Ma découverte de la culture québécoise le temps d’un été

Qu’as-tu fait de ton été 2021 en ces temps de voyages contrariés ? Pour ma part, je l’ai passé au Québec. Deux mois à folâtrer à St Gabriel de Brandon dans la région de Lanaudière. Oui, folâtrer, car tu vas voir que ça n’était pas vraiment un voyage comme les autres. Ce premier article ne sera pas une visite touristique, mais un aperçu des différences culturelles qui m’ont le plus souvent amusé (je suis comme ça moi, en toutes circonstances, j’aime m’amuser). C’est en fait la première fois que je vis à ce point « en immersion » à l’occasion d’un voyage à l’étranger. J’ai donc pu tout à loisir me faire le spectateur privilégié du mode de vie et de la culture québécoise.

Mais comme le Québec, ce sont aussi des paysages qui ont tout de même de l’allure, j’ai entrecoupé ce récit de photos prises ici et là durant mon séjour.

Parc Jacques Cartier
Parc de la Jacques-Cartier

Cet été passé chez nos cousins québécois fut l’occasion de quelques petites virées de-ci de-là près de de St Gabriel durant les week-ends fins de semaine. Au compteur, on dénombre également pas mal de ploufs dans les eaux du lac Maskinongé, quelques tours à vélo autour de ce même lac et un circuit de 10 jours vers le lac Saint-Jean et le Saguenay. Mais de tout ça, je t’en parlerai une autre fois.

Petit nota bene introductif, du vocabulaire québécois s’est sournoisement glissé dans cet article. Je m’en excuse platement auprès de nos Immortels de l’Académie française, mais force est de reconnaître que cette pointe d’exotisme et de fraîcheur linguistique ne fut pas pour me déplaire, sans compter que ça fait partie intégrante de la culture québécoise. Elles sont traduites quand cela peut s’avérer nécessaire.

Pourquoi le Québec et pourquoi Lanaudière ?

Je suis depuis 20 ans frappé du syndrome de la sudestémie. Quand j’arrive sur le pas de porte de mon immeuble, les épaules chargées de mon barda en vue de nouvelles aventures, je mets pour ainsi dire systématiquement le cap à l’Est ou au Sud. À qui la faute ? Une malformation des pieds, un delirium directionem ? Les charlatans les plus renommés ne se sont jamais accordés quant à la cause de ce mal.

Ce miracle porte le doux nom de tomber amoureux d’une Québécoise

Ce syndrome aurait pu perdurer de longues années si un beau jour de février 2020, une sorte de miracle ne m’en avait définitivement guéri. Non seulement j’étais guéri, mais bien plus que ça, je ne rêvais plus que d’une chose, mettre le cap à l’Ouest et plus précisément au Québec. Ce miracle porte le doux nom de tomber amoureux d’une Québécoise rencontrée à Paris. Car oui, si je suis allé au Québec, c’est pour elle.

Saint Gédéon

Seulement voilà, février 2020, difficile de choisir moment plus inopportun. Câlisse1 ! Comme de nombreux pays, dès mars 2020, le Canada ferme ses frontières en raison de la pandémie de covid-19. Il me faudra attendre seize longs mois avant de pouvoir enfin saluer un douanier canadien et surtout retrouver ma chère et tendre. On en rit un peu aujourd’hui, mais seize mois, c’est long et ça veut dire pas mal de montagnes russes émotionnelles avec beaucoup de faux espoirs.

Mais tout ça, c’est du passé, on a oublié. Et c’est ainsi que le 17 juillet 2021, je débarque à l’aéroport de Montréal. Aéroport pour ainsi dire désert, car les frontières ne sont toujours pas ouvertes. Je ne suis là que parce que je remplis enfin pleinement les critères assez restrictifs qui permettent à un non-résident de fouler le sol canadien.

Le Québec en grand

On m’avait dit, tu verras, au Québec, c’est l’Amérique, ce qui veut dire pour un petit Français que tout y est plus gros, plus grand, très grand !

Parc Jacques Cartier
Une cabane au Canada ! Parc de la Jacques-Cartier

Une nature omniprésente avec des forêts à perte de vue et des rivières dix fois plus larges que nos fleuves. Dame Nature n’y est pas allée avec le dos de la cuillère et a pris ses aises. Il faut dire aussi qu’il y avait de la place.

Le Saguenay
Ceci est une rivière, la rivière Saguenay !

Mais si tu penses qu’il n’y a que la nature qui est en grand format, pantoute2, les maisons, les routes, les voitures, les camions, les motos sont également taille XXL. Même les quilles de travaux sont quatre à cinq fois plus grosses, laissant croire que nos petites quilles oranges sont en fait des accessoires de dînette pour enfant !

