Et si Iran ne rimait pas avec Satan

Ami lecteur, je te propose un petit jeu. Ce soir, tu annonces à tes proches que cet été, tu pars en vacances en Iran. Normalement, face à toi, les mâchoires se décrochent et ça, c’est dans la version light. S’il y a un pays qui effraie plus que d’autres, c’est bien l’Iran. On se gausse des sketchs (désolé, je n’ai pas trouvé d’autre mot plus réaliste pour décrire ça) de Geogres W Bush dans lesquels il nous parlait des pays de l’axe du mal dont l’Iran aurait été la tête de pont, mais allez donc faire un tour sur les conseils aux voyageurs du Quai d’Orsay, la rhétorique n’est pas non plus des plus engageantes. Après ce genre de lecture, toute personne un peu censée ne peut que reporter sine die un voyage au pays des mollahs. Et s’ils avaient tort ? Si l’Iran n’était pas la destination dangereuse si souvent décrite ?

Je suis allé en Iran il y a maintenant quelques années, c’était en 2000, à l’occasion de mon voyage d’une année entre la France et le Laos par voie terrestre. L’illuminé Ahmadinejad n’était pas encore passé par là, et le non moins illuminé W non plus, mais il n’empêche, l’Iran c’était déjà un peu le grand Satan. Pour séduire une belle, on ne lui promettait que rarement un voyage en Iran, mais plutôt à Venise (oui, parce que Capri, c’était déjà fini !).

Et pourtant, des voyageurs au long cours ont de tout temps inscrit l’Iran à leur programme. En 2000, ils venaient de la Turquie et se dirigeaient vers le Pakistan. De nos jours, ils bifurquent au nord vers l’Asie centrale et sa kyrielle de pays en « stan » (l’un d’entre eux est d’ailleurs au programme pour moi sous peu). Tous reviennent avec des histoires d’hospitalité assez incroyable, j’avais d’ailleurs parlé de cette hospitalité dans un billet sur ma traversée de la frontière turco-iranienne, mais pas que, ils auraient vu en Iran quelques splendeurs. Et surtout, aucun mollah enturbanné ne leur aurait couru après en vue de chasser l’impie caché en eux.

Aucun mollah enturbanné ne leur aurait couru après

De toute évidence donc, soit la réalité est un brin différente du portrait officiel très anxiogène, soit tous ceux qui y sont allés sont victimes d’une sorte de syndrome de Stockholm. Alors bien sûr, on ne va pas en Iran en short et sa canette de bière à la main, l’un comme l’autre y étant proscrits, mais est-il nécessaire pour autant d’être, disons-le, zinzin, pour y aller ?

Il y a peu, un reportage d’Envoyé Spécial a un peu écorné le mythe du grand Satan. Pensez donc, les touristes en voyages organisés (oui, pas les inconscients précédemment cités) seraient de retour en Iran. Le nouveau président Hassan Rohani, partisan d’un rapprochement avec les pays occidentaux, faisant tout pour détendre un peu l’atmosphère, les procédures d’obtentions de visa se voient simplifiées.

Du coup, les touristes qui connaissent l’héritage culturel de ce pays sont de retour. Mais que viennent-ils donc y voir ? Que trouve-t-on en Iran de suffisamment intéressant pour accepter de laisser à la maison son short et ses tongs ? Ami lecteur, que connais-tu des splendeurs de la l’Iran ? En bon opportuniste que je suis, voici donc un petit tour du propriétaire.

Les incontournables de l’Iran

Ispahan, le royaume des dômes bleu turquoise

On va dire qu’Ispahan, c’est un peu le plat de résistance. Visiter l’Iran sans aller à Ispahan, c’est un peu comme visiter Paris sans aller voir la tour Eiffel. La tour Eiffel d’Ispahan, c’est la place de l’Imam. C’est une des plus grandes places au monde, mais là n’est pas son unique attrait.

La place de l'Imam, 500 m par 160 m s'il vous plaît.

La place de l’Imam, 500 m par 160 m, s’il vous plaît.

La grandeur, c’est bien pour les parades, mais la beauté se trouve dans le détail, dans la finesse architecturale des mosquées et palais qui bordent la place, et dans ces céramiques bleu turquoise, le même bleu qu’à Samarcande, voir même plus beau diront certains.

Minaret de la mosquée de l'Imam

Minaret de la mosquée de l’Imam

Mosquée du Sheikh Lutfallah

Mosquée du Sheikh Lutfallah

Voute d'entrée de la mosquée de l'Imam

Portail d’entrée de la mosquée de l’Imam

Céramiques de la mosquée de l'Imam

Céramiques de la mosquée de l’Imam

Le palais Ali Qapu

Le palais Ali Qapu

Une fois rassasié de la place de l’Imam, un petit tour au pont Khaju un peu plus au sud s’impose. Malheureusement, on ne s’y rafraîchit plus aujourd’hui, car il n’y a plus d’eau dans la rivière.

