Dunhuang et les dunes du lac du croissant de lune

Vous l’avez remarqué, ma balade chinoise le long de la route de la soie du printemps dernier a été un peu délaissée ces derniers temps. Aucune désertion, rassurez-vous, mais une simple pause. L’heure est néanmoins venue d’y retourner. Après le semi-raté de Tourfan, mon étape suivante pour ce voyage dans le grand ouest chinois fut Dunhuang. Dunhuang est connue pour ses dunes de sable au bien nommé lac du croissant de lune. Tout en haut de mon panthéon des plus beaux paysages, je mettrais sans hésiter les rizières en terrasse comme celles de Batad aux Philippines et les plantations de thé comme à Srimangal au Bangladesh. Mais il faut avouer que le désert, ça a également de l’allure. Les dunes de Merzouga au Maroc avec leur sable légèrement orangé m’avaient fait forte impression. Celles de Dunhuang seront-elles à la hauteur ?

La ville de Dunhuang

Comme ça sera souvent le cas dans cette région du Gansu, le centre de Dunhuang est flambant neuf. C’est plutôt calme, ombragé et paisible, mais ça n’a rien de ce qu’on pourrait qualifier d’authentique. En fait, si ce n’est de par les panneaux et enseignes écrits en chinois, on pourrait pour ainsi dire se croire dans une ville occidentale, qui plus est, une ville toute neuve. Tout y est bien propret et les rues commerçantes ne sont pour l’essentiel qu’un alignement de boutiques de fringues. Les Celio, H&M et autre Zara étant simplement remplacés par leur équivalent chinois.

Dès qu’on lève la tête, des grues et des tours en construction. Je veux bien que l’exode rural soit important en Chine, mais cette fièvre du béton suscite tout de même pas mal d’interrogations. Comment est-il possible de remplir à une telle vitesse autant de nouveaux appartements ? La légende selon laquelle des quartiers entiers de tours seraient vides n’est en fait peut-être pas qu’une légende.

Les dunes de sable chantant et le lac du croissant de lune

Hormis le fait que Dunhuang soit sur ma route, l’oasis du lac du croissant et les dunes de Mingsha sont la raison principale de ma présence ici. De premier abord, l’entrée du site laisse perplexe. Une esplanade recouverte de marbre et un bâtiment flambant neuf pour accueillir le visiteur. On en vient à douter si on est vraiment aux portes du désert. Une fois payé le droit d’entrée plutôt salé (120 ¥, soit 17 €), s’en suit une succession de guitounes pour louer des guêtres orange fluo, faire un tour en chameau, survoler le site en ULM, faire du surf sur les dunes, et cerise sur le gâteau, le cauchemar absolu pour ruiner ce qui pourrait rester de sérénité, louer un quad. Sans déconner, songez-y à deux fois, quel que soit le lieu avant d’enfourcher un de ces engins. Non seulement ils sont la cause d’une future érosion de sols le plus souvent fragiles (le peu de flores présent n’a assurément pas besoin de ça), mais c’est également une véritable nuisance sonore. Allez donc goûter au calme du désert avec ces moteurs vrombissant à proximité !

Au sommet de la première dune, il y a du monde, du bruit, des selfies partout, bref, ça n’est pas vraiment le désert. Le lac avec son temple en contrebas est mignon, mais assez éloigné de l’image qu’on s’en fait quand on le voit en photo. On imagine (enfin, pour être plus précis, j’imaginais) une oasis perdue au milieu du désert avec ce magnifique petit lac bordé d’un temple sans doute millénaire. Mais rien n’est moins faux. Certes, le lac a toujours existé, mais le temple est de construction relativement récente. Et en fait d’isolement, une route vous y mène avec évidemment le minibus de circonstance pour ceux qui ne souhaiteraient pas marcher les 1,5 km depuis l’entrée du site.

Lac du croissant de lune à Dunhuang

Lac du croissant de lune version carte postale.

Le même lac en plan large !

Le même lac en plan large !

Ils sont nombreux et ont tous leurs guêtres oranges

Ils sont nombreux et ont tous leurs guêtres orange.

Les envahisseurs à 4 roues sont passés par là

Les envahisseurs à 4 roues sont passés par là.

