Les îles Banda, les plus belles îles d’Indonésie ?

Dans l’imaginaire collectif, qui dit Indonésie, dit îles perdues, mer turquoise, plage de sable blanc, plongée, snorkeling, bref, la totale. Sauf que si tout le monde va sur la même île perdue, elle s’en trouve fort désappointée, et accessoirement un peu moins perdue.

Une heure après avoir débarqué aux îles Banda, installé sur le ponton de ma guesthouse, je réalise assez rapidement que ma vie dans ce coin des Moluques va être un enfer. La sirène du Leuser claironne une fois. Dans une heure, il larguera les amarres, me laissant sur ce petit confetti de terre perdu dans l’océan Pacifique au milieu de la mer de Banda.

Je plaide coupable, je suis monté volontairement à bord du Pelni qui m’a amené ici. Mais quel con, quelle mouche ou autre moustique mutant a bien pu me piquer. Ça sent le traquenard.

Port de Banda Neira
Pelni au port

Banda Neira

Après une première nuit à broyer du noir, je me lève au petit matin et sors de ma chambre en quête d’une échappatoire. Aucun bateau aujourd’hui pour quitter l’île, mais bien décidé à ne pas rester coincé dans ce trou paumé, je ne me laisse pas abattre et me rend d’un pas convaincu à l’aéroport. Il me faut absolument partir, par les mers, les airs, peu importe, mais partir.

Arrivé sur la piste de décollage, il me faut me rendre à l’évidence, pour l’avion, là encore, c’est pas gagné.

Aéroport de Banda Neira
Stress maximum à l’aéroport

Aux îles Banda, la théorie d’Einstein vacille. Loin d’y être devenu relatif, le temps a démissionné, il a rendu son tablier

Vous pensez que je déraille, que je prends l’eau, que cette introduction n’a ni queue ni tête ? C’est en fait la seule que j’ai trouvée pour convaincre quiconque aurait l’idée d’aller aux îles Banda de rebrousser chemin, de changer ses plans, car non, il ne faut pas. Aller sur ces îles est dangereux. Car voyez-vous, aux îles Banda, la théorie d’Einstein vacille. Loin d’y être devenu relatif, le temps a démissionné, il a rendu son tablier. On sait quand on y arrive, mais très vite, toute volonté de quitter ce lieu est vouée à l’échec. J’y resterai 2 semaines.

L’archipel des îles Banda

Ces îles, c’est un mini archipel, quelques confettis de terre posés dans l’océan Pacifique au milieu de la mer. Avec ses 45 km², c’est quatre fois plus petit que le Liechtenstein (ma référence). Et comme l’archipel est découpé en 10 îlots, on approche tout de même furieusement de ce qu’on peut appeler des îles perdues loin là-bas.

Banda Islands
Carte sous licence Creative Commons de Wikipedia

Les îles Banda sont entrées dans l’histoire quand au XVIe siècle, les Portugais puis les Hollandais les découvrirent et s’y établirent. Ces îles étaient alors les seuls producteurs de noix de muscade au monde.

Au XVIIe siècle, les Hollandais avaient conquis neuf des dix îles de l’archipel. Seule Pulau Run, occupée par les Anglais, manquait à l’appel. Les Hollandais étaient à cette époque également propriétaires de l’île de Manhattan. Nous parlons bien de cette île qui deviendra le cœur de New York. Dans leur volonté de posséder tout l’archipel, ils l’échangèrent contre Pulau Run !

Les plus belles îles d’Indonésie ?

Si peu de touristes viennent dans l’archipel des Banda, ça n’est pas parce que ça serait un secret bien gardé, mais parce que venir ici prend du temps, chose dont semble dépourvu le voyageur du XXIe siècle. Sans compter que les infrastructures touristiques y sont relativement limitées. Le tourisme n’est ici pas absent (les îles Banda sont avec les îles Kei la région la plus touristique des Moluques), mais ça reste un tourisme indépendant, simple et relativement discret. La plupart des guesthouses sont des petites structures tenues par des locaux.

