Berat, deux collines, un château et mille fenêtres

Si vous n’avez vu qu’une seule photo d’un site touristique en Albanie, je suis prêt à parier quelques paquets de cacahuètes, voire même des pistaches qu’il s’agissait de Berat. C’est une des plus anciennes villes d’Albanie et depuis 2008, elle est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Je dois bien reconnaître que ces messieurs dames de l’UNESCO n’ont pas trop mauvais goût, car j’y ai passé trois merveilleuses journées. Berat a de quoi satisfaire des amoureux de vieilles pierres, mais aussi les amateurs et les amatrices de courtes randonnées avec à la clé des points de vues parfois époustouflant sur la région. Ne pas inclure Berat dans son itinéraire en Albanie serait donc assurément incongru.

Ayant rejoint l’Albanie en train et en ferry depuis la France, je suis entré au pays des aigles par son port de Durrës. Les eaux turquoise du port promettaient le meilleur, mais force et de reconnaître que cette ville n’est pas forcément des plus mémorable. D’ailleurs, certains pêcheurs s’y sont même pétrifiés !

Sculture pêcheur Durres

C’est donc sans trop d’états d’âme qu’après une journée passée à Durrës, je prends un bus pour Berat.

Mon arrivée à Berat

À peine arrivé à la gare routière, un bus de ville menant au centre-ville fait son apparition (la gare routière est assez distante du centre historique). Mais pas n’importe quel bus, puisqu’il arbore les couleurs de la RATP.

Bus de ville RATP à Berat

Je ne sais pas pour vous, mais l’idée que l’on puisse monter à Paris à bord du bus 341 avec un simple ticket de métro et arriver quelques jours plus tard à Berat, je trouve ça merveilleux. La ligne 341 relie normalement la Place de l’Étoile à Paris à la porte de Clignancourt. Autant dire que nous avons affaire à un chauffeur très aventureux ou très rêveur.

Berat est un haut lieu du tourisme en Albanie. Aussi, assez légitimement, un certain nombre d’habitants se sont adaptés pour essayer d’en tirer un petit pécule. Et force est de reconnaître que c’est fait avec une rare gentillesse. Oubliez les rabatteurs qui vous harcèlent à peine descendu du bus. Alors que je marche en direction du centre-ville, un monsieur à vélo me demande si par hasard je ne chercherais pas une chambre chez l’habitant. Je décline l’offre, mais ça ne l’empêche pas de me souhaiter la bienvenue et un agréable séjour, le tout avec le sourire.

Une ville entre deux collines

À peine arrivé dans la vieille ville, je constate que la rumeur était des plus fondée. Berat, c’est joli, très joli.

Vue de Berat

Si on voulait résumer les choses, Berat, ce sont deux collines, et au milieu, un empilement de maisons blanches, le tout agencé avec goût et harmonie. Rive droite, comme il se doit au sommet de la colline, le château paré pour défendre la ville.

Berat rive droite

Rive gauche, un quartier pour l’essentiel résidentiel. Et au milieu, coule la rivière Osumi.

Berat rive gauche

Historiquement, ces deux collines étaient fortifiées. Autant dire qu’il fallait montrer patte blanche pour traverser la vallée.

Sur la rive gauche se trouve le quartier de Gorica qui, après la conquête de la ville par les Ottomans au XVsiècle, devint le quartier chrétien.

Les façades de toutes ces maisons ne sont pour ainsi dire faites que de fenêtres. Ça n’est pas pour rien si un des surnoms de Berat est la ville aux mille fenêtres. Les Beratis seraient-ils des gens très curieux ?

Quartier de Gorica

Une petite randonnée

Avant d’aller visiter le château, je décide d’aller l’admirer de loin. Rive gauche (de l’autre côté de la rivière par rapport au château), les maisons laissent rapidement place à la forêt couronnée d’une clairière. De quoi avoir envie d’enfiler ses godillots pour une petite randonnée là-haut sur la colline. Une fois arrivé au sommet, je me pose sur une souche et m’empare de toute cette vue. Attention, il est bien entendu interdit de partir avec la vue. Merci de la laisser là pour les suivants.

