 jours sans boire ni manger !

43 jours sans boire ni manger !

Quant aux bas-reliefs, ils sont splendides, avec une finesse et une profondeur d’exécution, je ne vous en dis pas plus, si ce n’est un autre mystère, nul ne sait depuis combien de temps les éléphants de ces bas-reliefs n’ont pas bu.

Les éléphants de la pénitence d'Arjuna

Les éléphants de la pénitence d’Arjuna

En poursuivant plus au sud, je continue mon pèlerinage des temples hindous à Kumbakonam. Vues de près, certaines statuettes de ce temple adoptent des poses des plus suggestives. Mais il vous faudra aller sur place, ne comptez pas sur moi pour franchir les limites de la décence 😉

Débauche de couleurs au temple de Kumbakonam

Débauche de couleurs au temple de Kumbakonam

Tanjavûr, temple Brihadishwara

Tanjavûr, temple Brihadishwara

Étape suivante, Thanjavur. Le temple n’est plus coloré, mais historiquement, il l’était tout autant que le précédent.

Le temple Brihadishwara de Tanjavur

Le temple Brihadishwara de Tanjavur

Mais l’Inde du Sud, ce n’est pas non plus que le Tamil Nadu. Ne ratez pas donc le prochain épisode dans le Kerala puis les temples du Karnartaka, sans oublier quelques conseils pratiques pour un petit voyage en Inde du Sud.

Quelle classe choisir dans les trains en Inde ?

Les trains en Inde sont toujours bookés à 100 %, mais le secret, ce sont les gares qui disposent d’un quota touristes. Delhi, comme la plupart des grandes villes, en fait partie et je n’ai donc réservé ce billet Delhi-Chennai que quelques jours à l’avance. Pour les classes, c’est un peu compliqué, car il y en a beaucoup. Par ordre décroissant de prix :

  • Air-Conditioned 1st class (1AC) : première classe en wagon climatisé dans un compartiment de 2 ou 4 couchettes. Le compartiment se ferme avec une porte et les repas sont inclus.
  • Air-Conditioned 2-Tier (2AC) : compartiment de 4 couchettes en wagon climatisé. Le compartiment ferme avec un simple rideau.
  • Air-Conditioned 3-Tier (3AC) : compartiment de 6 couchettes en wagon climatisé. Il n’y de rideau pour séparé le compartiment du reste de la plateforme.
  • Sleeper : comparable au 3AC mais wagon non climatisé.
  • Second class : wagon sans réservation possible est le plus souvent bondé.

Dans les compartiments climatisés, draps et couverture sont fournis pour la nuit alors qu’en sleeper, rien n’est fourni. Pour vous donner un ordre d’idée des différences de prix, pour une même distance, si le billet 1AC coute 1000 Rs, il en coûtera 600 Rs en 2AC, 400 Rs en 3AC, 150 Rs en sleeper et 70 Rs en seconde sans réservation. Tous les trains n’offrent pas forcément tout le panel des classes. Beaucoup de monde sur les forums de voyage a tendance à recommander de voyager en 3AC, voir 2AC. Ils décrivent alors la classe sleeper comme une sorte d’enfer où vous devrez partager votre place avec deux Indiens. Rien n’est plus faux. Si vous avez réservé, votre place, c’est votre place, et s’il y a un problème, le contrôleur est là pour ça. Les wagons climatisés seront bien sûr plus confortables, mais il y fait souvent trop froid avec la clim à fond, et les vitres teintées à l’extrême ne vous laissent plus voir grand-chose du paysage. Tout le monde en voyage prétend vouloir aller à la rencontre des locaux. Le seul problème, c’est que c’est souvent une phrase un peu creuse, car les gens sont en fait plus prompt à rester dans leur cocon de confort. Si vous voulez rencontrer l’Inde, c’est en sleeper qu’il faut aller ! Vos voisins ne parleront peut-être que très peu anglais, mais la plupart du temps, ils vous proposeront de partager une partie de leur repas qu’ils ont le plus souvent emmené avec eux. Ne refusez pas, c’est impoli. Évidemment, vous n’êtes pas non plus obligé de vous empiffrer à leurs dépens, ça aussi c’est impoli ! Vous y trouverez beaucoup plus de chaleur humaine. Et c’est très économique. Par exemple, un billet Delhi-Varanasi en sleeper coûte environ 300 Rs, soit moins de 4 € pour 800 km.

  1. marchand de thé []
  2. non, cet homme, très puissant, 43 jours sans boire, pas de problème []

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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