Impressions de Chine : ils sont 1,4 milliards, et moi et moi et moi

La Chine, je rentre juste d’un voyage d’un mois en Chine. C’était ma première fois. Ça a beau faire 17 ans que je bourlingue plus ou moins régulièrement avec mon sac à dos entre l’Asie et l’Afrique, je n’étais encore jamais allé en Chine. Au retour d’un voyage, j’aime bien démarrer par un billet un peu fourre-tout et foutraque. Tu commences à me connaître et tu sais bien que me prendre au sérieux n’est pas vraiment mon fort. Quelques bribes de sérieux se sont néanmoins glissées ici et là, mais du sérieux en mode jovial. Alors installe-toi sur un siège confortable, et viens donc avec moi dans l’Empire du Milieu. Où ça ? Puisque je te dis que c’est au milieu…

Pourquoi seulement maintenant

L’Asie est de loin le continent que j’ai le plus arpenté et quiconque se pose devant une carte de ce continent peut voir qu’en plein milieu de la carte, tel un nez au milieu d’un visage, sauf que c’est un gros nez, se trouve la Chine. C’est incontournable, c’est le pays le plus peuplé du monde et pourtant, je n’étais jamais allé en Chine.

Évidemment, l’idée avait traversé mon esprit plus d’une fois, mais ça ne prenait pas, la Chine ne piquait pas suffisamment ma curiosité pour que mes pas m’y mènent. Durant mes nombreux voyages, quand je croisais un ou une initiée, je l’interrogeais, « et alors, la Chine » ? Certains avaient aimé, mais une petite rengaine, pas systématique, mais tout de même bien présente, me répondait « les Chinois sont plutôt froids et n’en ont pas grand-chose à faire de toi ». Là, c’était embêtant. En voyage, je passe en fait assez peu de temps à visiter les sites touristiques en tant que tels et bien plus à simplement déambuler dans les rues, à observer ce qui s’y passe. Je me pose quelque part, et je regarde, je souris, je joue à l’observateur de rue.

Mon métier, observateur de rue. Ici à Xining.

Mon métier, observateur de rue. Ici à Xining.

Invariablement, il y a toujours des curieux pour m’aborder, et quand bien même ils ne parlent pas toujours anglais, c’est un échange, une rencontre, un instant de complicité. En Inde par exemple, ce télescopage est permanent, mais s’il n’existe pas en Chine, c’est une grosse par du gâteau de voyage qui disparaît.

Mais ça, c’était avant, avant que d’autres blogueurs, j’ai nommé Fabienne et Benoit du blog Novo-monde, Amélie de Voyagista, Aurélie de Curieuse Voyageuse, Anne de Annima et Gaëlle de Joe le Mouskito, n’ourdissent un complot pour me convaincre que la Chine serait ma prochaine destination (mille excuses si j’ai oublié d’autres comploteurs). Toi, ami lecteur, tu aurais peut-être résisté, mais je suis faible, j’ai craqué.

Direction la Chine… en train

Et c’est ainsi qu’un beau matin du mois de mai, pour me rendre de l’Empire de l’Ouest, où je réside, à celui du Milieu, j’arrive à la gare de l’Est à Paris. Eh oui, basta l’avion, je pars en Chine en train. Une petite glissade ferroviaire de 8900 km et 129 h avec une pause de deux jours à Moscou ainsi qu’à Astana avant d’arriver en Chine par l’ouest, à Ürümqi.

Un samedi matin gare de l'Est

Un samedi matin gare de l’Est

Si tu as l’œil averti, tu remarqueras sur cette photo qu’il y a eu comme un bug au démarrage, un petit contre temps. De l’imprévu dès le départ, voilà qui est donc on ne peut plus prometteur !

Une petite pause moscovite

Deux jours à Moscou, c’est un peu court, mais c’est une petite mise en bouche. Je ne serais pas surpris qu’un autre jour, un autre train me fasse à nouveau fouler les pavés de Moscou.

À Moscou, j’y ai donc croisé des Moscovites qui eux aussi foulaient le pavé de la Place Rouge.

Place Rouge

J’y ai vu le petit peuple côtoyer les Dieux

Cathédrale du Christ Sauveur

Cathédrale du Christ Sauveur

Et quelques splendeurs architecturales au Kremlin et ailleurs.

Clocher d'Ivan le Grand au Kremlin

Clocher d’Ivan le Grand au Kremlin

Astana, la Dubaï des steppes

Après une nouvelle glissade ferrée, c’est l’heure de la pause à Astana, la jeune capitale du Kazakhstan. Le Kazakhstan, tient donc, un « stan » s’est donc glissé incognito sur mon chemin. Tu imagines bien que c’est on ne peut plus fortuit. Astana, plutôt une bonne surprise pour être honnête.

