Si Cotonou m’était contée, chronique de mon séjour

Après une vue assez générale de ce voyage au Bénin, l’heure est venue d’entrer un peu plus dans le vif du sujet avec une petite ode à Cotonou, parce qu’elle le mérite bien.

Cotonou, ton nom a enchanté mes oreilles. Il faut dire qu’avec tes consœurs africaines, vous n’êtes pas en reste pour bercer notre ouïe de patronymes tous plus poétiques les uns que les autres. Cotonou, Yamoussoukro, Tombouctou, Lubumbashi, Kinshasa et ma favorite, Ouagadougou. Avouez qu’on a connu noms plus déplaisants.

Cotonou, malgré ton nom si doux, tu ne ressembles pas à grand-chose. Ce n’est pas te faire offense que dire que tu n’es pas vraiment belle. Tes rues ne sont le plus souvent que poussière, nul macadam ne venant se glisser entre les semelles de tes résidents et la terre mère. Tes bâtiments peinent à s’arracher du sol, tout au plus pour quelques étages. Seuls les banquiers ont comme partout réussi à se cacher derrière leurs tours de verre.

Cotonou, avec tes beaucoup de degrés et ton humidité, tu m’as fait suer. Tes trottoirs sont parsemés d’immenses récipients qui semblent tout disposés à étancher la soif du badaud à l’aune de se dessécher, sauf que cette boisson aux reflets de bière un peu ambrée est en fait de l’essence. Aller à la pompe tient ici de la plus grande des excentricités. Non pas que faire le plein ainsi dans la rue soit nécessairement considéré beaucoup plus cool, mais c’est surtout beaucoup plus économique. Cette fausse bière qui fait pétarader les zems (zemidjans en version intégrale) est de l’essence de contrebande en provenance directe du Nigéria voisin.

Essence de contrebande en vente dans les rues de Cotonou

Cotonou, tu m’as fait courir quand m’approchant du ministère de la Justice, un des plantons a fait appel à mes talents d’athlète sur un ton qui ne semblait pas vraiment ouvrir droit à la discussion. Certes, une barrière fermait l’accès à cette rue, mais pas au trottoir. Aussi, avais-je eu le toupet de m’y engager, espérant rejoindre par cette rue transversale l’avenue Jean-Paul II. Mais arrivant à hauteur de l’entrée, un des gardes sortit de sa léthargie pour me saluer d’un « mais tu vas où idiot, retourne ». La proposition semblant assez clair, je tournai mes talons, enfin, mes tongs pour être plus précis. La seconde salve aux airs de « cours, cours idiot » ne tarda pas à venir. Courir en tongs, vous avez déjà essayé ? Allons-y, mais ma course manquait sans doute un peu de conviction, car une troisième salve sonna d’un « cours plus vite, plus vite ». Mais l’avenue était proche, faisant taire du même coup ce policier des plus mal luné.

Cotonou, tes zems avec leurs chemises jaunes sont les rois du pétrole, ou tout du moins de la route. Oublie les transports publics pour ainsi dire inexistants. Les taxis sont eux aussi assez rares. Non, quand tes pieds ne sauraient te porter jusqu’à ta destination, les motos-taxis sont tes seuls réels amis. Avoir moult bagages ou des enfants n’est bien entendu pas le moins du monde un problème, car un zem, ça peut réellement transporter tout, et bien plus encore.

Zem dans les rues de Cotonou
Un zem dans une rue adjacente à mon auberge

Zem dans les rues de Cotonou

Zem dans les rues de Cotonou

Les zems sont prêts pour le départ du Grand Prix
Les zems sont prêts pour le départ du Grand Prix

Cotonou, ton port a été ma porte d’entrée, mais il ne t’appartient plus vraiment. Un Breton, dont le père tellement swag s’était fait l’ami (ou pas) des rastas avec son entreprise de feuilles à rouler OCB, et qui se prend un peu pour le maître de l’Afrique de l’Ouest en est aujourd’hui le concessionnaire. L’homme de la rue ne l’aime pas beaucoup ce Breton. Un goût amer aux relents de néocolonialisme rode. Maudite Françafrique.

Cotonou, dans le prolongement de ton port, ta plage n’est pas vraiment balnéaire. Les eaux tumultueuses grondent du matin au soir, frappant le sable de ce ressac incessant. Ici, point de transats ni baraques à frites, car au-delà de l’écume de l’océan, cette plage abrite les plus démunis dans une sorte de bidonville. Dans ce quartier fait de planches et de tôles de récupération, la vie y est dure, très dure même, mais les hommes et les femmes y arborent leur plus beau sourire. Quand ils ne font pas leurs devoirs à même le sol, devant le cabanon où loge leur famille, les enfants courent, se chamaillent, rient. Dire qu’ils sont heureux d’être là serait un bien vilain raccourci, mais s’il est bien quelque chose qui n’a pas disparu ici, c’est la résilience. Aujourd’hui rime avant tout avec galère, mais qui sait demain ? Dieux, Allah ou les dieux vaudous répondront peut-être à l’appel pour habiller l’avenir d’une parure un peu plus soyeuse.