Pour moi, cet archipel, c’est un peu le rêve, le Graal. Des paysages tropicaux verdoyants, le calme et l’isolement, le tout dans une très grande simplicité. Pas de fioritures. Ajout/er au tableau des habitants qui se sont fait greffer sur le visage sourire et bonne humeur permanente (normal, ils sont avant tout Indonésien), que demander de plus ?

L’archipel est d’ailleurs très souvent décrit comme content parmi les plus belles îles d’Indonésie. Leur isolement les préserve à ce jour du tourisme de masse. On ne vient pas ici pour quelques jours, trop long, trop compliqué.

Banda Neira, la capitale

Dans les rues de la capitale provinciale, le piéton s’y déplace sous le coup d’un stress relativement contenu. Une moto de temps à autre, deux aux heures de pointe, avec ses 8000 habitants, la ville a plutôt l’allure d’un gros village.

Eglise de Banda Neira

Dans les rues de Banda Neira

Cette quiétude n’est guère perturbée que les jours où un Pelni débarque au port. Ce navire est en effet synonyme de famille qui revient avec parfois des cadeaux pleins les bras.

Ce soir, un papa ou un tonton très généreux est rentré avec une mini voiture électrique. Très rapidement, l’heureux élu joue assis dans sa voiture dans les rues avec une myriade d’autres gosses et une dizaine d’adultes qui le suivent et forment pour ainsi dire un cortège. Embouteillage dans la capitale !

En séjournant à Banda Neira, on partage le quotidien des habitants au marché et dans les rues du Kampung1village en indonésien. Dans ces petites ruelles où l’on ne croise pour ainsi dire que des piétons, l’accueil est toujours le même, simple, chaleureux et souriant.

Je ne comptais pas m’y arrêter plus d’une journée, mais y resterai cinq jours, reportant sans cesse mon départ pour Pulau Hatta. Chaque matin, je sors de ma chambre, marche 17 pas, et voilà. Seul un forçat du j’vais ailleurs trouverait la volonté de quitter ce lieu.

Dans les rues de Bandaneira

Bateau iles Banda

Bateau iles Banda

Et chaque fin de journée, alors que le soleil commence à courtiser l’horizon, les gosses de la maison voisine de ma guesthouse investissent mon ponton pour un concours de plongeons. Si aujourd’hui, l’Indonésie n’est pas championne olympique dans la discipline, croyez-moi, l’avenir est prometteur.

Une de ces stars de la voltige ne doit guère avoir plus de 4 ou 5 ans. Trop petit, il est d’ailleurs à la peine pour monter sur le muret, mais ses copains l’aident. Et le père qui est assis aux premières loges, bien loin de les calmer, ne cesse de les encourager à celui qui sautera le plus loin.

Enfants Banda Neira

Enfants Banda Neira

Enfants Banda Neira

Le volcan Gunung Api

De ma guesthouse, un bras de mer me sépare du pied du Gunung Api, et 656 m de son sommet. Certes, le climat tropical aidant, la flémingite se pare ici des ors de la meilleure activité qui soit. Mais même si ça veut dire suer quelques jerricans, la vue sur tout l’archipel depuis le sommet doit tout de même être une tuerie.

Encore faut-il pour pouvoir profiter de cette vue que ledit sommet ne soit pas dans les nuages, ce qui est malheureusement souvent le cas l’après-midi. Pour maximiser mes chances, un réveille au lever du jour, à 6 h du matin, est de rigueur.

J’étais prêt, il aurait fait beau, j’y allais

Première tentative, échec, il a plu cette nuit et le ciel est toujours plombé au petit matin. Je me rendors illico, ma bonne conscience bercée par la satisfaction d’un “j’étais prêt, il aurait fait beau, j’y allais”.

Mais se donner véritablement bonne conscience nécessite tout de même un peu plus de perspicacité que ça. Aussi, le lendemain matin, réveille à nouveau à 6 h. Cette fois-ci, je n’ai même pas besoin de me lever. À entendre le martèlement de la pluie sur le toit, dehors, c’est le déluge.

Pluie aux iles Banda

Troisième matin, pas mieux, la météo est toujours des plus humide. Vous l’aurez compris, aux îles Banda, le concept de saison sèche n’existe pas vraiment. Si tout est si vert malgré la chaleur, c’est qu’il y pleut par seaux entiers tout au long de l’année. Durant la saison la moins humide, les seaux sont plus petits, voilà tout. Et en cette fin novembre, la pluie est clairement de retour. Il ne pleut pas toute la journée, mais il faut jongler entre les averses tropicales.

