Fin du voyage en cargo : escale à Abidjan et arrivée à Cotonou

Petit à petit, le cargo fait son chemin, ou peut-être sa vague. Et même s’il n’avance pas si vite que ça, il faut bien s’y résoudre, c’est aujourd’hui la dernière étape du voyage. Une escale en Côte d’Ivoire à Abidjan avant de conclure par une arrivée (triomphale évidemment) à Cotonou et la remise du diplôme. Une escale, c’est l’occasion de voir s’activer à nouveau le navire, mais en version africaine. C’est un peu différent de la rigueur belge d’Anvers, mais ça fonctionne aussi très bien. Si vous n’êtes pas encore montés à bord du Grande Lagos, c’est donc la dernière occasion. Vous ne pouvez pas, vous en conviendrez, rater ça 😉

Pour suivre la position du Grande Lagos, chaque coordonnée GPS est précédée d’un lien et d’un numéro qui renvoie aux positions numérotées sur la carte en fin d’article.

Vendredi 20 novembre

21 – 8 h 30 : latitude 4,64° nord, longitude 9,29° ouest, vitesse 14,4 nœuds.

Nous approchons de l’équateur. Plus que quelques degrés, que nous ne franchirons pas. Dommage, j’aurais bien aimé le saluer ce cher équateur. Ça sera pour une prochaine fois.

Demain matin, nous accosterons à Abidjan pour une escale d’une journée, le temps de décharger quelques conteneurs et quelques véhicules. Une journée au contact de l’effervescence africaine avant de regagner le large. N’ayant pas de visa pour la Côte d’Ivoire, il me faudra rester à bord.

22 – 15 h 35 : latitude 4,01° nord, longitude 7,74° ouest, vitesse 14,9 nœuds.

4,01° soit 450 km nous séparent de cette ligne imaginaire qu’est l’équateur, puis nous changeons de cap. Terrible déception à ce moment-là, s’en serait même limite LE drame de cette traversée ! Pour changer de cap, il suffit de tourner un bouton minuscule ! Certes, il n’y a pas de barre sur la passerelle, les navires modernes en sont dépourvus, mais je n’avais pas imaginé que la commande pour virer serait un des plus petits boutons de cet énorme tableau de bord. Un petit bitoniau ridicule que l’on tourne jusqu’à ce que s’affiche la valeur du cap désiré. Cette modernité est décidément bien terne. Le capitaine Haddock n’aurait assurément jamais accepté ça ! Quelques secondes plus tard, le Grande Lagos penche légèrement et vire à bâbord jusqu’à avoir Abidjan dans sa ligne de mire.

23 – 18 h 30 : latitude 4,21° nord, longitude 7° ouest, vitesse 15 nœuds.

Samedi 21 novembre

24 – 8 h 30 : port d’Abidjan. Latitude 5,28° nord, longitude 4,01° ouest.

Forcément, à l’approche du port, le nombre de cargos, porte-conteneurs et autres vraquiers augmente. Certains arrivent quand d’autres repartent ou jettent l’ancre au large.

Embouteillage face au port d'Abidjan

Embouteillage face au port d’Abidjan

Après 3 720 milles nautiques (6900 km) à voguer sur les flots depuis Anvers, le continent africain devient une réalité et plus seulement une lueur qui traverse parfois la nuit. À l’approche du port, nous passons des pêcheurs sur de frêles esquifs. Le pilote monte à bord. Nous progressons à allure réduite à travers un chenal assez étroit menant à la lagune où se trouve le port. Par moment, le Grande Lagos toussote et finit par cracher un épais nuage d’une fumée noire comme de la suie. C’est une grosse toux, pour un peu, on craindrait même la bronchite. Le drapeau pavillon (oui, ils sont compliqués les marins avec leurs mots spéciaux pour tout !) de la Côté d’Ivoire a été monté au mât, nous sommes prêts.

Bateaux de pecheurs devant le port d'Abidjan

Frêles esquifs de pêcheurs.

Drapeau de la Cote d'Ivoire au mat

Côte d’Ivoire nous voilà.

Fumée noire sort de l'échappement du navire

Non, tout va bien, la salle des machines ne brûle pas !