Vue de Berat

Vue de l'université

Le bâtiment un peu pompeux avec dôme et colonnades n’est pas le Sénat américain, mais l’université de Berat. On notera également que la ville moderne visible derrière l’université a adopté un style architectural sensiblement différent de son aînée. Sauf à être adepte des cubes de béton, vous n’allez sans doute pas y passer énormément de temps.

Évidemment, à contempler la citadelle depuis ce point de vue privilégier, j’ai envie d’y aller dans la foulée. Et en mode très feignant, je me dis qu’un câble tendu entre les deux collines avec une tyrolienne, ça aurait été une riche idée !

Mais de câble il n’y a pas. Il me faut donc redescendre jusqu’à la rivière sans trop me perdre malgré un sentier pour le moins évanescent.

Maisons aux mille fenêtres et chateau

Le sentier qui mène au sommet de cette colline est clairement indiqué sur OpenStreetMap. Ce sentier est visible sur l’application Maps Me.

Au retour, rien ne mieux qu’un petit plongeon dans la piscine de ma guesthouse !

Cour de la Maya Guesthouse

Le château de Berat

Se promener dans les rues pentues de la citadelle est un vrai plaisir. Ça nécessite cependant de bien lever les pieds, et ce pour deux raisons. La première est que les pavés sont un peu disjoints (les terrassiers s’en excusent), et la seconde est que… ça monte !

Rue pavée

Le château n’est pas qu’un lieu dédié au tourisme. Il y a encore du monde pour habiter entre les murs de la citadelle. On peut d’ailleurs y loger dans un des quelques hôtels et chambres d’hôtes qui s’y trouvent. Le cadre est très plaisant, mais ne pas négliger que chaque descente en ville sera suivie d’une belle petite remonté bien raide, à moins de fuir la ville à jamais une fois en bas.

Il en va peut-être différemment en été, quand la saison touristique bat son plein, mais en ce mois de mai, l’ambiance dans les ruelles du château est à la tranquillité.

Ruelle chateau Berat

Ruelle du château

Ruelle du château

Il n’en a cela dit peut-être pas toujours été ainsi. Quelques vestiges semblent indiquer qu’il fut un temps où il a fallu chasser des voisins un peu trop envahissants.

Canon au château

Et si cet entrelacs de ruelles vous étouffe, qu’à cela ne tienne, l’Église de la Trinité vous attend pour le moment spirituel de la balade.

Église de la Trinité

Mes impressions

Au soleil couchant, le mont Tomorr se part de sa tunique rose orange, et une fois la nuit tombée, les façades des maisons s’illuminent de mille feux. C’est à ce moment-là qu’on se dit que l’heure n’est pas venue des au revoir et qu’il va falloir rester un jour de plus. Berat restera à n’en pas douter parmi les meilleurs moments de ce voyage en Albanie.

Vue du mont Tomorr

Berat la nuit

Infos pratiques

Bus pour Berat depuis Durrës : quelques bus relient Berat directement depuis Durrës en un peu moins de 2 h, mais ils sont assez rares. J’ai dû pour ma part prendre un premier bus pour la gare routière de Sqiponja à Tirana (qui n’est pourtant pas sur la route) suivi d’un second bus pour Berat. Les bus pour ces deux destinations sont très fréquents, toutes les 45 min.

Où dormir à Berat : préférant rester de plain-pied et non pas percher là-haut dans le château, j’ai opté pour la Maya Guesthouse qui se trouve dans le quartier de Gorica. La cour est sympa et l’équipement au top. Un lit en dortoir coûte 10 €.

Itinéraire de ce voyage

J'ai visité l'Albanie en mai 2019. J'avais rejoint l'Albanie en train depuis Paris via Venise. Voici les articles couvrant ce voyage.

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Laurent

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