C’est au Grand Socco, à Tanger

Dans ce billet, j’ai voulu laisser vagabonder ma plume d’une rive de la Méditerranée à l’autre, de Sète à Tanger, au Grand Socco. Le Grand Socco en sera le protagoniste, mais c’est à Sète que commence cette histoire. Elle se poursuit sur les flots de Sète à Tanger. Enfin, c’est à Tanger, au Grand Socco, qu’elle atteint son apogée, puis sa chute.

C’est à Sète, Sète à Tanger, c’est à Tanger, à moins que ça ne soit ici, ou encore là-bas, au Grand Socco, à Sète ou à Tanger ?

À méninges heureuses, destinée florissante

Sète et Tanger ou les deux pôles d’une liaison maritime qui occupent joyeusement à leurs heures plus ou moins perdues mes pensées du moment. Et à méninges heureuses, destinée florissante !

C’est à Sète

Sète, l’île singulière. Oui, Sète est une île, tout au moins en partie. En ce samedi de fin avril, la journée débute sous la pluie et dans la fraîcheur. Ma géographie française assez approximative m’aurait-elle joué des tours ? Sète serait-elle un port de pêche du Finistère ? Car voyez-vous, dans le sud, il y fait toujours beau, ou ainsi va la légende.

Mazette, ça caille. La serveuse du café près de la gare où je trouve refuge est désolée : « mon pauvre monsieur, c’est vraiment bizarre ce temps ». Oui, c’est bizarre. Pour rester sur une note plus positive, nous dirons que c’est insolite.

Et puis le ciel se dégage. Finalement, c’est plutôt bien le sud.

Canal royal de Sète
Canal royal de Sète

Sète à Tanger

De Sète, j’aurais aimé rejoindre l’autre rive à bord d’un fameux trois-mâts (fin comme un oiseau), comme ceux que l’on peut admirer à Escale à Sète, mais je devrai me contenter de monter à bord d’un ferry pour cette fois.

Mes pieds quittent un continent pour un autre. Au revoir l’Europe, dans deux jours, j’accosterai sur une autre Pangée, en Afrique, au Maroc. Je ne vais pas revenir en détail sur cette traversée, car j’ai déjà publié un article sur ce voyage en bateau de la France au Maroc.

Après quelques clapotis contre la coque du navire (le Fantastic pour ne pas le nommer), j’arrive à bon port. Je débarque dans cette ville qui vit passer Kerouac, Burroughs et consorts durant les années 50. Mais Tanger, c’est aussi le Grand Socco. Le Grand Socco ou le nom d’une place qui a divinement sonné à mon oreille alors qu’il n’avait encore fait que l’effleurer.

C’est à Tanger

Tanger aussi ça sonne divinement. Même si ce nom n’est pas empli de la même poésie que certaines capitales africaines telles Ouagadougou ou Yamoussoukro, il n’en évoque pas moins chez moi tout un imaginaire. Il glisse discrètement, sans fioriture aucune. Tanger…

Le touriste de passage vient généralement ici pour visiter la médina. Et comme dans toute médina respectable, le badaud se perd dans ce labyrinthe urbain.

Logeant comme il se doit dans un petit hôtel au cœur de cette médina, je me suis donc perdu. Je suis monté, puis descendu, avant de remonter, et ainsi va la vie, ou plutôt mes jambes. Ne pas y perdre le nord est un vœu pieux, quant à tenir le cap, sauf à jouer au passe-muraille, la tâche semble pour le moins ardue.

D’ailleurs, à bien y réfléchir, une médina, c’est un lieu dans lequel le GPS de votre téléphone devrait être à jamais banni. Armé en effet de ce zinzin, finies les opportunités pour ainsi dire infinies de s’égarer dans ce dédale de venelles toutes identiques et pourtant si différentes.

Quant à trouver son chemin, bien entendu, à l’impossible, nul n’est tenu. Suis-je déjà passé ici, sans doute, et là-bas, rien n’est moins sûr. Ce plombier ? Non, là par contre ça ne me dit rien.

Tanger, médina

Et puis tout à coup, une ouverture, une échappatoire, une porte, Bab el Fahs. Derrière cette porte, le Grand Socco. Une fontaine, des bancs, des badauds, mais surtout, pouvoir se poser, goûter le soleil et sourire aux passants.

Le Grand Socco, Joseph Kessel en a fait un livre et par là même le début d’une légende.

Le Grand Socco
Le Grand Socco et Bab el Fahs
Bab Fahs
Bab el Fahs

C’est au Grand Socco

En vrai, ce Grand Socco, il n’est pas forcément à la hauteur des mille et une images qui garnissaient alors mon esprit. Le lieu est agréable, aéré, mais mon imaginaire ne bat pas suffisamment la cavalcade pour que le mythe se réalise pleinement.

Alors que mon séant est confortablement assis sur un banc, un nouvel ami de 30 ans vient comme il se doit me tenir compagnie. Et comme c’est un ami de 30 ans, il me met en garde contre les rabatteurs de tout genre qui ne sont là bien entendu que pour arnaquer le pauvre touriste de passage. Mais lui, bien sûr, c’est différent. Grâce à cette longue amitié qui vous lie depuis maintenant près de 5 minutes, je me retrouve dans la position oh combien privilégiée de celui qui va pouvoir profiter de l’affaire du siècle. Car voyez-vous, son cousin tient une boutique à deux pas du Grand Socco. Il y vend exactement ce dont j’ai besoin, mais à un prix d’ami de 5 min.

Le Grand Socco, mais pourquoi Socco me direz-vous ? Socco comme la version espagnole de souk. Bref, le Grand Souk, ou encore la place du marché. Tout de suite, la place du marché, c’est un peu trop prosaïque, beaucoup moins lyrique. D’autant plus qu’aujourd’hui n’est pas un jour de marché.

Pour profiter pleinement du panoramique 360°, passez un mode plein écran

Repu après une journée à déambuler, à descendre et monter (surtout monter) ces venelles, je rentre dans ma chambre d’hôtel. Ici aussi, il fait plutôt frais et humide pour la saison et les vitres de ma chambre ruissellent de cette moiteur. Cette humidité ne fait pas non plus vraiment l’affaire des murs et du plafond qui sont pour le moins fatigués.

Est-ce à dire que je pourrais sortir mon carnet, un stylo et me prendre pour Kerouac qui en son temps séjourna dans une chambre d’une pension minable de la médina de Tanger ? Je loge d’ailleurs à quelques encablures de cette pension. J’ignore si ma pension est aussi minable que la sienne, mais une chose est sûre, l’analogie s’arrête là ! Loin des volutes d’une prose qui virevolterait, ma plume gratouille. Il ne me reste plus dans ce cas qu’à admirer depuis ma fenêtre la vue sur la Grande Mosquée.

Tanger, grande mosquée

Tanger, j’avais songé y retourner quand j’ai décidé de partir en vacances studieuses pour prendre durant un mois des cours d’arabe il y a deux ans. Mais le dialecte marocain n’était pas le bon et je suis allé finalement au Caire. C’est une ville qui donne envie d’y séjourner plus longtemps. Hèdilya nous en parle d’ailleurs dans son hiver à Tanger — janvier, suivi de février et mars.

En attendant d’y retourner, mes pas devraient me mener d’ici quelques jours à Sète. De Sète à Tanger, de Tanger à Sète…

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Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Tu en sauras plus sur ce blog et sur moi dans l'à propos.