Le Wadi Rum, marcher au milieu d’un désert ébouriffant

Le clou de ce voyage en Jordanie, ça devait être Pétra. Je me doutais bien que le désert du Wadi Rum avait le potentiel de troubler le sommeil de quelques Hachémites, voire d’un ou deux pharaons égarés, mais pas toute une armée. Seulement voilà, une fois arrivé dans le Wadi Rum, pétatras patatras, il m’a fallu revoir tout ça. Je m’étais clairement fourvoyé. Quatre jours durant, les pieds dans le sable et la tête dans les étoiles, j’ai marché, grimpé, bayé aux corneilles, mais de corneilles il n’y avait point. J’ai voulu m’extasier, mais ai préféré au bout du compte me pâmer. À chacun ses galères ! Et une seule conclusion, le Wadi Rum, c’est ébouriffant.

Sur le papier, le Wadi Rum, tu y arrives en début d’après-midi, tu fais un tour de 3-4 h en 4×4, tu passes la nuit dans un camp tenu par les Bédouins, et le lendemain au petit matin, tu poursuis ton chemin. Sauf que le papier parfois a tort. Dans ce cas, tu sors ton briquet et tu le brûles. Et rassure-toi, quand bien même un pyromane ignoré se cacherait en toi, on peut considérer cette pathologie comme un vice assez mineur ici dans le désert. Faire la chasse aux incendiaires dans le Wadi Rum, c’est un peu comme menacer un mille-pattes kleptomane de lui couper une gambette à la prochaine incartade.

Il est vrai qu’en 3-4 h à l’arrière d’un 4×4, il est possible de voir l’essentiel. D’égrainer les petites croix d’une carte de ce désert. Mais le génie d’un lieu se réduit-il si bien que ça à cet essentiel ? Si cet essentiel n’était en fait tout au plus qu’un vernis ?

Mais halte-là. Laissons ces histoires d’autodafés aux gougnafiers. Abandonnons ce sujet du bac philo option bourlingueur aux maîtres-penseurs. Prenons plutôt place à l’arrière du pick-up, puisque c’est par là que finalement tout commence.

L’heure du circuit en 4×4 dans le désert

Au volant, Salim, un bédouin du cru ; à l’arrière du pick-up, Lisa, une touriste belge et moi-même. La balade démarre en terrain connu, puisque le premier arrêt est pour le puits de moi Lawrence. La légende veut en effet que Lawrence d’Arabie soit passé par là alors qu’il prenait part et tentait d’organiser la révolte arabe contre l’Empire ottoman il y a une centaine d’années.

Proche du puits, un arbre solitaire. Pourquoi est-il si seul ? Ses congénères sont-ils partis ailleurs en quête d’un peu plus d’eau ? Nul ne le sait, mais une chose est sûre, il a fière allure cet arbre.

Quelques tours de roue de 4×4 et à l’arrêt suivant, nous nous offrons une petite grimpette au sommet d’un rocher pour un premier tableau panoramique du désert du Wadi Rum. Une simple mise en bouche.

Puits de Lawrence
Puits de Lawrence
Vue Wadi Rum
Première claque visuelle du Wadi Rum (au loin le village de Rum)

Retour à l’arrière de la Jeep pour rejoindre le Siq Khazali. L’heure n’est pas vraiment favorable pour la lumière, ça n’a du coup rien d’exceptionnel.

Les arches du Wadi Rum

Le désert du Wadi Rum compte quelques arches rocheuses, toujours très photogéniques. Celle de Little Rock bridge, surtout avec cette belle lumière de fin d’après-midi, répond parfaitement au cahier des charges.

Bien entendu, nous ne sommes pas seuls pour les photos, mais on ne fait pas non plus la queue pour l’incontournable cliché de sa trombine perchée sur l’arche.

Sortie du Siq
Sortie du Siq
Little rock bridge
Little rock bridge

Alors que nous rejoignons un autre Siq, nous croisons des dromadaires. Ils nous regardent d’un air dédaigneux. Car dans le désert, il n’y a pas plus fier qu’un chameau, surtout s’il te voit assis à l’arrière d’un engin pétaradant.

Ce second Siq est bien plus large. Salim nous dépose à l’entrée, nous laissant le traverser à pied pour nous récupérer de l’autre côté. La balade est sympa, mais il là encore, il est un peu trop tard et la lumière n’est plus vraiment au rendez-vous. Et puis nous n’avons pas vraiment le temps de musarder. Il nous faut avancer.

Chameaux

Grande arche et coucher de soleil

Passage éclair à la plus grande arche d’Umm Fruth. De par sa taille, elle est bien plus impressionnante que Little Rock bridge, mais l’arche est à l’ombre. Et si nous voulons profiter du coucher de soleil depuis un promontoire à quelque distance d’ici, Salim nous enjoint à presser le pas.

