Let’s go tacatac de Fianarantsoa à Manakara

Mon voyage à Madagascar s’était quelque peu dérobé dans les méandres de mon cerveau. Un ras de marée aux odeurs de curry, de beedies et autres chaïs avait submergé les souvenirs de cette balade dans les hautes terres de l’île rouge. Et puis NowMadNow, de retour de Madagascar, a secoué tout ça avec ses articles qui donnent furieusement envie d’y retourner, sans compter la vidéo de ce voyage dans laquelle j’y ai revu le petit train qui relie Fianarantsoa à Manakara. Et si je m’envolais une nouvelle fois vers Mada, vers la grande île ? Mais avant ça, suivez-moi, on embarque pour un voyage très tacatac tacatac tacatac. Let’s go tacatac.

Tacatac … tacatac … tacatac

Pour moi qui adore voyager en train, Madagascar n’était pas vraiment la destination rêvée, puisque de train, il n’y en a pas des masses. Quelques petits tronçons ici où là dont certains ne sont en fait ouverts qu’au transport de marchandises. À force de jouer aux contorsionnistes pour me faire une place dans les taxis-brousse, tourner un pied de-ci et glisser le second de-là dans un petit interstice, gagner ainsi quelques centimètres pour caser je ne sais trop comment mes grandes guibolles, je finissais presque par me croire appartenir au règne des marchandises, une marchandise qui plus est malléable.

Mais la mue n’était pas suffisamment aboutie pour être parfaite. Les trains de marchandises ne m’ouvraient pas encore leurs portes. Et puis un train de marchandise, ça ne vit pas vraiment. Ça fait bien tacatac tacatac tacatac, ça couine, ça tressaute, mais ses occupants ne sont pas très bavards ni très souriants. Mais entre Fianarantsoa et Manakara, un train à la locomotive rouge et aux wagons verts accueille à bras ouverts les passagers. Et en bon prince des rails, il traine également à sa suite quelques wagons de marchandise.

Un départ aux petites heures

Au petit matin, alors que la ville dort encore, j’approche de la gare. Les passagers de la seconde classe font la queue devant l’édifice aux allures de gare suisse. J’ai pour une fois fait une entorse à mon sacro-saint principe de ne jamais voyager en première classe. La veille, pris de fainéantise à l’idée de me lever plus tôt pour faire la queue aux aurores (il n’est pas possible de réserver en seconde), j’ai réservé un billet en première.

Je m’installe donc à bord du FCE (Fianarantsoa-Côte Est) pour une petite balade de 163 km depuis les hautes terres de Fianarantsoa jusqu’à l’océan indien à Manakara. Dit ainsi, c’est assez banal, mais pour être plus complet, il faut ajouter au tableau 1100 m de dénivelé, 17 gares, 67 ponts et 48 tunnels. Convenez-en, tout de suite, le programme a un peu plus de gueule non ?

Après le coup de sifflet réglementaire, la motrice tressaute et les wagons lui emboîtent le pas. À défaut de glisser sur les rails, le convoi quitte Fianarantsoa aux sons d’une symphonie en tacatac majeur. Après avoir traversé les faubourgs de la ville qui s’éveille, le train longe la route avant de traverser les plantations de thé de Sahambavy. Le voyage continue à une allure des plus paisible, 35 km/h en vitesse de pointe … tacatac tacatac tacatac … puis vient le premier tunnel. Impossible de le rater, car le wagon est alors plongé dans le noir total. Au sortir du tunnel, bienvenue dans un autre monde.

Luxuriante, on avait dit

Luxuriante la forêt, on avait dit

La ligne surplombe maintenant la forêt luxuriante, chose malheureusement plutôt rare de nos jours à Madagascar en raison d’une déforestation très importante. Il n’y a plus de route, juste ces deux rails parallèles qui serpentent à travers la forêt avant d’enjamber un pont ou de traverser un nouveau tunnel. Si vous avez toujours rêvé de vous pencher à l’extérieur d’un train en marche, une main accrochée à la porte et l’autre tendue à brasser l’air, c’est l’endroit rêver. Vérifiez tout de même qu’il n’y a pas un bananier un peu plus hardi qui se serait aventuré un peu trop près de la voie pour faire votre connaissance, à moins que ça ne soit un tunnel !

