Un mois de cours d’arabe au Caire, tout un roman

Le Caire est une ville que j’adore. Aussi, après y avoir passé 3 petites journées en novembre dernier en route vers le Soudan, j’ai ressenti le besoin d’y revenir, mais pour y séjourner cette fois plus longtemps. Apprendre l’arabe est également une idée qui trottait dans ma tête depuis pas mal de temps, je tenais là la meilleure excuse qui soit pour joindre l’utile à l’agréable. Revenir au Caire pour un mois, un mois pour flâner dans la ville, un mois pour apprendre l’arabe, un mois pour boire des dizaines de chaïs. Voici donc mes impressions quant à cette expérience (oui oui, allez, dis-nous, c’était bien ?), les différentes options pour prendre des cours d’arabe en Égypte et enfin, suis-je devenu une star de l’arabe (et du backgammon…).

La grande diversité de la langue arabe

Mais pour commencer, un petit cours sur l’arabe. On a coutume de parler de l’arabe comme s’il s’agissait d’une seule langue, comme le français. Malheureusement, les choses sont un peu plus compliquées que ça. Dans tout le monde arabe, la langue utilisée dans la presse ou à la télé est l’arabe standard moderne. Bref, une seule langue, sauf qu’au quotidien, cette langue n’est parlée par personne ! En effet, dans la vie de tous les jours, chaque pays arabophone parle son propre dialecte, et les différences sont bien plus que simplement cosmétiques.

Je ne vais pas rentrer dans la description complète de ces différences (je vous renvois pour ça à la fiche Wikipédia), mais si par exemple l’arabe parlé en Syrie n’est pas très éloigné de celui parlé au Liban, l’arabe parlé en Égypte est lui très différent de celui parlé au Maroc. Les différences entre certains dialectes arabes éloignés sont comparables à celles entre deux langues latines comme le français et l’espagnol, c’est dire !

La saga de mes cours d’arabe

Je m’étais inscrit pour 4 semaines de cours à raison de 15 heures par semaines (3 heures par jour) en petit groupe à l’école Arabeya. Un certain lundi après-midi, première heure de cours avec la moudaressa1prof. Je suis en binôme avec Camille2Le pouvoir ensorcelant du Caire est tel qu’il est possible que certains prénoms se soient d’eux-mêmes métamorphosés !.

Me voilà donc tel un jour de rentrée au collège dans le rôle du gamin tout de même un peu timide (on ne se refait pas) qui se demande bien si ses profs et ses copains de classe vont être sympas. Le suspens ne durera pas plus de 2 min 23 s ! La moudaressa apparaît sous un air joyeux et souriant, quant à Camille, elle appartient à cette catégorie de personnes pour qui l’enjouement, le rire et la bienveillance semblent infus. Le ton est donné, j’ai tiré le tiercé gagnant (je me porte volontaire pour endosser le rôle du troisième cavalier).

Au commencement était l’alphabet

Il n’aura échappé à personne que l’arabe utilise un alphabet un chouia différent du nôtre. Donc on commence par apprendre l’alphabet. Au début, on se dit que ce n’est pas gagné, parce qu’en plus d’être à nos yeux très exotiques, chaque lettre s’écrit différemment suivant qu’elle est seule, au début, au milieu ou à la fin du mot. Mais finalement, ça vient assez vite, surtout si Alam Simsim est de la partie.

Puis vinrent les mots

Une fois les lettres en poche, et après avoir appris quelques mots, on fait face à un nouvel écueil en essayant de décoder ce que nous lisons. Car en arabe, les voyelles sont séparées en voyelles longues que l’on écrit, et en courtes qui sont en fait des accents mis au-dessus ou au-dessous des consonnes. Sauf que dans les faits, on les écrits très rarement ces accents. Donc en gros, quand j’essaye de lire et deviner à voix haute un mot un peu long, ça peu ressemble à “mstchfa”, un truc tellement barbare que tu te demandes si tu ne vas pas finir illico au cachot après l’avoir prononcé. Bref, me voilà plongé dans une perplexité sans fond.

“mstchfa”, un truc tellement barbare que tu te demandes si tu ne vas pas finir illico au cachot

Quand c’est Camille qui s’y essaye, là honnêtement, c’est beaucoup plus drôle d’entendre quelqu’un d’autre tenter de décoder et d’articuler ce schmilblick à vous donner la chair de poule. Je fais genre je compatis, mais difficile tout de même de ne pas se marrer ! Évidemment, elle tente aussi d’insérer ici ou là quelques voyelles au petit bonheur la chance, mais aujourd’hui, la chance n’est pas avec nous. C’est alors que la moudaressa te dit qu’en fait, il s’agit tout simplement du mot moustachfa (مستشفى3hôpital). Bah évidemment, pourquoi n’y avions-nous pas pensé, moustachfa, ça tombe sous le sens !

