Chaos et sueurs froides à Ahmedabad

Avant de poursuivre avec le récit de mes aventures au Bénin, petit interlude indien. Cela fait presque une année que je ne vous ai pas parlé de l’Inde, un comble alors que ce pays est gravé dans le nom même du blog ! Voici donc une anecdote qui, mieux qu’un long discours, devrait exprimer assez bien pourquoi parfois, en Inde, l’Occidental que nous sommes peut saturer un peu, juste un peu. Rien de bien méchant, rassurez-vous, juste une anecdote.

Par une chaude après-midi de février, j’arrivai à Ahmedabad, la plus grande ville de l’état du Gujarat. Après le calme de Bundi, Chittorgarh et Udaipur, c’est donc reparti pour une bonne dose de bordel indien. Comme toutes les grandes villes indiennes, Ahmedabad est polluée, chaotique, bruyante, bordélique, enfin c’est l’Inde quoi. Mais Ahmedabad, ça sera également l’histoire d’une nuit mémorable. Une histoire pour laquelle l’épithète only in India sied à merveille.

Je suis à peine descendu du bus venant d’Udaipur que les rickshaws arrivent à la rescousse. Mais Ahmedabad n’étant pas une ville touristique, nous tombons d’accord sur un prix en moins de 5 secondes. Et c’est parti pour un tour de Mario Kart. Des bus, des camions, des taxis, des chiens, des vaches, et autant de zigzags, de queues de poisson, de mais non là ça passe pas” suivis de ah bah si en fait”, et puis des klaxons, encore des klaxons, toujours des klaxons.

Rickshaw à Ahmedabad
Bienvenue à bord.
Bienvenue à bord.
Toujours accueillir le client avec le sourire.
Toujours accueillir le client avec le sourire.

Mission chambre d’hôtel

À l’annonce du nom des deux premiers hôtels où je veux aller, le rickshaw wallah me fait le coup du c’est fermé, mais j’en connais un autre”. Oui c’est ça, et moi je connais la chanson. Le troisième et le quatrième sont complets, décidément, dur dur de trouver un hôtel pas trop cher où dormir à Ahmedabad. Après avoir éclusé quelques adresses de mon choix, je laisse le rickshaw aux commandes. Nous sillonnons le quartier, un coup c’est complet, le suivant n’est pas autorisé à accueillir des touristes, le suivant est trop cher, bigre, il ne m’est pour ainsi dire jamais arrivé de batailler autant pour trouver une chambre.

Au dixième, bingo, une chambre de libre. 1100 Rs115 €, c’est bien plus que ce que j’ai l’habitude de payer en Inde, mais ça fera l’affaire. Merci monsieur le rickshaw wallah, sans son aide précieuse, j’y serais encore. Et vérification faite le soir même, les deux premières adresses étaient bel et bien fermées ! Comme quoi, hors des villes touristiques, des rickshaws sympas et honnêtes, ça existe.

Le lendemain, l’heure est à la visite, mais que visiter à Ahmedabad ? Comme souvent en voyage en Inde, je passe ma journée à déambuler dans les rues, boire un chaï par ici, fumer une bidi par là, prendre des photos par ici, poser mes fesses pour observer le tout par là. La vieille ville entre son marché et la grande mosquée, la Jama Masjid, est vraiment propice à ça. Et le touriste n’étant pas vraiment légion, les gens sont curieux sans être pour le moins oppressants.

Petite virée également à l’Ashram de Sabarmati fondé par Gandhi. Ça n’est pas forcément transcendant, mais ça a le mérite de rappeler quelques-unes des actions du grand homme.

Poule à vendre à Ahmedabad
Une petite poule pour ce soir ?
Un chai wallah
Un chai wallah
Un homme pieux
Un homme pieux

Puis vint la nuit…

Tout ça n’était donc pas déplaisant, mais pas non plus forcément mémorable. Tout au plus une journée comme une autre en Inde. En fait, ce que je retiendrai sans doute surtout d’Ahmedabad, c’est cette nuit assez épique.

Les préliminaires

Étant un peu fiévreux (une petite bronchite venait de pointer le bout de son nez), je me couche tôt, à 22 h. La rue est encore très bruyante, mais je suis HS, et la fatigue aidant, je devrais bien finir par trouver le sommeil. Et puis les heures passant, le bruit des klaxons va bien finir par s’amoindrir. Mais premier cadeau Bonux, en plus des klaxons, j’ai droit au bip strident d’une alarme de voiture que l’on active, suivi du bip-bip de la même alarme qui est cette fois désactivée. Bip, bip-bip, bip, bip-bip avec tout au plus une pause de 5 à 10 secondes entre chaque. Et ça, juste sous ma fenêtre, le truc qui énerve juste un peu. Mais toutes les bonnes choses ayant une fin, le jeu finit par s’arrêter. Il est minuit. Oui, minuit, le mec a donc joué avec son alarme durant deux heures ! L’histoire ne dit pas si, au bout du compte, l’alarme de la voiture est restée ou non activée !