À chaque arrêt, le train est attendu. Les vendeuses de 7 à 77 ans cherchent le chaland pour lui vendre leurs fruits, légumes et autres réjouissances culinaires.

La police veille

La police veille

C’est un peu également l’attraction du jour dans ces villages pour qui le train est le seul moyen de transport disponible. Il n’y a pas de routes qui les relie à Fianarantsoa ou Manakara, tout au plus des pistes défoncées. Le wagon de première est celui qui attire le plus de monde, pensez donc, pour ainsi dire la moitié des passagers sont des vazahas1.

Gare sur le ligne du FCE

Quelques gamins espiègles s’entraînent à poser devant mon objectif. Le jeu consiste alors à réussir à prendre suffisamment de recul et déclencher avant qu’ils aient à nouveau le nez collé à la lentille aux sons d’une succession de vazaha ceci, vazaha cela et d’éclats de rire.

Le long de la ligne Fianarantsao-Manakara

Portrait entre Fianarantsao et Manakara

On y décharge les biens de consommation venus de la ville avant d’emplir à nouveau les wagons de café, bananes et autres avocats. Le train est vital pour les paysans de ces terres afin d’acheminer leur production vers les villes. Chacun s’en retourne alors chez lui, chargé de son barda, jusqu’au prochain passage. L’heure est à nouveau à un peu de tacatac tacatac tacatac.

Une gare parmi d'autres sur le Fianarantsoa-Manakara

Une gare parmi d’autres sur le Fianarantsoa-Manakara

Aux râleurs invétérés pour qui la fin du monde est proche quand leur train accuse un retard de 10 min, le FCE n’est pas pour vous. S’il part plus ou moins à l’heure, il n’arrive que quand l’humeur horaire du jour en a décidé ainsi. Sur le papier, le trajet dure entre 8 et 10 h. Pour moi, l’humeur du jour sera à 10 h pour couvrir les 163 km, c’était donc une humeur raisonnablement joyeuse. On est assez loin des moyennes du TGV, mais ça tombe bien, on n’est pas vraiment venu pour ça.

L’humeur horaire du jour peut augmenter crescendo en fonction de la quantité de marchandises à charger et décharger, des manoeuvres pour déposer un wagon dans une gare et en reprendre un autre, de la locomotive qui patine dans les côtes quand il pleut (la pente atteint par endroit les 3.6 %, le record du monde) et des pannes éventuelles. Le matériel est vétuste et la voie, construite entre 1926 et 1936 par les Français et les Chinois, en triste état.

Une fois arrivé dans les plaines, le train longe à nouveau la route au milieu des rizières et des palmiers. Histoire de finir sur une dernière note peu banale, avant d’arriver en gare de Manakara, la voie ferrée traverse la piste de l’aéroport de Manakara ! L’histoire ne dit pas si la tour de contrôle signale ou non au train s’il peut traverser la piste.

Il ne reste plus alors qu’à rejoindre le centre-ville en pousse-pousse, mais pas un pousse-pousse ordinaire s’il vous plait. Et si vous vous demandiez pourquoi trouve-t-on des pousse-pousse à Madagascar, la réponse se trouve quelques lignes plus haut.

Une Renault pas comme les autres

Une Renault pas comme les autres

Le c’est quoi c’est comment, les détails pratiques quoi …

  • Le train effectue le trajet Fianarantsoa-Manakara les mardi, jeudi et samedi à 7 h.
  • Le retour Manakara-Fianarantsoa a lieu les mercredi, vendredi et dimanche à 6 h 45.
  • Les aléas ont tendance à être plus importants dans le sens Manakara-Fianarantsoa, car ça monte (Fianarantsoa est à 1100 m). En théorie, le trajet dure une heure de plus, mais les gicleurs de sable à l’avant des roues de la motrice ne fonctionnant plus, en cas de pluie, il n’est pas rare que celle-ci patine et cale à n’en plus finir dans les côtes les plus raides. Mais ça peut toujours faire des histoires sympa à raconter par la suite. Il y aura également beaucoup moins de vazahas à bord.
  • Dans le sens Fianarantsoa-Manakara, il est préférable de réserver une place sur la gauche, car l’essentiel de la vue est de ce côté.
  1. étranger d’origine européenne []

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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