14 jours à bord d’un cargo entre Anvers et Cotonou : les préparatifs

Ceux d’entre vous qui me suivent sur les réseaux sociaux savent que je rentre juste d’un voyage au Bénin où je me suis rendu en cargo. Un mois de voyage dont la moitié passée sur les mers, entre Avers et Cotonou. Une expérience qui me titillait depuis déjà pas mal de temps. Quatorze jours sur un navire, forcément, ça ne va pas tenir en un seul billet. Je commence donc par le pourquoi du comment avant d’enchaîner sur le voyage en lui-même. Les articles suivants seront un peu plus rapprochés qu’à l’accoutumée, car devinez quoi, j’ai eu un peu de temps pour écrire à bord durant la traversée ! Enfilez votre gilet de sauvetage, c’est parti…

Partir en cargo, mais quelle idée !

L’idée de partir en voyage en cargo avait déjà plus d’une fois traversé mon esprit. En l’an 2000, durant mon année sabbatique passée à voyager entre la France et le Laos par voie terrestre, j’avais déjà envisagé de rentrer en France en cargo depuis Singapour ou Kelang en Malaisie. Rentrer « brutalement » en avion après cette lente déambulation de par les routes du Moyen-Orient et de l’Asie me semblait incongru et en total décalage avec ce qu’avait été ma manière de voyager durant cette année.

Je l’ai déjà dit plus d’une fois, je n’aime pas voyager par les airs, car en avion, on ne voyage plus vraiment. L’avion abolit complètement les distances qui font pourtant partie intégrante du voyage. Pouvoir se rendre à l’autre bout du monde en une dizaine d’heures de vol annihile toute notion d’éloignement. On ne va plus à l’autre bout du monde, mais dans un lieu à 10 heures de vol, 10 heures, le temps qu’il faut pour traverser la France en voiture.

À l’époque, ce projet n’avait néanmoins pas abouti par manque de moyens. Mon budget pour ce voyage était limité. Rentrer en avion depuis Bangkok était le moyen le plus économique. Le cargo, ça serait pour une autre fois.

Les envies, ça va, ça vient, et au fil des ans, cette idée avait fini pour ainsi dire par disparaître de mon esprit. Elle s’était enfoncée, enfoncée, jusqu’à atteindre mes pieds, à 1 m 90 de mon cortex. Autant dire qu’elle avait pour ainsi dire disparu jusqu’à ce qu’un jour, je lise le récit de Sarah. Après un long voyage de par le monde, Sarah était rentrée début 2011 en France depuis le port de Kelang jusqu’au Havre à bord d’un cargo. Le récit qu’elle en faisait m’avait mis l’eau à la bouche. En puis le temps passe, en octobre 2014, petite piqûre de rappel, Hedilya clôt son tour du monde en rentrant du port de Natal au Brésil jusqu’à Algésiras, elle aussi en cargo. Au printemps dernier, alors que je pars en Chine en train depuis Paris, je finis par enfoncer le bouton. Cette fois ça y est, c’est décidé, mon prochain voyage se fera en cargo.

Le choix d’une destination

J’étudie un peu la question en août et trouve quatre destinations potentielles :

  • Anvers — Dakar en 8 jours sans escale : me doutant bien que l’on devait pouvoir trouver des cargos depuis les ports du nord de l’Europe vers Dakar, c’est cette option à laquelle j’avais pensé avant même de mener mes recherches. Et puis voyager ensuite au Sénégal n’était pas pour me déplaire.
  • Anvers — Cotonou en 11 jours sans escale : le Bénin comptait parmi les destinations qui m’attiraient pour mon premier voyage en Afrique de l’Ouest. J’avais finalement opté pour le Burkina Faso, mais pourquoi pas le Bénin pour cette fois.
  • Monfalcon — Ashdod en 5 jours avec escale au Pirée : ça fait des années que je songe à visiter la Jordanie. Ashdod étant en Israël, rien de plus facile que de se rendre ensuite en Jordanie. Et puis une escale au port du Pirée, c’est un peu mythique non ?
  • Fos-sur-Mer — Salalah en 16 jours avec escale à Malte, Beyrouth et Djeddah : traverser le canal de Suez, bien sûr, ça fait rêver. J’avais aperçu l’entrée du canal à Port-Saïd alors que je me rendais dans le Sinaï en bus depuis Le Caire en 2002. Difficile de résister à l’idée de le traverser vraiment cette fois. Mais voyager ensuite à Oman ne m’attire pas plus que ça.

Comme à mon habitude, les préparatifs d’un voyage n’étant vraiment pas mon fort, je laisse traîner. Début octobre, mon choix est enfin fait, ça sera Dakar. Sauf que non, il est trop tard, il n’y a plus de place en novembre pour Dakar. Quelques plouf plouf plus tard, je me rabats donc sur Cotonou.

Le départ du port d’Anvers

Le départ est donc fixé au samedi 7 novembre. Depuis que je connais le nom de mon cargo, le Grande Lagos de la compagnie Grimaldi, je suis de jour en jour sa position. Je le vois d’abord remonter l’Atlantique au large du Portugal en direction de la mer du Nord. Escale d’une journée à Hambourg, suivie d’une autre journée à Tilbury en Angleterre. Mercredi 4 novembre, alors que je m’apprête à me coucher, je consulte à nouveau sa position. Le Grande Lagos est remorqué vers son quai de débarquement à Anvers. Remorqué par un grizzli. Non, je n’invente rien, le remorqueur s’appelle bel et bien Le Grizzli. Je jubile, cette fois-ci le départ n’a jamais été aussi proche. Vendredi matin, départ en bus pour Anvers. Le Grande Lagos est à quai. Il m’attend.