Dans tous les cas, nous rions bien, ce qui est forcément propice à l’apprentissage. Durant ces cours, nous avons bien essayé d’être 100 % sérieux un quart d’heure d’affilée, mais en vain, l’objectif était clairement inatteignable. De toute façon, pour ressortir un de mes adages favoris, étudier tout en étant trop sérieux ça n’est assurément pas très sérieux !

Et enfin les phrases, hamdoulillah

Au fil des jours, nous progressons, un nouveau nom par ici, un verbe par là, une préposition, un adjectif. Pas toujours évident d’accumuler tout ça. C’est alors que Camille se lance dans des enchaînements syntaxiques assez hasardeux de tous ces nouveaux mots. Le rire de la moudaressa est assez spontané, jusqu’à ce qu’elle me regarde et se dise : “merde, là on vient de perdre Laurent !”. Car oui, Laurent parfois, il rame un peu plus que Camille. Ses neurones peinent à s’activer pleinement.

Mais Laurent sait occasionnellement être de très mauvaise foi. Il se dit que s’il est parfois un peu à la ramasse, c’est aussi parce que Camille triche. Vous pensez bien que le futur nouveau Lawrence d’Arabie à l’ego légendaire (oui, nous parlons bien de moi) ne va tout de même pas s’avouer aussi facilement vaincu. Camille triche, car derrière son sourire angélique se cache une tête qui connaît déjà pas mal de répliques dans la langue de Mahomet. Comment ça, c’est pas de la triche ? Mon bagage en arabe est quant à lui plus proche de celui de Dujardin dans OSS 117 : Le Caire, nid d’espions.

Ces deux premières semaines écoulées, c’en est fini de notre binôme de choc. Camille rentre à la maison, me laissant orphelin, ouin ouin ouin ! Je poursuis donc seul les cours avec la moudaressa. Le programme s’en trouve également allégé, car je passe de 4 à 6 h d’enseignement par jours à 2 h. Seul avec la prof, on perd un peu l’émulation de notre binôme, mais la moudaressa étant super sympa, nous continuons dans le rire et la bonne humeur.

Mais ne croyez pas malgré cette ambiance de franche rigolade qu’on ne bosse pas dur, bien au contraire. Mine de rien, ça représente tout de même une somme de nouveautés assez conséquente à assimiler l’apprentissage d’une langue aussi éloignée du français qu’est l’arabe.

Bilan de ces 4 semaines d’apprentissage de l’arabe au Caire

Je n’irai pas par quatre chemins, force est de reconnaître je suis maintenant le pro des pros en arabe. À tel point que je pourrais même envisager de représenter la France dans cette discipline aux prochains JO. J’espère au passage que vous appréciez l’effort que je daigne fournir à écrire ce billet en français. Ça, c’est pour la version vaguement mytho.

Pour la version plus objective, ces 60 heures de cours m’ont permis d’apprendre l’essentiel de ce qui est nécessaire pour formuler des phrases simples au passé, au présent et au futur. Il reste bien sûr à compléter par un peu de vocabulaire suivant le sujet abordé, mais ça, on peut apprendre seul. Je suis également capable de lire, même si c’est à la vitesse d’un escargot sortant de sa sieste.

Pour l’écriture, c’est plus aléatoire, mais ça n’était pas mon objectif, donc nous n’avons pas beaucoup travaillé ça en cours. Une des difficultés est qu’il existe en arabe deux lettres différentes pour le “s”, le “t” ou encore le “d”. Un locuteur arabophone vous dira que leur prononciation n’a rien à voir, sauf que pour nos oreilles, c’est franchement moins évident. Et je ne parle même pas des je ne sais pas combien de variantes de “a” entre “a”, “ah”, “ha”, “hha” et encore moins de ces voyelles longues ou courtes qui daignent ou pas se glisser entre les consonnes. Bref, écrire un mot avec les bonnes lettres n’est pas une sinécure.

Il y a eu des moments de pseudo découragement. Des matins où, n’étant sans doute pas très réveillé, je ne comprenais plus rien, au grand désespoir de la moudaressa. Mais globalement, ce mois d’apprentissage fut un vrai plaisir. Plaisir également de séjourner un mois au Caire, dans cette capitale que j’apprécie tellement. 

