Kazbegi, la Géorgie au cœur du Caucase et au pied du mont Kazbek

Ces quelques jours paisibles à visiter Tbilissi furent des plus sympathiques, mais objectivement, le truc qui m’a motivé plus que tout à venir en Géorgie, ce n’est ni sa capitale, ni le vin géorgien, mais les montagnes du Caucase. Pensez donc, les plus hautes montagnes d’Europe (non, le mont Blanc n’est pas le plus haut sommet d’Europe), je ne pouvais passer à côté de ça.

Je vous emmène donc pour une petite virée entre Tbilissi et Kazbegi le long de la Georgian Military Highway, suivie de deux superbes randonnées dans le Caucase. La première pour se dégourdir les jambes au-dessus de l’église de la Trinité de Guerguéti et la seconde dans la vallée de Truso. Clairement, ces quelques jours à Kazbegi seront un des moments forts de ce voyage en Arménie et en Géorgie.

De Tbilissi à Kazbegi

Avant de gravir le mont Kazbek, il serait bon de s’en rapprocher un peu. Alors que je quitte Tbilissi, la météo se risque à prévoir une fenêtre de quelques jours de beau temps au milieu de ce printemps maussade (nous sommes en juin 2016, à Paris, la Seine a débordé comme jamais en cette saison).

Mes compagnons de circonstance et moi-même quittons la capitale en empruntant la Georgian Military Highway, direction Kazbegi. Military ne signifie en rien qu’il faille voyager à bord d’un char d’assaut et Highway encore moins que vous allez prendre une autoroute. Lot de consolation, Georgian signifie par contre bel et bien que nous sommes en Géorgie. Et donc en bon Géorgien qui se respecte, le chauffeur de notre taxi collectif roule à tombeau ouvert tout en se signant lorsque nous passons devant une église. Mais qu’à cela ne tienne, les paysages sont jolis et le soleil radieux. Il ne peut donc rien nous arriver.

Monastère d’Ananouri
Monastère d’Ananouri

Après une courte pause au monastère d’Ananouri, nous nous élevons dans les montagnes. La route zig et zag avant de carrément zigzaguer, mais les pneus solidement accrochés au bitume, nous montons.

Peu après la station de sport d’hiver de Goudaouri, nouvelle pause devant un ouvrage assez étrange. Cette structure au style architectural si léger est un monument à l’amitié russo-géorgienne construit en 1983. Quand on sait que la Géorgie a rompu ses relations diplomatiques avec la Russie en 2008, on se dit que l’architecte n’a finalement pas été si mal inspiré dans ses choix esthétiques un rien solennels !

Vue depuis monument à l’amitié russo-géorgienne
Vue depuis monument à l’amitié russo-géorgienne

Monument à l’amitié russo-géorgienne

Monument à l’amitié russo-géorgienne

Pour profiter pleinement du panoramique 360°, passez un mode plein écran

Infos pratiques pour aller de Tbilissi à Kazbegi

Depuis Tbilissi, il y a une marchroutka (sorte de minibus) toutes les heures depuis la gare routière de Didube. Partager un taxi collectif avec d’autres touristes trouvés sur place à la gare routière peut-être une très bonne solution. Moyennant en effet quelques laris de plus, contrairement à une marchroutka, ce taxi pourra faire une pause pour visiter en chemin le monastère d’Ananouri ainsi que le monument à l’amitié russo-géorgienne près de Goudaouri.

Bienvenue à Kazbegi

Le panneau d’entrée de la ville de Stepantsminda sort du bois pour se planter bien sagement au bord de la route. Nous sommes arrivés à Kazbegi, enfin à Stepantsminda de son nouveau nom. La légende dit qu’ils ont hésité entre ça et Petachounpantmoninda, mais que Stepantsminda a gagné à une courte majorité. En conséquence de quoi tout le monde continue à appeler cette bourgade Kazbegi !

À peine débarqué du taxi collectif, une babouchka toute de noir vêtue m’aborde pour me proposer une chambre. L’anglais n’est pas vraiment son fort, mais ça ne l’empêche pas pour autant de faire preuve d’un enthousiasme débordant pour tenter sa chance en russe avec les touristes qui m’accompagnent, mais en vain. Certains s’offusquent même qu’elle ne parle pas anglais. Nous vivons décidément une époque formidable dans laquelle tout le monde semble être en quête de voyages authentiques, mais de l’authentique qui parle l’anglais d’Oxford s’il vous plaît.

