Alaverdi, par delà la mine, les monastères et l’hospitalité arménienne

Alverdi est une petite ville du nord de l’Arménie située dans le canyon du Debed, dans la province de Lori. Certains vous diront que son nom vient de la juxtaposition de Allah (dieu) et verdi (donne), ce qui donnerait quelque chose du genre don de Dieu. Là, il faut bien reconnaître que ça vend tout de même du rêve. Vous vous y voyez déjà, dans cette bourgade installée le long de la rivière, un petit coin de paradis bucolique, rien que pour vous. Sauf que cette étymologie est un mythe et que le centre d’Alaverdi, en fait, ça ne ressemble à rien. Enfin si, ça ressemble à une ancienne citée minière esseulée, un centre industriel de l’Arménie soviétique, une autre sorte de rêve.

Vu comme ça, vous pourriez me dire, pourquoi donc aller à Alaverdi ? Vous venez de Géorgie ? Allez donc directement visiter Erevan et basta. C’est bien entendu une option, sauf que ça serait passer à côté de… de quoi ? Il paraîtrait qu’avant de trouver du cuivre dans ces montagnes, certains avaient décidé de construire dans les villages environnants des monastères. Ils seraient depuis tombés non pas en ruine, mais dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Alaverdi, une étape entre Erevan et Tbilissi

La route qui me mène de Vanadzor à Alaverdi le long du canyon du Debed respire la nature et la verdure. Le contraste avec les paysages arides du monastère de Noravank plus au sud de l’Arménie est assez saisissant.

Après que la marchroutka m’ait déposé, un constat. Les arbres sont toujours là, les collines environnantes également, mais il y a comme un truc étrange. Ils ont ajouté une sorte de décoration à la montagne. Plus prosaïquement, on appelle ça, je crois, une mine de cuivre et une fonderie, le combo gagnant.

Alaverdi et son usine de cuivre
Mine et fonderie d’Alaverdi

Sauf à être fan d’urbex, il est commun de trouver ça moyennement sexy. Cette belle fumée, ça n’est nullement Volkswagen qui se serait installé là pour tester ses moteurs diesels. Non, c’est juste la fonderie, enfin ce qu’il en reste. Des 4000 employés du temps de la splendeur de l’URSS, on est passé aujourd’hui à 500. La population de la ville est passée elle de 26 000 habitants en 1989 à 11 000, avec un taux de chômage qui avoisine les 60 %. Autant dire que pour le paradis perdu, on reviendra.

Certains immeubles du centre sont pour ainsi dire laissés à l’abandon, leurs fenêtres cassées. Et ça n’est pas ce petit crachin breton par lequel je suis accueilli qui en redore vraiment le blason. C’est à se demander si ce voyage en Arménie ne boirait pas la tasse. L’Hayastan1Arménie en arménien avait fait jusqu’à ce jour illusion, mais il y a cette fois comme une sorte de raté dans l’air.

Alaverdi

Train Alaverdi

Dans les rues d’Alaverdi

Et si j’avais espéré prendre de la hauteur grâce au téléphérique de la mine, c’est peine perdue, il est en vrac, nietkaput. Honnêtement, si ce n’est partir en quête du bar PMU du coin pour quelques doubles ou triples rasades de vodka du cru, l’horizon semble un peu bouché.

Téléphérique d’Alaverdi

Mais c’est là qu’avant de me consoler dans ces vapeurs éthyliques, cette histoire de monastères refait surface. Alors plutôt que de m’essayer à l’œnovodkalogie, j’opte pour une visite de courtoisie aux monastères d’Alaverdi.

Le monastère de Sanahin

Perché au-dessus de la ville, il était accessible par le téléphérique construit pour les ouvriers de la mine. Le téléphérique est toujours là, mais il ne fonctionne plus. Reste donc l’option du taxi ou du stop pour y monter.

Monastère de Sanahin

Vous allez peut-être me dire qu’ils auraient pu enlever ce vilain échafaudage. Ce à quoi je vous rétorquerai que voilà bien le point de vue du touriste qui veut une jolie photo (ça, c’est moi), mais qui n’en a rien à battre que le monastère s’effondre avant que les touristes suivants (ça, c’est vous) aient eu la joie d’admirer ça.

La visite n’est pas dénuée d’intérêt, mais pour être tout à fait honnête, même si je n’irais pas jusqu’à dire que je suis peu bougon, quelques doutes me chatouillent aux entournures. Bref, je suis un peu déçu, mais pas suffisamment pour me départir de ma bonne humeur.

Pour la petite histoire, le village de Sanahin a également vu naître les frères Mikoyan qui ont marqué chacun à leur manière l’histoire de l’URSS. Artem Mikoyan fut un des pères des avions de chasse MiG. Quant à son frère Anastase, il connut la plus longue carrière politique de tous les membres du Poliburo. Il fut en effet aux côtés de Lénine, Staline et enfin Khrouchtchev. On imagine que ça a dû être un sacré jeu d’équilibriste.

Petite balade champêtre

Par la route, Haghpat est à 15 km de Sanahin. Mais à la vue de cette nature verdoyante, la route, vous n’y pensez pas malheureux. Sauf à être allergique à un peu de marche, ou à être un adepte du voyage optimisé, une petite randonnée bucolique s’impose. Alors évidemment, à ne pas vouloir optimiser mon voyage, j’ai bien conscience d’en ruiner la quintessence même. Sans compter qu’en marchant à travers ces villages, je risque fort de rencontrer un de ces Arméniens si sympathiques qu’il va me faire perdre encore plus de temps en me tenant la jambe. Eux, ils appellent ça l’hospitalité, paraît-il. Arf, le voyage optimisé, pas sûr que je comprenne un jour le concept.

