Pourquoi je suis encore retourné en Inde

Si vous me suivez sur les réseaux sociaux, vous savez probablement que je rentre d’un voyage d’un mois en Inde. Avant de partir, quand on me demandait où serait mon prochain voyage et que je répondais en Inde, pas mal de monde était surpris. « Mais tu y es déjà allé en Inde non ? ». Oui, j’y suis déjà allé puisque c’était mon cinquième voyage dans ce pays et en cumulant les précédents séjours, j’y avais déjà passé 6 mois. Mais alors, pourquoi, pourquoi retourner dans ce pays ? Un manque l’inspiration ? Une lubie ? Je vous dis tout, enfin presque…

Comme souvent, j’avais de nombreuses idées en tête avant de choisir la destination de ce voyage hivernal. Le Sri Lanka, la Colombie, le Tchad, le Cameroun. J’étais à deux doigts de jeter mon dévolu sur le Sri Lanka, mais finalement, après un tweet de Joana de VeniVidiVoyage, patatras, ce fut l’Inde. L’Inde, j’y suis allé une première fois pour le boulot en 1997 alors que mon curriculum de voyageur n’était qu’une page blanche, c’était l’Inde niveau grand débutant. Puis trois autres voyages plus ou moins longs ont suivi, le dernier pour un trek au Ladakh avec des amis en 2003, il y a plus de 10 ans. Alors pourquoi ce chambardement ? Parce que l’Inde me manquait. Chaque fois que j’en parle, je ne suis plus tout à fait moi. Je m’y revois, un chaï dans une main, un bidi dans l’autre à dodeliner de la tête. Mais voilà, la curiosité qui est normalement le lot du voyageur pousse à toujours choisir de nouveaux horizons, mais pas cette fois, plus cette fois. Dix ans c’est juste trop long, beaucoup trop long.

J'aurais pu y aller en rickshaw, mais j'ai pris l'avion

J’aurais pu y aller en rickshaw, mais j’ai pris l’avion

Mais alors, pourquoi donc cette obsession ? C’est en général assez difficile à expliquer une obsession. Pourquoi ce pays qui fait peur à certains et en dégoûte d’autres est devenu pour moi une sorte de Graal du voyage ? La réponse tient en fait en une phrase. In India, everything is possible1. Je suis très loin d’avoir parcouru le monde, mais pour ce que j’en connais, nul par ailleurs, le choc culturel n’y est aussi intense. Le simple fait d’y trouver deux religions aussi dissemblables que l’hindouisme avec ses milliers de dieux et d’idoles et l’islam qui bannit toute représentation figurée, ce simple fait n’est déjà pas banal. La cohabitation n’est pas toujours des plus harmonieuse, mais il n’empêche. Comme l’avait dit Nerhu, « l’Inde est une entité géographique, économique, une unité culturelle dans sa diversité, un assemblage de contradictions, maintenu par des liens puissants, mais invisibles. » Un assemblage de contradictions, le mot est faible.

In India, everything is possible

On ne voyage pas en Inde comme dans n’importe quel autre pays, tout y est plus fort qu’ailleurs. Un voyage en Inde, c’est un voyage 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Vouloir y échapper est un leurre et la garantie de passer à côté du voyage. C’est sans doute ça qui fait que certains adorent et d’autres frôlent la détestation, le fameux syndrome indien. Voyager ici demande sans doute plus d’engagement, mais une fois franchit le pas, une fois plongée la tête la première dans le chaudron indien, quelle récompense pour le voyageur. Ce semblant de chaos permanent qu’est l’Inde renferme plus de vie que n’importe où ailleurs. C’est un véritable raz de marrée, la vie y déborde de partout. De prime abord, ce chaos peut faire peur, sembler hostile, mais il n’en est rien. Pour s’en rendre compte, il suffit de s’arrêter et de poser son regard. Les sourires apparaissent alors sur bien des visages. L’Inde peut-être intimidante, mais elle n’est pas hostile, c’est même tout le contraire, elle est chaleureuse, enjouée, frétillante, pétulante, tellement vivante.

