Le Tadjikistan, premières impressions d’un voyage au Kiffistan

Amis lecteurs qui me suit sur les réseaux sociaux, tu as (je vais pour une fois être familier et te tutoyer) dû voir passer du #OneChaiInStan il y a peu, et pour cause, moi et les semelles de mes chaussures revenons d’un petit tour en Asie Centrale au royaume des pays en « stan » et plus précisément du Tadjikistan. Le Tadjikistan, quelle drôle d’idée diront certains. Si je te parle des montagnes du Pamir, ça te parle davantage, toujours pas ? Qu’à cela ne tienne, quand bien même tu ne t’extasies pas encore à l’idée d’aller vadrouiller dans le Pamir, ne fuis pas si vite. Non seulement tu pourrais bien changer d’avis, mais en fait, soyons clairs, tu vas changer d’avis !

Le Tadjikistan, j’en rêvais depuis déjà quelques années. Comment en arrive-t-on à rêver de poser ses basques dans cette contrée qui ne figure pas forcément sur le radar du tout un chacun ? Pour faire court, à l’aube de ce nouveau millénium (en 2000 quoi), mes pieds ont trébuché quelque part dans la vallée de Hunza au nord Pakistan. Et depuis ce jour, c’est un peu devenu une sorte de Graal, retrouver une nouvelle Shangri-La digne de Hunza. En rêvassant, le nez devant ma mappemonde, je finis par tomber sur un petit pays pas très éloigné du Pakistan, un peu plus au nord, le Tadjikistan. Sur la carte, par-dessus la couleur, il y avait énormément de gribouillis, tu sais, les petits griffonnages que font les cartographes pour représenter les montagnes. Et dans la moitié est de la carte, il n’y avait que ça, des gribouillis, sur lesquels il était écrit Pamir. Ces gribouillis, c’était une promesse, la promesse de vallées perdues au milieu de géants de granite.

Geisev dans la vallée de Bartang

Geisev dans la vallée de Bartang

Évidemment, le risque, c’est qu’au fil des mois et des années qui passent avant d’y aller, le rêve se gonfle un peu trop. On idéalise et on affabule de plus en plus jusqu’à atteindre des sommets d’espérance inatteignables. Les sommets, dans le Pamir, ça ne manque et plusieurs dépassent les 7000 m, mais il n’empêche, si finalement ça ne cassait pas trois pattes à un canard le Tadjikistan et si les Pamiris étaient de vraies têtes de lard !

Mais haltes là, inutile de faire durer le suspens plus longtemps. À la question « et alors, c’était comment le Pamir », une seule réponse s’impose : j’ai totalement kiffé. Ce mois passé au Tadjikistan fut un voyage au Kiffistan. J’y ai retrouvé les paysages ainsi que l’accueil chaleureux des communautés ismaéliennes de la vallée de Hunza. Mon précédent voyage en Asie Centrale au Kirghizstan et en Ouzbékistan avait été un succès, mais on ne peut juste pas comparer avec ces quatre semaines dans le Pamir. Durant ce mois, je me suis vautré dans l’allégresse. Ça n’est pas forcément évident à exprimer le pourquoi d’un tel enthousiasme. Les articles qui suivront finiront je l’espère par te contaminer et te faire embarquer à bord d’un vol pour Douchanbé, mais avant ça, pourquoi ne pas faire un inventaire plus ou moins sérieux du pourquoi toi aussi, tu vas aimer le Kiffistan.

Les 16 raisons, pour lesquelles toi aussi, tu dois aller te pâmer au Pamir

Attention, les raisons qui vont suivre pouvant être tout aussi bien le fruit de l’ivresse des montagnes, d’une consommation excessive de vodka que de pures affabulations (après tout, on m’a déjà traité de mytho suite à mon article sur Borobudur, alors pourquoi pas une nouvelle fois), je décline toute responsabilité quant à … tout !

  • Parce que que ce soit à vélo, à moto ou assis dans une machina1, la Pamir Highway est assurément une des route d’altitude incontournable en ce bas monde (pas si bas que ça cela dit …).
  • Parce que dans le Pamir, les bouchons, ça n’existe pas. Entre Mourgab et Sary Tach, soit 230 km, j’ai croisé 3 voitures et 2 vélos.
  • Parce que tu n’aurais rien contre revoir Vladimir Ilitch en statue (oui, c’est bien le prénom de Lénine).
  • Parce que Google Maps est un peu paumé quand tu essayes de faire un itinéraire qui emprunte des routes qu’il ne connaît pas. Et au font de toi, tu aimes bien narguer Google.
  • Parce que Laurent d’Asiatrek a choisi lui aussi d’aller y faire un tour. Malheureusement, à 2 semaines près nous ne nous sommes pas croisés. Mais deux Laurent au Tadjikistan en deux mois, si ce n’est pas un signe, c’est que tu dois peut-être changer tes lunettes.
  • Parce que la vodka y coûte moins cher que la bière, ce qui du reste peut-être la cause de fins de soirées difficiles pour le voyageur radin.
  • Parce que si tu trouves séduisant le concept d’être assis tranquillement dans un village à 2800 m tout en apercevant au loin des sommets à plus de 7000 m, tu es à la bonne adresse.
Langar

