Impressions d’un voyage en Azerbaïdjan : des Azéris, des montagnes, du pétrole et moi

L’azéri rit, l’azerbaïdjanais jamais. C’est par cet aphorisme signé Hèdilya que tout a commencé (ou pas). C’est donc le sac chargé de tout un attirail pour mesurer avec force et précision les zygomatiques azéris qu’un beau matin de ce mois de mai 2018, je partis en direction de l’Azerbaïdjan. Bon en vrai, c’était un soir.

Tradition oblige, le premier article que je publie de retour d’un voyage, c’est le plus souvent un truc qui tourne plus ou moins en roue libre. En plus de l’itinéraire suivi, j’y glisse quelques impressions, quelques anecdotes ainsi qu’une sélection des meilleures photos, histoire de ferrer un peu l’auditoire. Oui, là je parle de toi. Mais avant de poursuivre, je peux d’ores et déjà répondre à la question, alors ce voyage, c’était comment ? C’était de la balle !

Ma bonne conscience de bobo plus ou moins écolo était encore un peu chiffonnée de tout ce kérosène brûlé pour rejoindre en novembre dernier les Moluques, ces îles paradisiaques en Indonésie. J’avais décidé pour ces vacances de rogner autant que possible sur l’avion.

J’avais donc acheté un retour simple Bakou-Paris. Oui, un retour simple, parce que l’aller simple, ça n’est plus trop tendance vois-tu. Ne me restait plus ensuite qu’à aller jusqu’à Bakou afin de pouvoir rentrer. Rentrer en voyage, je serais toi, je noterais ça dans un coin. À l’heure où certaines agences de voyages te vendent de l’authentique ou du hors des sentiers battus comme on vend du diesel propre, dans 10 ans, ces mêmes agences nous proposeront peut-être des retours en voyage, qui sait !

Et pour l’aller, on fait comment ? Après avoir rejoint les provinces du nord-ouest de la Chine en train depuis Paris, le Maroc en ferry depuis Sète, ou encore ce voyage en cargo vers le Bénin, j’ai opté cette fois pour un mix train plus bateau.

Trois jours en train à travers l’Europe de Paris jusqu’à Odessa, une petite pause de deux jours, puis une cinquantaine d’heures de ferry à travers la mer Noire d’Odessa jusqu’en Géorgie et j’y suis presque. Ne reste plus qu’à rallier Tbilissi, la capitale de la Géorgie avant qu’une dernière marchroutka m’amène à la frontière avec l’Azerbaïdjan, 9 jours après avoir quitté Paris.

Ensuite, mon itinéraire d’un peu moins de 3 semaines sera assez classique, à savoir Zaqatala, Sheki, Ivanovka, Lahic, Quba, Xinaliq et Bakou sur les rives de la Caspienne pour terminer.

Pourquoi l’Azerbaïdjan

Et pourquoi pas ? N’étant pas un grand fan de ces destinations incontournables qui font la joie des tops 10 et du tourisme de masse, devoir m’interroger sur le pourquoi d’un pays est très souvent la meilleure entrée en matière. Ne reste plus qu’à s’y rendre et à trouver la réponse à la question sur place.

Mais je dois bien reconnaître que j’avais hésité, craignant que le pays ne se résume à Bakou, une vitrine touristique aux hôtels hors de prix. Mais que nenni, non seulement l’Azerbaïdjan a beaucoup à offrir en terme de paysages et de rencontres dans les montagnes du Caucase, mais on peut également loger à Bakou pour par cher (5 € la nuit dans mon cas !).

Les 5 incontournables

L’heure est donc au top tip top. Ces listes de lieux que le voyageur en quête d’incontournables dévore avec passion, ferveur et assiduité. En général, je botte en touche face à cet exercice, mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Du coup, j’allais dégainer un top 10, sauf que ça n’est pas un très gros pays. Si bien que finalement, pour un voyage d’une petite semaine en Azerbaïdjan, un top 5 devrait être amplement suffisant :

  1. Celui que personne, absolument personne ne veut passer à côté, c’est le premier.
  2. Le second attise également toutes les convoitises. Son côté un peu moins tape-à-l’œil n’étant pas pour déplaire à certains.
  3. Le troisième pourrait aisément faire figure de premier si l’on pouvait y acheter des tasses “j’ai le troisième dans la peau”. Oui, ça manque, vraiment.
  4. Le quatrième, pour ainsi tout le monde en est très déçu et se demande bien quel casque de bain1synonyme de con en québécois paraît-il ou autre cercopithèque à bien pu décider de classer ce trucmuche en si bonne place.
  5. Le cinquième est introuvable. À qui la faute ? Nul ne le sait.