Astana et son Bayterek

Astana et son Bayterek

Astana

Des tours

Encore des tours

Encore des tours

Et zou, à moi la Chine

Rassures-toi, je reviendrai plus en détail sur ce long voyage en train et sur les épisodes moscovites et astanéens, mais poursuivons, le train n’attend pas. Le passage de la frontière chinoise (la septième depuis Paris) se transforma en gag. Loin de la froideur précédemment évoquée, les douaniers chinois, de saprés boute-en-train, m’accueillirent avec une de leurs petites plaisanteries. Ils me confisquèrent mon Lonely Planet. Anticonstitutionnel qu’il était mon guide. J’avoue n’avoir jamais songé un instant réussir à glisser un jour ce mot dans un de mes billets. Quel veinard je fais tout de même ! Là encore, j’étofferai plus tard cette petite blagounette. Ce billet est en train de se transformer en teaser permanent en fait…

M’y voici donc, neuf jours après avoir quitté Paris, je débarque au petit matin à Ürümqi. À moi la Chine, à moi les Chinois. L’heure est venue de confronter mes a priori à la réalité. Voyager dans sa tête sur le qu’en-dira-t-on, c’est bien beau, mais le terrain, il n’y a que ça de vrai.

De la Chine, on m’avait dit…

« En Chine, personne ne parle anglais, bonjour la galère »

Force est de reconnaître que c’était vrai. Même à la réception des hôtels, personne ne parlait ne serait-ce qu’un mot d’anglais. Et bien qu’ayant fait l’effort de bosser une méthode de langue pour apprendre le Chinois 3 mois avant mon départ, je ne suis pas allé bien loin. Certains sont plus doués que d’autres pour apprendre une langue, mais le chinois et moi, ça n’a pas vraiment pris. Bonjour, merci, au revoir, négocier un prix ou demander l’horaire d’un bus, OK, mais pour le reste, ce ne fut pas glorieux. Ça n’est pas toujours simple, c’est parfois frustrant ou drôle, c’est le voyage.

Fastoche

Fastoche

Super fastoche

Super fastoche

« Les Chinois ne sont pas sympas, plutôt froids, distants et pas serviables »

Les Chinois ne seraient donc pas sympas et n’en auraient rien à battre des Occidentaux. Alors là, j’avoue que c’est à peu près le dernier qualificatif qui me serait passé par la tête à leur encontre. Évidemment, certains vaquent à leur business comme si de rien n’était, je n’ai pas tout à fait le statut de rock star comme par exemple au Bangladesh, mais il n’empêche. Malgré mes plus grandes difficultés à m’exprimer en chinois, mes interlocuteurs, que ce soit dans les hôtels, à la gare routière ou au resto ont toujours été patients et attentionnés. Mes demandes, souvent sans doute peu compréhensibles, les amusaient. Je n’ai jamais eu l’impression de jouer le rôle de l’emmerdeur qui dérange. Mais j’ai toujours posé mes questions avec mon peu de Chinois, jamais en anglais, c’est peut-être ça la clé.

Distants les Chinois ?

Distants les Chinois ?

« Les Chinois crachent partout, c’est vraiment dégueulasse »

Certes, il n’est pas rare d’entendre un doux son de raclement de gorge suivi de l’expulsion bucolique d’un… molard. Ça surprendra peut-être celui ou celle qui a peu voyagé en Asie, mais sincèrement, comparé aux Indiens, je les ai trouvés bien timorés les Chinois !

« Faire la queue en Chine est un véritable sport de combat »

À moins que mon mètre quatre-vingt-dix les ait impressionnés au point de ne pas oser me doubler, faire plus ou moins la queue fut raisonnablement simple. On était loin en tout cas des contorsions et des prises de kung-fu que cela peut parfois nécessiter en Inde pour garder sa place. Là, c’était plutôt du tai-chi qu’il fallait faire pour préserver son rang, beaucoup plus doux !

Alors, la Chine, c’était comment

Je n’ai visité qu’un tout petit morceau de Chine, entre Ürümqi et Lanzhou, donc même si je présente mes impressions comme des généralités, n’étant pas encore devin en ce monde, elles ne s’appliquent bien sûr qu’au peu qu’il m’a été donné de voir durant ce petit mois.

En plus des quatre questions existentielles énoncées précédemment, j’ai tout de même découvert quelques à-côtés :

  • Après de nombreuses heures passées dans les bus, le kung-fu n’a plus le moindre secret pour moi. En effet, un voyage en bus en Chine sans un film de Jackie Chan, ça n’existe pas. Ceci explique peut-être pourquoi les Chinois ont été plutôt sages avec moi dans les queues, ils savaient à qui ils avaient affaire. Merci Jackie.
  • Les Chinois ont beau être nombreux, on en vient parfois à se demander s’il n’y aurait pas encore plus de grues que de chinois dans ce pays. Des grues partout, partout, partout. On construit des tours, des routes, des autoroutes, des voies de chemin de fer. On construit, on construit, on construit… C’est juste dingue en fait.
  • S’exprimer en chinois ne fut pas des plus simple, mais les Chinois utilisent un système génialissime pour compter avec les mains. En Chine, tu peux compter de 1 à 10 avec ta main tout en conduisant. Quand nous avons besoin de nos deux mains, eux n’en utilisent qu’une. Démonstration avec Tiziana et Clément du blog L’Eusses tu Cru. Ils destinaient plutôt cette vidéo aux enfants, mais ça marche aussi avec les grands enfants 😉 Petit aparté, j’ai rencontré Tiziana et Clément durant ce voyage et ils sont géniaux ! Ils enchaînent avec une traversée de l’Asie Centrale, le royaume des « Stan », à suivre donc de toute urgence.

