Vertige dans la vallée du Tsaranoro

Pour le voyageur, il y a des pays qui sont une évidence et d’autres pas. J’ai tendance, depuis quelque temps, à être plus attiré par ces pays et malgré tout, Madagascar ne m’avait jusqu’alors pas vraiment traversé l’esprit. Une amie y était allée en 2007, ça avait fait apparaître ce pays sur la carte, mais ça n’avait pas suffi. Et puis un jour, j’ai vu une photo, la photo d’une falaise. Cette falaise, c’était Tsaranoro. Depuis ce jour, il me fallait aller à Mada, aller m’asseoir au pied de ce géant de granite et l’admirer, et me connaissant, la contemplation allait sans doute durer des heures.

À peine arrivé à Ambalavao, la bourgade la plus proche de la vallée du Tsaranoro, je ne tiens plus en place, tel un gamin qui attend son cadeau d’anniversaire. Ce voyage à Madagascar m’a déjà réservé bien des surprises dont je vous parlerai plus tard (désolé, la chronologie, ce n’est pas mon fort !), mais rien n’y fait, cette falaise m’électrise. À peine posé mon sac, je m’éloigne à pied du centre d’Ambalavao vers le sud, mais c’est peine perdue, on ne peut pas voir Tsaranoro d’ici. L’heure est donc à glaner des infos pour m’y rendre. Assez rapidement, j’arrange un petit séjour de 3 jours avec JB Trekking. Je prends cette fois l’option un peu faignant avec un guide pour m’y rendre. Rendez-vous est pris pour le lendemain aux aurores sur la place centrale d’Ambalavao où je retrouve Henri pour me rendre en taxi-brousse jusqu’à Vohitsoaka.

Au petit matin, petite course dans les rues d’Ambalavao pour trouver le taxi-brousse qui ne part plus finalement de la place centrale comme prévu. Mais Henri est un pro et finit par le trouver. Accessoirement, il parle aussi un peu mieux malgache que moi ! Le taxi-brousse, une 404 version bâchée, est déjà rempli à craquer, mais comme toujours, on arrive à trouver une place pour les nouveaux venus. Évidemment, mesurer 1 m 90 n’est pas forcément la meilleure option qui soit dans ces cas-là, mais on finit avec le temps par développer des talents à la Houdini ! Pour le coup, heureusement qu’Henri était là, car je ne suis pas certain que j’aurais réussi à le dénicher seul ce taxi-brousse.

Installation du marché à Vohitsoaka

Installation du marché à Vohitsoaka

Arrivé à Vohitsoaka, c’est jour de marché. Les vendeurs sont tout affairés à monter leurs étales sur la place centrale. Mais l’heure n’est pas à trop trainer. Un petit café, un petit-déj et c’est parti, direction le Meva Camp qui est à 10 km. Il y a bien une piste, mais pas de taxi-brousse, il faut les faire à pied. La balade est agréable. Nous croisons en chemin divers attelages qui se rendent eux au marché. Pour ces communautés rurales, le marché est un effet très important. C’est le seul lieu où l’on peut vendre ses récoltes et acheter quelques denrées indispensables tels l’huile, le sel ou encore la bassine en plastique rouge pétante et sans oublier de venir recharger son téléphone portable. Les villages dans la brousse n’ont généralement pas d’électricité, tout au plus quelques panneaux solaires pour les mieux lotis.

En route vers le marché de Vohitsoaka

En route vers le marché de Vohitsoaka

On vient également au marché pour se … désaltérer à coups de Toaka gasy, une sorte de rhum un peu … tort boyaux. Évidemment, cette dernière activité reste l’apanage des hommes qui au retour du marché ne sont quelquefois pas mécontents, pour certains d’entre eux, d’être accompagnés de leur femme pour les maintenir d’aplomb au cas ou l’horizon se mettrait à vaciller.

La balade se poursuit mora mora1 le long de la piste. D’ailleurs, pourquoi courir au milieu d’un paysage si somptueux ? Et puis soudain, alors que je commence à rêvasser, au détour d’un virage, Tsaranoro apparaît.

Tsaranoro à droite

Tsaranoro à droite

Quiconque est un tant soit peu attiré par la montagne ne peut rester indifférent à la vue de Tsaranoro. Tsaranoro, ce n’est pas une montagne toute tarabiscotée dans tous les sens. Non, Tsaranoro, c’est une falaise, une face presque parfaite, avec juste ce qu’il faut d’imperfections pour en casser la monotonie. À la vue de cette face, votre oeil fait des aller-retour entre le pied et le sommet, cherche des repères pour en évaluer la taille. De loin, ça n’est pas évident, c’est impressionnant, mais serait-ce juste un effet de perspective ou est-ce vraiment si gigantesque. Eh bien, la bonne réponse est la réponse B. Vous viendriez planter la tour Eiffel au pied de Tsaranoro qu’elle aurait l’air ridicule. Tsaranoro, c’est une falaise de granit pour ainsi dire lisse de 700 m. C’est un peu la version africaine de El-Captan dans le Yosemite.

Tsaranoro vu de Meva Camp

Tsaranoro vu de Meva Camp

Quiconque a déjà tâté du rocher se trouve à chercher des failles, une ligne, une cassure, une arrête, aussi fine soit-elle, qui mènerait le grimpeur jusqu’au sommet. Évidemment, même du temps où je pratiquais l’escalade, je n’ai jamais eu un niveau me permettant de tenter ce genre d’entreprise, mais il n’empêche, j’ai tout de même les doigts qui transpirent à la vue de cette paroi. Quelques fans de base jump fréquentent également occasionnellement ce spot, mais aujourd’hui, il n’y a personne à l’assaut de ce monstre de granite.