Le pilote arrive...

Le pilote arrive…

... et monte à bord.

… et monte à bord.

Le port d'Abidjan dans la lagune.

Le port d’Abidjan dans la lagune.

Quelques manœuvres plus tard, nous sommes à quai. Les officiels montent à bord avec des dossiers sous les bras et redescendent un peu plus tard avec des packs de boissons fraîches. Une tradition dans la région paraît-il.

Puis rapidement, la rampe d’accès est descendue et les premiers véhicules sortent du navire. Sur le pont avant, une des grues du cargo décharge-t-elle aussi quelques conteneurs. Deux dockers grimpent de boîte en boîte sur ce Lego géant pour y accrocher les griffes de la grue. L’un d’entre eux ne porte même pas de casque, on croit rêver.

Les journaliers montent à bord et ressortent au volant d’une voiture, si toutefois elle fonctionne. Sinon, on la tracte, on la porte, on trouve toujours une solution. Tout ce petit monde s’active à la tâche. Dans les garages du Grande Lagos, on peut entendre les pneus des voitures qui crient sur la peinture. Ce ballet incessant durera toute la journée et toute la nuit.

Amarrage au bollard

Amarrage au bollard

Ouverture de la rampe du Grande Lagos

Ouverture de la rampe d’accès du Grande Lagos

Des voitures.

On décharge des voitures…

Des conteneurs.

.. des conteneurs.

Certains étant plus assidus que d'autres.

Certains étant plus assidus que d’autres.

Dimanche 22 novembre

À 10 h 30, le pilote monte à bord et nous larguons les amarres. Cette fois-ci, la fin est vraiment proche. Plus que 440 milles à couvrir. Demain, en fin d’après-midi, Cotonou sera devant nous.

25 – 18 h 30 : latitude 4,34° nord, longitude 2,32° ouest, vitesse 15,1 nœuds.

Ce soir, sous la lune, la mer est parsemée de dizaines de feux de Bengale. Ce sont des pêcheurs, il n’y en a jamais eu autant. L’ambiance est absolument magique, féerique même.

Lundi 23 novembre

26 – 8 h 30 : latitude 5,16° nord, longitude 0,78° est, vitesse 14,7 nœuds.

Je suis un peu nostalgique à l’idée que c’est aujourd’hui ma dernière journée à bord. Nous sommes au large du Ghana puis du Togo, deux derniers pays avant d’atteindre les côtes du Bénin. J’avais peu de doutes quant au fait que cette première expérience de voyage à bord d’un cargo me plairait, mais je m’interrogeais tout de même un peu. Est-ce que ça n’allait pas me paraître un peu long deux semaines entières passées ainsi hors du temps ? Trop long, ça ne le fut pas, pas une journée, pas une minute, pas une seconde.

Voyager, en plus des rencontres et des paysages qui s’offrent à moi, a toujours été également le meilleur moyen de faire une pause d’une vie parisienne qui me plaît, mais où je ne trouve jamais le temps de faire tout ce que je souhaiterais et où je cours sans cesse. C’est une des raisons qui fait que je ne voyage jamais non plus à un rythme effréné. Le choc culturel et les découvertes font le reste pour me ressourcer. Cette parenthèse hors du temps ne m’a fourni que la face pause du voyage, mais avec quel brio. Quant à la face pile, elle m’attend maintenant au Bénin. L’Afrique me manquait, j’arrive à elle par les flots, à pas de souris, en toute discrétion.

27 – 18 h 30 : latitude 6,24° nord, longitude 2,53° est.
Le port étant complet, nous venons de jeter l’ancre au large de Cotonou pour la nuit.

On jette l'ancre pour la nuit.

Le Grande Lagos jette l’ancre pour la nuit.

Mardi 24 novembre

Nous accostons à 10 h du matin. Il n’y a plus qu’à attendre que l’immigration monte à bord et je pourrai débarquer. En début d’après-midi, l’agent portuaire me prie de ne pas stresser, ils arrivent, c’est l’affaire d’une heure. Vers 16 h, il semble toujours préoccupé par ce fameux risque de stress de ma part, il faut que je reste tranquille, là vraiment, dans maximum une heure, l’immigration sera là. C’est vrai que je suis vraiment l’archétype du gars toujours stressé, à cran, et encore plus en voyage 😉 Je finis tout de même par me dire que pour lui rendre le change, il faudrait peut-être que je stresse en effet un peu, mais peine perdue, je n’y arrive pas.