Tout le problème maintenant est de ne pas oublier tout ça et d’acquérir plus d’automatismes. Ne plus avoir à réfléchir pour formuler une phrase ou comprendre une réponse. Le bilan est en tout cas très positif, et il n’est pas exclu que je complète à l’avenir par un nouveau séjour pour muer d’escargot que je suis en guépard !

Et renouer avec l’école, c’est aussi avoir droit à un joli diplôme, chose qui ne m’était pas arrivée depuis bien longtemps !

Diplôme Arabyeya

Combien d’heures de cours d’arabe par jour

Comme je l’ai dit en introduction, je m’étais inscrit pour 3 h par jours durant 4 semaines, jugeant que c’était un bon compromis entre apprentissage et temps libre. Temps libre oui, car ne l’oublions, j’étais tout de même accessoirement en vacances ! Dans les faits, ça ne s’est pas déroulé tout à fait ainsi. Camille s’étant inscrite pour 4 h de cours quotidiens, afin de pouvoir nous mettre en binôme, j’ai suivi ce même rythme les deux premières semaines. Je suis ensuite passé à un programme plus allégé à raison de 2 h de cours par jour les deux semaines suivantes.

Il ne faut pas négliger qu’en plus des cours, si on veut se souvenir des nouveaux mots appris, il faut tout de même bosser un peu à côté, sans compter que nous avions également quelques devoirs en plus des leçons. J’ai pour ma part passé plus de temps que je ne l’avais anticipé à travailler en dehors des cours.

Je dirais donc que 3-4 heures par jour, c’est idéal. Il nous est arrivé d’avoir des journées de 6 h (pour compenser un jour férié), ce qui peut mener à une certaine saturation. Nous alternions bien sûr les phases d’apprentissage, d’écoute de dialogues et de mise en pratique. C’est d’ailleurs pour la mise en pratique que c’est vraiment top d’être en binôme.

Quel pays choisir pour apprendre l’arabe

Maintenant que je vous ai tous autant que vous y êtes convaincus de vous inscrire à un cours d’arabe, passons à la pratique : c’est où c’est donc que je vais pour apprendre moi aussi l’arabe. Et après ça, inch Allah, vous serez parés.

Comme je l’ai dit en début d’article, la diversité de la langue arabe est une sérieuse épine dans le pied de quiconque souhaitant apprendre cet idiome.

En Égypte, vous avez le choix entre l’arabe standard (MSA4Modern Standard Arabic) ou l’égyptien (ECA5Egyptian Colloquial Arabic). Le gros avantage de l’égyptien par rapport aux autres dialectes est que pour ainsi dire toutes les personnes arabophones le comprennent. L’Égypte inonde en effet tout le monde arabe de ses films et séries télé et donc, de sa langue. Le Caire est donc le lieu parfait pour se lancer.

Par contre, en Égypte, vous apprendrez l’arabe depuis l’anglais. Les profs ne sont pas francophones. Étant quasiment bilingue, ça ne m’a pas gêné, mais aujourd’hui, quand je construis une phrase en arabe, je le fais dans ma tête en anglais avant de la traduire en arabe, ce qui peut complexifier la donne pour certains.

Le Caire a également pour avantage que le coût de la vie y est sans doute parmi les plus bas du monde arabe, d’autant plus depuis la dépréciation brutale de la livre égyptienne en novembre 2016. La monnaie a perdu la moitié de sa valeur, un drame pour les Égyptiens qui avaient déjà bien du mal à joindre les deux bouts et n’avaient pas besoin de ça, mais une aubaine pour les étrangers de passage.

Où apprendre l’arabe au Caire

Il y a là plus de choix qu’il n’en faut. Vous pouvez trouver une liste assez exhaustive via le site Language International, qui permet également de rechercher une école dans bien d’autres pays que l’Égypte. Ce site offre parfois plus de détails sur les cours que celui des écoles qui n’est pas toujours très à jour. Par contre, je recommande de réserver ensuite directement via le site de l’école choisie. Ça vous évitera d’ajouter un intermédiaire et une éventuelle commission dans la boucle.

Toutes les écoles proposent au choix des cours d’arabe standard (MSA) ou d’égyptien (ECA). 