Ça déborde de vie, c'est le bordel, c'est le vieux Delhi

Ça déborde de vie, c’est le bordel, c’est le vieux Delhi

Quand je suis en Inde, je ne peux pas me contenter d’être spectateur, de sortir de mon hôtel, aller visiter tel ou tel monument et rentrer tranquillement une fois la visite terminée. L’Inde m’oblige à sortir de mon carcan, elle m’oblige à sortir de ma zone de confort, de ma petite forteresse virtuelle bâtie tout autour de moi au fil des ans. En France et dans de nombreux autres pays, on respecte ma forteresse. En Inde, ce n’est pas qu’on s’en moque, c’est qu’on ne la voit même pas. Elle n’existe pas, elle n’existe plus, elle a disparu. Ça a un côté indéniablement déstabilisant, mais n’est-ce pas non plus l’essence du voyage ? Certes, le voyage nous permet de voir de nos propres yeux les merveilles de ce monde, mais pas que, car c’est en fait rapidement assez ennuyeux. Le voyage nous permet également d’aller à la rencontre d’autre chose. Mais avec l’Inde, nul besoin de s’inviter chez elle. Que vous le vouliez ou non, l’Inde s’invite chez vous. Elle ouvre toutes les portes, toutes les fenêtres et fait souffler un vent de fraîcheur qui dépoussière tout sur son passage.

Pourquoi aller en Inde

Si je devais lister brièvement et très subjectivement pourquoi je suis retourné en Inde, ça ressemblerait à ça. Certaines raisons sont sérieuses, d’autres beaucoup moins :

  • Parce qu’on y mange bien, même dans les bouis-bouis.
  • Parce que l’Inde s’occidentalise moins que le reste du monde.
  • Parce que Gandhi.
  • Parce que c’est bon pour le karma.
  • Parce qu’il n’est pas nécessaire d’habiter à la campagne pour savoir vraiment ce qu’est une vache.
  • Parce que c’est movember 365 jours par an.
  • Parce que les cheveux ou la barbe teints au henné, c’est l’élégance suprême.
  • Parce qu’on y dodeline de la tête. Généralement, ça veut dire oui, mais parfois, ça veut dire non !
  • Parce qu’il n’y a rien de plus classe qu’un sikh avec son magnifique turban autour de la tête. Un Rajput avec son turban et ses boucles d’oreille, c’est pas mal non plus sans oublier une Indienne en sari.
  • Parce que les Indiens parlent avec un accent anglais à nul autre pareil.
  • Parce qu’on n’y roule ni à droite, ni à gauche, mais là où ça passe, même si des fois, ça ne passe pas.
  • Parce qu’à l’arrière des camions, on vous supplie de klaxonner. Il y est en effet écrit horn please.
Horn please

Horn please

  • Parce qu’en dehors du Rajasthan et de quelques autres spots, c’est assez peu touristique. Dans le Gujarat, hormis à Diu, j’ai dû croiser tout au plus une dizaine de touristes étrangers.
  • Parce que les Indiens adorent les photos. Pour qui aime en prendre, c’est le rêve.
  • Parce qu’y voyager sans rien planifier est d’une facilité déconcertante. En se pointant à la gare routière, il est rare de devoir attendre plus d’une heure avant qu’un bus n’aille pile-poil où vous voulez aller. Les trains demandent un peu plus d’organisation, mais pas tant que ça en fait.
  • Parce que in India, everything is possible, but sometime, not available2.
  • Parce que plus curieux qu’un Indien, ça n’existe pas. Ah si, j’avais oublié, les Bangladeshis sont encore plus curieux. Oui, c’est possible, je vous en avais d’ailleurs parlé ici : dans la peau d’une star au Bangladesh.
  • Parce qu’on y fume des bidis.
  • Parce que pour qui souhaite voyager longtemps, mais n’a pas un sou en poche, voyager n’y coute pas cher. Ce n’est pas une raison en soi de choisir l’Inde bien sûr, mais ça peut tout de même compter pour certains. Pour ce voyage, sans me prendre la tête et en faisant au plus simple, j’ai dépensé 480 € en 4 semaines. Évidemment, avec ça, je ne dors pas dans des palaces, mais ça tombe bien, je ne me plais que dans les hôtels bas de gamme. Les courbettes de rigueur dès qu’on passe une catégorie au-dessus m’indisposent. J’aime voyager simplement. Le voyageur économe pourra s’en sortir avec 10 € par jours.
  • Et évidemment, s’il ne fallait qu’une raison, parce qu’on y boit du chaï, le meilleur chaï au monde et on en trouve à chaque coin de rue !!