Nous avons cette fois le temps de nous poser et d’admirer paisiblement le spectacle. Évidemment, d’autres groupes sont présents pour le coucher du soleil, mais rien de dramatique. Même moi qui apprécie une certaine solitude, je ne suis pas importuné, tout va bien.

Grande arche d’Umm Fruth

Coucher de soleil

Coucher de soleil Wadi Rum

Cette fois-ci, la nuit tombe. Nous rentrons au camp de tente pour un dîner autour du feu. Ambiance des plus sympa au Family of Desert Camp grâce à Salim (le proprio) ainsi que les autres touristes avec qui le courant passe plutôt bien. Et sans oublier Simba. Qui donc ? Simba est un petit chaton qui fait un peu craquer tout le campement, moi y compris, alors que je ne suis pourtant pas un inconditionnel de nous amis mistigris. Une pirouette à gauche, un bond de géant à droite, Simba est très hardi.

Cette mise en bouche en 4×4 à travers le désert, c’était chouette, mais c’était trop peu et surtout bien trop rapide. Aller d’un site à l’autre en moins de 4 h, ça n’est pas vraiment comme ça que j’aime à découvrir ce genre de lieu.

3 jours à pieds dans le Wadi Rum

Pour moi, le désert a plus un air de Théodore Monod que de Paris-Dakar. Laissons au garage ces moteurs pétaradants. Une paire de baskets et une casquette devraient faire bien davantage l’affaire. Bien entendu, je ne suis pas vraiment Monod et ne le serai pas plus dans 127 ans, au summum de ma future stature d’homme sage. Au lieu de partir explorer le désert du Wadi Rum, je me contenterai donc de m’y promener.

Désert du Wadi Rum

Difficile de poser des mots sur ces trois journées. Je ne vais pas vous faire le coup du « ce furent les plus beaux jours de ma vie », mais clairement, ce seront les 3 jours les plus capotants de ce voyage en Jordanie. Quelques pas par-ci, un peu de grimpe par-là. Et comme souvent dans ces cas là, ici en Jordanie comme ailleurs, une sorte d’obsession, m’élever, prendre de la hauteur. Grimper non pas pour un quelconque challenge, mais simplement pour la vue, pour rendre l’horizon plus distant. Le laisser s’éloigner, fuir tout là-bas, afin de mieux le contempler de loin, jusqu’à ce que mon regard s’embrase de ce spectacle.

L’air, c’est comme les yaourts, c’est nettement meilleur brassé

Et une fois arrivé au sommet d’un de ces gros cailloux, lever les bras pour rien. Brasser de l’air, car l’air, c’est comme les yaourts, c’est nettement meilleur brassé. Puis m’asseoir et admirer le spectacle une bonne heure durant. Ce sable et ces roches orangés, c’est tout de même assez envoûtant. Le film Seul sur Mars a été tourné dans ce désert. On comprend aisément pourquoi.

Vue sur le Wadi Rum

Crane
Un voyageur ayant contemplé le paysage trop longtemps
Contemplation du désert
Lui par contre a survécu

En bas, dans la vallée, quelques touristes par-ci, un 4×4 par-là ou encore un camion-citerne venant réapprovisionner en eau les camps bédouins qui accueillent les visiteurs. Car évidemment, le désert du Wadi Rum reste un lieu touristique. On y est un peu moins seul qu’en plein milieu du Sahara.

Mais contrairement aux tours en 4×4 où tout le monde suit plus ou moins le même itinéraire, en se promenant ainsi seul et à pied, on ne voit pas tant de monde que ça. Et nul besoin de parcourir des kilomètres et des kilomètres.

Car même si bien des badauds visitent ce désert (comment leur donner tort), il n’en reste pas moins assez vaste et les camps bédouins, bien que nombreux, sont en fait assez éloignés les uns des autres.

Le lever du soleil, c’est une arnaque, un complot des lève-tôt

Le camp bédouin où je loge est à 10 minutes à pied de Little Rock bridge. Mes compagnons de crime en « le dessert c’est bon, mais le désert c’est mieux » ont l’impétuosité chaque matin de se lever à 5 h 30 pour aller y admirer le lever du soleil. Sauf que moi, le lever du soleil, je n’y crois pas. J’en suis même convaincu, les matins, le soleil ne se lève pas. Non clairement, le lever du soleil, c’est une arnaque, un complot des lève-tôt pour convaincre leurs congénères lèves moins tôt de se lever… tôt. Alors de grâce, soyez fermes, ne vous faites pas avoir.

Le Wadi Rum, c’était la baraka

Comme dit précédemment, ce séjour m’aura bluffé au-delà de mes espérances. Et si j’ai préféré ce coin de Jordanie à Pétra et sa Khazneh, c’est également (en plus de la splendeur des paysages) pour le calme et la quiétude que j’y ai trouvé.

