Astana, la Dubaï des steppes kazakhes

Astana, ça te rappelle sans aucun doute le nom d’une équipe cycliste survitaminée, mais en fait, c’est avant tout la toute jeune capitale du Kazakhstan. Toute jeune, car jusqu’en 1998, la capitale du Kazakhstan, c’était Almaty. Tu pensais naïvement que la capitale tendance du moment, c’était Dubaï ? Grave erreur, Dubaï, c’est aujourd’hui has been, limite ringard même 😉 Pense donc, tout le gratin mondain s’y est déjà frotté. Alors, crois-moi, si tu veux faire ton intéressant, va donc faire un tour dans la Dubaï des steppes, le surnom que certains ont donné à Astana. Et à défaut d’y croiser Borat, tu pourrais, qui sait, y vivre une expérience transcendantale en haut du Bayterek.

Un jour tu, un jour vous, mais c’est quoi ces changements sémantiques continuels ? Aujourd’hui, chère lectrice, cher lecteur, je te sens de bonne humeur, loin des hordes de grincheux qui se plaignent que ça y est, saperlipopette, c’est la rentrée. Et comme je t’aime bien quand tu n’es pas grincheux (chacun ses travers, moi je grogne contre les grognons !), je m’accorde la largesse aujourd’hui de te tutoyer.

Mais revenons-en à nos vitamines. Un beau jour de 1994, Nazarbaïev, ce cher président du Kazakhstan décida qu’Almaty ne serait plus la capitale de son cher pays. Capri, passe encore, mais Almaty, c’est fini. Officiellement, il aurait invoqué des raisons sismologiques quand ses détracteurs y voyaient un moyen de mettre fin à certaines volontés séparatistes des populations d’origine russe du nord. En se rapprochant d’eux avec sa nouvelle capitale, il allait veiller au grain.

Capri, passe encore, mais Almaty, c’est fini

Franchement, tu en conviendras avec moi, ce doit être des obsédés des théories conspirationnistes ses détracteurs. Car ce cher Noursoultan (c’est son petit prénom) a tout de même été réélu président de son cher pays avec 97.7 % des suffrages. Dans le genre survitaminé, il est pas mal non plus n’est-ce pas ? Avec une telle popularité, nous allons donc donner raison à la théorie du sismographe plutôt qu’à celle des sécessionnistes. Un peu de bon sens avant tout.

À peine débarqué du train Moscou-Astana, me voici donc à la recherche d’un hôtel parmi les immenses avenues et les bâtiments sans charme aux abords directs de la gare. Petite piqûre de rappel, jusqu’en 1991, le Kazakhstan faisait partie de l’URSS. Ça, c’est pour la note architecturale. Autant dire qu’à cet instant, un doute m’envahit quant à mon emploi du temps pour les deux journées à venir. Ça a tout de même des allures d’ennui mortel cette histoire.

La ville nouvelle d’Astana

Pour être tout à fait honnête, j’étais curieux à l’idée de visiter Astana, mais je n’étais pas forcément convaincu du très grand intérêt de cette ville. Je ne cherche jamais vraiment à voir mes futures destinations en photo pour ménager autant que possible l’effet de surprise, mais ce que j’avais pu apercevoir d’Astana me faisait craindre une sorte de capitale tape-à-l’œil, limite vulgaire.

À gauche, "le briquet", tout au font le Bayterek

Perspective vers Nuzhol Bulvar. Tout au font le Bayterek

Avec ses larges artères, la ville a été essentiellement conçue pour les voitures, mais Nurzhol Bulvar, l’avenue qui traverse la ville nouvelle d’ouest en est est piétonne. Alors certes, Astana n’est pas Rome ni Paris. Le côté m’as-tu-vu est indéniable, mais il faut avouer que ça a tout de même une certaine gueule. La plupart des gratte-ciel, construits par de prestigieux architectes à la renommée internationale, sont assez élégants. Et puis tout en fond de l’avenue, la transcendance t’attend. Mais continuons ensemble la balade le long de Nurzhol Bulvar.

