Voyage en hautes terres d’Abyssinie

Le nom d’Abyssinie renvoie à un certain imaginaire, une contrée un peu mystique, le royaume de la reine de Saba, bref c’est un nom assez vendeur. C’est un nom autrement plus séduisant, voir même envoûtant que son appellation actuelle, l’Éthiopie. Dites que vous partez explorer l’Abyssinie et vous faites des envieux. Si par contre vous êtes un peu plus prosaïque et parlez d’un  voyage en Éthiopie, l’envie fait place à une certaine circonspection, quand ce n’est pas de l’effarement. Pour beaucoup, ce nom reste indéfiniment associé à la famine et la guerre. C’est malheureusement assez réducteur. Il parait même qu’Ethiopian Airlines reçoit occasionnellement des appels pour savoir si des repas sont servis sur ses lignes ! Le PIB par habitant de l’Éthiopie ne fait certes pas rêver beaucoup d’occidentaux mais c’est un pays au passé culturel très riche qui réserve bien des surprises à ceux qui prennent la peine d’y aller.

Ma première surprise éthiopienne sera d’ordre culinaire. Fraîchement débarqué à Abbis-Abeba au milieu de la nuit, après une pseudo grasse matinée, l’heure du déjeuner approche et ça tombe bien car j’ai vraiment faim. Je m’installe donc dans un restaurant proche de mon hôtel. N’ayant pas fait mes devoirs de vacances, je ne connais rien aux spécialités locales, le serveur ne parle pas anglais et évidemment, étant dans un restaurant assez simple, il n’y a pas de menu en anglais. Je parcours donc en diagonale la section « spécialités locales » de mon guide et tombe sur le mot kefto comme étant visiblement un plat de choix. Le serveur me confirme que c’est bien au menu et à la question « kefto leb leb ? » je réponds par l’affirmative. Pas la moindre idée de ce que leb leb veut dire mais allons-y pour un ketfo leb leb. Dix minutes plus tard, je me vois servir une sorte de galette avec dessus un mélange de viande et de légumes.

Injera wat
Injera wat

Pour le moment, je suis à vrai dire plutôt satisfait de mon choix et remercie chaleureusement le serveur. Je déchire un coin de la galette, prends un peu de viande avec et avale le tout. Je m’adapte généralement assez bien aux habitudes culinaires très diverses d’une région à l’autre du globe mais là, la première bouchée est assez rude. La galette (qu’on appel ici une injera) a une consistance assez spongieuse et un goût très amer. L’injera est faite à base de teff, une céréale qui pousse sur ces hautes terres. Et le mélange de viande et de légumes plutôt épicé est assez étrange. Après pas mal d’efforts (et un coca pour masquer un peu le goût), je finis par tout avaler mais, bien qu’il était fort aimable, je souris un peu moins au serveur en partant ! Arrivé à mon hôtel et toujours un peu perplexe quant à cette première expérience culinaire, je rouvre mon guide à la case cuisine éthiopienne et découvre que le kefto leb leb est pour faire simple une sorte de steak tartare agrémenté d’épices et de légumes. La viande est simplement un peu réchauffée sans être cuite mais je ne m’en suis pas rendu compte avec le mélange d’épices ! Évidemment, manger de la viande crue n’est assurément pas l’idée la plus lumineuse compte tenu des conditions de stockage de la viande sous ces latitudes. Mais mon estomac s’en accommodera très bien pour cette fois.

Cette mise en bouche (c’est le cas de le dire) pas forcément des plus convaincante ne saurait émousser ma soif de découverte. Ce pays a décidé de me surprendre, qu’il en soit ainsi, mais pour le meilleur. Et si vous voulez mon avis, le meilleur de l’Éthiopie se trouve à Lalibela. Lalibela est la ville sainte de ces hautes terres chrétiennes, la Jérusalem des chrétiens orthodoxes d’Éthiopie. Comme dans toute ville sainte on y trouve donc des églises mais ici elles n’ont pas été érigées, nul besoin de lever la tête pour les voir. Les églises de Lalibela ont été taillées et creusées à même la roche dans une sorte de version éthiopienne de Pétra. Cette citée a été fondée au XIIe siècle par le roi Lalibela. La légende veut que le roi de retour d’un exil à Jérusalem aurait souhaité construire une nouvelle Jérusalem suite à la capture de la ville sainte par les musulmans à la même époque. Parmi les onze églises que compte Lalibela, la mieux conservée de toutes est l’église Bete Giyorgis (St-Georges).

Toit de l'église Bete Giyorgis
Toit de l’église Bete Giyorgis
Église Bete Giyorgis
Église Bete Giyorgis

Il règne évidemment ici une très grande ferveur religieuse. Il n’est pas rare de croiser au détour d’un passage dérobé, un de ces sombres tunnels qui relient les églises, un prêtre ou un moine en robe. Et du fond de ces cryptes nous vient le son de psalmodies et l’odeur très forte de l’encens. Les pèlerins vouent un profond respect aux prêtres qui officient, se prosternant devant eux et baisant leur main. Mais contrairement à ce qu’une telle déférence pourrait laisser croire, ces prêtres s’avèrent être en fait assez accessibles. De nombreux fidèles discutent avec eux après ce salut très protocolaire. À n’en pas douter, ici on se croit vraiment en Abyssinie, prêt à faire revivre la légende.

Prêtre tenant une croix orthodoxe
Prêtre tenant une croix orthodoxe

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un très bon voyage en Éthiopie, vous ne devriez pas être déçu. Pensez simplement lorsque vous commanderez un kefto à le demander betam leb leb, ce qui veut dire bien cuit, c’est sans doute plus prudent !

Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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