Langar à 2800 m, les sommets de l’Hindu Kush tout au fond sont à plus de 7000 m

  • Parce que si tu veux croiser des voyageurs empreints d’une certaine sagesse, tu es à nouveau à la bonne adresse. Le concept de full moon party n’a pas encore atteint les hautes cimes du Pamir.
  • Parce que si tu es criblé de dettes, crois-moi, à Geisev dans la vallée de Bartang, personne ne te retrouvera.
  • Parce que pour être un peu plus écolo en consommant moins d’eau, c’est la destination rêvée. La douche est un accessoire assez rare dans le Pamir.
  • Parce que tu vas pouvoir monter à 4655 m au col d’Ak-Baital tout en étant tranquillement assis dans un 4×4. Comme quoi le Pamir, ça peut aussi être un truc de feignant.
  • Parce qu’on y boit du chaï, zilioni2 ou tchiorni3, à toi de choisir.
  • Parce que tu peux croiser dans un bled complètement paumé, sans route qui y mène, un patriarche qui te parle d’Honoré de Balzac.
  • Parce qu’ils ont tout de même fière allure ces Afghans au marché d’Ichkachim.
  • Parce que dans certains restos, on se croirait dans un film de Kauriskmaki et ça, ça n’a pas de prix.
  • Parce qu’avec les paysages que tu vas voir en photo, si tu n’es pas convaincu, il faut vraiment que tu changes de lunettes.

Mon itinéraire sur les routes du Pamir entre Douchanbé et Och

Le voyage commence donc à Duchanbé, la capitale du Tadjikistan. Direction ensuite le Pamir avec Kalaïkhum puis la ville de Khorog qui est avec 28 000 habitants la ville principale du Pamir. Puis direction la vallée de Wakhan avec Ichkachim et Langar avant de retourner à Khorog. Enfin, un détour par la vallée de Bartang à l’est de Rushan avant de retourner à nouveau à Khorog et d’emprunter la Pamir Highway jusqu’à Mourgab puis Och au Kirghizstan.

Ça représente environ 2000 km en un mois avec de petits détours ici ou là. C’est un rythme très raisonnable, mais j’aime profiter d’un lieu et ne surtout pas courir donc j’ai trouvé cette durée idéale. À noter sur cette carte que Google n’est pas au courant qu’il existe une route qui remonte la vallée de Bartang. Il veut également absolument me faire passer par la rive afghane pour aller d’Ichkachim à Langar alors que la vraie route se trouve bel et bien du côté tadjik. Bref, Google est un peu à la rue.

Le Tadjikistan et le Pamir en 11 photos

En photos, cet itinéraire, ça donne à peu près ça :

Douchanbé, Bag-i Rudaki

Douchanbé, Bag-i Rudaki

Village afghan le long de la route Douchanbé-Khorog

Village afghan le long de la route Douchanbé-Khorog

Ichkachim

Ichkachim

Marché afghan d'Ichkachim

Marché afghan d’Ichkachim

Marché afghan d'Ichkachim

Marché afghan d’Ichkachim

Ichkachim

Ichkachim

Vallée de Wakhan

Vallée de Wakhan

Mourgab

Mourgab sur le plateau du Pamir oriental

Kirghizes à Mourgab

Kirghizes à Mourgab

Un vélo solitaire sur la Pamir Highway

Un vélo solitaire sur la Pamir Highway

Bazar de Och

Bazar d’Och

Et encore d’autres à venir, il y a matière. Contrairement à mes habitudes, j’essayerai d’ajouter davantage de conseils pratiques. Je ne suis généralement pas très prolixe en la matière, car ce blog n’a pas pour vocation, et encore moins pour prétention, à se substituer à un guide de voyage. Ces quelques lignes ici et là aspirent avant tout à te donner si possible l’envie d’aller un peu en dehors des sentiers battus. Mais les informations pratiques sur le Tadjikistan et le Pamir étant plutôt rares, j’ai fait l’effort de prendre plein de notes dans mes carnets pour faciliter la tâche à ceux qui souhaiteraient s’organiser un peu à l’avance.

Alors que penses-tu de cette petite virée tadjike ? Si ce premier aperçu t’a plu, n’hésite surtout pas à partager cet article sur tes réseaux sociaux. Le Tadjikistan reste bien trop peu connu des voyageurs au vu de ce qu’il a à offrir. Apporte ta pierre à l’édifice pour corriger cette grande injustice 🙂

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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