  • En Chine, se faire prendre en photo devant le panneau d’entrée d’un site touristique est vraiment le nec plus ultra. Il faudra du coup que j’aille vérifier un de ces quatre s’il y a bien un panneau « Tour Eiffel » au pied de la dame de fer, sans quoi ces chers touristes chinois tellement courtisés risquent d’être fort dépourvus.
  • Voyager en Chine s’est avéré plus cher que prévu. En « standard asiatique », si on laisse de côté le Japon et la Corée du Sud, la Chine est clairement plus chère. À titre de comparaison, quand un mois en Inde me revint à moins de 500 €, trois semaines et demie en Chine m’auront coûté quasiment 1000 €. Les transports et la nourriture y sont bon marché, mais difficile de trouver un hôtel à moins de 20 €. Certes, le niveau de confort y est supérieur à ce à quoi je suis habitué, mais le confort est quelque chose qui me passe un peu par-dessus la tête en voyage. Certains sites touristiques sont eux aussi chers : 120 ¥ pour les dunes de Dunhuang (soit 17 €, idem pour les Chinois) ou encore 240 ¥ pour les grottes de Mogao (soit 34 €, le record), ça n’est pas anodin.
  • Quand tu arrives dans les régions à forte population tibétaine, tu n’es pas à l’abri de croiser quelqu’un qui ne parle pas anglais (normal), mais pas davantage mandarin. Retour à la case départ !
  • Si tu veux passer pour une star, la solution miracle, c’est de rouler des cigarettes dans la rue. Je ne suis pas fumeur sous nos latitudes, mais je ne pars jamais en voyage sans un paquet de tabac à rouler. J’aime bien ce petit rituel qui intrigue toujours beaucoup. Je ne compte plus les Chinois qui ont été amusés, voire même fascinés par mon petit jeu de fabricant de cigarettes. De quoi susciter bien des rencontres.

L’heure du bilan

Le bilan sera en fait une question. Comment ai-je pu attendre aussi longtemps avant de visiter la Chine ? D’autres voyages dans l’Empire de Milieu ? La réponse est dans la question pardi ! Seule ombre au tableau de ce voyage, une tentative d’agression de la part de deux moines. Là, il faut bien l’avouer, c’était vraiment chaud. Mais encore une fois, merci Jackie Chan de m’avoir tiré de ce mauvais pas !

Au monastère de Tongren, 2 moines jaillissant de nulle part

Au monastère de Tongren, deux moines jaillissants de nul part

Mon itinéraire chinois

En plus des 8900 km de train entre Paris et Ürümqi, suivront 2300 km en bus d’Ürumqi à Lanzhou à travers les provinces du Xinjiang, du Qinghai et du Gansu.

Le parcours en 10 photos

Lac du croissant de lune à Dunhuang

Lac du croissant de lune à Dunhuang

Marché de nuit de Dunhuang. En Chine, tout est bon !

Marché de nuit de Dunhuang. En Chine, tout est bon !

La Grande Muraille à Jiayuguan

La Grande Muraille à Jiayuguan

Les montagnes colorées de Zhangye Danxia

Les montagnes colorées de Zhangye Danxia

Mosquée Dongguan à Xining

Mosquée Dongguan à Xining

Monastère de Tongren

Monastère de Tongren

Monastère de Labrang à Xiahe

Monastère de Labrang à Xiahe

Rassemblement de moines au monastère de Labrang

Rassemblement de moines au monastère de Labrang

Labrang, il tourne il tourne le moulin à prière

Labrang, il tourne il tourne le moulin à prières

Labrang, contrairement aux apparences, ça n'est pas un punk !

Labrang, contrairement aux apparences, ça n’est pas un punk !

C’est terminé pour aujourd’hui. Évidemment, tu meurs d’impatience de lire la suite non ? Il y aura bien entendu d’autres billets plus détaillés sur telle ou telle étape du voyage. Comme d’habitude, n’attend pas une très grande linéarité dans tout ça. Quelques billets indiens ou tadjiks pourraient fort bien s’immiscer ici ou là. One Chaï a toujours eu une conception assez foutraque de l’espace temporel et qu’on se le dise, c’est parti pour durer !

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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