Mais le choc culturel, le vrai, celui qui te faire dire oh putain crisse, ce sont les camping-cars (VR en langage du cru). Là, j’avoue, le camping-car plus spacieux qu’un studio parisien, je n’étais pas prêt ! La moto qui tracte une caravane pliante, ça non plus, je n’étais pas prêt.

Culture québécoise du camping-car
La culture québécoise…
Moto caravane pliante
… des choses en grand !

Quiconque aurait pour idée de se lancer dans la vente d’accessoires pour du camping minimaliste peut d’ores et déjà oublier le Québec comme marché potentiel, car vois-tu, la culture québécoise du camping diffère un peu de la nôtre. Partir camper au Québec est plutôt synonyme de remplir la benne de son pick up de tout l’équipement nécessaire que remplir son sac à dos des quelques affaires de camping glanées chez Décathlon.

En fait, il n’y a pour ainsi dire que les bicycles3, les maringouins4 et les chats qui ne semblent pas être plus gros !

Tu veux-tu apprendre à parler québécois ?

La culture québécoise sans le québécois, c’est un peu comme Marseille sans l’accent marseillais ! Car oui, au Québec, on y parle québécois ! Tout le monde connaît évidemment l’accent québécois. Ce que nous connaissons par contre beaucoup moins, ce sont les expressions et le vocabulaire québécois. Quiconque a déjà vu un film de Xavier Dolan a bien sûr remarqué que sans sous-titres, c’est tout de même coton à comprendre pour un Français non initié. Mais sauf à faire preuve de beaucoup de mauvaise volonté, il n’est pas si compliqué que ça de pogner5 assez rapidement quelques mots.

Chateau de Frontenac
Chateau Frontenac à Québec

Enfiler son chandail et chausser ses souliers, c’est correc’, ça prend pas beaucoup d’effort à saisir. S’entendre dire qu’une boutique de fringues est bien achalandée en camisoles6 est déjà un peu plus perturbant, mais ça passe.

Là où on frôle le choc de civilisation, c’est quand on te somme de goûter un plat tellement il est écœurant7 !

Comme je suis sympa, je vais te révéler le secret pour faire illusion avec un minimum d’effort. Il suffit d’employer le verbe pogner dans une phrase sur deux et de savoir décliner crisse8 sous toutes les formes possibles de conjugaison.

On te somme de goûter un plat tellement il est écœurant

Notre langue de départ est bien sûr la même, mais en 400 ans, fort logiquement, le français de France et le québécois ont évolué chacun de leur côté de l’Atlantique. Et c’est ainsi qu’aujourd’hui, on aboutit à des divergences loin d’être négligeables, tout du moins dans la langue orale. À l’écrit, les différences sont bien moindres. Je ne maîtrise pas encore tout ça sur le bout des doigts, mais ça s’en vient. Et qui nierait que ça laisse tout de même des souvenirs de s’entendre parfois poser une question en français sans comprendre ce qu’on te dit !

Place d’Armes Montréal
Place d’Armes à Montréal

Celles et ceux qui souhaiteraient connaître un peu mieux le québécois devraient s’en donner à cœur joie, avec notamment des vidéos assez drôles, sur le site je parle québécois.

Ce qui m’intrigue maintenant, c’est que l’australien et l’anglais ne semblent pas avoir connu ce même genre d’évolution distinct. Si quelqu’un a une explication, je suis preneur.

À bas les anglicismes

Les Québécois se battent assez ardemment pour défendre leur langue, car le français fait plus que partie de la culture québécoise évidemment. De par leur situation géographique, on peut aisément les comprendre et il est probable que sans ça, l’usage du français aurait sans doute disparu comme c’est par exemple le cas en Louisiane.

Côté pile, oublie donc le shopping, les week-ends, les mails, les newsletters, les interviews ou plus récemment le click and collect. Icitte9 on pratique le magasinage, les fins de semaine, les courriels, les infolettres, les entrevues et la cueillette en magasin. En France, l’anglicisme week-end est tellement ancré dans notre langue qu’on en oublierait presque que c’en est un. À tel point d’ailleurs que week-end et fin de semaine ne veulent plus dire tout à fait la même chose. On va donc garder nos week-ends, mais j’avoue trouver la cueillette en magasin parfaite et des plus charmante.

Côté face, au Québec, on trouve parfois que sa job est tough. On sort boire des drinks avec sa gang après avoir parké son auto. Et au bar, quand arrive la facture, on tippe le serveur. Il est même possible que le pourboire soit un peu plus conséquent si le serveur est cute. Finalement, tous ces anglicismes fittent plutôt bien dans les phrases et anyway, tu finis par catcher tout ça rapidement.