Vue sur Tsaranoro depuis le sommet du Caméléon avec mon guide

Vue sur Tsaranoro depuis le sommet du Caméléon avec mon guide

Et ce ne sont pas non plus les lémuriens qui vont s’y essayer. Ils sont bien plus affairés à casser la croute dans les arbres. Vous pouvez aller leur rendre visite, ils vous feront peut-être brièvement les gros yeux. Un petit « coucou, mais t’es qui toi » avant de reprendre de plus belle leur repas. Que voulez-vous, il y a des priorités dans la vie !

Lemurien au pied de Tsaranoro

Lemurien au pied de Tsaranoro

Alors sincèrement, ça en jette tout de même un peu cette vallée non ? Et ce n’est qu’un petit échantillon de ce que Madagascar a à vous offrir. Alors, pour une fois, si au lieu d’aller en Asie, vous mettiez cap au sud, cap vers l’Afrique, le continent oublié des voyageurs, cap vers Madagascar, cap vers la grande île. Elle et ses habitants en ont bien besoin. Vous ne le regretterez pas. Toujours pas convaincu ? En attendant mes prochains billets sur l’île rouge, vous trouverez quelques destinations malgaches sur le blog La Terre sur son 31 avec, entre autres, un petit tour à Nosy Ve.

Conseils pratique

Comment se rendre dans la vallée du Tsaranoro ?

Un taxi-brousse part tous les jours d’Ambalavao jusque Vohitsoaka. Il met environ 1 h 30 pour effectuer les 50 km. Le samedi, jour de marché à Vohitsoaka, le taxi-brousse part à 6 h d’Ambalavao. Si vous y allez seul, bien se renseigner la veille quant au lieu de départ de ce taxi-brousse, car à 6 h, les rues sont pour ainsi dire désertes donc s’il n’est pas sur la place centrale des taxis-brousse, bonne chance ! Les autres jours, le taxi-brousse part entre 8 h et midi, donc non seulement vous risquez de poireauter pas mal de temps avant qu’il ne décolle, mais en plus, une fois arrivé à Vohitsoaka, vous allez marcher sous le cagnard les 10 km restants. La dernière option, c’est de prendre n’importe quel taxi-brousse sur la RN7 et de se faire déposer au croisement qui mène à Vohitsoaka. Mais là, vous doublez la distance avec 20 bornes à faire à pied. Ne comptez pas en effet trouver en chemin un véhicule allant à Vohitsoaka, il n’y en a quasiment aucun.

La vallée du Tsaranoro ne fait pas partie du parc de l’Andringitra. Il n’y a donc pas de droit d’entrée et il n’est pas non plus obligatoire d’avoir un guide.

Où loger dans la vallée de Tsaranoro ?

Trois options s’offrent à vous. La moins chère, c’est le Meva Camp. Compter 10 000 A pour la nuit dans une tente équipée de 2 places puis 20 000 A par repas et 10 000 A pour le petit-déj. Ce camp est géré par JB Trekking qui a un bureau près de la gare des taxis-brousse à Amabalavao. Vous pouvez, au choix, tout arranger avec un guide depuis Ambalavao ou vous rendre directement au campement par vos propres moyens.

Les deux autres options, le Camp Catta et Tsara Camp ne sont pas du tout dans la même catégorie. C’est plus confortable, mais également, forcément, beaucoup plus cher. Les prix ici varient entre environ 40 000 et 150 000 A pour un bungalow pour deux personnes. Ce sont en général plutôt des groupes qui vont dans ces deux campements. Ils peuvent également arranger un transport jusqu’au campement, mais il faudra sortir quelques billets ! Un 4×4 est nécessaire pour le tronçon entre Vohitsoaka et les campements.

Que faire dans la vallée de Tsaranoro ?

Si vous étaler dans l’herbe pour admirer le Tsaranoro ne vous suffit pas, pas d’inquiétude, vous devriez pouvoir trouver de quoi vous occuper. Le meilleur spot pour admirer la vallée du Tsaranoro est le sommet du Caméléon. La photo en tête de cet article a d’ailleurs été prise depuis là. Trouver le sentier seul n’est pas forcément très difficile, mais attendez-vous tout de même à pousser quelques jurons en vous égarant dans la végétation 😉 Alternativement, vous pouvez prendre un guide. Ça n’est certes pas indispensable, mais c’est aussi un peu de boulot pour les locaux qui essayent de vivre du tourisme, pensez-y ! Le tourisme fait grise mine à Madagascar depuis quelques années avec la crise politique. Le sommet du Caméléon est à 1450 m pour un dénivelé de 600 m. Comptez 5 à 6 h pour faire la boucle.

Il est également possible de faire le tour du Tsaranoro. C’est un itinéraire « sportif » avec certains passages équipés avec des cordes. Je ne l’ai pas fait donc je ne fais que répéter les infos glanées auprès de mon guide.

Il est enfin possible de voir des lémuriens à proximité des campements. Vous pouvez être chanceux et tomber dessus très facilement … ou pas. Un guide saura les trouver à coup sûr.

  1. doucement []

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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