Baston à Gori, farniente à Koutaïssi

Le touriste de passage s’arrête le plus souvent brièvement à Gori pour son musée à la gloire de Staline et à Koutaïssi pour sa cathédrale, une des plus belles de Géorgie (excusez du peu).

En toute logique, je vais donc vous parler dans cet article d’une baston dans un café, d’un certain monsieur Djougachvili et bien entendu d’une cathédrale.

Le rapport entre tout ça ? La cohérence spatiotemporelle dirons-nous.

La morne Gori

Un taxi collectif me dépose à Gori sous la pluie. Gori est un peu l’archétype de la ville morose. Une ville que la prospérité semble avoir abandonnée depuis longtemps déjà. Ces avenues ne respirent clairement pas la joie, mais qu’importe. J’aime en voyage m’arrêter aussi dans des lieux anonymes, pour voir. Voir à quoi ressemble un pays hors des localités où le touriste y est choyé.

Pour la petite histoire, la ville a vu naître il y a plus de 140 ans Iossif Vissarionovitch Djougachvili. Si vous ne connaissez pas le sieur Djougachvili, c’est peut-être que comme tout un chacun, vous êtes plus familier de son nom de scène, Staline ! Là, normalement, ça rompt un peu le charme. Ça plombe un chouia l’atmosphère champêtre qui s’installait l’air de rien. Les coquelicots se fanent et les moutons s’en retournent paître. Bienvenue à Gori !

Mais de tout ça, je n’en ai cure. Encore tout guilleret de ma virée dans les montagnes du Caucase à Kazbegi, je compte bien apprivoiser cette ville à ma manière.

À table mille sabords

Mais pour le moment, l’heure est plutôt à satisfaire mon estomac qui crie famine. Trouver un petit resto n’est généralement pas bien compliqué, mais force est de constater qu’ils ne sont vraiment pas nombreux à Gori.

Je rentre dans un café qui semble faire l’affaire. L’atmosphère à l’intérieur y est un peu sombre. Quatre poivrots qui ont manifestement déjà bien entamé la journée sont attablés dans un coin. L’endroit ne respire pas la joie, mais j’ai faim et dehors, il pleut.

Je m’installe dans un box et après avoir passé commande attend d’être servi. Le box voisin du mien que j’avais cru vide est en fait occupé. Un gars visiblement plutôt bougon y grogne un peu. Après tout, il se réveille peut-être d’une petite sieste. Mais la sieste ne semble pas lui avoir été réellement bénéfique, car rapidement, les grognements se font plus menaçants. Il gigote puis se met à plusieurs reprises à taper des deux poings sur la table, émet un beuglement puis se calme.

Tiens j’te balance une chaise dans la tronche

Une nouvelle petite sieste peut-être ? Pas vraiment. Quelques minutes plus tard, il bondit de sa chaise, sort du box, se dirige vers la table des quatre poivrots, soulève une chaise et joue à « tiens j’te balance une chaise dans la tronche ».

Nos compères ivrognes apprécient sans plus les salutations de notre ami bougon. Et tout pochards abrutis par l’alcool qu’ils soient, clairement, cette entrée en matière, ce n’est pas trop leur truc. Monsieur bougon leur aurait proposé une partie d’échecs, c’était peut-être envisageable, mais le jeu des chaises volantes, c’est non ! Ils empoignent donc notre homme et l’éjectent du bar. Évidemment, lui ne l’entend pas de cette oreille et revient à la charge.

Difficile de dire si le prochain hiver s’annonce particulièrement vif, mais nos énergumènes transforment avec force et fracas les chaises en petit bois.

Toujours discrètement niché dans mon box, je ne suivrai pas très bien toutes les phases du jeu, mais l’armistice ne semble pas vraiment en vue. Aussi, sitôt servi, j’engloutis le contenu de mon assiette et à la première accalmie, paye mon dû et m’éclipse sans demander mon reste.

Dehors, il pleut toujours, mais finalement, ça n’est pas si déplaisant ce crachin géorgien !

Le musée Staline

Sauf à être une brute épaisse et n’étant pour ma part ni l’une ni l’autre, vous vous doutez bien que je ne me suis pas arrêté à Gori pour en découdre avec des soiffards du cru.

En l’an de pas tant grâce que ça 1878, la ville vit naître Staline qui ne se décida à quitter la scène de la barbarie et de la tyrannie qu’en 1953. Quatre ans plus tard, en 1957, ouvrait à Gori un musée qui lui était entièrement consacré. Plus qu’un musée, on pouvait appeler ça une ode à l’enfant du pays. Le père des peuples, pas si pépère que ça.