Le Grande Lagos à quai

Les rabat-joie ne manqueront pas de me faire remarquer que plus que de m’attendre, le navire est surtout affairé à décharger des marchandises et en charger d’autres, mais à bas les rabat-joie. Non, si le Grande Lagos est à quai à Anvers, c’est seulement et uniquement pour m’attendre. Et s’il est arrivé avec une journée d’avance, c’est avant tout pour préparer ma cabine royale ! Un brin de mégalomanie de temps à autre, ça ne peut pas faire de mal.

Le port de commerce d’Anvers, ça n’est pas exactement le petit port de plaisance du sud de la France. Il n’est qu’à regarder une carte pour constater qu’il est en fait plus gros que la ville. Le terminal où est amarré le Grande Lagos est à plus de 20 km du centre. Bilan des courses, 48 € de taxi ! Eh oui, surprise, un taxi à Anvers, c’est quasiment deux fois plus cher qu’à Paris, 2 € du kilomètre !

Quais du port d'Anvers
Quais du port d’Anvers
Un port, la nuit...
Un port, la nuit…

À bord du Grande Lagos

Le Grande Lagos n’est pas un porte-conteneurs, mais un roulier, un Ro-Ro pour les intimes, à savoir un navire qui transporte des véhicules. Pourquoi Ro-Ro ? L’abréviation vient de l’anglais Roll-On, Roll-Off, ou le va-et-vient des véhicules qui embarquent et débarquent du navire. Il dispose néanmoins à l’avant d’un pont lui permettant d’empiler des conteneurs. Il n’appartient pas à la catégorie des cargos géants de 400 m, mais ça n’est pas non plus une goélette. Jugez-en plutôt, 236 m de long, 36 m de large et 41 m de haut. Étant un roulier, on me monte pas à bord en gravissant pas à pas les marches de l’échelle de coupée. On monte à bord du navire par la rampe d’accès des véhicules. C’est un peu moins glamour.

Rampe d'accès du Grande Lagos

Une fois à bord, on me mène par un ascenseur au 12e pont. Ma cabine est prête avec mon nom inscrit sur la porte. Une cabine plutôt spacieuse et tout confort, mais sans hublot. Quiconque imaginerait la vie à bord d’un cargo comme un espace emplit de cambouis et une cabine spartiate serait très éloigné de la réalité à bord du Grande Lagos. C’est, on peut le dire, bien plus confortable que les hôtels auxquels je suis habitué en voyage.

La porte de ma cabine
La porte de ma cabine
Ma cabine
Ma cabine

Le navire bat pavillon italien. L’équipage est italien, roumain et philippin. Évidemment, la séparation est claire, tous les matelots sont philippins, et à quelques exceptions près, les officiers italiens. Alors que je vais me présenter au capitaine du vaisseau, celui-ci me salue sur un ton jovial. Ulysses, le second officier philippin qui me faire faire le tour des dépendances est lui aussi adorable. Et quand j’annonce aux marins philippins croisés ici et là que j’ai visité leur pays il y a quelques années, ça ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Succès garanti ! Tout s’annonce donc pour le mieux. Seul petit contre temps, le départ est reporté à lundi. Et cadeau Bonux, nous ferons escale à Abidjan.

Le dimanche, le port s’endort. Seules les grues dressent fièrement leur flèche comme si de rien n’était. Lundi au petit matin, c’est reparti. Les navires vont et viennent. Le jeu de Lego géant se poursuit. C’est fascinant toutes ces boîtes multicolores. Il n’est pour ainsi dire rien que l’on possède qui n’est passé par l’une d’entre elles. Que contiennent-elles ? Mystère, le capitaine connaît le poids des conteneurs et leur nombre, mais leur contenu reste une énigme.

Pont supérieur du Grande Lagos
Pont supérieur du Grande Lagos

Chargement du Grande Lagos au port d'Anvers

Chargement du Grande Lagos au port d'Anvers

Lundi soir, le Grande Lagos est fin prêt. On a fait le plein à la pompe, à l’avant, les conteneurs sont arrimés entre eux. Il ne reste plus qu’à relever la rampe d’accès à l’arrière et à larguer les amarres. Demain, nous serons en mer, pour de vrai.

Navire "pompe à essence" sur le flanc du Grande Lagos
Navire « pompe à essence » sur le flanc du Grande Lagos

Conteneurs devant le Grande Lagos
Ancre du Grande Lagos

La case pratique

J’imagine que pas mal de questions vont fuser sur le pourquoi ci, comment ça. Un article rassemblant tous les aspects pratiques d’un voyage en cargo clôturera cette série. Mais comme je suis sympa, pour ceux qui ne tiendraient déjà plus en place et se verraient déjà à naviguer sur les mers du monde à bord d’un cargo sans savoir par quel miracle je trouvé, saperlipopette, un billet pour voyager à bord d’un cargo, j’ai acheté mon billet Anvers-Cotonou via Mer et Voyages qui est, comme son nom l’indique, une agence de voyages spécialisée dans ce genre de voyage.

Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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