  • Ahlan Arabic Centre Cairo : située dans la vieille ville, le quartier islamique du Caire.
  • Arab Academy : école située à Garden City, au sud de la place Tahrir.
  • Arabeya Arabic Language Center : compte deux branches, la principale dans le quartier de Mohandesin et une annexe place Tahrir où je suis allé.
  • International House (Cairo ILI) : se trouve sur l’île de Gezira, très proche du centre-ville. Ça semble être la plus grosse structure ayant notamment un certain nombre de partenariats à l’étranger.
  • Kalimat : peu d’informations sur leur site. J’avais trouvé leur référence via le Lonely Planet.

Il y a également un DEAC via l’Institut français d’Égypte où là, l’enseignement de l’arabe se fait en français. Je n’ai pas énormément d’infos à ce sujet, mais on peut en trouver ici ainsi que les coordonnées ici.

Prix des cours d’arabe

Mes 60 heures de cours en petit groupe (en théorie 2 à 5 personnes, en pratique, 2 durant 2 semaines puis seul) m’ont coûté 512 €. Les prix varient évidemment d’une école à l’autre, mais restent dans une fourchette assez proche.

Arabeya Arabic Language

Je précise que ce billet n’est en rien sponsorisé, et comme à mon habitude en voyage, je ne dis pas à mes interlocuteurs que j’ai un blog. J’ai été très satisfait d’Arabeya, mais je ne saurais dire si cette école est meilleure que les autres. N’en ayant pas testé d’autres, je n’en ai pas la moindre idée.

Si on devait résumer les raisons de ce choix, ça serait :

  • Je voulais loger au centre-ville et être proche de l’école. Avec sa branche place Tahrir, je ne pouvais pas trouver mieux. Pas mal d’autres établissements se trouvent sur l’autre rive du Nil. Il y en a également dans la vieille ville (le quartier Islamic du Caire). De prime à bord, ça peut sembler très attractif, car on est au cœur du patrimoine architectural de la ville, mais y vivre au quotidien n’est pas forcément idéal. Le choix de logement n’y est pas énorme et on est assez loin du métro.
  • Elle était la seule que j’ai trouvé à proposer l’option à 3 h de cours par jours qui me semblait le meilleur compromis, ce dont je reste convaincu (3 ou 4 h, c’est très bien).
  • L’option par petits groupes (annoncé de 2 à 5 personnes) me semblait là encore optimale. Si le groupe est plus gros, vous allez moins participer et le cours ne pourra pas vraiment d’adapter à votre rythme d’apprentissage. À noter que dans les faits, l’école n’étant pas très grosse, il n’est pas évident qu’il y ait d’autres personnes que vous ayant le même niveau souhaitant prendre des cours à la même période. Dans ce cas, vous serez seul, pour le même prix.

Quelques réflexions supplémentaires pour bien choisir son école

  • Certaines écoles proposent d’apprendre simultanément le MSA et le ECA (2 h/2 h par jour). Pour un débutant, ça donne l’impression d’être la meilleure recette pour s’emmêler complètement les pinceaux.
  • Dans certaines écoles, vous changez de prof à chaque heure de cours. Ils avancent comme argument que ça permet d’avoir un enseignement plus dynamique en profitant de méthodes d’enseignement différentes. Je suis assez peu convaincu et pense qu’il reste préférable d’avoir un seul prof qui suit vos progrès et s’adapte en conséquence.
  • Pour celles et ceux qui seraient allergiques à la mégalopole qu’est Le Caire, il y a des écoles qui proposent également des cours dans d’autres villes du pays (Alexandrie, Louxor).
  • Si ce sont des classes de 10 élèves comme ça semble être par endroits le cas, ça veut dire beaucoup moins d’interactions personnelles avec le prof.
  • Certaines écoles proposent également des logements. Le prix n’est le plus souvent pas forcément très avantageux pour rapport au prix d’une auberge au centre-ville, mais ça peut rendre service à ceux qui ne voudraient pas s’occuper de ça.
  • Il est également parfois proposé des sorties et visites en groupe en dehors des cours, ce qui peut intéresser ceux qui ne voudraient pas, ou n’oseraient pas s’aventurer seuls au Caire.

Voilà, vous savez tout ou presque. Vous n’avez plus maintenant qu’à tous vous y mettre pour que je puisse enfin rédiger mes billets en arabe ! Quant à mes progrès en backgammon, il va falloir bosser ça encore un peu plus pour battre les Égyptiens !

   [ + ]

1. prof
2. Le pouvoir ensorcelant du Caire est tel qu’il est possible que certains prénoms se soient d’eux-mêmes métamorphosés !
3. hôpital
4. Modern Standard Arabic
5. Egyptian Colloquial Arabic
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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