Le pont Khaju

Le pont Khaju

Chiraz, aux portes de Persépolis

Chiraz a également son lot de dômes bleu turquoise, mais l’attrait essentiel, ce sont les ruines de la citée antique de Persépolis. Je ne vais pas vous faire un cours d’histoire, là n’est pas mon propos, mais ses ruines ont tout de même la bagatelle de 2500 années.

Persepolis

Persepolis

Yazd, une des plus anciennes villes du monde

Pour compléter le tableau et former ainsi un trio, impossible de passer à côté de Yazd. Les mosquées n’y ont peut-être pas la splendeur de celles d’Ispahan (quoique), mais la vieille ville de Yazd, avec ses ruelles qui serpentent et forment ainsi un véritable labyrinthe, offre à voir un patrimoine qui a disparu des villes plutôt modernes que sont Ispahan et Chiraz. De nombreuses maisons sont équipées de badgirs, également appelés tour du vent. C’est en fait un système de climatisation naturelle des plus astucieux. La journée, ces tours capturent les courants d’air et créent ainsi une ventilation naturelle dans la maison. La nuit, les badgirs permettent de libérer la chaleur accumulée durant la journée.

Vieille ville de Yazd

Vieille ville de Yazd

Mosquée Amir Chakmak

Mosquée Amir Chakmak

Bagir ou tour du vent

Badgir ou tour du vent

Une autre curiosité, ce sont les heurtoirs de portes. La plupart des vieilles demeures en comptent deux. Ce n’est pas par souci de symétrie, mais pour résoudre un problème pratique bien plus terre à terre. L’un des heurtoirs est pour les hommes et l’autre pour les femmes. Si le mystère n’est toujours pas levé, voici l’explication. Ils créent chacun un son bien distinct, de sorte que si vous êtes un homme et qu’il n’y a que des femmes dans la maison, personne ne répondra. L’histoire ne dit pas si des polissons ne trichaient pas en frappant avec le heurtoir des femmes !

À gauche pour les hommes, à droite pour les femmes

À gauche pour les hommes, à droite pour les femmes, à moins que ça ne soit l’inverse

Donc, ce n’est pas dangereux ?

Pour conclure, inutile de préciser que cet article est bien évidemment de la pure propagande, étant moi même une victime du syndrome de Stockholm. Une famille iranienne près de Kashan m’a séquestré. Ils n’ont daigné me libérer qu’après de longues négociations. Il me fallait à tout prix accepter de goûter à tous les plats du fastueux repas auquel je fus convié.

Plus sérieusement, aucune mésaventure durant ce mois passé en Iran ? Une seule tentative d’arnaque un tant soit peu sérieuse. Deux individus ont essayé de se faire passer pour des policiers dans les rues de Téhéran. Sous le prétexte que soi-disant beaucoup de faux dollars étaient en circulation, ils voulaient contrôler mes dollars. J’ai prétendu n’en avoir aucun sur moi. Face à leur insistance à voir ensuite mon passeport, j’ai demandé à aller avec eux au commissariat le plus proche. Normalement, ça marche à tous les coups, et effectivement, ils ont déguerpi. L’autre astuce dans ces cas-là, c’est de ne plus savoir parler que français. Désemparés, les malotrus lâchent l’affaire.

Un peu de lecture

Pas convaincus ? J’ai tout prévu, voici quelques articles et vidéos glanés à droite à gauche de voyageurs qui sont eux aussi allés en terre perse :

  • Mathieu nous parle du grand bazar de Téhéran non sans un certain humour.
  • Clo et Clem nous parlent de Tabriz, et malgré une expérience plutôt traumatisante, l’Iran compte parmi les meilleurs souvenirs d’Asie centrale pour Clo.
  • Khaste Nabashin, la vidéo d’un voyage de 2 semaines de trois jeunes de 17 ans en Iran. Oui, vous avez bien lu, trois jeunes de 17 ans ! Alors, toujours si dangereux que ça l’Iran ?
  • Il n’y a pas que des Français au palmarès. Audrey et Dan sont Américains (des Américains en Iran, si W savait ça) et nous parlent à travers quelques instantanés de l’ouest de l’Iran (c’est en anglais).
  • Pour fermer le ban en beauté, la vidéo de l’ami Laurent d’Asiatrek en Iran (on peut également le voir dans le reportage d’Envoyé Spécial cité précédemment).

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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