Paris-Moscou, première étape de mon voyage en train vers la Chine

La voie classique pour se rendre en Chine, c’est de prendre l’avion ; un vol pour Pékin, Shanghai ou encore Hong Kong. Mais voilà, pour ne pas changer, j’ai voulu faire mon intéressant ! Me rendre en Chine assis dans un Airbus, je n’en voulais pas. Le jet privé, c’était tentant, mais mon carnet d’adresses est désespérément vide à la case « pote bourré aux as qui vole ». Le bateau, ça semblait assez compliqué, quant au vélo, aucun produit dopant ne semblait à la hauteur pour y arriver en moins d’un mois. Restait donc… le train ! Le tchou-tchou en voyage, c’est un peu mon dada. C’était donc décidé, en Chine, j’irais en train. Première étape, le Paris-Moscou qui, avec ses 3217 km, est le voyage en train direct le plus long d’Europe. Tchou-tchou…

J’en ai déjà parlé, je n’aime pas voyager en avion. Ça n’est pas que j’ai peur de l’avion, mais je n’aime pas ce mode de transport. Voyager en avion tient plus de la téléportation que du voyage. J’aime que le voyage commence à ma porte et non pas après avoir atterri à l’aéroport de je ne sais quelle capitale. Évidemment, quand on part en voyage dans un pays lointain pour un mois, l’avion est bien souvent incontournable. Mais quand un plan B est possible, je l’adopte.

Voyager en avion tient plus de la téléportation que du voyage

C’est cette même volonté qui m’avait amené à ne pas prendre l’avion durant mon année sur les routes entre la France et le Laos. C’est encore pour ça que j’étais allé au Maroc en bateau depuis Sète jusqu’à Tanger. C’est toujours pour ça que je n’emprunte pour ainsi dire jamais de vol intérieur une fois arrivé dans un pays. Quand beaucoup de monde souhaite visiter un maximum de lieux durant un voyage, je ne mange pas de ce pain-là. Je ne voyage pas pour mettre des croix sur une hypothétique liste. Je voyage pour voyager, et les transports font non seulement partie intégrante du voyage, mais ils en sont même parfois l’essence.

Accessoirement, je fais des efforts tout au long de l’année pour réduire autant que possible mon empreinte carbone et je vois mes efforts en partie ruinés par ces vols long-courriers, car un terme énergétique, l’avion est un désastre.

Pour aller en Chine en train, il y a le Transmongol qui relie Moscou à Pékin. Mais je voulais commencer mon exploration de l’Empire du Milieu par l’Ouest, prolongeant ainsi mes précédents voyages en Asie Centrale, le long de la route de la soie. J’optai donc pour un itinéraire bis. Au programme, 8220 km et 129 h de train en trois étapes :

  • Paris-Moscou : 3217 km en 38h30
  • Moscou-Astana : 3105 km en 52h30
  • Astana-Ürümqi : 1898 km en 38h

Ce qui est assez drôle, c’est que 129 h de train, à la vitesse d’un TGV, c’est 38 700 km parcourus, soit pour ainsi dire un tour du monde au niveau de l’équateur.

Paris-Moscou à bord du train 453

Et c’est ainsi qu’un beau matin du mois de mai, le 9, j’arrive tout frais et guilleret à la gare de l’Est à Paris. Mon sac à dos arrimé sur mes épaules, je pénètre sous la grande verrière de la gare, je lève la tête devant le panneau des trains pour connaître le quai du Paris-Moscou, et là, badaboum, le train 453 ne partira pas. On dirait que mon plan B sans avion va avoir besoin d’un plan C !

L'écran de la gare de l'Est n'est pas très optimiste.

L’écran de la gare de l’Est n’est pas très optimiste.

Les cheminots allemands ont décidé d’être peu coopératifs, ils sont en grève pour une semaine. Le Paris-Moscou est bloqué à la frontière polonaise. J’espérais que Poutine pourvoirait, quitte à conduire le train lui-même, mais il n’a pas pourvu. À sa décharge, il a une excuse assez béton, en ce 9 mai 2015, la Russie célèbre le 70e anniversaire de la victoire de l’Armée rouge sur l’Allemagne en 1945. Voilà voilà, ce voyage s’annonce donc plein d’imprévus !