Astana, ministère des transports et des communications

Astana, ministère des transports et des communications

Même si certaines tours ont su rester assez sobres, la fausse note n’est jamais non plus très loin. Il faut dire que c’est toujours un art à l’équilibre assez précaire la tour. Rester sobre tout en signifiant tout de même au voisin que la tienne est plus grande, plus clinquante, ça demande certains talents diplomatiques. Et quand la fausse note est avérée, le bâtiment hérite alors d’un sobriquet. C’est ainsi que le ministère des Transports a hérité du surnom de briquet ! C’est vrai ça, un gros Bic dans les rues d’Astana, quelle classe.

Gratte-ciel d'Astana

Astana, les Northern LIghts

Astana, les Northern LIghts

Astana, Emerald Towers

Astana, Emerald Towers

Forcément, avec toutes ses tours, on a souvent la tête un peu en l’air. Le premier jour, pour ne rien gâcher, le ciel bleu est au rendez-vous. Et si tu as des talents cachés de contorsionniste, n’hésite surtout pas à pencher la tête encore plus en arrière. Ça en devient alors… renversant !

Astana, Emerald Towers et Northern Lights

Et l’air de rien, à progresser tranquillement le long de Nurzhol Bulvar, tu finis par te rapprocher du Bayterek. Tu peux regarder à droite, à gauche, jouer à cache-cache avec un gratte-ciel, tirer le portrait de loin du gars de la sécurité au pied de l’immeuble afin d’apporter un peu de vie à tes photos (oui, enfin, en fait, ça non, j’ai testé, le molosse avait un sens de l’humour assez limité : -? ), te dire qu’Astana, c’est tout de même assez sympatoche, penser aux 91 heures de train déjà avalées et aux 38 restantes, rien n’y fait, dès que tu retournes dans le droit chemin, le Bayterek est là, devant toi, impassible.

Astana, statue abec en fond le Bayterek

Astana, le Bayterek

Le Bayterek

Le Bayterek

À ce stade du récit, si tu n’as toujours pas compris que le Bayterek, c’était cette tour surmontée d’une boule dorée, je pense qu’il va falloir faire quelque chose, sans quoi, je peux t’annoncer sans ambages que pour l’expérience transcendantale, ça risque de ne pas marcher pour toi.

À Paris, nous avons la tour Eiffel, à Astana, ils ont le Bayterek. Et si cette tour n’arrive pas à échapper à ton regard, en fait, c’est voulu. On appelle ça un geste architectural. Comme si Nazarbaïev avait donné pour mission aux architectes de faire de cette boule en or le pinacle de Nurzhol Bulvar.

De premiers abords, avec ses 105 mètres de haut, ça fait tout de même un peu léger, surtout quand on sait que l’idée de cette tour a germé dans l’esprit du président Nazarbaïev, un gars modeste comme pas deux. Alors certes, la boule en or au sommet, ça fait un peu moins modeste, mais il n’empêche, ça fait tout de même compète de seconde division.

Évidemment, on peut monter au sommet et admirer ainsi la nouvelle Astana. À l’ouest, les tours que tu as pu déjà pu voir en photo. À l’est, l’Ak Orda, le palais présidentiel.

Astana, le palais présidentiel

Comment ça, tu ne tombes pas dans une transe mystique à la vue de ce palais ? Mais c’est parce que tu as en fait oublié de lire de mode d’emploi du Bayterek. Tu as joué au touriste pressé qui s’est précipité sur la vue à peine arrivé au sommet de la tour. Je te soupçonne même d’ailleurs d’avoir appuyé sur le déclencheur de ton appareil photo avant même d’avoir réellement admiré la perspective !

Car pour entrer en transe, il faut suivre méticuleusement la notice. Au sommet se trouve une plaque en or massif de 2 kg. OK, soit, une plaque en or dans une boule en or, Nazarbaïev semble avoir de la suite dans les idées. Dans cette plaque en or, se trouve l’empreinte de la paume d’une main. Donc chère lectrice, cher lecteur, quand tu arrives au sommet du Bayterek, tu peux apposer ta main dans l’empreinte de celle de Noursoultan Nazarbaïev, président à vie du Kazakhstan, tout en admirant droit devant toi son palais ! Donc tu l’auras compris, si tu crois aux miracles, oublies Lourdes et cours de suite au Bayterek.

Si tu crois aux miracles, oublies Lourdes et cours de suite au Bayterek

Craignant la surpuissance d’une telle expérience et n’ayant pas (enfin, pas encore) de visées hégémoniques, j’ai botté en touche et ne suis pas allé tout en haut du Bayterek. En fait, je n’en ai pas eu le temps le premier jour et la pluie ayant fait des siennes le second, c’était un peu compromis pour la vue. Je suis peut-être passé à côté de l’opportunité d’une vie de devenir roi du monde des blogueurs de voyage. Comme quoi, c’est en fait une belle connerie la modestie non ? Qu’en penses-tu ?