Je ne suis pas habitué et ne suis pas un grand fan des lieux ultras touristiques. Certes, ces lieux sont le plus souvent de toute beauté (pas pour rien qu’il y a autant monde), mais cette foire, ça me saoule vite. Ici, j’ai eu le beurre et l’argent du beurre. Non seulement c’était grandiose, mais j’y ai été relativement peinard.

Désert du Wadi Rum

Désert du Wadi Rum

Désert Jordanie

Désert Jordanie

Coucher de soleil Wadi Rum

Infos pratiques

Dormir dans un camp bédouin

Les campements bédouins construits pour accueillir les touristes de passage dans le Wadi Rum se comptent par dizaines. Ils sont relativement bien répartis à travers le désert et on ne trouve donc normalement pas vraiment de concentration de camps dans un même lieu. Ça ne mange pas de pain néanmoins de vérifier avant d’y aller sur MapsMe (la plupart y sont référencés).

Concurrence aidant, les prix des nuitées dans les campements les plus simples sont assez bas (moins de 10 JD par personne pour une nuit, petit-déjeuner inclus, pour les campements ordinaires). Compter ensuite 10 JD pour le dîner.

À côté de ça, dans les campements de luxe, les prix peuvent dépasser les 150 voir 200 JD la nuit !

Quel camp choisir ? Honnêtement, même s’il doit sans doute y avoir quelques hôtes un peu lunatiques, dans une gamme de prix donnée, tous ces campements sont assez comparables. J’ai pour ma part dormi au campement Desert of Family Camp tenu par Salim.

Le campement est relativement bien situé à proximité de Little Rock bridge avec de nombreuses options de balades à pied aux alentours. Salim vient chercher ses hôtes au village de Rum pour les emmener à campement.

Excursions dans le Wadi Rum avec ou sans guide

Pour la visite d’une demi-journée en 4×4, sauf à avoir son propre véhicule tout-terrain (et à savoir accessoirement conduire sur le sable dans le désert), un guide s’impose. En toute honnêteté, ces balades sont chouettes, mais je ne les qualifierais pas non plus d’essentielles, sauf si l’on manque de temps. En effet, une bonne partie de ce que j’ai fait durant ce tour la première journée n’était pas si éloigné du camp où je logeais et donc facilement accessible à pied.

Prix des excursions

Pour un tour de 3-4 h en 4×4, le tarif officiel tourne autour de 60 JD pour le véhicule avec chauffeur (suivant le circuit). Tous les camps bédouins proposent leurs propres excursions. Se renseigner sur les prix avant, mais dans mon cas, c’était comparable.

Vaut-il mieux passer par le centre d’accueil ou traiter directement avec le campement où l’on dort pour les excursions ? À vous de voir, mais bien entendu, vos hôtes au campement seront sans doute plus avenantes si vous passez par eux. Un point à prendre en considération est qu’en raison de la concurrence et des plateformes de réservation, les prix des nuitées dans la plupart des campements sont assez bas. Ils se rattrapent donc clairement sur les tours. Certains de manière parfois d’ailleurs bien trop insistante et pénible, semble-t-il.

Quant aux balades à dos de chameaux, compter 10 JD pour 2 h. Les dromadaires, certes, c’est rigolo, mais personnellement, je préfère marcher.

Combien de jours

La majorité des touristes qui ont dormi dans le même campement que moi n’y sont restés qu’une nuit. Une seule nuit, ça veut dire généralement un tour en Jeep l’après-midi où l’on arrive, une nuit sous tente et un départ au petit matin après le petit-déjeuner le lendemain.

Sincèrement, c’est gâché. Ce séjour aura été pour moi le clou de ce voyage. J’ai passé 4 nuits au campement, allant chaque jour me promener autour, mais j’aurais pu prolonger.

À minima, je dirais qu’il faut se réserver 2 nuits afin de pouvoir profiter d’une journée complète à vaquer tranquillement dans le désert.

Rejoindre le désert du Wadi Rum

Depuis Aqaba : Il y a un bus direct quotidien qui part entre 11 et 12 h d’Aqaba. Mais sinon, il est également très simple de prendre n’importe quel bus vers le nord et de se faire déposer à l’intersection qui mène à Rum. De là, il y a 20 km jusqu’au centre des visiteurs (28 km jusqu’à Rum). Il y a pas mal de circulation et c’est très facile de faire du stop. Sinon, un taxi depuis Aqaba coûte 20 JD.

Depuis Pétra : Un minibus part de Wadi Musa vers 6 h du matin pour le Wadi Rum. Sinon, là encore, prendre un bus pour Aqaba, se faire déposer au carrefour qui mène à Rum et continuer en stop.

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Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Tu en sauras plus sur ce blog et sur moi dans l'à propos.