Personnellement, elle me plaît bien cette babouchka (Taliko de son vrai nom) et sa maison n’étant pas très éloignée, je décide de la suivre. Et puis son accent russe est charmant. Car voyez-vous, quand bien même je ne baragouine, non sans peine, que quelques mots de russe, je n’en suis pas moins expert en accents !

La maison est un peu fatiguée, mais l’accueil est parfait, quant à la vue, j’ai connu pire.

Mont Kazbek et église de la Trinité de Guerguéti
Vue sur le mont Kazbek.

Un voyage au tuyautistan

La ville de Kazbegi n’a pas à proprement parler grand intérêt. C’était bien la peine de monter jusque là me direz-vous ! Sauf que nichée au cœur du Caucase qui forme la frontière avec la Russie, elle est entourée de montagnes. Je ne parle bien sûr pas de petites collines qui seraient posées là pour la figuration. Non, du vrai, du solide dont le mont Kazbek, second plus haut sommet de Géorgie avec ses 5047 m.

Dans bien des bourgades en Géorgie (mais il en est de même en Arménie), les rues sont joliment décorées avec des tuyaux multicolores. Est-ce que Renzo Piano revenait d’un voyage dans le Caucase avant de plancher sur la maquette du centre Pompidou, nul ne le sait.

Tuyaux de gaz à Kazbegi

Ces tuyaux sont en fait des conduites de gaz. Quelqu’un s’est dit sans doute que ça serait plus joli ainsi que de les enterrer.

L’église de la Trinité de Guerguéti (Tsminda Sameba)

Quand on vient à Kazbegi, ça n’est pas vraiment pour ses boîtes de nuit ni pour sa chacha (quoique).

Non, ici, on y vient pour admirer les géants du Caucase. Et manifestement, ces 2-3 morceaux de granite que la tectonique des plaques a daigné faire émerger sous ces latitudes ont attiré une population hétéroclite depuis quelques décennies.

Et bien avant que les touristes chaussés de leurs brodequins ne débarquent, des hommes en robe noire y ont élu domicile. Était-ce pour se sentir plus proche du Très-Haut que l’église de la Trinité de Guerguéti fut construite ici à 2170 m au XIVsiècle ?

Cette église constitue ici la balade classique. Et si on veut rester dans le classicisme, on y va en mode feignant, à savoir en 4×4. Pensez donc, 400 m de dénivelé, on n’est tout de même pas venu en vacances à la montagne pour transpirer !

On peut bien entendu entrer dans Tsminda Sameba, et comme c’est assez joli, on a envie en bon touriste de prendre des photos (sans flash, ça va sans dire).

Tout semble indiquer qu’il souhaite ardemment me faire quitter les lieux

C’est ainsi que l’œil collé à mon viseur, alors que je cherche une jolie perspective pour capturer LA photo, un moine m’attrape fermement par le bras. Sauf à supposer une coutume assez étrange qui consisterait à saluer les visiteurs de la sorte, tout semble indiquer qu’il souhaite ardemment me faire quitter les lieux.

Pas certain de très bien comprendre ce qui m’arrive, mais saisissant assez bien que protester ne soit pas la solution la plus à même de ramener un peu de sérénité dans notre relation, je me laisse traîner. Arrivé dehors, c’est alors que le moine me colle le nez à un petit panneau. Un petit panneau sur lequel est dessiné un joli appareil photo barré d’une grosse croix rouge.

Mazette, me voilà assimilé à l’un de ces touristes qui ne respectent rien ni personne et sont prêts à tout pour décrocher LA photo. Je me confonds en excuses en russo-géorgeo-franco-on-comprend-rien, mais le mal est fait et le moine s’en est déjà retourné dans son église. Je me sens penaud de chez penaud et efface illico presto de la carte mémoire les deux photos que j’avais prises à l’intérieur avant qu’il ne m’attrape.

Monteé vers l’église église de la Trinité de Guerguéti
Montée vers l’église de la Trinité de Guerguéti

Église de la Trinité de Guerguétie à Kazbegi

Église de la Trinité de Guerguétie à Kazbegi

Randonnée vers le mont Kazbek

Est-ce une croissance contrariée (après tout, je ne mesure que 1 m 90) ou une envie de prendre de la hauteur sans quitter le plancher des vaches ? Le mystère reste entier et même les astrologues charlatans les plus doués se perdent en conjectures. Toujours est-il que c’est un fait, j’aime contempler les montagnes. J’aime aussi les gravir, si tant est qu’une vue ouahhh c’est beau m’attende au sommet.