Le Bayterek dans toute sa splendeur

Le Bayterek dans toute sa splendeur

La tour Samruk-Kazyna, ça flash bien aussi !

La tour Samruk-Kazyna, ça flash bien aussi !

Et si ça ne te suffit pas, tu pourras toujours aller parfaire ton répertoire classique à l’opéra, ou encore arpenter la ville sur un Vélib kazakh.

Opéra d'Astana

Vélib à Astana

Avant de se quitter, tu te dis peut-être que ça te dit quelque chose ce Bayterek, que tu l’as déjà vu en photo avec devant une globestoppeuse souriante non ? Anick-Marie, alias Globestoppeuse et alias Suntrotteuse en l’occurrence avait participé au Suntrip 2013 et parcouru Chambéry-Astana au guidon d’un vélo solaire. Tu peux la voir toute souriante au pied du Bayterek. Ça n’est pas rien tout de même Chambéry-Astana à vélo, chapeau bas !

Astana, y aller ou pas ?

Compte tenu de sa position géographique, on ne peut pas vraiment dire que tous les chemins mènent à Astana. Et au vu de la taille du Kazakhstan (5 fois la France), même ceux voyageant en Asie Centrale se rendent rarement à Astana, trop au nord par rapport au reste de la région. Objectivement, je ne ferais pas des milliers de kilomètres juste pour m’y rendre, mais c’est vraiment le genre de destination qui fait plaisir à croiser sur sa route.

C’est typiquement ça qui me fait aimer les voyages sans avion. Faire le choix d’aller en Chine en train m’a fait passer par Astana, sans quoi, je n’y serais sans doute jamais allé. Je n’en attendais pas grand-chose et ce fut objectivement une très bonne surprise.

Ne jamais oublier néanmoins que malgré son attrait certain, Astana reste l’œuvre d’un homme, Nazarbaïev, autocrate président du Kazakhstan et vaguement mégalo avec un penchant certain pour le culte de la personnalité. Quand j’étais à Astana, plusieurs personnes m’avaient demandé si c’était là le fameux Bouyguistan, eh bien non, c’est à Achgabat, au Turkémistan.

Et pour conclure, Astana accueillera l’Exposition universelle 2017, peut-être une raison supplémentaire pour faire un petit détour par là donc.

Les détails pratiques

Comment se rendre à Astana

  • Tu peux faire comme moi et embarquer à bord du train Moscou-Astana. Un peu plus de 52 h après avoir quitté Moscou, tu arriveras frais et dispo à Astana.
  • Venant de Chine, le train Ürümqi-Astana devrait faire ton bonheur. C’est plus proche et donc un peu plus rapide, 38 h.
  • Si tu viens du reste de l’Asie Centrale, au sud, il y a au choix des trains ou des bus qui relient Almaty à Astana. Pour le train, le plus rapide, c’est le train de nuit Talgo (13 h de voyage), mais il est souvent complet longtemps à l’avance. Les trains de jour prennent plus de 20 h et les bus 18 h

Où dormir à Astana

Le Kazakhstan d’une manière générale et Astana en particulier ne sont pas des destinations bon marchées. Les options les moins chères et les plus pratiques pour se loger sont les hôtels proches de la gare ferroviaire. J’ai logé à l’hôtel Saparzay, au premier étage à l’intérieur de la gare routière, juste à gauche quand on a la gare ferroviaire dans son dos. 5000 T la nuit, soit 25 € en mai 2015. À noter que les chambres sont louées pour 24 h. Étant arrivé à 8 h du matin, j’ai donc été réveillé à 8 h le lendemain pour évacuer les lieux ! Des consignes sont disponibles dans la gare routière.

Comment circuler dans Astana

Les lignes 10, 12 et 21 relient la gare d’Astana à la ville nouvelle. Les arrêts avec les numéros de lignes sont très bien indiqués et les vendeurs de tickets à bord des bus plutôt rendant service. Bref, c’est un jeu d’enfant. Toutes les informations sur ces bus sont disponibles sur l’excellent site Easyway Astana.

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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