Girnar Hill, 7000 marches vers le paradis

Le Gujarat, bien que proche du Rajasthan n’est pas au programme de la plupart des touristes et autres voyageurs. L’Inde est un pays immense et assez touristique, mais une fois quittés les classiques que sont le Rajasthan, Goa ou encore le Kerala, le touriste s’y fait en fait assez rare. Et s’il y avait d’autres choses à visiter. Si l’Inde avait d’autres facettes à offrir ? Je vous rebats peut-être un peu trop souvent les oreilles avec ces histoires de sentier un peu moins usé, mais qu’importe, j’aime bien jouer parfois un peu au poil à gratter 😉 Les villes indiennes vous fatiguent ? Allez donc vous dégourdir les jambes en gravissant les 7000 marches qui mènent au sommet de Girnar Hill, près de Junagadh.

Contrairement à Ahmedabad et ses 6 millions d’habitants, on s’attend à trouver à Junagadh, qui ne compte que 300 000 âmes, une certaine quiétude. Mais c’est sans compter sur le génie indien à transformer n’importe quel véhicule avec deux roues et un moteur en véritable générateur de raffut continuel, de pétarades et de klaxons. Je vous l’accorde, comme accroche pour vous vendre Junagadh et Girnar Hill, on a vu mieux, mais en même temps, si je vous parle de luxe, de calme et de volupté en Inde, vous n’allez pas forcément me croire. Il n’empêche, Junagadh n’est pas sans charme, loin de là. La ville compte quelques splendeurs architecturales datant d’un passé révolu.

Mahabat Maqbara

Mahabat Maqbara

Mosquée adjacente à Mahabat Maqbara

Mosquée adjacente à Mahabat Maqbara

Il se dégage des rues du centre-ville une ambiance assez atmosphérique, un peu désuète. Étrange par contre ses splendides demeures qui semblent être laissées complètement à l’abandon, sans même visiblement personne pour les occuper.

Dans les rues de Junagadh

Dans les rues de Junagadh

Nagar Road

Nagar Road

En route vers Girnar Hill

Si je suis venu à Junagadh, c’est avant tout pour grimper au sommet de Girnar Hill, loin des klaxons. Cette montagne qui se dresse au milieu d’une géographie des plus plate fait un peu figure d’anomalie. À défaut d’être un lieu très touristique, c’est une montagne sacrée et un haut lieu de pèlerinage pour les hindous et les jaïns. La gravir est à coup sûr l’assurance de booster son karma et peut-être même de guérir de plein de choses. Ça tombe bien, je traîne depuis ma première journée un peu fraiche à Delhi un rhume qui ne fait qu’empirer et m’affaiblit avec de gros coups de barre et de la fièvre de temps à autre. Aucun doute, Girnar Hill va me guérir, hare Krishna hare Krishna. Mais pour ça, il va falloir concéder à faire quelques efforts.

Levé aux aurores, j’avale deux comprimés de Doliprane pour calmer les ardeurs de la fièvre (certains diront que je doute déjà des pouvoirs sacrés de ce lieu saint) et hop, j’embarque dans un rickshaw pour rejoindre le pied de Girnar Hill. L’air est encore frais et j’enroule ma tête dans mon krama, car à l’arrière du rickshaw, il fait un peu frisquet. Ce n’est vraiment pas le moment de tomber encore plus malade.

Hare Krishna hare Krishna

Arrivé sur place, je suis loin d’être le seul. Pas d’autres blancs-becs à la ronde, mais de nombreux pèlerins indiens terminent leur petit déjeuner à l’une des nombreuses étales de rue. Le jour se lève, l’heure est venue de s’activer.

Le jour où j’ai lu cette histoire de 7000 marches dans mon guide, j’ai d’abord cru à une erreur d’édition. Un zéro supplémentaire se serait sournoisement glissé là, tapant l’incruste après les deux précédents, mais que nenni, il n’y avait pas maldonne, les 7000 marches sont bel et bien là à m’attendre placidement. Mes deux petits petons pointure 43 ne semblent pas les impressionner outre mesure, elles en ont vu d’autre. Moi par contre, avec mon état vaguement fiévreux, je suis un peu moins sûr de moi. Je n’en démarre pas moins d’un pas convaincu, une marche, deux marches, trois marches et hop, la première centaine est rapidement atteinte.

Des marches, encore des marches, toujours des marches.

Des marches, encore des marches, toujours des marches.

Vous vous rappelez ce hit de Jean-Pierre Madère, « je mets un pied devant l´autre (devant l´autre), sans penser à demain » (comment ça non, et votre culture musicale des années 80, vous en avez fait quoi 😉 ). Bref, j’adopte un peu la même stratégie, une marche, deux marches, trois marches et hop, une centaine de plus. Quand je marche sérieusement, je ne suis pas ce qu’on peut appeler la puissance incarnée, mais je n’aime pas m’arrêter sans cesse. Et encore plus cette fois, je me dis « si tu t’arrêtes, avec la fièvre, t’es foutu, tu ne vas plus décoller ». Je me fixe donc comme premier objectif de ne pas faire de pause durant la première heure. Dans les sections plus étroites en lacets, il y a affluence et ça bouchonne. Je me faufile entre ces pèlerins de tout âge et les dholis1. Le début de cet escalier sans fin court parmi les arbres, et qui dit arbre en Inde dit singes. Tiens, j’aurais peut-être dû prendre un bâton ! Ils semblent rester à distance raisonnable, mais une chose est sûre, ça n’est pas le moment de sortir son casse-croûte !