À défaut de Poutine, la Deutsche Bahn a pourvu. Faute de cheminot, notre train chausse des pneus et troque les rails pour le goudron. Nous allons traverser en bus la France, la Belgique et l’Allemagne jusqu’à Rzepin, où le Paris-Moscou nous attend bien sagement.

Bus Paris-Rzepin

Avaler du bitume, c’est moins distingué et beaucoup moins glamour que de glisser sur des rails, mais ça aurait pu être pire. Ils auraient pu avoir la fâcheuse idée de vouloir me faire décoller, transformant un Paris-Ürümqi en train en Moscou-Ürümqui… le drame.

Les passagers russes, majoritaires, ne semblent par vraiment protester. Les quelques Français sont un peu moins disposés à accepter cette variante bus-train et goûtent assez peu à la boutade « mais c’est l’aventure ». C’est donc parti pour une rasade d’autoroute suivie par une bonne lampée d’autobahn. Vous l’aurez compris, me voici en plein choc culturel paroxystique (rien de moins), moi qui n’ai pas de voiture et fréquente donc peu les autoroutes. Et choc il y a eu ! À la pause pipi autobahn, stupeur, les toilettes sont payantes. Eh oui, en Allemagne, les voitures ne payent pas pour emprunter l’autoroute, mais les passagers payent pour la vidange. Aucun doute, on est bien au royaume de la bagnole 😛

À bord du Paris-Moscou

Trois frontières et quelques heures plus tard, nous voici arrivé en Pologne à Rzepin où nous attendent le train… et le déluge ! Ceux qui escomptaient une grande épopée à bord d’un train russe à moitié brinquebalant seront déçus. Le Paris-Moscou est un train flambant neuf.

Comme dans tout train russe, chaque wagon à droit à sa préposée, une provodnitsa, qui sera aux petits soins durant tout le trajet. Elle ne parle que russe, mais tout va bien, le russe, je maîtrise carrément maintenant (hem hem…). Je m’installe dans un compartiment de quatre déjà occupé par deux covoyageuses russes. Elles aussi ne parlent que russe, donc d’un commun accord, au cours de nos conversations, nous referons le monde dans une version un peu simplifiée.

Train Paris-Moscou à la frontière à Terespol

Train Paris-Moscou à la frontière à Terespol

Je m’allonge sur la banquette supérieure qui m’est réservée, je ferme les yeux et c’est parti. Il est 2 h du matin et je m’endors au son du tacatac, tacatac, tacatac… Nous filons à travers la Pologne.

Au petit matin, le train chemine entre des forêts de bouleaux, pas de doutes, nous allons bien vers l’est et la Russie. Mon estomac semble me signifier que l’heure du petit déjeuner est arrivée. Je m’enquiers donc auprès de ma chère provodnitsa de l’emplacement du bien nommé wagon-restaurant. Sa réponse me laisse perplexe. Je lui demande donc de répéter, mais non, j’avais bien compris, il n’y a pas de voiture-restaurant pour le moment (jusque là, tout va bien), elle sera rattachée au train à Brest un peu avant midi ! À Brest, mille sabords ! Voilà voilà, mes lacunes géographiques m’ont joué un tour, n’en déplaise aux Bretons, Brest est également une ville de Biélorussie, d’ailleurs bien plus grande que sa sœur bretonne.

Arrivé à Terespol, bye bye la Pologne, bye bye l’Europe. Les prochaines frontières seront synonymes de douanier, d’inspection de compartiment, de fouille de bagages et de tampons sur les pages d’un passeport qui est parti pour prendre l’air et se faire timbrer un peu plus souvent qu’à l’accoutumée. Je ne saurais dire si mon passeport appréhende ou pas l’exercice. Tous ces douaniers qui vont le feuilleter avec un mélange de curiosité et de suspicion avant de tatouer une de ses pages d’un coup énergique de tampon encreur. Et paf, prends-toi donc ça ! Va-t-il tenir le rôle du martyre ou celui du vantard prétentieux à la vue du statut qu’il se prête à acquérir en quittant l’Europe ? Dorénavant, le voyageur, qu’il soit craintif ou intrépide, voit ses rêves de liberté accrochés à ces quelques pages. Qu’il vienne à manquer et s’en est fini du voyage. Seuls les bandits de grand chemin ou les malheureux clandestins se passent de ses services.