Temple du lac du croissant de lune.

Temple du lac du croissant de lune.

Avec une telle description, revue et corrigée par l’as du marketing que je suis, vous avez sans doute déjà pris vos jambes à votre cou et rayé Dunhuang de votre liste, mais halte là, pas si vite. Comme c’est souvent le cas en Chine, il n’est en fait pas très difficile de fuir tout ce folklore. Les touristes chinois, nombreux, arpentent ça un peu au pas de course. Ils montent en haut de la première dune, redescendent jusqu’au lac, et basta, on enchaîne avec la prochaine visite.

Il suffit donc de s’enfoncer un peu dans le désert pour trouver enfin cette sérénité tant désirée. Je n’irais pas jusqu’à dire que les touristes chinois sont feignants, mais assurément, marcher une heure pour atteindre le sommet de la plus haute dune (600 m de dénivelés pour un sommet à 1700 m) semble être à leurs yeux moyennement attrayant. Les selfies n’y seront pas meilleur, donc à quoi bon.

Évidemment, pour monter au sommet, je patine, je glisse, je m’enfonce. C’est un peu trois pas en avant, deux pas en arrière. Mes chaussures se remplissent de sable, passant d’une pointure 43 à 42 puis 41 et, une fois arrivé en haut, le 40 ne doit pas être loin. Mais ça y est, me voici au sommet. Comme il convient tout de même de rendre à César ce qui est à César, je vide mes pompes de ce petit surplus.

Jolie pente irisé avant que mes pas n'aient tout massacré.

Jolie pente irisée avant que mes pas n’aient tout massacré.

Et là les amis, oubliez la description que je vous ai faite des dunes de Dunhuang. Alors que je pose mon séant au sommet d’un de ces monticules géants, on n’entend plus un bruit si ce n’est le sifflement du vent et du sable. Autour de moi, une succession de courbes, un sable irisé sur un versant et parfaitement lisse sur l’autre. Au loin, des montagnes aux sommets encore légèrement enneigés. Après une heure de pause méditative, mes pas ont disparu, effacés par le vent, laissant croire que je suis arrivé ici sur mon tapis volant. Non non, aucune substance hallucinogène n’est à mettre en cause dans cette impression, la grandeur du paysage qui se déroule devant moins suffit amplement.

Seul approchant du sommet de ma duneSommet de la dune de sable à DunhuangDunes de sable Dunhuang montagnes enneigées

Il est maintenant midi, le soleil cogne et je commence à me dessécher. N’étant pas l’envoyé spécial météo, je ne saurais vous dire quelle température il fait alors à Dunhuang, mais ça chauffe dur ! L’heure est venue de redescendre de mon perchoir. On pourrait être pris d’une irrépréhensible envie de se laisser rouler jusqu’en bas, mais pour ça il faudrait peut-être justement avoir fait usage des substances hallucinogènes précédemment citées. J’ai offert à mes rétines un fabuleux spectacle, et finalement oui, les dunes de Dunhuang, ça valait le coup, c’était même de la balle les amis !

Dunes du Dunhuang

Descente le long de la crête.

Le marché de nuit de Dunhuang

Et sinon, à part aller dans le désert, que peut-ont bien faire à Dunhuang ? Le centre-ville n’est pas forcément passionnant, mais s’il y a bien un lieu qu’il ne faut pas rater, c’est le marché de nuit. On y trouve de multiples échoppes de nourriture dans une ambiance pour le coup on ne peut plus traditionnelle. C’est un vrai régal de se promener dans ces allées et de s’y perdre. Et ce qui est assez drôle dans ce genre de lieu, c’est que j’ai quelque peu tendance à y tourner sans fin, juste parce que je m’y plais. Tant et si bien que parfois, certains commerçants se marrent, se demandant sans doute ce que je peux bien chercher, voir même si je ne me suis tout simplement pas perdu.

Marché de nuit de Dunhuang. En Chine, tout est bon !

Marché de nuit de Dunhuang. En Chine, tout est bon !

