Il était une fois une panne et un soi-disant terroriste à Douchanbé

Je vous ai déjà conté une petite partie de mes aventures dans les montagnes du Pamir. Mais avant d’aller dans le Pamir, il a bien fallu arriver à Douchanbé, la capitale du Tadjikistan, euh non, pardon, la capitale du Kiffistan ! Douchanbé n’est clairement pas le but d’un voyage au Tadjikistan, mais quiconque arrive dans ce pays par les airs y atterrit. Avec ses immeubles aux façades pastel et ses avenues ombragées, c’est une ville plutôt plaisante, bien plus d’ailleurs que les capitales voisines Tachkent et Bichkek. Et puis j’ai quelques anecdotes qui devraient vous amuser à raconter. Il y est question d’une panne et d’un soi-disant terroriste !

Après une courte escale à Saint-Pétersbourg, mon vol arrive à Douchanbé à 3 h du matin. L’idée d’essayer de réserver une chambre à l’avance m’a bien traversé l’esprit, mais la veille du départ, c’était un peu tard pour y pourvoir. Je ne sais donc pas trop à quoi m’attendre et pour être tout à fait honnête, je suis tout de même un peu tendu. Enfin, dans le pire des cas, je terminerai ma nuit dans le hall d’arrivée de l’aéroport, pas vraiment la mer à boire.

De nombreux chauffeurs de taxi attendent à la sortie du terminal et l’un d’eux me confirme que trouver un hôtel ouvert à cette heure avancée de la nuit, c’est niet problem. À peine sorti du parking de l’aéroport, le chauffeur enlève le sigle taxi aimanté sur le toit de sa voiture, c’est donc un faux taxi. Un Tadjik qui comme bien d’autres, j’imagine, arrondit ses fins de mois comme il le peut en faisant le taxi au black.

Arrivé au premier hôtel bon marché figurant dans mon Lonely Planet, accueil glacial, c’est complet, merci, au revoir. Enfin non, il ne devait pas y avoir de merci en fait ! Je remonte dans le taxi, et là, il me fait le coup de la panne. La voiture ne daigne plus démarrer. Le chauffeur s’y reprend bien une trentaine de fois, mais rien à faire, machina kapout1la voiture est HS. Nous retournons la voiture pour la mettre dans le sens de la descente et je pousse pour essayer de la faire démarrer.

Je dois bien vous avouer qu’à un moment donné, alors que je poussais, l’idée a effleuré mon esprit que la voiture pourrait démarrer et le gars se barrer avec mes affaires. J’ai alors regardé la plaque, histoire d’essayer de me souvenir du numéro ! Mais non, pas de plan galère pour cette fois, la voiture toussote, éructe, crachote jusqu’à finir par démarrer tant bien que mal. Nous étions en fait à deux doigts de la panne sèche, mais avec la légère pente, c’est reparti et direction la station-service.

L'avenue Rudaki, l'artère centrale de Douchanbé
L’avenue Rudaki, l’artère centrale de Douchanbé

Les rues de Douchanbé sont calmes, mais pas non plus désertes. Elles sont pour l’essentiel aérées et très bien éclairées. Bref, on s’y sent plutôt en sécurité. Les deux hôtels suivants seront soit pleins, soit trop chers à mon goût, mais mon chauffeur semble avoir plus d’une corde à son arc et le suivant, l’hôtel Vakhsh, sera le bon. Il est également complet, mais l’accueil y est plus cordial et on me propose de finir la nuit dans un des fauteuils de la réception et qui plus est avec le sourire. J’aurai une chambre au petit matin.

La première journée, mon compagnon de chambrée (je partage une chambre double) est un grand-père tadjik des plus chaleureux. Évidemment, comme ça sera pour ainsi dire toujours le cas au Tadjikistan, il ne parle que russe et tadjik. Allons-y donc pour un brin de causette en russe, c’est la première occasion de vraiment tester si mon apprentissage de cette langue plutôt ardue fonctionne ou pas. Je me contente des grands classiques “comment vous appelez vous, vous avez combien d’enfants, vous habitez où …”. Pour discourir du talent de Rudaki2poète tadjike du Xe siècle, on va attendre un peu ! Il m’offre du thé et est à la fois prévenant et chaleureux, voilà qui est prometteur pour les prochaines rencontres et la suite du voyage.

Avenue Rudaki
Immeuble typique le long de l’avenue Rudaki

Sauf que le lendemain, changement radical de ton. Alors que je m’offre une petite sieste digestive, la porte d’entrée de la chambre s’ouvre dans un grand fracas. De papy rayonnant, il n’y a plus. Mon nouveau colocataire pour la journée est un molosse au crâne rasé d’une soixantaine d’années. Il me salue d’un air tonitruant en russe. Alors que je lui explique que je suis français et parle juste un tout petit peu russe (tchoup tchoup comme on dit), il m’assomme d’une logorrhée dont le seul mot que j’ai pu saisir était frantsouski. Je lui demande de répéter plus lentement lui expliquant à nouveau que je n’ai rien compris, que tchoup tchoup pa rouski, tout ça tout ça. Banco, il me livre cette fois-ci la version courte : “Frantsia … terrorist !”. Comment dire … ça plombe un peu l’ambiance 😉 Visiblement, la crise en Ukraine et les tensions avec la Russie qui en découlent sont passées par là. Plutôt pris de court et ne sachant trop sur quoi enchaîner, je m’éclipse pour une petite balade en ville.