Va-t-il tenir le rôle du martyre ou celui du vantard prétentieux

À moins d’arriver à la fin du monde, les douaniers, ça marche toujours par paire. Le premier s’assure que tu n’as pas dépouillé son pays avant de le quitter quand le second veille à ce que tes poches ne soient pas pleines de dangereuses marchandises avant de franchir la porte d’entrée de son territoire. Les douaniers polonais seront cordiaux, hormis celui qui n’a pas apprécié que je descende me promener sur le quai une fois le train arrêté. Pas de ma faute, je n’avais pas compris que nous étions à la frontière 😕 Il n’a guère que la moitié de mon âge, mais n’est assurément pas d’humeur badine, tant pis pour lui ! Puis vient le tour des douaniers biélorusses, Dr Jekyll et Mr Hyde. Le préposé aux tampons dégage l’air martial du mec qu’il ne faut pas emmerder quand l’adjoint aux bagages a plutôt l’allure d’un joyeux boute-en-train.

Arrivés à Brest, nous avons un petit problème de 8,5 cm. En Europe, l’écartement des rails est de 1435 mm, alors que dans toute l’ex-URSS, il est de 1520 mm. Huit centimètres et demi qui signifient que notre train doit changer de roues, ou plutôt de bogies en langage ferroviaire. Il faut donc désolidariser les bogies des wagons et soulever ensuite les wagons pour y glisser les nouveaux bogies. Une affaire rudement bien menée.

À Brest, on change les roues !

À Brest, on change les roues !

Arrivé à Moscou, gare Belorusskaia à 2 h du matin, il ne me reste plus qu’à trouver un taxi pour rejoindre le lit qui m’attend dans une auberge de jeunesse du centre de Moscou. Je crois bien que c’est la première fois que ça m’arrive, j’ai réservé un lit pour ma première nuit. Les mauvaises langues diront que je vieillis ou encore que je m’embourgeoise, ce qui va souvent de pair cela dit 😉

Une pause de deux jours pour une visite éclair de Moscou en commençant au petit matin par… des oignons.

Dômes de la cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux

Dômes de la cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux

Comment acheter son billet de train Paris-Moscou

  • Le jeu de piste est ici assez simple, puisqu’il est possible d’acheter votre billet Paris-Moscou directement sur le site de la SNCF. La RZD (chemins de fer russes) alloue un petit quota de billets à la SNCF. Inutile d’essayer de jouer les plus futés, essayer de réserver votre billet directement sur le site de la RZD ne vous coûtera pas un kopeck de moins.
  • Le Paris-Moscou circule trois fois par semaine. Les horaires ont changé depuis mai dernier, il part maintenant de la gare de l’Est à 18 h 58 pour arriver deux jours plus tard vers 10 h à la gare de Moscou Belorusskaia.
  • Le prix de l’aller simple pour un adulte oscille entre 220 et 280 € suivant la période. Il est préférable de ne pas trop traîner pour réserver, car le quota alloué à la SNCF semble être assez faible. Ce train est avant tout emprunté par les Russes.
  • Grâce à ces nouveaux horaires, le Paris-Moscou peut-être également une très bonne option pour se rendre à Berlin en train de nuit puisqu’il y arrive à 7 h du matin. En voilà une bonne idée Paris-Berlin en train, pensez à votre bilan carbone 😉
  • Vous trouverez plein d’infos supplémentaires sur le Paris-Moscou (et des centaines d’autres trains) avec des photos et même une vue panoramique à 360° d’un compartiment sur l’excellent site Seat61.
  • Si vous souhaitez avoir les horaires détaillés du train dans chaque gare ainsi que la durée des arrêts, allez sur SNCF Direct en précisant les dates du voyage, et comme par magie, le parcours complet apparaîtra.
  • Un point très important, le train traversant la Biélorussie, il vous faut absolument un visa de transit pour ce pays. Il faut être déjà en possession du visa russe pour demander ce visa de transit. Il coûte 20 € et s’obtient en 5 jours auprès de l’ambassade de Biélorussie.

Avant de se quitter, une énigme. Mon billet de train, sur la photo d’en-tête, comporte un bug, saurez-vous le trouver ?

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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