Au bout d’une heure, je tiens toujours la forme, donc je continue, une marche, deux marches, trois marches et hop, une centaine de plus. Vers les 4000 marches, je traverse un complexe de temples assez important, mais je poursuis mon ascension vers le sommet de Girnar Hill. Les temples, ça sera pour le retour. Au bout d’une heure trente, j’arrive à un premier sommet. Le décompte des marches est écrit sur l’une d’entre elles de temps à autre, mais là, rien, nada, et depuis pas mal de temps. Je mène l’enquête auprès du premier vendeur de pastèque dont je croise le regard, « namasté, combien de marches ? », et là, soulagement, 5000. En 1 h 30, c’est pas mal. Je m’accorde donc une pause au soleil.

Temples jaïns à Girnar Hill

Temples jaïns à Girnar Hill

Il reste encore 2000 petites marches pour atteindre le nirvana, le temple sommital de Girnar Hill. Mais petite surprise, le sentier se met soudainement à descendre. Là, tout de suite, je n’ai rien contre, mais la mauvaise nouvelle, c’est qu’il va bien falloir les remonter au retour ces marches. Je commence à fatiguer, mais malgré tout, je continue à doubler beaucoup de monde, dont de nombreux porteurs qui viennent réapprovisionner les stands en eau et autres victuailles. Et oui, pour beaucoup de monde, c’est devenu un business Girnar Hill.

Au pied du dernier sommet, le sentier se sépare en deux. Par la gauche, on accède au sommet et par la droite, on arrive à un temple légèrement en contrebas où l’on a droit à une collation gratuite. On est visiblement censé se rendre d’abord au sommet, mais je ferai l’inverse, peu importe. Je ne suis pas certain d’avoir tout compris à l’explication fournie par le prêtre, mais sauf erreur de ma part, certains jours auspicieux, une sorte d’énergie venant du temple supérieur se transmettrait au temple du bas, et le feu jaillirait alors spontanément dans une sorte de réceptacle. À la question est-ce que ça se produit souvent, la réponse est un dodelinement de la tête 😉

Temple au sommet de Girnar Hill

Temple au sommet de Girnar Hill

Retour un peu plus tranquille, j’en profite cette fois pour faire une pause assez longue au complexe de temples traversé durant l’ascension et prendre quelques photos en chemin. À un moment donné, quelques écolières d’un groupe scolaire sont littéralement terrorisées. Elles grignotaient des biscuits quand des singes leur sont tombés dessus ! C’est le genre de truc qu’on apprend assez vite en Inde, ne jamais casser la croûte devant des singes, car ils n’ont généralement peur de rien, enfin, pas de moi en tout cas ! Retour à l’hôtel en rickshaw, la fièvre est passée de 38,5° ce matin à 37,5° et je respire beaucoup mieux, mission accomplie, Girnar Hill m’a guérie. En fait non, la rémission sera de courte durée et la bronchite montera d’un cran dès le lendemain 🙁 Que faire dans ce cas ? Peut-être un autre pèlerinage en haut d’une autre montagne ? Ça tombe bien, Palitana est également au programme, mais ça, c’est pour plus tard, ces 7000 marches m’ont rassasié pour quelque temps. Et vous, il est à combien votre record de marches ? Qui dit mieux ?

Girnar Hill, quelques chiffres et quelques conseils

  • Je l’ai déjà dit, Girnar Hill, c’est 7000 marches pour environ 1000 m d’ascension. Ça n’est donc pas véritablement un exploit sportif en soi, mais toujours des marches, des marches et des marches, c’est tout de même un peu usant. Attendez-vous donc à avoir ensuite de bonnes courbatures durant quelques jours.
  • Depuis le centre de Junagadh, un rickshaw pour aller au pied de la montagne, distante d’un peu plus de 5 km, devrait vous coûter autour de 100 Rs, un peu moins au retour.
  • J’ai fait l’aller-retour en 5 h, dont 2 h 30 pour l’ascension. Si votre but est l’exploit sportif, il est tout à fait possible de réduire ce temps, mais c’est tout de même peu réaliste si vous voulez profiter du lieu. Je suis monté relativement vite au départ, mais j’ai ensuite pris mon temps. Il faut vraiment démarrer aux aurores, à moins que vous soyez du genre à préférer marcher sous le cagnard.
  • À Junagadh, l’hôtel Relief, au centre-ville, est une très bonne adresse. C’est certes bruyant, mais comme partout dans cette ville. C’est un hôtel des plus ordinaire (vous commencez à me connaître), mais l’accueil y est excellent. Le manager vous donnera tous les bons tuyaux sans avoir quoi que ce soit à vous vendre. Compter 400 Rs pour une chambre simple et 600 Rs pour une double.
  • Pour les plus faignants, ou ceux qui n’en ont tout simplement pas les capacités, il est possible de monter au sommet de Girnar Hill en doli, c’est-à-dire sur une chaise à porteurs. Le prix dépend de votre poids, 3850 Rs aller-retour entre 50 et 70 kg, 4250 Rs au-delà. Mais est-ce aussi bon pour votre karma, mystère !
  • Un festival assez énorme, le Bhavnath Mahadev, a lieu chaque année à Girnar Hill. Cette année, c’était le 25 février, une semaine après mon passage. Je suis donc passé à côté. La date dépend d’un calendrier lunaire, donc ça change tous les ans. Vous trouverez un peu plus d’informations ici. Comme souvent, ça doit valoir le détour, mais trouver une chambre d’hôtel est un peu mission impossible, à moins de réussir à réserver quelque chose bien à l’avance.
  1. chaises à porteurs []

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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