Itinéraire entre Delhi et Mumbai à travers le Rajasthan et le Gujarat

En Inde, je connaissais déjà au nord le Rajasthan, l’Himachal Pradesh et le Ladakh, au sud, le Tamil Nadu, le Kerala et le Karanataka. Ça laisse donc encore quantité de régions à visiter. Cette fois-ci, ce sera essentiellement le Gujarat. C’était l’idée en achetant mon billet d’avion, arrivée à Delhi et retour de Mumbai. Le parcours exact prendra forme comme souvent au fil du voyage. Delhi, Bundi, Chittorgarh, Udaipur, Ahmedabad, Junagadh, Diu, Palitana, Vadodara, Aurangabad (Ajanta et Ellora) et Mumbai, parcouru en bus et en train. Je ne vais pas rentrer dans les détails de cet itinéraire ici. Les différentes étapes feront l’objet d’articles à venir.

Alors, dis, c’était comment

Vous connaissez déjà la réponse, c’était l’extase évidemment. À peine arrivé à Delhi dans Paharganj, les sourires sont là, et le bordel aussi. Je pose mon sac et ni une ni deux, pars en quête … d’un chaï et d’un bidi.

Premier chai et premier bidi à Paharganj

Premier chai et premier bidi à Paharganj

Sur ces quatre semaines, pas un seul moment d’ennui, pas un jour sans. J’avais un peu peur avant de partir d’avoir au fil du temps un peu trop idéalisé ce pays, mais non. Nul par ailleurs en voyage, je ne me sens aussi bien dans mes pompes qu’en Inde. Ce pays a fait naître en moi la passion du voyage il y a maintenant plus de 15 ans et je pense que décidément, je ne m’en lasserai jamais. Car aucun doute, la prochaine fois ne sera pas dans 10 ans.

Assez de mots, un petit aperçu de cet itinéraire en 16 photos :

Bundi

Bundi

Procession dans les rues de Bundi

Procession dans les rues de Bundi

Tenue traditionnelle du Rajasthan

Tenue traditionnelle du Rajasthan

Procession à Bundi

Procession à Bundi

Fort de Chittor

Fort de Chittor

Pêcheurs à Udaipur

Pêcheurs à Udaipur

Vendeur de beignets dans les rues d'Ahmedabad

Vendeur de beignets dans les rues d’Ahmedabad

Mausolee de Vazir à Junagadh

Mausolee de Vazir à Junagadh

Girnar Hill

Girnar Hill

Port de Vanakbara sur l'île de Diu

Port de Vanakbara sur l’île de Diu

Ascension de Shatrunjaya à Palatina

Ascension de Shatrunjaya à Palatina

Jami Masjid à Champaner

Jami Masjid à Champaner

Temple Kailasa à Ellora

Temple Kailasa à Ellora

Bibi-qa Maqbara à Aurangabad

Bibi-qa Maqbara à Aurangabad

Dans les rues de Mumbai

Un journal, un chaï, what else ?

Dans les rues de Mumbai

Dans les rues de Mumbai

Et en attendant la suite, je ne saurais que trop vous conseiller d’aller faire un tour sur Ailleurs sur Terre, le blog d’Aurélie, elle aussi grande amoureuse de l’Inde. Elle y retourne là, tout de suite, le 25 mars. Ses articles sont toujours un vrai régal à lire. Un autre veinard, c’est Brice du blog World Wild Brice qui y retourne pour bosser, mais je ne doute pas qu’il trouve le temps de nous en parler un peu entre deux chaïs. Et avant le point final de cet article, un dernier conseil de lecture sur l’Inde, le rétroblog de Swim in India. Un voyage en Inde au début des années 80 publié aujourd’hui, jour par jour. Un vrai régal.

  1. en Inde, tout est possible []
  2. en Inde, tout est possible, mais quelquefois, ça n’est pas disponible []

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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