Samarcande, cachez cette ville que je ne saurais voir

Samarcande, on y vient pour admirer le Registan et toutes les autres splendeurs construites par Tamerlan. On vient pour y voir des dômes turquoise, mais pas que. Je vous avais d’ailleurs proposé il y a quelque temps un panoramique sphérique à 360° du Registan. Samarcande, c’est une promesse. La promesse des splendeurs passées de la route de la soie, la promesse de mille bazars dans une atmosphère chaleureuse. Sauf que les autorités ouzbèkes en ont décidé autrement. Autour de ces joyaux que sont le Registan, le mausolée de Gour-e-Amir et la mosquée Bibi Khanoum (pour les plus emblématiques), il n’y a pas de vieille ville, pas de bazars, ou pour être plus précis, il n’y a plus de vieille ville.

Les dômes turquoise du Registan

Les dômes turquoise du Registan

En arrivant à Samarcande, une fois posé mon sac dans une petite pension, je retourne ni une ni deux admirer ce que je suis venu voir, le Registan. Je m’attelle durant une bonne heure à une de mes activités favorites en voyage, à savoir poser mes fesses sur une bordure de trottoir et observer ce qui se passe. Imprimer dans mon cerveau ces dômes et ces minarets à l’éclat incroyable et observer le va-et-vient des badauds au milieu de tout ça.

Puis, je me rappelle avoir lu dans mon guide cette histoire de vieille ville cachée. Sauf que devant le Registan, et bien il y a le Registan, et pas grand-chose d’autre, à part d’assez grandes esplanades. Est-ce à dire que des scientifiques de l’ex-URSS (je rappelle aux étourdis que l’Ouzbékistan était une des républiques soviétiques) auraient trouvé une combine ? Il y aurait en fait à l’endroit même de ces esplanades des bâtiments, sauf qu’on ne peut pas les voir. Un coup de baguette magique et zou, tout aurait disparu. Ma consommation de vodka ayant été jusqu’à cette heure nulle pour cette journée, je n’adhère pas plus que ça à la théorie. Reste donc, au choix, soit à en trouver une autre, soit à aller acheter un demi-litre de vodka à 1 € à l’épicerie du coin pour finir la soirée.

Medersa Tilla Kari au sein du Registan

Medersa Tilla Kari au sein du Registan

Minaret de la médersa Cher-Dor au Registan

Minaret de la médersa Cher-Dor au Registan

Levé le lendemain (sans gueule de bois) pour continuer mon exploration. Direction cette fois-ci le mausolée de Gour-e-Amir. Là encore, un superbe dôme turquoise et pas grand-chose autour si ce n’est une grande allée dégagée devant et … un mur qui entoure tout l’arrière du bâtiment.

Mausolée de Gour-e-Amir

Mausolée de Gour-e-Amir

C’est assez peu visible sur cette photo, mais sous l’arbre en bas à gauche, on peut apercevoir les prémices d’un mur qui entoure tout l’arrière du mausolée. Une petite porte discrète permet d’aller derrière et là, oh magie, d’innombrables maisons font leur apparition. Pas du tout un bidonville, non, juste de simples maisons de la vieille ville de Samarcande. Mais à moins d’être assez perspicace, vous ne les verrez jamais. Ainsi en ont décidé les autorités. Une vue Google Maps de Gour-e-Amir est sans doute plus parlante, le mur est ici surligné en rouge.

Mur autour de Gour-e-Amir

Mur (en rouge) autour de Gour-e-Amir

L’autre joyau de Samarcande après le Registan, c’est la mosquée Bibi-Khanoum. Depuis le Registan, une longue allée piétonne, la rue de Tachkent, vous y mène. Et là les amis, bien venu à Disneyland. Au cas où l’on vous aurait téléporté ici, aucune chance d’imaginer une seule seconde, si ce n’est de par les tenues vestimentaires de certains passants, que vous êtes en Ouzbékistan. Aucun doute possible, vous êtes en fait chez Mickey.

Rue de Tachkent

Rue de Tachkent à moins que ça ne soit Eurodisney

Admirez tout de même ce petit train vert pour les touristes et cette rue ou tout est tiré au cordeau. Et de part et d’autre de cette allée, des boutiques de souvenirs, et évidemment, pas une seule étale dans la rue. Mais, à y regarder de plus près, voir même de très près, on finit par tomber sur une porte dérobée qui permet, là encore, d’accéder à la vieille ville. Car tous ces bâtiments ne sont en fait que des façades pour cacher la vraie ville qui se trouve derrière. Pour mieux comprendre, voyons à nouveau la rue de Tachkent sur Google Maps.

