Débusquer le tarsier de Sulawesi à Tangkoko

Vous vous souvenez de Sulawesi, cette île de l’archipel indonésien à la forme assez étrange ? Je vous avais parlé il y a quelque temps d’une cérémonie funéraire à laquelle j’avais pu assister. Mais que trouve-t-on d’autre dans cette jungle équatoriale ? Pas de gros dragons comme à Komodo, encore moins des tigres de Sumatra et autres panthères de Java. Bref, survivre à la faune de Sulawesi est somme toute assez aisé. Alors adieu le grand frisson, je vous propose à la place un petit détour par le parc de Tangkoko pour aller y débusquer des tarsiers. Des quoi ?

Le tarsier est un tout petit primate que ne mesure que 10 à 15 cm. Comme tout primate, il est on ne peut plus agile et peut faire des bonds de 5 m de branche en branche. Mais le plus surprenant chez lui, ce n’est pas tant sa taille que sa morphologie. Il a deux yeux énormes, tellement gros qu’ils ne peuvent pas bouger dans leur orbite. Et si vous faites partie des curieux qui ont toujours rêvé de voir derrière votre tête, vous risquez fort de devenir très jaloux, car le tarsier sait faire ça. Non pas qu’il ait des yeux derrière la tête, mais sa tête peut pivoter de 180°. Le torticolis, il ne connait pas !

Tangkoko la nuit

Le tarsier ne pointe le bout de son nez qu’une fois la nuit tombée. Durant la journée, il dort dans les arbres. Me voici donc parti au crépuscule avec un guide dans le parc de Tangkoko. N’étant pas forcément coutumier de ces balades nocturnes dans la jungle, je ne vous cacherai pas que ça revêt tout de même un côté un peu intimidant. Tous ces craquements à chaque pas dans un environnement un peu inhabituel, ça fait son petit effet. Et à défaut de pouvoir contempler la jungle en raison de la pénombre, le mystère n’en est pas moins … mystérieux !

Mon guide évolue, avec sa lampe torche, de ficus en ficus à la recherche du petit animal. Évidemment, je suis un peu impatient et espère être tombé sur un pro qui saura dénicher mes amis les tarsiers. Je suis un peu dans le paradoxe du touriste qui ne veut pas voir les animaux au zoo, mais dans leur milieu naturel, tout en étant en proie à l’inquiétude que peut-être, il ne verra rien 🙁 Cela dit, j’ai du temps devant moi, si les tarsiers viennent à jouer à cache-cache ce soir, ça ne sera que partie remise demain soir. En voyage, avoir du temps est toujours le meilleur remède à tout !

La nuit dans la jungle, il n’y a pas grand-chose à voir, il faut juste veiller à ne pas trébucher dans les innombrables racines ni se cogner dans les branches qui pendouillent un peu partout (non, je ne me cogne jamais ou si peu 😉 ). Bref, nous déambulons joyeusement au milieu de tout ça quand soudain, mon guide s’arrête, le faisceau de sa torche éclairant un ficus. Il est là, agrippé au tronc, avec ses gros yeux, ses grandes oreilles et ses toutes petites pattes.

Tarsier dans le parc de Tangkoko

Tarsier dans le parc de Tangkokon admirez la longueur de la queue !

Parc de Tangkoko, tarsier

Parc de Tangkoko, tarsier

Les bruits de la jungle et la pénombre pourraient laisser à penser que nous sommes pour ainsi dire les seuls, mais en fait, pas vraiment. Une bonne douzaine de touristes sont déjà là avec leur guide autour de ce même ficus dans lequel une dizaine de tarsiers semble avoir élu domicile pour la soirée. Évidemment, ça casse un peu le mythe de l’explorateur, que je ne suis pas, mais je ne vais pas faire la fine bouche. Dans un premier temps, de peur que les tarsiers ne disparaissent, je mitraille avec mon appareil photo.

Ne serait-il pas un peu apeuré ?

Ne serait-il pas un peu apeuré ?

J’arrête un instant la séance photo pour observer le petit animal. Ses doigts minuscules, mais très allongés sont très curieux. Les primates nous semblent toujours à nous être des plus agiles. Pendant que nous nous déplaçons, lourdauds sur nos deux pieds, eux enchaînent sauts, virevoltes et galipettes avec un naturel assez désarmant. Ils semblent nous narguer, « tu m’as vu, eh bien non, tu m’vois plus ». Mais là, c’est encore plus surprenant. Le tarsier semble d’abord dévisser sa tête à droite puis à gauche pour observer son environnement, et quand il a enfin repéré une autre branche à son goût, hop, il n’est plus là.