Dans un premier temps, je n’avais pas spécialement prévu d’aller au-delà de cette église. Enfin pour être plus précis, je n’avais pas prévu grand-chose. Mais forcément, une fois arrivé là, je me dis que monter un peu plus haut, juste un peu, ça pourrait faire une jolie photo.

Vaches devant le mont Kazbek

Arrivé à ce juste un peu plus haut, une crête pointe le bout de son nez à quelques encablures. Il faudrait être bête pour ne pas y aller et profiter ainsi de la vue.

Mais parvenu à ce promontoire, immanquablement, une autre crête me nargue, puis une troisième, et ainsi de suite, jusqu’à finir à un col à 3000 m. Plus de 1200 m de dénivelé depuis Kazbegi, c’est un chouia plus que la petite balade que j’avais en tête au départ. Au-delà, vers le camp de base du mont Kazbek, il y a encore de la neige. Continuer n’est donc plus vraiment une option.

Les nuages, comme souvent en haute montagne, jouent avec le mont Kazbek. Il fait son timide en se voilant à moitié, et soudain, tel un souverain un peu prétentieux, alors qu’on l’avait quitté du regard pour quelques minutes, il fait sa star et s’impose là, devant nous, majestueux.

Mont Kazbek
Le mont Kazbek trône au dessus de Kazbegi

Mont Kazbek

Mine de rien, la descente se fait un peu longuette. N’ayant pas du tout prévu de monter au départ aussi haut, quand je suis de retour à Kazbegi en fin de journée, j’ai un petit creux dans l’estomac et suis pour le moins assoiffé. Mais qu’à cela ne tienne, ça en valait largement la peine.

Infos pratiques : Randonnée de Kazbegi au col d’Arsha

Cette randonnée jusqu’au col d’Arsha, c’est 1200 m de dénivelé positif (pour atteindre pour ainsi dire 3000 m) et 12 km aller-retour. Aucune difficulté pour être honnête. Pour rejoindre l’église de la Trinité de Guerguéti, plutôt que de suivre la route, il est bien plus plaisant de passer plus au sud (plus à gauche quand on regarde l’église). Pour ce, dans Guerguéti, prendre la direction du Gergeti Cafe et là, emprunter le sentier qui suit dans un premier temps une direction sud-ouest. On remonte alors le long d’un vallon qui mène à l’église par la gauche de celle-ci.

Une fois à l’église, l’itinéraire est évident, on monte tout en suivant le sentier !

Pour rejoindre le col d’Arsha, compter entre 3 h 30 et 4 h 30 de marche.

Randonnée dans la vallée de Truso

Cette première randonnée vers le mont Kazbek ayant été plus que concluante, je décide d’aller le lendemain dans la vallée de Truso avec Jonathan, un français rencontré la veille.

Nous trouvons à Kazbegi un 4×4 qui veut bien nous déposer le matin entre Okrokana et Ketrisi. Il viendra nous reprendre au même endroit en fin d’après-midi.

La vallée de Truso offre une randonnée des plus facile et tranquille le long d’une piste. Tout en remontant progressivement la vallée, nous arrivons à Ketrisi. Le village semble être à moitié abandonné. De nombreuses maisons faites pourtant de murs massifs en pierre s’écroulent faute d’occupants et d’entretien. Les paysages sont magnifiques, mais l’atmosphère est tout de même étrange. Inutile de préciser qu’il n’y a pour ainsi dire aucune circulation le long de cette piste.

Ketrisi dans la vallée de Truso

Ketrisi

Ketrisi

Un peu plus haut, un moine orthodoxe chevauchant sa moto nous double. Il rentre au monastère flambant neuf qui a été construit plus haut dans la vallée. Calme assuré pour une retraite monastique !

L’Ossétie du Sud point du tout nous n’envahirons

À remonter ainsi la vallée, nous nous rapprochons de plus en plus de l’Ossétie du Sud. Cette région a fait sécession d’avec la Géorgie en 1992, un an après l’implosion de l’URSS et l’indépendance de la Géorgie. Cette sécession n’étant reconnue pour ainsi dire par aucun pays, officiellement, l’Ossétie du Sud fait toujours partie de la Géorgie, mais en pratique, plus du tout.

Inutile de préciser que quand bien même, l’air de rien, vous déchausseriez vos chaussures de rando pour enfiler à la place une paire de tongs, ça ne suffira pas pour faire diversion. L’armée veille au grain. Et c’est ainsi qu’à Zakagori, un militaire en uniforme sort de sa casemate et avec un demi-sourire prononce ce qui semble être le seul mot anglais qu’il connaisse : « finish ». Soit, qu’il en soit donc ainsi, demi-tour nous faisons. L’Ossétie du Sud point du tout nous n’envahirons.

