Voir Borobudur et dormir, ou l’histoire d’un traquenard

Je ne voulais pas mourir, donc je ne suis pas allé à Naples. À la place, je suis allé à Borobudur. Il y a plusieurs années, j’avais vu un documentaire décrivant avec force détails le temple bouddhiste de Borobudur à Java en Indonésie. J’avais été pour le moins fasciné. Le narrateur essayait adroitement de ménager un certain suspens quant aux origines du temple, mais il n’y avait pas que ça. Les images laissaient apparaître une architecture très différente de tout ce que j’avais pu voir jusqu’à présent. Mon voyage ayant cette fois pour destination l’Indonésie, Borobudur était donc forcément au programme. J’anticipais même que ce serait sans doute un des temps forts de ce voyage. Sauf que les choses ne se sont pas vraiment déroulées comme prévu.

Mais avant de poursuivre, contrairement à tous les autres articles du blog, la photo d’entête de ce billet, tout comme les autres, ne sont pas de moi. Vous comprendrez pourquoi en lisant la suite. Cette photo sous licence Creative Commons est de Yann Pinczon du Sel.

Comme je l’ai dit, Borobudur, j’en rêvais. Pour en profiter un maximum, je me rends donc sur place la veille et debout aux aurores pour le lever du soleil. Petite déception, le ciel est très nuageux, la lumière risque donc de ne pas être fameuse. Mais côté affluence, il semble que j’ai fait le bon choix, tout est encore très calme. Même si la lumière n’est pas vraiment exceptionnelle, durant les premières minutes, je suis un peu tout-fou. Quel est donc le meilleur point de vue pour réussir quelques photos ? L’exercice n’est pas des plus évident, mais je cherche, je fouine. Mission accomplie ? Vous ne le saurez pas 🙁

Vue d'ensemble de Borobudur

Vue d’ensemble de Borobudur. Photo sous licence Creative Commons de Gunawan Kartapranata

Une fois atteinte la dernière plateforme, je suis entouré de stupas. La jungle n’est pas loin et le soleil joue au chat et à la souris avec les nuages toujours très présents. Je me pose dans un coin et profite de l’instant. Le temps passe, et au fil des minutes et des heures, la foule arrive. Un groupe d’écoliers indonésiens s’en donnent à coeur joie à se prendre en photo avec leurs téléphones. À un moment donné, je vois bien qu’ils se concertent pour savoir lequel osera venir me demander s’il peut me tirer le portrait. Une fois donné mon accord, j’ai un peu l’impression de me retrouver sur les marches du palais des festivals à Cannes. L’ambiance est très potache, c’est assez drôle.

Borodudur

Borobudur. Photo sous licence Creative Commons de Jean-Marie Hullot

L’enceinte du temple de Borobudur est vaste et sans la quitter, à quelques encablures du temple, se trouve une petite colline. Je décide de m’y rendre pour d’une part profiter de la vue sur le temple, et d’autre part, me retrouver un peu au calme. Alors que je gravis le sentier, un touriste m’accoste. Il est français, d’Asnières, et voyage avec son pote de je ne sais plus trop quel pays. Moi qui recherchais de la tranquillité, c’est raté, car le gaillard est un rien pénible. Il se la joue un peu genre on est des potes de 30 ans. Je réussis, je ne sais plus trop comment, à prendre la tangente, mais peine perdue, dix minutes plus tard, un peu plus haut, le voilà à nouveau. Il a fait le plein de boissons fraîches et veut absolument m’en offrir une. Je refuse poliment, mais il insiste. Comme ça me soul, je refuse un peu moins poliment, mais il ne renonce pas pour autant et finit par ouvrir mon sac pour y glisser une bouteille d’eau à l’intérieur. Comme dirait l’autre, le gars pas trop lourd quoi !

Par je ne sais plus trop quelle pirouette, je réussis à nouveau à m’en débarrasser pendant … dix minutes 🙁 Il revient à la charge, toujours aussi pénible à taper ostensiblement l’incruste. J’ai beau chercher autour de nous, l’entarteur belge n’est pas là, je vais donc devoir me débrouiller seul. Mais hors de question de fuir, cette colline, elle est pour moi, non mais ! Au détour de ses questions toutes plus passionnantes les unes que les autres, il sort de sa poche un paquet de biscuits et m’en offre un. Vu qu’il me gonfle vraiment, je refuse à nouveau, pas la moindre envie de lui apparaître comme sympathique. Vous allez me dire, « t’es pas du genre très ouvert toi en voyage ». Et bien normalement si, mal là, clairement non, ce gars ne me revient pas. Mais forcément, un gaillard aussi lourd, ça insiste, donc il insiste et je finis par me dire « allez, file-le ton biscuit à la con, qu’on n’en parle plus ». J’engloutis donc le biscuit, un simple petit biscuit et … et je ne sais plus.

Allez, file-le ton biscuit à la con

Un peu plus tard, je me retrouve au poste de police le plus proche de Borobudur. Y suis-je allé de mon propre chef ou m’y a-t-on amené, je ne sais plus. La bonne nouvelle, c’est que mon super pote n’est plus là. La mauvaise, c’est qu’alors que son biscuit magique me plongeait dans les bras de Morphée, il en profita évidemment pour m’emprunter à plus ou moins long terme mon matériel photo,mes sous, mon passeport, ma carte VISA, bref, tout ce que j’avais sur moi. Il finançait manifestement son voyage avec l’argent des autres. Le patron de l’hôtel (le Lotus Guest House pour ne pas le citer) m’a rejoint au poste de police pour me filer un coup de main.

