Ne me dis pas que tu n’as pas fait Erevan

Et toi, t’as fait Erevan ? Comment ça non ? Arrête, c’est pas possible. Mais pourtant, c’est la future tendance, tout le monde te le dira. Enfin, surtout les snobinards tel ce One Chaï qui n’a de cesse pas de te saouler avec ses « laisses tomber les trucs has been ou tout le monde traîne, vas plutôt au Kiffistan ». Tu ne sais jamais trop si le gars est un génie visionnaire ou un prophète sans disciples, mais c’est tout vu, lui te dira sans hésiter une seconde que la capitale de l’Arménie, c’est vraiment le truc à faire. Mais t’aimerais bien savoir s’il a raison ou si c’est juste un gros mytho, non ?

Pour être honnête, je ne savais pas trop quoi attendre d’Erevan. Évitant au maximum de chercher des photos sur la toile avant de partir en voyage, il en est souvent ainsi. Sauf que dans le cas d’Erevan, je ne sais trop pourquoi, mais dans mon imaginaire, je voyais plutôt une ville triste, telle une réminiscence de l’URSS. Je n’y allais pas pour autant à reculons, tant s’en faut, car triste ne veut pas dire inintéressant. Certes, je voyage pour voir de belles choses, mais pas que. Je voyage également pour répondre à une certaine curiosité.

Mon arrivée dans la capitale a ressemblé à ça : atterrissage à l’aéroport à 3 h du mat’, un distributeur qui après avoir avalé ma carte VISA s’est éteint durant 3 bonnes minutes avant de finalement se réveiller et me la rendre, un petit dodo par terre en attendant le lever du jour et un chauffeur de taxi arnaqueur que j’insulterai copieusement dans les rues désertes d’Erevan au petit matin. À bien y regarder, à part le gag du distributeur de billets, rien que du très classique. Tout commence donc pour le mieux !

Woman Smoking a Cigarette, de Botero.
Woman Smoking a Cigarette, de Botero.

Je suis accueilli au pied de la Cascade par cette dame plutôt rondelette fumant tranquillement sa cigarette. Je prends de la hauteur le long de cette même Cascade pour me retrouver nez à nez avec la statue d’un gars qui rit aux éclats.Triste Erevan ? Encore quelques marches et l’horizon s’élargit, dévoilant un peu plus la ville à mes pieds. Au loin, le mont Ararat et ses 5165 m, symbole national de l’Arménie (il figure sur les armoiries du pays). Un symbole qui se trouve aujourd’hui, pour le plus grand malheur des Arméniens, en Turquie. Serait-ce pour leur faire oublier cet affront qu’il se cache le plus souvent derrière un voile nuageux ?

Quelques volées d’escaliers plus hauts, me voici à un mémorial où l’œil aguerrit reconnaît sans coup férir un zeste d’architecture soviétique, juste un zeste. Oubliez les courbes, arabesques et autres moucharabiés, bienvenue dans le monde de ce qu’on pourrait appeler l’architecture concrète, du béton, du vrai !

Au loin, dans les nuages, le mont Ararat
Au loin, dans les nuages, le mont Ararat
Le soldat romain de Botero qui regarde...
Le soldat romain de Botero qui regarde…
Le mémorial des 50 ans de l'Arménie soviétique
Le mémorial des 50 ans de l’Arménie soviétique
Vue sur Erevan depuis la Cascade
Vue sur Erevan depuis la Cascade

Poursuivre la balade dans les rues d’Erevan révèle ce même contraste. Les bâtiments pimpants de la place de la République et quelques autres luxueux dans les rues environnantes côtoient des immeubles d’habitation où chaque appartement semble empiler sur celui du dessous, mais pas tout à fait empilés comme il faut, si tu vois ce que je veux dire. Les façades très grisouilles semblent avoir oublié le jour où le peintre est passé pour la dernière fois.

Des bâtiments faits de bric et de broc, dans de nombreux pays, c’est la norme plus que l’exception. Mais malgré l’extrême vétusté et l’insalubrité, ça n’est pas forcément triste (entendons nous bien, je n’ai pas dit que je rêvais d’y vivre). Alors que là oui, le sentiment qui domine devant ces bâtiments n’est autre que la mélancolie. Toute cette grisaille…

Une Volga place de la République
Une Volga place de la République
The Laughing Boy, statue de Yue Minjun
The Laughing Boy, statue de Yue Minjun
Beaucoup de béton et pas mal de tristesse
Beaucoup de béton et pas mal de tristesse
Musée d'histoire de l'Arménie
Musée d’histoire de l’Arménie

Comme à mon habitude quand je visite une ville, j’ai arpentée Erevan de mes deux pieds (pointure 43 si tu veux tout savoir) avant de m’asseoir sur un banc pour enfiler ma casquette d’observateur de rue. Ces pauses sont aussi l’occasion d’essayer d’apprendre le minimum syndical en arménien, à savoir bonjour (բարեւ Ձեզ – berev dzez) et merci (Շնորհակալություն – shnorhakalout’youn). J’arrive bien à baragouiner quelques phrases en russe, mais ne pas être capable de saluer ou de remercier dans la langue du pays, c’est assez grossier.