Bidonvilles sur la plage de Cotonou
Bidonvilles sur la plage de Cotonou

Cotonou, la nuit, tu te fais discrète. Tes lampadaires rayonnent comme ils peuvent, mais force est de constater qu’ils n’irradient pas vraiment. Tout au plus réussissent-ils à tromper un peu la nuit tels quelques lucioles. Ils semblent être de plus foncièrement asociaux, préférant par discrétion ne pas être trop proches d’un de leurs congénères. Seuls les phares des zems et autres taxis-brousse dupent cette pénombre, aveuglant du même coup nos yeux aux pupilles dilatées.

Cotonou, même hors des bidonvilles, tu n’es pas très tendre avec tes administrés. Nombre d’entre eux vivent au grès de petits boulots. Marchants ambulants dont la difficile tâche quotidienne consiste à ramener plus d’argent à vendre ces trois fois riens qu’il n’en faudra pour réparer leurs semelles usées à parcourir ainsi à longueur de journée le trottoir sous cet implacable cagnard.

Vendeur ambulant à Cotonou

Vendeur ambulant à Cotonou

Vendeuse de bananes à Cotonou

Un pecheur rencontré sur l'ancien pont
Un pêcheur rencontré sur l’ancien pont

Cotonou, tes gardes devant tes banques sont sans doute les plus souriants que j’ai pu croiser à ce jour. L’air martial du planton qui arbore fièrement son arme en prend pour son grade. Et carabine ou pas, le traditionnel « bonne arrivée » reste toujours de rigueur.

Cotonou, une lagune te sépare en deux. Tu n’en occupais d’abord que la rive ouest, mais à force de trop grossir, tes habitants ont enjambé ce bras d’eau pour s’installer de l’autre côté. Et comme il n’y a que deux ponts pour passer d’une rive à l’autre, c’est le plus souvent un beau bazar.

En direction du pont Martin Luther King
En direction du pont Martin Luther King près du marché Dantopka

Avenue Delorme, Cotonou

Cotonou, tu te fais bombance quand en fin de journée, tout flapi que je suis par ce soleil et cette humidité, un de tes maquis1petit restaurant populaire vient à me désaltérer d’une Béninoise et me rassasier d’un de ses bons petits plats.

Notre rencontre n’a duré que quatre jours, et même si tu n’as pas sorti le grand jeu d’une séductrice prête à tout, même si je ne suis pas tombé raide amoureux, nous nous sommes apprécié chère Cotonou.

J’aurais même pu, qui sais, souhaiter m’installer chez toi plus longtemps, mais cette maison avec vue imprenable qui me faisait de l’œil était semble-t-il… litigieuse !

Maison litigieuse

Un hôtel pas cher à Cotonou ?

Sans surprise, Cotonou est loin d’être la ville la moins chère du Bénin et les hôtels à petit prix n’y sont pas forcément légion. Deux bonnes adresses néanmoins :

  • Résidence Gracia, rue de la mosquée Jonquet : Une petite auberge très simple et bien placée dans le quartier animé du Jonquet. Un accueil vraiment sympathique. 12 000 CFA la chambre simple ventilée. WiFi disponible. Je recommande chaudement.
  • Le Codiam, quartier Cadjèhoun : pas très loin de l’aéroport, donc pratique si on arrive durant la nuit. Excellent rapport qualité-prix avec des chambres simples à 7500 CFA. Par contre, c’est très connu des Béninois de passage à Cotonou, et il faut donc vraiment réserver à l’avance.

Réservation d’hôtel pour sa demande de visa pour le Bénin

Pour obtenir un visa de touriste pour le Bénin, il faut fournir une réservation d’hôtel pour toute la durée du séjour. Évidemment, avoir ces certificats tient un peu de casse-tête, surtout si comme moi, vous avez l’habitude de ne jamais rien réserver. La solution la plus simple consiste alors à faire une réservation en ligne via un site comme Booking ou directement via une chaîne d’hôtel comme par exemple l’hôtel Ibis de Cotonou. La réservation étant sans avance et sans frais, il ne reste plus qu’à l’annuler après avoir obtenu votre visa.

   [ + ]

1. petit restaurant populaire
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

Une dose régulière de One Chaï ?

Comme les 1331 abonnés, reçois 2 fois par mois les nouveaux articles par mail.

Des récits drôles et enjoués, garanti 0 spam et tu désertes quand tu veux !