Mais je digresse, revenons-en à cette balade. J’ai d’ailleurs oublié de préciser que je ne suis pas seul pour cette tournée des monastères. J’ai en effet droit à une visite guidée faite par de jeunes guides de l’école d’anglais d’Alaverdi.

Nouvelle digression, ces visites guidées n’étaient en 2016 que quelque chose d’assez informel, un projet monté par Olga, la prof d’anglais de l’English Club de la ville. La formule a évolué depuis, mais c’était alors présenté comme un service gratuit, ce qui voulait plutôt dire que l’on donnait ce qu’on voulait. Forcément, certains parasites touristes économes ne donnaient rien.

Les guides sont de jeunes étudiants ultras enthousiastes, qui parlent très bien anglais, et qui essayent de s’en sortir dans une région plutôt sinistrée économiquement. Même si j’ai tendance le plus souvent à me débrouiller seul, j’ai trouvé cette fois que ces jeunes méritaient vraiment d’être encouragés. Ils ont maintenant structuré ça davantage avec des prix fixes pour chaque visite. Vous trouverez un complément d’information sur ces visites guidées en fin d’article.

Randonnée entre Sanahin et Haghpat

Autour d’Alaverdi

Mes guides entre Sanahin et Haghpat

En route donc pour Haghpat accompagné de… euh… oui bon, c’est embarrassant, j’ai oublié leurs prénoms. Mais dans la mesure où vous devez être bien plus physionomiste que moi, vous les aurez sans doute reconnus !

Trois heures plus tard, nous voilà arrivés à Haghpat qui est censé être le clou de la visite.

Le monastère de Haghpat

Et bien vous savez quoi ? Ça n’était pas un slogan de brochure touristique. Haghpat est en effet une franche réussite. Et si vous ne deviez visiter qu’un seul monastère autour d’Alaverdi, je serais vous, je miserais dessus. C’est sans doute celui qui présente le plus d’attraits. D’ailleurs, un peintre de passage ne s’y est pas trompé.

Le soleil joue encore un peu à cache-cache avec les nuages, et quand il finit par montrer le bout de son nez, me voilà parti dans une course folle pour prendre des photos avant qu’il ne soit l’heure de repartir. Comme quoi, finalement, moi aussi parfois, j’optimise !

Monastère de Haghpat

Monastère de Haghpat

Monastère de Haghpat

Intérieur du monastère de Haghpat

Intérieur du monastère de Haghpat

Intérieur du monastère de Haghpat

Infos pratiques

Guesthouse à Alaverdi

La guesthouse que tout le monde semble connaître ici, c’est l’Iris Guesthouse, tenue par Irina et Stepan. Irina et Stepan parlent très bien anglais, sont très serviables et leur maison est un coin bien paisible que j’ai vraiment adoré. Il est possible de dîner également chez eux. Le seul inconvénient étant l’emplacement n’est pas terrible si vous voulez aller en ville à pied. C’est en effet à plus de 3 km du centre, ce qui n’est pas un problème en soi, si ce n’est que la route pour y aller n’a pour ainsi pas de bas côté et voit passer beaucoup de camions.

Il est également possible de loger à Haghpat, ce qui peut-être une option vraiment plaisante dans ce petit village autrement plus pittoresque qu’Alaverdi.

Aller à Alaverdi depuis Erevan

Comme souvent en Arménie, pas de bus, mais des marchroutka (taxis collectifs). Sauf à monter à bord d’une marchroutka pour Tbilissi, il n’y a pas de transports directs pour couvrir les 180 km depuis Erevan. Il faut d’abord se rendre à Vanadzor en 2 h avec des départs très fréquents depuis Kilikya Avtokayan, la gare routière d’Erevan. On trouve ensuite à la gare routière de Vanadzor quelques marchroutka qui pourront vous déposer à Alaverdi, mais elles ne courent pas les rues. Partez donc d’Erevan le matin, sinon ça peut coincer. Compter 3000 AMD en tout.

D’Alaverdi à Tbilissi

Une marchroutka part le matin vers 8 h. Si vous êtes à l’Iris guesthouse, elle vous prendra devant la maison, pas besoin d’aller en ville. Il est également possible de rejoindre Tbilissi en taxi. Le prix tourne autour de 5000 AMD par personne pour parcourir les 120 km en marchroutka et 15 000 à 20 000 AMD pour un taxi. Le passage de la frontière est généralement relativement rapide.

Visite des monastères d’Alaverdi

Il est bien évidemment possible de se débrouiller tout seul comme un grand en combinant marchroutka, stop et marche à pied. Il y a quelques marchroutka chaque jour pour aller à Haghpat. Il est aussi possible de rejoindre Sanahin et Haghpat en taxi. Tout ça n’est pas bien compliqué si tant est qu’on soit un minimum débrouillard.

Mais si vous voulez compléter la visite avec les explications d’un guide, les jeunes de l’école d’anglais sont, comme je l’ai déjà dit, vraiment top. Toutes les infos sont disponibles sur leur site, Alaverdi Guides. Je ne communique que très rarement des infos sur les guides que l’on peut trouver sur place, mais je pense que ce projet mérite vraiment d’être encouragé.

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1. Arménie en arménien
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Tu en sauras plus sur ce blog et sur moi dans l'à propos.

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