Après la pluie, les enfants s’arment de pailles dont ils relèvent les extrémités pour en faire des bateaux. On les retrouve alors à faire des courses de bateau-paille au milieu des rues dans les innombrables flaques d’eau.

Benteng Belgica
Benteng Belgica et Gunung Api en arrière plan
Gunung Api
Gunung Api dans les nuages

Pulau Hatta

Puis vient le jour où il faut quitter Banda Neira, quitter la capitale, glisser vers encore plus de simplicité. À Pulau Hatta (anciennement appelée Pulau Rozengain), il n’y a ni électricité ni réseau téléphonique.

Alors que le bateau large les amarres pour rejoindre Hatta, un véritable déluge s’abat sur nous (enfin pas sur moi, ma place est abritée).

L’île compte deux petits villages reliés par un chemin bétonné. Le long de ce chemin, sous les arbres, quelques guesthouses le long de la plage.

Le tic-tac de la trotteuse s’est fait la malle

À Pulau Hatta, soudainement, tout devient plus dur. Ce n’est plus 17 pas qu’il me faut arpenter pour voir la mer, mais un seul. Les journées s’écoulent à un rythme d’enfer, le tic-tac de la trotteuse s’est fait la malle, vexé d’être ignoré de tous, ne laissant aux horloges que la petite aiguille des heures qui tourne déjà bien assez vite comme ça.

Pulau Hatta

Réussir à remplir son planning est ici une gageure. Ceux qui s’y sont essayés se seraient fait flasher à l’électrocardiogramme. Dépasser les 60 pulsations par minutes est en effet considéré comme des plus suspect. Les activistes du “on veut en profiter un maximum” font peur tant on craint que leur mal puisse être contagieux.

N’en restent pas moins des décisions difficiles comme celle à devoir choisir entre s’allonger dans un hamac ou sur un fauteuil ; bouquiner le nez et les orteils pointant vers le Kiffistan ou vers la Papouasie. Ça a l’air de rien dit comme ça, mais ça n’est pas rien.

Un rebond soudain de vivacité mène mes deux jambes jusqu’au village. Quel calme ! Vécue au quotidien, cette quiétude doit finir par tourner un peu à l’ennui, mais pour le voyageur de passages quelques semaines, cette impression de havre de paix est presque exaltante. Tout le monde répond à mes salutations, et comme je ne suis pas physionomiste pour un sou, à tourner un peu en rond, je salue sans doute deux ou trois fois les mêmes personnes. Ah ces bule2se dit d’un touriste et se prononce buley, quelle bande de boulets !

Guesthouse Pulau Hatta
Guesthouse sur pilotis
Village Pulau Hatta
Village à Pulau Hatta
Penginapan Tiara Pulau Hatta
Penginapan Tiara, ma guesthouse

L’heure du snorkeling

Et quand l’on finit par trop suer de ne rien faire, on enfile son masque et son tuba et on va faire un petit plouf. Niveau snorkeling, Pulau Hatta n’est pas dépourvue. Quelques brasses, et l’on se retrouve à nager au milieu des coraux et des poissons. À une centaine de mètres du rivage, le fond des mers plonge à la verticale. Un mur de corail devant lequel de nombreux poissons viennent se balader ainsi que quelques tortues.

Les plus chanceux apercevront peut-être un requin, il paraît qu’on en voit parfois le long de la barrière de corail. Pour ma part, je n’ai pas eu cette chance, les requins m’ont boudé.

Les jours s’égrainent ainsi à Hatta, jusqu’au jour ou fatalement, il faut retourner à Banda Neira et embarquer à bord du Pelni qui me ramènera à Ambon. Évidemment, 9 jours sur Pulau Hatta, c’est trop court, bien trop court. On en revient donc toujours au même, les îles Banda, c’est mieux de ne pas y aller, vraiment ! Je ne saurais dire si ce sont les meilleures îles d’Indonésie tant l’archipel est vaste et regorge de merveilles, mais honnêtement, ces îles, c’est de la balle !