J’espère bien entendu que tu me seras infiniment reconnaissant d’en rester là et de t’épargner ainsi 5 visites inutiles en plus. Non vraiment, un top 10, ça n’aurait pas été très raisonnable !

Mes 3 semaines en Azerbaïdjan

Si maintenant tu ne fais pas partie de ces gens atteints de tachycardie voyageuse, que tu aimes prendre ton temps, la suite de cet article pourrait s’avérer être des plus circonstanciées.

Car durant ce voyage, comme à mon habitude, j’ai ouvert grand les yeux et les oreilles. Et figure-toi qu’au gré de mes rencontres, quelques idées de reconversion ont fusé pour aboutir à cette liste plus ou moins exhaustive. Liste que tu peux transformer, bien entendu, en florilège de choses à faire et à voir en Azerbaïdjan. Une sorte de top machin truc quoi 😉

  • Testeur de train : Voyager à bord d’un TGV, c’est terriblement ennuyeux. Ça va vite, ça ronronne, mais pas grand-chose d’autre à signaler. C’est ennuyeusement efficace. Par contre, une fois à bord d’un train ukrainien qui sait encore bercer mon oreille de ce tacatac-tacatac, nous entrons là dans une autre dimension.
  • Explorateur de contrées méconnues : Cette fois-ci, ça sera le Kiftenschtein. Je n’invente rien et ne fais que répéter ce Tweet de Corinne. Car oui, j’ai traversé le Liechtenstein, un truc de dingue !

  • Contrôleur de train ukrainien : En langue du cru, on appel ça un providnik. Seul problème, même si au bout du compte, tu es quelqu’un de super sympa, il convient de prime abord de faire plus ou moins la gueule quand un passager se présente et tente de monter dans ton wagon. Mon providnik entre Tchop et Odessa ne dérogera pas à la règle, mais me gratifiera d’un grand sourire à ma descente à Odessa.
  • Revendeur de Lada : Attention tout de même à ne pas choisir son pays à la légère. On trouve encore quelques Lada dans les rues d’Odessa en Ukraine, et elles sont omniprésentes dans les campagnes en Azerbaïdjan. Par contre, que ce soit en Géorgie ou à Bakou, niet, elles ont pour ainsi dire disparu de la circulation.

Lada à Odessa

  • Chauffeur routier : Pas pour conduire un camion, mais simplement pour enchaîner les aller-retour à bord du ferry Odessa-Batumi (je me risquerais peut-être à l’occasion à la variante Odessa-Istanbul). On embarque le 38 tonnes pour 50 bonnes heures de traversée de la mer Noire.
Ukrferry Odessa Batumi
Camions à bord du Kaunas Seaways entre Odessa et Batumi.
  • Chasseur de tyrannosaure : Eh oui, à peine arrivé en Azerbaïdjan, un certain 5 juin à 22 h 40, j’ai bien failli me retrouver nez à nez avec un tyrannosaure ! Les géologues ont pour leur part parlé d’un tremblement de terre d’une magnitude de 5,4 à Zaqatala, mais je n’en crois pas un mot. Ce choc assez violent qui a secoué ma chambre alors que j’allais me coucher, c’était un tyrannosaure qui avait trop arrosé sa soirée à la vodka et s’est emplafonné dans l’hôtel.
  • Peintre en verdure : J’ai souvenir que certains avaient été surpris des paysages verdoyants de certaines des photos que j’avais ramené de mon voyage en Arménie. Ils le seront sans doute tout autant avec celles-ci. Si la moitié est du pays, et en particulier Bakou, est très aride, à l’ouest, c’est verdure à tous les étages.
Verdure à Sheki
La ville de Sheki, au milieu des arbres.
  • Ouvrier agricole dans un kolkhoze : Car oui, il existe encore un kolkhoze (ferme collective), à Ivanovka. Il doit sa survie à la proximité du président de ce kolkhoze dans les années 1990 avec le clan Aliyev. On y parle majoritairement russe.