Force est de reconnaître que la formule de remerciement me fera perdre quelques cheveux. Moi qui ne suis pas très doué en langues, comment vais-je bien pouvoir retenir un truc pareil : shnorhakalot’youn ! Alors après t’avoir révélé mon secret pour choisir mes destinations de voyage, je vais te révéler celui de mon apprentissage des langues. Comment fait-on pour shnorhakalot’youner comme si de rien n’était ? Tout simplement en découpant le mot en syllabes, et en cherchant pour chacune de ces syllabes, une astuce mnémotechnique :

  • shnor : je ne suis pas originaire du nord de la France, mais amis du shnor merci 😉
  • haka : le rugby, je n’y comprends rien, mais merci tout de même aux Kiwis !
  • lo : j’ai souvenir qu’en Arabe, non se dit la. Pas exactement ça, mais ça fait l’affaire. Je sais, il y avait plus simple en français, mais vas savoir pourquoi, ça fonctionne mieux quand c’est exotique.
  • t’youn (l’apostrophe se prononce pour ainsi dire comme un s) : il suffit après les trois premières syllabes d’éternuer, et c’est plié, comme si te rien n’était… shnorhakalot’youn… à tes souhaits !

shnorhakalot’youn… à tes souhaits !

Et entre deux éternuements, en plus des passants, j’observe ces vieilles Lada, ces vieux bus et autres vans. Leurs propriétaires rêvent sans doute aux jours meilleurs qui leur permettront de troquer ces vieilles tôles pour du neuf, mais en attendant, le cliché opère.

Van à Erevan

Erevan, place de la République

Faire Erevan ?

Mais alors finalement, c’est un truc à faire Erevan ? Faire ou ne pas faire, that is the question ! J’ai longtemps utilisé cette expression, sans réellement penser à son côté à la fois prétentieux et absurde. Un jour on m’a fait remarquer que vraiment, ça n’était pas possible, ça ne le faisait pas ! Faire l’Arménie, faire Erevan, allons bon ! Quand bien même on accepterait cet appauvrissement linguistique qui nous fait (oui, fait…) employer le verbe faire à toutes les sauces, ça ne le fait toujours pas. Car si quelqu’un a fait Erevan, on me souffle dans l’oreillette que ça n’est assurément pas moi, mais plutôt les Erevanaise et les Erevanais. J’avoue que le jour où on m’a fait (euh…) cette remarque, je me suis senti un peu con durant 30 secondes, puis un peu moins con pour le restant de mes jours.

Avec cette pirouette, je ne t’ai toujours pas dit si visiter Erevan était vraiment le truc incontournable. Objectivement non, Erevan ne restera pas gravée dans ma mémoire comme le nec plus ultra de ce que l’Arménie aurait à offrir. Mais m’y balader 3 jours durant fut un réel plaisir, et si c’était à refaire, je ne changerais rien, pas une virgule. Erevan n’est en rien la ville triste de mon imaginaire. Le centre-ville change à vitesse grand V, il n’y a qu’à voir le nombre de grues qui parsèment le ciel de la ville. Et sois rassuré, à défaut d’avoir fait Erevan, je ne l’ai pas davantage défaite. Elle est toujours là et t’attend avec le sourire.

Question subsidiaire, combien de fois ai-je bien pu employer le verbe faire dans cet article ?

Marché GUM
Marché GUM
Mosquée bleue
Mosquée bleue
Mon fan club, prêt à se jeter sur moi !
Mon fan-club, prêt à se jeter sur moi !

Quelques conseils pratiques

L’aéroport

  • De nombreux vols arrivent à Erevan au milieu de la nuit. Et si on n’a aucune réservation d’hôtel, se pose éventuellement la question de finir ou pas la nuit à l’aéroport. Se poser dans un coin du hall d’arrivée de l’aéroport d’Erevan pour dormir se fait sans problème.
  • Un taxi devrait coûter environ 4000 drams. Attention aux petits rigolos qui proposent des prix plus bas, mais qui sont en fait des prix au kilomètre !
  • Il y a bien évidemment plusieurs distributeurs de billets dans le hall des arrivées.

Où dormir à Erevan

  • Si tu as un petit budget (t’es un vrai routard quoi 😉 ) et cherches donc un hôtel ou une auberge pas chers, le Cascade Hostel est un bon choix. Très bien situé près de la Cascade (donc en plein centre-ville), un lit en dortoir coûtait 3800 drams avant le déménagement. L’auberge déménageait en effet le dernier jour de mon séjour et se trouve maintenant au 32 Zarobyan Street et non plus juste en bas de la Cascade, dans des locaux plus grands.
  • L’Envoy Hostel est un autre grand classique. Un peu plus cher, mais très bien tenu et très efficace. C’est plus impersonnel que le Cascade Hostel, d’où ma préférence pour le premier, mais je chipote.

Quand visiter Erevan

  • Les étés sont extrêmement chaud à Erevan, alors à moins d’adorer la canicule, mieux vaut éviter juillet-août où les températures peuvent atteindre les 40 °C.
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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