Le port de Cotonou.

Le port de Cotonou.

Avec ma mégalomanie bien connue, j’en viens à me dire qu’en fait, ils ont décidé de faire les choses en grand. Un responsable de l’office du tourisme va venir m’accueillir avec la fanfare, le tapis rouge et tout le tsouin-tsouin. Donc forcément, ça prend du temps à préparer tout ça. Et puis finalement, à 19 h, réalisant sans doute qu’ils ne seront jamais prêts, ils laissent tomber et envoient l’officier des douanes seul, avec juste ses deux pieds et son uniforme !

Voilà voilà, le gars des douanes a donc mis 9 h pour monter à bord du Grande Lagos. Et au cas où vous vous diriez que le port de commerce de Cotonou est sans doute un truc énorme et que ce monsieur doit donc être débordé, je vous rassure tout de suite, au-delà de 5-6 navires, le port affiche complet 😆 Une chose est certaine en tout cas, lui non plus ne semblait pas être trop stressé. Tant mieux, ça bouffe des vies ce stress au travail !

Tampon passeport port de CotonouQuand je quitte le port, il fait nuit. Le soir même, Samuel (l’auteur du blog les vents nous portent, un blog assez récent qui gagne à être connu, mais je digresse…) me demande sur Twitter si j’ai eu droit à un diplôme pour cette première traversée en cargo. Et là, moi qui débordais d’enthousiasme, je réalise que non, j’ai bien mes souvenirs et mes photos, mais pas de diplôme. Mais Samuel est plus perspicace que moi, et à mon tweet suivant d’une photo de mon passeport, il l’a trouvé mon diplôme, le voilà, un tampon pas tout à fait comme les autres sur mon passeport ! Non seulement c’est le tampon du port, bien plus select que celui de l’aéroport, mais en plus, il atteste qu’on m’a bel et bien… vu à l’entrée. Eh oui, le gars qui a été vu à l’entrée du port de Cotonou, c’est moi ! Ce n’est donc pas un mythe, j’y étais ! Il ne me reste plus qu’à trouver un hôtel pour la nuit. Épuisante cette journée avec tout ce… ah oui, ça me revient, tout ce stress.

Le gars qui a été vu à l’entrée du port de Cotonou, c’est moi !

Petite anecdote qui m’a fait sourire, le lendemain soir, alors que je discute avec le tenancier de la résidence Gracia où je loge à Cotonou, un reportage sur un groupe de touristes arrivé le jour même au port est diffusé aux infos. Avec mes histoires de tapis rouge, je n’étais pas si éloigné que ça de la réalité, mais avec une journée d’avance et pas pour moi ! En effet, le Silver Cloud, un navire de croisière avec 300 touristes à bord a débarqué à Cotonou. Ça n’est que la seconde fois d’un navire de croisière accoste au Bénin, donc c’est un petit événement et le ministre est de sortie.

Le mot de la fin

Ainsi s’achève cette série d’articles sur ce voyage en cargo. Vous pouvez retrouver l’intégralité des billets à la page cargo. Viendra un peu plus tard un article regroupant les aspects plus pratiques de comment préparer un voyage en cargo. Cette première expérience ayant été on ne peut plus concluante, ça ne sera sans doute pas la dernière. Pourquoi pas la prochaine fois voyager sur un porte-conteneurs, ou un vraquier. Évidemment, parmi ces idées de futur voyage de par les mers, traverser le canal du Suez figure en bonne place. À ce sujet, Marc Ottini qui est chef mécanicien dans la marine marchande et avec qui j’avais un peu échangé avant le départ nous parle de ce transit du canal de Suez à bord d’un porte-conteneurs avant d’enchaîner par l’arrivée en Méditerranée sur son blog. Et comme on dit dans la marine… euh… on dit comment déjà dans la marine ?

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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