Ivanovka

  • Berger : En plus, ça aurait l’énorme avantage que je n’aurais peut-être ensuite plus peur des chiens. Ici comme dans tout le Caucase du reste, il faut toujours se méfier des troupeaux de moutons. Non pas que ces braves bêtes soient féroces, mais ce sont leurs gardiens, les chiens de berger, qui peuvent l’être.
Berger à Xinaliq
Berger à Xinaliq
  • Buveur de chaï : Coup double au passage, car que ce soit en azéri ou en russe, même si les lettres diffèrent, un chaï reste un çay2en azéri, alors vive le чай3en russe.
  • Joueur de nardi : J’ai attrapé le virus du backgammon lorsque j’avais visité Le Caire, alors forcément, à la vue des joueurs aux terrasses des cafés, mon sang n’a fait qu’un tour. Apprentissage un peu difficile par contre, car ça n’est pas du tout la même version que celle jouée en Égypte.
  • Épicier : Bah oui, je vais m’installer peinard, au vert, sur les hauteurs de Zaqatala.

Epicerie à Car, on dessus de Zaqatala

  • Admirateur de paysages : Le seul risque avec ce genre de boulot en Azerbaïdjan, ce sont les heures sup, en particulier dans les montagnes du Caucase. La photo d’introduction de cet article, prise à Xinaliq, en est un des plus beaux exemples, mais pas le seul, loin de là. Démonstration en images.
Vue sur Lahic, Azerbaïdjan
Vue sur Lahic.
Route de Xinaliq
Route entre Quba et Xinaliq.
Xinaliq Azerbaïdjan
Xinaliq au lever du soleil.
  • Architecte : Là, honnêtement, la concurrence est tout de même assez rude à la vue des rues de Bakou où l’architecture du 21siècle se mêle à celle tout aussi réjouissante d’un passé plus lointain.
Centre culturel Heydar Aliyev, Bakou
Centre culturel Heydar Aliyev à Bakou.
Flame towers, Bakou
Les Flame towers de Bakou vues depuis la vieille ville.
Vue sur la baie de Bakou
Vue sur la baie de Bakou.
  • Homme (ou femme) statue : Tu sais ces artistes que l’on croise parfois dans les rues et qui prennent la pose, figés telles des statues. À Bakou, ils ont poussé le truc un peu plus loin, ils sont carrément juchés sur les façades des immeubles. Gare à celui ou celle qui s’endort par contre.
Musée de la littérature azerbaïdjanaise Nizami Gandjavi
Musée de la littérature azerbaïdjanaise Nizami Gandjavi.
  • Prospecteur de pétrole : Qui n’a jamais rêvé de s’acheter un petit coin de terrain, d’y installer un derrick et de se caller dans une chaise longue pour regarder le pétrole sortir de terre ? À seulement 10 km du centre de Bakou, c’est possible. À la vue du résultat, Mad Max ne doit pas être très loin, assurément !
Pétrole à Ramana
Pétrole à Ramana près de Bakou.
  • Président : En guise d’entraînement afin de décrocher un jour la présidence à vie du Kiffistan, j’avais bien songé à postuler pour celle de l’Azerbaïdjan. Sauf que patatras, je suis arrivé trop tard. Après avoir hérité démocratiquement (si si) de son papa la présidence du pays en 2003 (un concept comme un autre), Ilham Aliyev a été réélu à trois reprises dont la dernière en avril 2018, avec pas moins de 86,02 % des voix dès le premier tour. Un président si populaire et aimé de tout un peuple, ça n’est pas rien tout de même ! Sans compter que c’est la modestie même. Au lieu de décorer toutes les rues de son pays de ses portraits géants, il a laissé ceux de son papa. Un leader aussi badass, mazette, ils ne manquent pas de culot ceux qui critiquent ce régime.

Maintenant toi, oui toi, chère lectrice et cher lecteur qui commence peut-être à me connaître un peu, laquelle de toutes ces professions me siérait le mieux d’après toi ? Glisse donc ton avis par ici, un peu plus bas dans les commentaires, avec, ça va sans dire, quelques arguments justifiant ton choix. Et toi, tu te reconvertirais dans quoi ?

En guide de conclusion, je ne savais pas trop à quoi attendre de ce voyage, j’en suis revenu des plus enthousiaste et aurais pu sans peine prolonger la balade.

Je dédie cet article à mon parrain, il s’appelait Pierrot.