Une fois ma plainte déposée, retour à l’hôtel. Je rentre dans ma chambre et me couche pour me réveiller … 24 h plus tard ! Manifestement, le mufle n’avait pas lésiné sur la dose de somnifère, je suis encore complètement dans le gaz, mais l’heure est au bilan. J’ai beau voyager avec un petit budget, quelques billets sont tout de même nécessaires. Vous vous rappelez tous ces conseils de ne pas cacher tout le grisbi au même endroit ? Et bien ça prend tout son sens maintenant. Entre les quelques billets glissés dans la double poche cousue à l’intérieur de mon pantalon et ceux planqués dans mon sac à dos resté à l’hôtel, il me reste 250 €. Pour 20 jours de voyage, ça devrait aller. Je pourrais bien sûr demander à mes parents de m’envoyer de l’argent via Western Union, sauf que je n’ai plus aucun papier d’identité. Pour retirer le virement, ça complexifie un peu la chose.

Et maintenant que t’es plumé, tu fais quoi ?

Porter plainte, c’est déjà fait. Évidemment, il n’y a aucune chance que quiconque retrouve mon matériel photo et mes sous, mais la plainte est nécessaire pour l’assurance de voyage. Il convient d’ailleurs de les prévenir au plus tôt par email pour être certain de ne pas se voir refuser un remboursement ultérieur. Je me suis fait avoir par le passé (oui, le vol de mon matériel photo, c’est un peu ma spécialité 🙁 ), donc on ne m’y reprendra plus. Bonne surprise au retour, si je puis dire, AVA me remboursera sans sourciller, et davantage que ce à quoi je m’attendais (ce n’est pas un lien sponsorisé, mais pour une fois qu’un assureur semble faire son boulot …). Une fois réglé le problème d’assurance, l’autre accessoire souvent considéré comme assez utile en voyage, c’est le passeport.

Un nouveau passeport flambant neuf tu obtiendras

L’heure est donc venue cette fois-ci de me faire ami-ami avec monsieur l’ambassadeur. J’appelle donc l’ambassade de France à Jakarta depuis Borobudur. Et là, miracle, tout est en fait très simple. Ils vont me délivrer un passeport temporaire valable 6 mois que je récupérerai avant mon vol retour à Jakarta. Connaître son numéro de passeport est évidemment un plus pour accélérer la procédure.

Mais le passeport, ça n’est pas tout, il me faut également un visa indonésien. Là encore, rien de très compliqué, si ce n’est que le processus prendra plus de 3 heures. Ce n’est pas qu’il y ait affluence, je suis pour ainsi dire le seul, mais on me promène de bureau en bureau pour valider un nombre assez ahurissant d’étapes. J’ai appris depuis longtemps qu’en Asie, il est généralement préférable de rester calme et souriant pour arriver à ses fins, mais ça demande parfois de savoir faire preuve d’une certaine abnégation. J’ai tout de même failli éclater de rire quand à l’étape finale, une demoiselle me rendit mon passeport avec le visa, un grand sourire et un « et voilà, c’est déjà prêt ».

Et si tu n’es pas fan des biscuits ?

Plusieurs personnes m’ont fait ensuite remarquer qu’accepter de la nourriture d’un inconnu n’était tout de même pas très prudent. Mais dès que l’on voyage en indépendant, c’est tout simplement inévitable et je n’essaye pas de toutes façons d’y échapper. Si le but du voyage est de se méfier en permanence, à quoi bon. Dans nombre de pays, offrir un peu de son repas à son voisin dans un bus ou un train fait partie du savoir-vivre, et refuser est très impoli. Et évidemment, quand on est invité à manger ou à loger chez des inconnus rencontrés en route, il est juste impensable de refuser, car le voyage, ce sont aussi des rencontres. Évidemment, voyager seul vous expose davantage à ce risque, mais il faut relativiser, il reste tout de même faible. Si à un moment donné, vous ne le sentez pas, vous pouvez toujours vous assurer que la nourriture est effectivement partagée et pas uniquement pour vous. Mais le risque zéro n’existe pas.

Cette histoire peut peut-être vous sembler un peu flippante, mais en fait, hormis le désagrément financier et surtout le fait d’avoir perdu mes photos et de ne plus pouvoir en prendre, je ne peux pas dire que cette mésaventure fut en quoi que ce soit stressante. Il en aurait sans doute été tout autrement si je m’étais fait agresser, mais là, j’étais tellement à l’ouest avec cette méga dose de somnifère que je ne risquais pas de stresser le moins du monde. Ça ne m’a d’ailleurs pas du tout dégouté de l’Indonésie, car j’y retournais l’année suivante pour aller cette fois à Sulawesi. Vous vous en souvenez peut-être, j’en avais parlé dans mon billet sur les funérailles en pays Toraja, une expérience elle non plus pas banale, même si assez sanguinolente !

Very Bad Trip, certains vont le voir au cinéma, moi j’ai préféré, à mes dépens, en être l’acteur 😉 Et vous, vous êtes plutôt acteur ou figurant quand l’arnaque, l’embrouille, l’entourloupe est au coin de la rue ?

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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