1957, une autre époque me direz-vous. Et bien pas tellement en fait, car ce musée est resté comme qui dirait dans son jus. Est-ce à voir ? En toute honnêteté, je ne sais trop que répondre. Son côté désuet pourrait justifier d’une pause en chemin entre Tbilissi et Koutaïssi, mais ça n’est tout de même pas ce qu’on peut appeler un incontournable. Après, si vous rêvez depuis dix ans déjà d’acheter à la boutique du musée un mug Staline, foncez, et promis, ça restera entre nous !

Gori, c’est pas les gros chars

Plus sérieusement, si on décide de s’arrêter à ici, c’est comme je le disais en introduction pour faire une pause dans une ville ordinaire que nulle brochure touristique n’a encore peinturlurée de toute la gamme des superlatifs imaginables. Gori, ça ne casse pas trois pattes à un canard. Je me risquerais même à dire que Gori, c’est pas les gros chars (traduction fournie pour mon experte attitrée en joual québécois, j’ai nommé Annabelle, alias Matante A). Mais qu’importe, qui s’en plaindra ? Certainement pas le char, et encore moins le canard.

J’aurais tout de même aimé vous montrer à quoi ça ressemble, sauf que durant mes deux jours dans cette bourgade, il n’a eu de cesse de pleuvoir, pleuvoir et encore pleuvoir. Tant et si bien que je n’ai pas pris une seule photo. Tu parles d’un blogueur !

Infos pratiques

Transports

Des marchroutkas Tblissi Gori partent toutes les 30 minutes de la gare routière de Didube. Le voyage prend un peu plus d’une heure.

Pour aller de Gori à Koutaïssi, c’est moins pratique, car il n’y a pas de marchroutkas depuis le centre-ville. Il faut en fait prendre un taxi qui vous amènera sur la voie rapide au nord de la ville. Là, il se garera sur la bande d’arrêt d’urgence et fera signe à une marchroutka en provenance de Tbilissi de s’arrêter pour vous charger !

Koutaïssi la mignonnette

Bien qu’étant la seconde ville de Géorgie, Koutaïssi n’est pas une cité très touristique. Bien des visiteurs arrivent en Géorgie via son aéroport desservi par des vols à bas coût. Mais nombre de ces ingrats filent directement de l’aéroport vers leur lieu de villégiature.

Si vous allez de Tbilissi à Mestia dans la Svanétie, c’est clairement la pause idéale à mi-parcours.

Après la morne Gori, Koutaïssi ressemblerait presque à la ville la plus belle au monde. Alors certes, ça n’est pas Rome ni Paris, mais flâner dans les rues de son centre-ville est une activité des plus plaisantes. Et pour ne rien gâcher, ce soleil jusqu’alors plutôt avare de ses apparitions a répondu présent.

En ce dimanche, le parc du centre est envahi par les familles qui viennent prendre l’air à l’ombre des arbres. Comme partout, les enfants courent et crient sous l’œil plus ou moins approbateur des retraités assis sur les bancs.

Fontaine Colchis
Fontaine Colchis
Opéra de Kutaissi
Opéra de Kutaissi

Kutaissi

Kutaissi

La cathédrale de Bagrati

Une petite rue pavée et pour le moins pentue mène à la cathédrale qui domine la ville sur l’autre rive du Rioni. L’édifice récemment rénové compte parmi les plus belles cathédrales de Géorgie. L’UNESCO ne s’y est pas trompée en l’ajoutant dans sa célèbre liste.

Comme dans toutes les églises géorgiennes que j’ai pu visiter jusqu’alors, il règne à l’intérieur de l’édifice religieux une ferveur certaine. L’URSS et son rouleau compresseur qui avaient érigé l’athéisme au rang de religion d’État sont bien sûr passés par là. Mais depuis la chute de l’empire soviétique, l’Église orthodoxe géorgienne a fait un retour en force et exerce une influence majeure dans un pays relativement conservateur.

Cathédrale de Bagrati
Cathédrale de Bagrati

Cathédrale de Bagrati

Cathédrale de Bagrati

Cathédrale de Bagrati

Cathédrale de Bagrati

Infos pratiques

Transports

Des marchroutkas pour Tbilissi Koutaïssi partent toutes les 20-30 minutes de la gare routière de Didube. Le voyage prend 4 h.

Pour aller de Koutaïssi à Mestia, une marchroutka part chaque matin de la gare routière de Koutaïssi vers 9-10h. Compter près de 5 h pour le voyage.

Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Tu en sauras plus sur ce blog et sur moi dans l'à propos.