Infos pratiques

Quand visiter l’Azerbaïdjan

La période idéale s’étale de mai à octobre avec quelques nuances. Les mois de mai et d’octobre sont un peu tôt pour les régions montagneuses. Quant à juillet et août, certains trouveront ça sans doute un peu trop chaud à Bakou et ailleurs en plaine où les températures dépassent les 30 °C. Conclusion, juin et septembre sont les deux mois optimaux. Voici quelques statistiques climatiques pour Bakou et Sheki.

L’Azerbaïdjan durant le ramadan

Une bonne partie de ce voyage fut durant le ramadan. Or nous sommes dans un pays à plus de 90 % musulman, d’où la question. Non seulement ça ne pose aucun problème, car les restaurants sont ouverts et tout fonctionne normalement, mais j’irais même jusqu’à dire que c’est la période idéale. En effet, pas mal de touristes qui visitent l’Azerbaïdjan viennent de pays musulmans. Or durant ce mois de jeûne, ils voyagent moins facilement, donc moins de touristes.

Budget de mon voyage

Comme à mon habitude, j’ai logé en mode routard dans les hôtels pas chers (entre 5 € et 15 € la nuit) et ne me suis déplacé qu’en transports publics. En 20 jours, j’ai dépensé en tout 350 €, soit 17,50 € par jours, faisant de l’Azerbaïdjan un pays relativement peu cher (moins cher que la Géorgie voisine à titre de comparaison).

Combien de jours

De nombreux voyageurs traversent le pays en coup de vent, en une semaine. Sauf à aimer s’adonner à la course, deux semaines sont tout de même un minimum. Je m’y suis baladé durant trois semaines et aurait pu sans peine prolonger d’une semaine, voir davantage.

Visa pour l’Azerbaïdjan

Depuis peu, c’est un jeu d’enfant. Il suffit de se rendre sur le site internet officiel https://www.evisa.gov.az/en/, de remplir le formulaire en suivant scrupuleusement les consignes, de payer les 23 $ en ligne, et dans les jours qui suivent (le lendemain dans mon cas), vous recevez par mail votre visa valable pour un séjour de 30 jours maximum.

Attention à ne pas passer par le site https://evisa.com.az/en qui est en fait une agence de voyages mieux référencée que le site officiel dans les moteurs de recherche et qui vous assaisonnera gentiment l’addition.

Enregistrement en Azerbaïdjan

Si le visa est aujourd’hui un jeu d’enfant, il reste une petite contrariété administrative supplémentaire si vous séjournez plus de 15 jours. Il faut alors vous enregistrer. Deux solutions pour ça :

  • Demander à ce que l’hôtel où vous logez s’en occupe. C’est l’option la plus simple, le seul problème étant que si l’enregistrement n’est pas validé (ça arrive facilement et pour des broutilles), vous n’en serez pas forcément informés à moins de demander à vérifier ça le lendemain.
  • S’enregistrer soi-même sur le site https://www.migration.gov.az (version anglaise disponible en cliquant EN en haut à droite). Ensuite, aller dans Electron Service puis Registration upon place of stay. Là il vous faut dans un premier temps créer un compte (un numéro de portable local est nécessaire pour valider cette étape) puis enregistrer le lieu où vous séjournez et attendre qu’il soit validé (normalement le lendemain). Enfin, il vous faut vous enregistrer avec les détails de votre passeport et de votre visa en joignant un scan des deux. La réponse arrive là encore le lendemain. Si c’est refusé, la raison du refus est écrite en azéri, coucou Google Translate ! Il faut ensuite retourner sur ce site pour voir si tout est bien validé.

En cas de non-enregistrement, ou d’enregistrement mal fait et non validé, lorsque vous quittez le pays, vous avez droit à une amende de 400 AZN, soit environ 200 €. Mais il y a une parade. Il faut refuser de payer. Vous serez alors en quelque sorte expulsé du pays. On vous fera signer un document dans lequel vous reconnaissez que vous ne pourrez entrer en Azerbaïdjan durant 12 mois.

Acheter une carte SIM

Pour un séjour de moins de 30 jours, c’est un jeu d’enfant. La meilleure option est sans doute Azercell. La carte SIM coûte 5 AZN, plus 5 AZN pour 1 Go de données valable 30 jours. Au-delà des 30 jours, sauf à avoir fourni une adresse, la carte SIM sera invalidée.

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1. synonyme de con en québécois paraît-il
2. en azéri
3. en russe
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Tu en sauras plus sur ce blog et sur moi dans l'à propos.

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