Vue Google Maps de la rue de Tachkent

Vue Google Maps de la rue de Tachkent

Entourées de rouge, vous pouvez apercevoir deux rues qui se terminent par une grosse porte métallique blanche. Un petit portillon permet aux piétons de passer discrètement pour rejoindre la rue de Tachkent (Toshkent yo’li). Mais si vous êtes en voiture, c’est un cul-de-sac. Il vous faudra faire tout le tour pour sortir du quartier par l’autre côté.

L'arrière de la mosquée Bibi Khanoum avec une Lada couleur locale.

L’arrière de la mosquée Bibi Khanoum avec une Lada couleur locale.

Rue de Tachkent devant la mosquée Bibi Khanoum

Rue de Tachkent devant la mosquée Bibi Khanoum

Heureusement, il reste encore quelques personnages qui font tout de même assez couleur locale. Mais que penser d’un tel projet urbanistique si ce n’est qu’il est profondément méprisant à l’égard des habitants de ces quartiers. Le touriste est roi et ceux, assez nombreux, surtout parmi nos compatriotes1, qui ont signé pour un voyage sur la route de la soie ont très souvent sorti pas mal de gros billets pour ça. On prend donc grand soin d’eux en les logeant dans de beaux hôtels et l’on a décidé pour eux qu’ils ne sauraient tolérer de voir quelques maisons qui dénotent à côté de ce musée à ciel ouvert. Il ne s’agissait pas de bicoques faites de bric et de broc, mais de vraies maisons, de tout un quartier avec sa vie et son histoire. Mais un jour de 2009, Karimov2 en a décidé ainsi. En route vers la modernité, en route vers l’hygiénisme architectural. Et évidemment, les habitants de ces quartiers n’ont jamais été prévenus de ce projet. Un jour, des ouvriers et des bulldozers sont arrivés et ont érigé ces balafres en quelques jours.

La place du Registan et ses 3 médersas.

La place du Registan et ses 3 médersas.

Sur l'esplanade du Registan

Sur l’esplanade du Registan

Le plus absurde dans cette histoire, c’est que nombre de touristes trouvent ça grotesque eux même. Ils n’étaient pas venus en Ouzbékistan pour n’y voir qu’un musée à ciel ouvert où toute vie a disparu.

Le jour où vous irez en Ouzbékistan , ce que je vous recommande malgré tout, en plus de visiter les incontournables de Samarcande, allez également visiter la ville historique, et plus particulièrement les quartiers derrière ces portes le long de la rue de Tachkent. Vous découvrirez une vraie vie de quartier, des enfants qui jouent dans les rues et si vous vous attardez un peu, un habitant viendra peut-être discuter un peu avec vous. Les Ouzbèkes sont souvent assez discrets, mais quand l’un d’entre eux vous aborde, soyez assuré que le contact sera très chaleureux. Parler un peu russe est alors un plus, car peu de monde parle ici anglais. Vous serez peut-être surpris de ne pas voir ici de photos de ce quartier. Il y a des moments ou l’appareil photo reste dans mon sac, et c’est très bien ainsi.

Vous allez me dire, ça aurait pu être pire, ils auraient pu purement et simplement raser la vieille ville, reloger (ou pas) ses habitants dans une lointaine banlieue et faire construire un vrai parc d’attractions qui se serait appelé Disneyistan à la place. C’est vrai, ils auraient pu …

De nombreuses photos illustrant cette aberration sont visibles également dans ce très bon article, le mur de Samarcande du blog 10 fois 80 jours.

Où se loger à Samarcande

Plusieurs B&B bon marché se trouvent à proximité du Registan vers la rue de Boukhara. Ma logeuse à Boukhara m’avait recommandé l’hôtel Najiba. Elle a bien fait. Cette petite pension est tenue par une babouchka absolument adorable. Elle ne parle que quelques mots d’anglais, mais quel sourire, quelle chaleur et quelle joie elle apporte dans la maison. Les chambres sont autour d’une cour et il est possible, sur demande, d’y manger le soir un dîner succulent. Bref, vous l’aurez compris, je recommande chaudement. La pension ne figure pas dans le Lonely Planet (ni dans le Routard, je crois). Depuis le Registan, prendre la rue de Boukhara qui passe devant le B&B Bahodir (une autre option pas chère) et continuer sur 500 m. Vous finirez pas tomber sur un panneau indiquant Hotel Najiba vers la gauche dans la rue Mubarakskaya. Vous y êtes, la pension est au numéro 83. J’ai payé 10 $ pour une chambre simple avec petit-déj. Pour les options plus luxueuses, désolé, je ne vais comme d’habitude pas vous être d’un grand secours.

  1. les Français sont en tête du nombre des touristes occidentaux en Ouzbékistan []
  2. président de l’Ouzbékistan []

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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