Batad et Banaue ou l’art des rizières en terrasse

Quand on parle de rizières en terrasses, on pense forcément à l’Asie. Mais ensuite, on pense plutôt au Vietnam ou à la Chine et on oublie les Philippines. Pourtant, au nord de l’île de Luzon, dans la région de Banaue se trouve une perle, un truc à s’en taper le cul par terre. Vous pensiez avoir déjà vu des rizières, mais si vous n’avez pas vu Batad, vous n’avez (presque) rien vu. Ce village est un petit jardin d’éden fait de quelques maisons au pied d’un amphithéâtre de rizières en terrasses qui est juste … renversant. On use et on abuse des superlatifs, mais si vous ne me croyez pas, sachez que pour une fois, vous avez tort 😉

En route pour les Philippines

Je ne sais plus très bien comment j’en étais arrivé à choisir d’aller aux Philippines. Nous étions fin 2008 et mon sac à dos prenait la poussière depuis plusieurs années. Mon dernier voyage remontait à avril 2004, c’était en Syrie. Pourquoi cette longue pause ? Disons pour faire bref que je n’allais pas très bien, et l’envie de vivre mes passions s’était sérieusement émoussée. Et puis un jour, un électrochoc salutaire me réveil (enfin, on m’a un peu aidé également) et l’évidence se fait corps, il va falloir repartir. La terre tourne toujours donc je vais décoller, la laisser tourner un peu, et atterrir quelque part. Ce quelque part sera aux Philippines. Nous sommes en février 2009.

Des Philippines, je ne connais pas grand-chose, mais dès l’instant où j’ai entendu parler de rizières en terrasse, c’est un peu devenu une obsession. Bien qu’ayant alors déjà pas mal roulé ma bosse en Asie, je n’avais alors encore jamais vraiment vu ces paysages de rizières à vous couper le souffle. Ça restait encore pour moi ce qu’on peut appeler un paysage de cartes postales.

Les rizières de Banaue

Aux Philippines, le chasseur de rizière se dirige assez rapidement vers la bourgade de Banaue, au nord de Luzon, la plus grande île de l’archipel. Banaue est accessible en 9/10 h de bus depuis Manille et ses rizières sont classées au patrimoine mondial de l’UNESCO, donc forcément, ça ne peut qu’être un must. Après avoir passé quelques jours à Sagada puis à Tinglayen, je suis donc ce qu’on peut appeler surexcité. Je pose mon sac dans la première auberge et me dirige illico presto au pas de course vers le point de vue indiqué sur mon plan.

Rizières en terrasse de Banaue
Rizières en terrasse de Banaue

Les rizières sont bien là, mais le soleil peine sérieusement à percer l’épaisse couche de nuages. Je cherche le meilleur angle pour prendre des photos, mais sans soleil, la lumière n’est pas vraiment au top. Arrivé au point de vue officiel, trois femmes habillées en tenue traditionnelle attendent les touristes pour poser moyennant quelques Pesos. Elles m’interpellent, mais je passe mon chemin. Ce folklore me gêne et de toute façon, je ne paye jamais pour prendre des photos. Quelque part, j’ai l’impression de m’être un peu fait avoir. Les tenues de ces trois femmes sont très belles, mais plus personne ne porte cet habit à Banaue, en tout cas, je n’en ai pas vu. C’est donc devenu un simple déguisement.

Je redescends un peu le long de la route et pose mes fesses pour plonger mon regard dans ce spectacle, en savourer l’instant, m’en abreuver. Dans ma tête, une petite voix me dit “tu te rends compte Lolo, t’es à Banaue, t’en rêves depuis le début de ce voyage”. Mais même si je ne veux pas vraiment me l’avouer, je suis déçu. Je ne suis pas perdu dans la nature au milieu des rizières, mais assis au bord d’une route goudronnée et les rizières en terrasses, bien qu’impressionnantes, manquent cruellement de vert. Nous sommes trop tôt en saison, seules les zones servant de pépinière sont vertes, le reste des rizières est soit juste en eau, soit tout sec.