Frantsia … terrorist !!!

La chaleur est un peu assommante à Douchanbé en ce mois d’août avec pas moins de 37° à l’ombre. Et sinon, ça donne quoi ? Ça donne que ce n’est pas déplaisant. Il y règne par endroit des airs d’URSS, en particulier dans le centre commercial TsUM qui semble dater d’une autre époque quand ailleurs, de nouveaux bâtiments poussent comme des champignons. Les portraits géants du président du Tadjikistan, Emomalii Rahmon, sont assez présents dans les rues de Douchanbé. Forcément, ça doit-être un très bon président, sinon, pourquoi tous ces portraits ! Un seul regret, il ne semble pas y avoir encore de statues à son effigie.

Bag-i-Rudaki, un parc le long de l'avenue Rudaki
Bag-i-Rudaki, un parc le long de l’avenue Rudaki
Le palais présidentiel qui aurait coûté plus que le budget annuel de la santé !
Le palais présidentiel qui aurait coûté plus que le budget annuel de la santé !
Le président Rahmon, forcément un très bon président pour placarder de si gros portraits !
Portrait du président Rahmon
Statue de Rudaki
Statue de Rudaki

Un autre regret, ne pas avoir pris le temps d’aller au cinéma. Visiblement, Rambo à côté, c’est de la gnognotte !

Au Tadjikistan, on aime le cinéma sévèrement burné !
Au Tadjikistan, on aime le cinéma sévèrement burné !
Le bazar Shah Mansur
Au bazar Shah Mansur

Une fois le soir venu, retour dans ma chambre au Vakhsh. Mon grand pote tadjik rentre quant à lui bien plus tard après une soirée visiblement bien arrosée. À ses dires, la vodka était très bonne. Mais la très bonne nouvelle, c’est qu’il est maintenant d’humeur joviale et on tape la discute quelque temps avant de nous coucher. Le lendemain matin, une fois dégrisé, son côté pas très fin est de retour, il regarde la télé à fond à 5 h du mat, mais qu’importe, je lève les voiles, la route m’attend, direction le Pamir, direction Khorog.

Conseils pratique

  • Arriver de nuit à l’aéroport de Douchanbé n’est donc pas un problème. Un certain nombre de vols atterrissant ou décollant de nuit, c’est même l’heure de pointe en fait. Les halls d’arrivée et de départ actuels sont plutôt minuscules, vieux et vétustes, mais un nouveau terminal est en construction.
  • Pour les distributeurs de billets, allez dans le hall de départ, sur la droite en sortant du hall d’arrivée. Il vous faudra passer les scanner avec vos bagages pour y entrer, mais pas de souci, on ne vous demande pas de billet d’avion. Comme toujours au Tadjikistan, on peut y retirer indifféremment des Dollars ou des Somonis.
  • Pour les hôtels à Douchanbé, il n’y a pas énormément d’options bon marché. L’hôtel Vakhsh est plutôt bien situé en plein centre le long de l’avenue Rudaki. Vu de dehors, ça a plutôt de la gueule, mais je vous rassure, à l’intérieur, c’est plutôt rustique et la plomberie n’est pas toujours au meilleur de sa forme. Comptez 90 S31 € ≈ 6.30 Somoni en 2014 pour un lit dans une chambre double et 180 S pour la chambre pour vous seul. Sinon il y a l’hôtel Poytaht, lui aussi bien placé et qui a quelques chambres bon marchées ainsi que l’hôtel Farhang qui est par contre un peu excentré. Mise à jour 2017, l’hôtel Vakhsh a été rénové et appartient maintenant plutôt à la catégorie moyenne gamme.
  • Pour un taxi depuis l’aéroport, la nuit les prix commencent assez haut, autour des 20 $. J’ai fait baisser à 60 S (~11 $), mais ça reste trop élevé. Je n’étais pas au point dans mes conversions S/$/€. L’aéroport est très proche du centre-ville (4 km de l’aéroport à l’hôtel Vakhsh) donc même de nuit, 30 S serait un prix raisonnable.
  • Si vous voulez acheter une carte SIM, faites-le à Douchanbé, vous aurez plus de chance d’y trouver chez un opérateur quelqu’un parlant anglais. La plupart des opérateurs font en fait de la voix sur IP, ce qui rend les appels très peu chers (0.5 S la minute vers la France). Par contre, dans mon cas, avec Megafon, les SMS ne fonctionnaient pas à l’international. Pour que ça fonctionne, il faut composer un code en # avant chaque appel (#810 chez Megafon), d’où l’intérêt de trouver un vendeur parlant anglais pour vous expliquer tout ça.

Une petite carte pour situer tout ça. Cliquez sur l’icône de menu pour visualiser les légendes des points de couleur.

   [ + ]

1. la voiture est HS
2. poète tadjike du Xe siècle
3. 1 € ≈ 6.30 Somoni en 2014
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

Une dose régulière de One Chaï ?

Comme les 1392 abonnés, reçois 2 fois par mois les nouveaux articles par mail.

Des récits drôles et enjoués, garanti 0 spam et tu désertes quand tu veux !