Médor, tais-toi Médor

Il y a encore de la circulation dans les rues d’Ahmedabad, mais plus trop, tout va bien. Tout va bien, jusqu’à ce que mes amis canins décident de pousser la chansonnette. Ça commence par des aboiements classiques, mais rapidement, ils se battent, et cerise sur le gâteau, certains se mettent à hurler à la mort. Et pour accompagner ce concert canin de quelques percussions, mes amis les pigeons qui ont élu domicile au-dessus du bloc de clim hors d’usage de ma chambre entrent dans la danse. Ils ne roucoulent pas, mais grattent inlassablement une mince plaque de bois qui me sépare d’eux. Il est 1 h 30 du matin et le concert bat toujours son plein. On n’en est toujours pas aux rappels.

Porte d'entrée de la vieille ville.
Porte d’entrée de la vieille ville.
Une jolie coloration au henné.
Une jolie coloration au henné.
Et sa pétarade...
Et ça pétarade…

Sueurs froides

Est-ce la fin du concert, je l’ignore, mais je finis par m’endormir. Enfin, pas pour très longtemps, car je me réveille un peu plus tard en nage, à moitié paniqué. Non, les pigeons n’ont pas fait irruption dans ma chambre. Simplement, au lieu de rêver paisiblement, j’étais plongé en plein cauchemar. Dans ce cauchemar, je dors dans une maison, je ne sais où dans laquelle quelqu’un fait irruption durant mon sommeil. Mais pas un gars cool qui se barre avec ton ordinateur et ton appareil photo sans demander son reste. Non, un maniaque qui dès qu’il trouve un objet en verre le casse et vient me taillader les chairs avec le tesson de verre. Et ça n’en finit pas. À peine ai-je réussi à fuir et me barricader dans une autre pièce qu’il réapparaît. Il casse une nouvelle bouteille et recommence son petit jeu. Je suis absolument terrifié, et autant dire que me réveiller fut pour le coup un véritable soulagement.

Et si on tapait la discute maintenant

Je finis par retrouver mes esprits et me calmer. Il est maintenant 4 h du matin et je n’aurais rien contre piquer un petit roupillon, mais sans cauchemar si possible. Mais c’est sans compter sur mes voisins de chambre qui ont, semble-t-il, décidé qu’il n’est plus vraiment l’heure de dormir. Ils parlent comme en plein jour dans leur chambre et dans les couloirs de l’hôtel. Ça n’est pas la première fois que ça m’arrive en Inde, et dans ces situations, aller se plaindre n’est généralement pas très productif. En revanche, si vous voulez vraiment péter un câble, pourquoi pas.

Le respect du calme et du sommeil des autres n’est pas vraiment un concept indien. La plupart du temps, votre interlocuteur, même s’il parle anglais, fera mine de ne pas comprendre de quoi il retourne. J’ai souvenir d’une nuit à Hyderabad où, après avoir demandé très calmement et poliment à mes 2 voisins de chambre de parler un peu moins fort, l’un d’entre eux me répondit : sorry sir, we don’t know what happened with your luggage. Please ask the reception for that matter”2désolé monsieur, nous ne savons pas ce qui c’est passé avec votre bagage. Demandez s’il vous plaît à la réception. Le mec se fout certes un peu (beaucoup) de ma gueule, mais ça n’est pas vraiment le but de la manœuvre. Simplement, il se refuse à perdre la face en reconnaissant ses torts, et sort le premier truc qui lui passe par la tête. Il discutait peut-être valise avec son pote, donc voilà, t’as droit à une histoire de bagages !

Ablutions à la Jama Masjid
Ablutions à la Jama Masjid
Dans le grande mosquée, la Jama Masjid
Dans la grande mosquée, la Jama Masjid

Allah Akbar

À 5 h 30, mes voisins ont sans doute un petit coup de barre, car ils finissent par se taire. Mon réveil est calé sur 6 h 30, le bonheur, une bonne petite heure de sommeil m’attend. Avouez, vous aussi vous y croyiez ? Bah non, mon hôtel est proche d’une mosquée et c’est l’heure de la première prière. Le muezzin branche son micro, et c’est parti pour quelques Allah akbar, Allah akbar. Allah est grand, oui, sans doute, mais là tout de suite maintenant, ce muezzin est surtout un grand emmerdeur ! Mais sans lui, l’histoire aurait peut-être manqué d’une chute digne de ce nom.

Dans la Jama Masjid d'Ahmedabad

Épilogue

Peu de temps après, mon réveil sonne. Je me lève, boucle mon sac à dos et prends un rickshaw pour me rendre à la gare. Dans la fraîcheur du petit matin, les rues d’Ahmedabad sont très calmes, un comble. On y croise juste quelques rickshaws remplis à craquer d’enfants avec leurs sacs d’écoliers qui prennent la direction de l’école.

Quant à moi, j’attends mon train pour Junagadh sur le quai de la gare. Tout est bien qui finit bien. J’ai gagné une nuit pour ainsi dire blanche, mais par la même occasion, une histoire qui vous aura, je l’espère, amusée. Only in India ! Et vous, elle était où votre nuit portnawak en voyage ?

La case pratique

  • L’hôtel où j’ai logé était plutôt cher pour la prestation (1100 Rs), mais étant donné que se loger à Ahmedabad semble ne pas être forcément très simple, ça pourra peut-être vous servir. Il s’agit de l’hôtel Stay Inn qui se trouve approximativement ici.

   [ + ]

1. 15 €
2. désolé monsieur, nous ne savons pas ce qui c’est passé avec votre bagage. Demandez s’il vous plaît à la réception
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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