Un quart d’heure plus tard, tout le monde plie bagage et rentre à bon port. Salut les tarsiers, on vous laisse partir à la chasse aux insectes, vous avez mérité un bon casse-croûte. Dernière surprise sur le chemin du retour, une mygale. Amis arachnophobes, passez vite votre chemin 😉

Migale

Migale

Tangkoko le jour

Ficus géant

À Tangkoko, il n’y a pas que des tarsiers et des mygales. Retour dans le parc le lendemain à l’aube, alors que la jungle s’éveille. Maintenant qu’on y voit un peu plus clair, les arbres sont en effet un peu plus impressionnants que les sapins dans mes Vosges natales. Certains ficus sont tellement gros avec un tronc si alambiqué qu’on peut grimper à l’intérieur.

Forcément, ces hautes cimes, ça attire le regard. La jungle frémit de mille bruits. Les cris des macaques, le vol et les chants des oiseaux dont les majestueux toucans, le bourdonnement des insectes, sans oublier les jurons de votre serviteur qui, trop curieux, oublie de regarder devant ses pieds et trébuche sur une racine !

Et comme mon guide est plutôt doué pour dénicher tout ce petit monde, il nous trouve même deux couscous dans les plus hautes cimes d’un arbre. Pour être honnête, j’ignorais jusqu’à l’existence de cet animal de la famille des marsupiaux. Et moi qui croyais que les plus faignants des animaux étaient les félins, un doute m’assaille à la vue de ces deux cocos. Ils sont assez peu visibles si haut perché dans les branches, mais à part nous observer, ils ne font rien. Tout au plus daignent-ils enrouler leur queue autour d’une branche pour ensuite se balancer et grignoter quelques feuilles au passage. Ils semblent faire preuve d’une léthargie assez prodigieuse. À les voir m’observer ainsi, je les imagine même à discuter entre eux « t’as vu le couillon de touriste là en bas, c’est pas une flèche, il n’arrête pas de trébucher, t’as déjà vu ça toi ? ». Bref, ils m’auront bien fait marrer les deux zigotos.

Quant aux macaques, ils nous ignorent copieusement. Ils se courent après, se chamaillent, s’épouillent, bref, ils jouent au singe !

Mais assez de longs discours,place maintenant à quelques photos de tout ce petit monde.

Un petit fromager, si mes souvenirs sont exacts

Un petit fromager, si mes souvenirs sont exacts

À l'intérieur d'un ficus

À l’intérieur d’un ficus

Deux couscous en pleine action

Deux couscous en pleine action (excusez la piètre qualité de la photo)

Un macaque à l'affut

Un macaque à l’affut

Toucan apportant à manger à son petit

Toucan apportant à manger à son petit

Oui, c'est un peu tout emmelé

Oui, c’est un peu tout emmêlé

Quelques conseils pratique

  • La plupart des touristes viennent à Tangkoko pour les tarsiers, car il n’y a guère qu’en Indonésie et aux Philippines qu’il est possible de croiser cette petite créature étrange. Mais comme vous avez pu le voir, Tangkoko offre bien d’autres réjouissances. Généralement, on va voir les tarsiers lors d’une petite balade d’une heure à la tombée du jour et on retourne dans le parc pour une visite plus longue le lendemain matin, aux aurores. Il est obligatoire d’être accompagné par un guide pour entrer dans le parc. On est quasiment certain de voir des tarsiers, mais pour les autres animaux, en particulier les couscous et les toucans, c’est plus aléatoire. Avoir une paire de jumelles est un plus, mais si vous n’en avez pas, votre guide en aura probablement.
  • Les tarsiers sont des animaux très peureux, il convient donc de ne pas les stresser. Il ne faut pas s’approcher à moins de 4-5 m d’eux, surtout si vous déclenchez le flash de votre appareil photo. Il ne faut pas non plus braquer une torche trop puissante sur eux. Les guides présents ce jour-là y veillaient, mais j’ignore s’il en est toujours ainsi.
  • Il y a plusieurs auberges bon marché à Batuputih, le village qui borde le parc de Tangkoko. Il peut-être intéressant d’y rester une journée de plus. Ce village en bord de mer est calme et agréable.
  • Alors que j’étais à Batuputih, je logeais dans la même auberge qu’une équipe de la BBC. Ils étaient là pour 6 mois afin de filmer les tarsiers en vue d’une série documentaire. Cette série est disponible ici, mais il faut malheureusement avoir une adresse IP anglaise pour avoir accès au replay.

Pour conclure, si l’île de Sulawesi vous attire (mais comment diantre pourrait-il en être autrement), j’en parlais de vive voix il y a peu avec Jonathan dans l’épisode 55 de Voyagecast (le podcast dédié au voyage) : en balade à Sulawesi avec One Chaï. Nous avons parlé du pays Toraja, des îles Togian, de Tangkoko évidemment, et de bien d’autres choses. J’ai adoré l’expérience du podcast, donc n’hésitez pas à aller tendre l’oreille de ce côté-là.

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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