Batad, un village loin des routes

Le lendemain, direction Batad. Je ne sais pas trop à quoi m’attendre. J’ai bien veillé à ne pas voir de photos avant, pour préserver la surprise. Une chose est sûre en tout cas, je devrais cette fois être dans la nature, car aucune route de mène à Batad. Le jeepney nous dépose au col au-dessus du village après une ascension décrite comme bone-jarring1qui secoue les os dans mon Lonely Planet. Secoué, je l’ai été, mais la densité de passagers au m2 étant ce qu’elle était, je n’ai en fait pas bougé tant que ça 😉 Et puis cette ascension n’était pas bien longue. Du col, un sentier descend vers Batad, mais il serpente dans la forêt et les arbres masquent les rizières. Je descends au pas de course, j’ai attendu toute la journée ce jeepney qui ne voulait pas partir. J’ai été patient, mais fini la patience, arrêtez de vous planquer mesdames les rizières ! Il a plu la veille, rendant le sentier boueux et glissant, mais curieusement, je survol, un sans faute, chose plutôt rare (non non, je ne suis pas maladroit). Et soudain, une éclaircie dans tous ces arbres. Elle n’est pas très grande, mais ce petit échantillon me semble prometteur. J’accélère encore le pas, jusqu’à sortir de la forêt et voir enfin le village.

Batad et son amphithéâtre
Batad et son amphithéâtre

Autant dire que là, c’est l’extase. Banaue m’avait déçue, mais ici, à Batad, je suis ébahi, époustouflé, estomaqué, foudroyé, médusé … bon OK, j’arrête là ! La plupart des auberges sont perchées au-dessus du village avec une vue complètement dégagée sur tout l’amphithéâtre. Durant trois jours, j’alternerai de longues séances contemplatives depuis la terrasse de l’auberge avec des balades durant lesquelles je jouerai l’équilibriste, avec quelques ratés, le long des murets du labyrinthe. Mais assez parlé, place à quelques photos.

Batad, coupé du monde vous dites ?
Batad, coupé du monde, vous dites ?
La place du village
La place du village

Au grès des balades, on découvre d’autres points de vue, d’autres perspectives. Et puis le soleil jouant avec les nuages, les rizières changent continuellement d’aspect au grès de ces inflexions lumineuses.

Vue plongeante sur les rizières de Batad
Vue plongeante sur les rizières de Batad
Les auberges sont visibles en haut, au milieu
Les auberges sont visibles en haut, au milieu

On croise parfois quelques femmes dans ces rizières. Elles ne sont pas déguisées et plantent les dernières parcelles. Certaines parcelles font tout au plus 2 mètres de large, une véritable prouesse d’ingénierie civile que n’aurait pas moins de 2000 ans.

Le moindre lopin est cultivé
Le moindre lopin est cultivé
Rizières en terrasse de Batad
Rizières en terrasse de Batad
Villageoise dans les rizières
Villageoise dans les rizières

Quand visiter les rizières en terrasses aux Philippines

La question n’est pas anodine, car de ça va dépendre l’aspect visuel des rizières. En dehors du côté peu isolé et plus touristique de Banaue, j’ai été déçu, car il était trop tôt. Le spectacle aurait sans doute été tout autre un peu plus tard, une fois le riz planté. Les rizières sont à leur apogée un à deux mois avant la récolte. Le plant de riz devient ensuite doré puis jaune.

  • Banaue : une seule récolte par an. Les rizières sont plantées en mars et la récolte se fait en août.
  • Batad : deux récoltes par an. Les rizières sont plantées en février et en août. Les récoltes ont lieu en juin et décembre.
  • Tinglayen (plus au nord) : j’ignore le nombre de récoltes, mais en février, les rizières étaient déjà très vertes, plantées vers janvier.

Batad était très calme quand j’y suis allé fin février, mais d’après la tenancière de l’auberge, les week-ends peuvent être bien plus chargés avec de nombreux étudiants philippins venant en groupe, ainsi que durant les vacances scolaires, de fin mars à fin mai. La saison sèche s’étend de décembre à mai, mais dans les montagnes, il n’est pas rare qu’il pleuve même durant la saison sèche, j’en ai fait l’expérience plus d’une fois. Et ici, quand il pleut … il pleut !

Si l’option assez contemplatrice qui fut la mienne ne vous convient pas, vous pouvez faire comme Jonathan de Voyagecast et tenter l’ascension du mont Amuyao qui est assez proche de Batad. Et quand bien même vous ne songeriez pas à grimper cette montagne, cette saine lecture devrait vous faire rire 🙂

Maintenant, vous l’avez donc compris, les rizières en terrasse, ça ne me laisse pas vraiment indifférent et je ne suis pas encore blasé, donc si vous en avez d’autres à me conseiller 🙂

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1. qui secoue les os
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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