Bref, au Québec aussi on utilise des anglicismes en masse. Tout comme le français de France, le québécois est une langue vivante qui au fil des ans en a adopté pas mal. Souvent, ce ne sont pas les mêmes qu’en France, mais ils sont au moins aussi nombreux et même sans doute bien plus, ce qui peut aisément se comprendre de par la proximité des États-Unis.

Anse Saint Jean
L’Anse Saint Jean

Vive le système métrico-impérial

Officiellement, depuis le début des années 80, le Canada est passé au système métrique, mais c’est un peu mêlé cette affaire-là.

Avoir une parfaite maîtrise des unités de mesure utilisées même si ça n’est pas ma mer à boire n’en est pas moins amusant. Pour les distances, le système métrique est sorti grand vainqueur puisqu’elles s’expriment en kilomètres. Mais ce même système métrique n’a pas osé empiéter sur un sujet aussi intime que la taille et le poids d’une personne ou le trio pied-pouce-livre est resté hégémonique.

Mais ma préférée et de loin va aux degrés. Alors que pour la température de l’air on utilise les degrés Celsius, pour l’eau, et plus particulièrement l’eau d’une piscine, c’est en Fahrenheit !

Cité de l’énergie
L’écartement des rails, métrique ou impérial ?

Une clôture, quelle clôture ?

En France, sans doute pour pouvoir assassiner et enterrer son voisin dans son jardin ou encore pratiquer des rites satanistes en toute discrétion, on aime à entourer sa propriété avec une palissade, un mur ou une haie. Au Québec, rien de tout ça. Les terrains des différentes propriétés s’enchaînent le plus souvent sans la moindre séparation physique. Les maisons y étant généralement plus grandes qu’en France, on y dispose peut-être d’une pièce spécialement dédiée à ces activités d’où le côté superflu d’une clôture.

Fleuve Saint-Laurent
LE fleuve, le seul au Québec, le Saint-Laurent

Pour l’accueil, c’est vraiment correc’

Je ne vais pas prétendre qu’il n’existe pas de Québecois lunatiques (si tu penses rentrer dans cette catégorie, n’hésite pas à te signaler 😬), mais force est de reconnaître que celles et ceux dont j’ai croisé le chemin ont été charmants.

Les interactions sociales y sont un peu moins codifiées et formelles qu’elles ne le sont en France. On s’y tutoie beaucoup plus facilement. C’est encore plus flagrant à la télé où tout le monde se tutoie quand en France, sur les plateaux, on en reste au vouvoiement quand bien même on est copain comme cochon, pensant sans doute que ça fait plus sérieux.

Quant à comparer l’amabilité du serveur québécois et celle de bien des serveurs parisiens, comment dire, autant comparer la grâce d’un faon à celle d’un blobfish.

Ce séjour fut également l’occasion de boire un verre avec quelques blogueuses et blogueurs qui se reconnaîtront, et ça aussi c’était vraiment chouette. Merci à l’accueil que vous m’avez toutes et tous réservé.

VIeux port de Montréal
Vieux port de Montréal et pont Jacques-Cartier

La poutine, un marqueur de la culture québécoise ?

Je n’ai pas parlé du fromage qui fait squish-squish et encore moins du pâté chinois, mais il m’est tout de même difficile de conclure sans abordé le sujet du plat national québécois, j’ai nommé Son Altesse la poutine. Sauf à risquer un drame, impossible bien sûr de ne pas y goûter. Faque10 est-ce que c’est écœurant cette poutine ? Pantoute !

La culture québécoise de la Poutine

Sache que là, je te vois à essayer de démêler le sens profond de cette chute. M’enfin qu’est ce qu’il a voulu dire ? Il l’a aimée ou pas cette poutine ? Entre nous, ça passe bien, mais quant à en faire un marqueur de la culture québécoise, j’ai tout de même mangé des plats autrement meilleurs au Québec.

Laurent chateau de Frontenac
Moi après une poutine (ou pas…) – photo Matantea

Un petit supplément de photos ? C’est vraiment parce que c’est jour de fête !

Québec
Vue sur Québec depuis les remparts
Vieux Québec
Porte St-Jean dans le Vieux Québec
Cité de l’énergie
Cité de l’énergie à Shawinigan
  1. juron québécois assez grossier dérivé du mot calice[]
  2. pas du tout[]
  3. vélos[]
  4. moustiques[]
  5. prendre, et donc comprendre[]
  6. débardeurs[]
  7. dans ce contexte, veut dire très bon, mais peut vouloir dire l’inverse[]
  8. juron qui dérive de Christ[]
  9. ici[]
  10. du coup[]
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Tu en sauras plus sur ce blog et sur moi dans l'à propos.