Les grottes de Mogao

Les grottes bouddhistes de Mogao sont sans conteste un des joyaux que la Chine a à offrir à ses visiteurs. Malheureusement, la disneylandisation à outrance du site a fait que, bien que plaisante, cette excursion ne comptera pas vraiment parmi les moments forts du voyage. La visite commence par la projection durant une heure de deux films dans le centre d’accueil situé à 15 km des grottes. Un des films est une reconstitution historique à grand renfort d’effets spéciaux et l’autre une visite virtuelle des plus belles grottes.

Ensuite, des navettes emmènent les touristes aux grottes. Mogao en compte plus de 400. L’affluence est telle que vous ne pouvez pas vous balader comme bon vous semble, mais uniquement accompagné d’un guide pour une visite de 2 h. Il vous emmènera dans une douzaine de grottes selon un programme à sa convenance.

L’intérieur de ces grottes de par leurs peintures et leurs statues est splendide, mais la restauration extérieure est à mon sens un véritable désastre. La falaise a été pour ainsi dire entièrement bétonnée et des passerelles en bois permettent d’accéder aux différents étages des grottes.

Entrée d'une des grottes principale.

Entrée d’une des grottes principale.

La façade des grottes, comment dire...

La façade des grottes, comment dire…

En haute saison (juillet-août), pas moins de 10 000 personnes, pratiquement uniquement des Chinois, visitent quotidiennement les grottes. C’était un peu plus calme en mai, mais il y avait tout de même foule. Comme toujours pour les sites les plus fréquentés, le dimanche est à proscrire absolument, car l’affluence y est alors à son comble.

La note pour visiter les grottes est assez salée, pas moins de 240 ¥, soit 34 €, pour une visite en anglais. Pour ceux qui s’interrogeraient si le jeu en vaut la chandelle, il serait sans doute dommage de passer à côté si on est à Dunhuang. J’y retournerais probablement si c’était à refaire, mais je ne qualifierais tout de même pas la visite d’incontournable. Je sens que certains connaisseurs vont s’arracher les cheveux à la lecture de cette hérésie ! Disons que d’une manière générale, les visites des sites touristiques ne sont le plus souvent pas mes meilleurs souvenirs de voyage. En voyage, je goûte avant tout à la liberté d’observer le quotidien des habitants. Le contexte trop encadré et le prix assaisonné des grottes de Mogao font donc que je suis resté un peu sur ma faim.

Pour ceux qui connaissent, vous en avez pensé quoi vous de ces grottes ? Gros coup de cœur ébahi devant la beauté des bouddhas ou mi-figue mi-raison ?

Conseils pratiques

Le lac du croissant de lune

  • Si le ciel et l’horizon semblent voilés de poussière, ça n’est assurément pas la bonne journée. Ça sent la tempête de sable et la vue dans le désert sera réduite à néant.
  • Pour se rendre au lac, un mini bus vert passe à Mingshan Lu (repère vert sur la carte). Il faudra descendre au dernier arrêt.
  • Le prix d’entrée pour le lac du croissant de lune est de 120 ¥ (17 €). Oui, c’est pas donné.

Mogao

  • Un mini bus vert part chaque demi-heure du croisement entre Huancheng Donglu et la rue qui mène à la gare routière (repère bleu sur la carte). Le prix de ce bus est de 3 ¥, bien moins cher qu’un taxi. Le dernier bus rentre de Mogao à Dunhuang à 18 h.
  • Le prix pour la visite des grottes de Mogao est de 240 ¥ (34 €) avec une visite guidée de 2 h et guide anglophone. C’est à peine moins cher avec une visite en chinois. C’est par contre environ moitié prix du 1er novembre au 30 avril.

Où dormir à Dunhuang

  • Parmi les options pas trop chères pour se loger à Dunhuang, il y a l’auberge de jeunesse Shazhouyi International Youth Hostel le long de Qilian Lu (repère jaune sur la carte). 118 ¥ la nuit en chambre simple ou 60 ¥ en dortoir.
  • Il est également possible de loger près des dunes. Ça peut sembler de prime à bord séduisant, mais vous ne serez pas à proprement parler dans le désert. La rue n’est qu’une succession d’hôtels touristiques et vous dépendrez du bus pour vous rendre au centre-ville. Bref, je déconseille.

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Laurent Claudel

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog, c'est ici.

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