J’avais eu en 2011 un gros coup de cœur pour les îles Togian à Sulawesi, mais honnêtement, les îles Banda, en terme d’isolement et de quiétude, nous sommes dans une autre catégorie. L’étape d’après, ça serait partir en quête d’îles désertes, mais ça serait alors se passer du sourire des Indonésiens, et ça, personne n’y songe.

Pulau Hatta

Infos pratiques

Comment aller aux îles Banda

Les navires Pelni : c’est l’option la plus sûre et la plus économique. La plus sûre, car les Pelni circulent toujours. Le risque d’annulation est quasi nul. Plus d’infos cette traversée ici.

L’Express Bahari 2B : plus rapide que le Pelni (6 h au lieu de 12 h) et avec des rotations plus fréquentes (Tulehu-Banda Neira les mardis et samedis à 9 h, retour Banda Neira-Tulehu les mercredis et dimanches à 9 h). C’est une très bonne option, mais uniquement en saison, c’est-à-dire de la mi-septembre à la fin novembre ainsi qu’en mars-avril. Les dates d’ouvertures et de fermeture du service restent toujours assez imprédictibles.

L’avion : fausse bonne idée tant les vols depuis Ambon semblent être en permanence annulés. Les vols se font à bord de petits avions de 15-20 places seulement.

Pour des infos à jour sur ces transports, vous pouvez aller sur le site de Dive Bluemotion.

Bateau pour Pulau Hatta

Un bateau part normalement tous les jours sur les coups de midi (se renseigner) sauf le vendredi de Banda Neira. Pour le retour, idem, tous les jours sauf les vendredis, le matin. Le bateau emmène en fait les habitants de Hatta à Neira pour y faire leur marcher. L’aller coûte 50 000 Rp.

Quand partir aux îles Banda

En ce qui concerne la météo, les deux meilleures saisons pour y aller sont de mi-septembre à fin novembre et en mars-avril. Il est bien sûr possible d’y aller hors de ces deux périodes, mais il ne faut alors compter que sur les Pelni et rien d’autre pour s’y rendre.

De décembre à février, le vent d’ouest se lève, rendant la visibilité assez mauvaise pour le snorkeling et la plongée, sans compter que la mer peut-être forte.

On trouve ici quelques statistiques climatiques.

Où se loger

Banda Neira : On trouve plusieurs petits hôtels avec pontons qui donnent sur la mer le long du marché. J’ai logé à Penginapan Babbu Sallam pour 175 000 Rp par nuit, petit déjeuner inclus. Ce petit hôtel était moins fréquenté que ces voisins lors de mon séjour, un havre de paix.

Pulau Hatta : J’ai logé au Penginapan Tiara, une guesthouse tenue par Samian et Wati qui sont tout simplement adorables et on y mange très bien. Elle se trouve le long de la plage, dans la forêt entre les deux villages. La guesthouse compte quatre chambres avec un espace commun face à la plage pour manger et s’installer. La chambre est à 250 000 Rp en pension complète. On trouve d’autres guesthouses à proximité qui semblent également très bien. Dans la mesure où il n’y a pas de téléphone sur Pulau Hatta, réserver n’est pas vraiment une option. Il y a de l’électricité uniquement de 18 h à 22 h grâce à un générateur.

Snorkeling et plongée à Pulau Hatta

Évidemment, une fois arrivé aux Banda, tout le monde se demande sur quelle île aller. Pulau Hatta est réputée comme meilleure pour le snorkeling que Pulau Ai, car à Pulau Ai, il est difficile d’atteindre la barrière à marrée basse faute de fonds suffisants.

Il faut venir avec son propre équipement de snorkeling (masque et tuba), car on ne trouve pas grand-chose sur place.

Il est également possible de faire de la plongée à Pulau Hatta avec Naira Dive qui est présent sur l’île.

Retirer de l’argent

Il y a un ATM (DAB) et une banque à Banda Neira, mais ailleurs, rien du tout, nada !

   [ + ]

1. village en indonésien
2. se dit d’un touriste et se prononce buley

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Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Tu en sauras plus sur ce blog et sur moi dans l'à propos.