Vallée de Truso

Monastère vallée de Truso

Notre chauffeur nous attend comme prévu. Lui arbore un très grand sourire sans la moindre demi-teinte. Il s’est dit qu’après toute cette marche, une bonne rasade de chacha nous ferait le plus grand bien. J’aurais sans doute préféré une bière à ce tord-boyaux, mais allons bon, impossible de refuser sauf à passer pour un indélicat. Et puis Jonathan en a convenu comme moi qu’à la troisième tournée, ça glisse tout seul la chacha ! Et même si ça brûle un peu le gosier, il faut se rendre à l’évidence, nous parlons ensuite un russe pour ainsi dire parfait.

De retour en ville, notre chauffeur qui n’avait jusqu’alors pas bu a voulu bien entendu trinquer une tournée de chacha avec nous. L’hospitalité géorgienne, c’est important !

Infos pratiques pour la vallée de Truso

Même s’il est possible de se rendre dans la vallée de Truso en transports publics (il y a une marchroutka jusqu’à Kvemo Okrokana, le premier village après avoir quitté la grande route), la marche depuis là jusqu’au haut de la vallée sera assez longue. Quant au stop, les voitures sont plutôt rares sur cette route.

Le plus simple est donc de trouver à Kazbegi un 4×4 prêt à vous y déposer le matin et vous récupérer en fin d’après-midi. En nous renseignant avec Jonathan dans une épicerie, nous en avons dégoté un qui nous y a emmenés pour 70 GEL en tout (environ 22 €).

Le lendemain, la fenêtre météo s’est refermée. La pluie est de retour, et c’est donc sans regret que je redescends à Tbilissi.

Infos pratiques pour visiter Kazbegi

Combien de jours

L’éternelle question du voyageur pressé, est-ce que je peux tout visiter à Kazbegi en une journée, un simple aller-retour depuis Tbilissi ? Et bien oui, c’est possible. Tu peux te lever de bonne heure, te taper 3 h de route depuis Tbilissi, monter au pas de course à l’église Tsminda Sameba, regarder les paysages environnants d’un tour de tête et redescendre à Tbilissi. Comme en plus, nombre de chauffeurs géorgiens conduisent pied au plancher, ça passe crème.

Plus sérieusement, y passer moins de deux jours ne rime pas à grand-chose. En deux jours, il est possible le premier jour de visiter l’église de la Trinité de Guerguéti et la deuxième journée d’aller au choix dans la vallée de Truso ou dans la vallée de Sno réputée être elle aussi splendide.

Et en trois jours, et bien vous pouvez visiter ces trois lieux. Elle est pas belle la vie ?

Quelle saison

Les deux meilleurs mois pour venir à Kazbegi sont juin et septembre. Mai et octobre peuvent également convenir, mais avec le risque d’avoir de la neige en altitude en mai (tout dépend jusqu’à quelle hauteur vous voulez monter). En juillet et août, rien à dire quant à la météo, mais forcément, le nombre de touristes y est beaucoup plus important, donc si on peut éviter…

Kazbegi ou la Svanétie

Faute de temps suffisant, beaucoup de monde s’interroge entre visiter Kazbegi ou Mestia dans la Svanétie. Kazbegi étant beaucoup plus proche de Tbilissi (3 h de route contre 9 h pour Mestia), je m’attendais à y trouver un nombre de touristes bien plus grand que dans la Svanétie, mais en fait, pas vraiment. Évidemment, je n’y étais pas seul, loin de là, mais hormis à l’église de la Trinité de Guerguéti où l’affluence est certaine, ailleurs on est vraiment au calme et les paysages sont grandioses. Mestia et la Svanétie sont également très beaux, mais même si la région est bien plus isolée, ne pas s’attendre à y être seul. Les guesthouses là aussi sont légion (une centaine, c’est peu dire).

Conclusion, la meilleure solution, c’est bien entendu de prendre son temps, de ne pas traverser la Géorgie en coup de vent et de visiter à la fois Kazbegi et Mestia. Si toutefois il vous faut vraiment choisir, dans la mesure où vous passerez sans doute de toute façon par Tbilissi, Kazbegi est sans doute le meilleur choix, car bien plus accessible.

Autre option, si vous êtes à la recherche d’une région montagneuse dans le Caucase qui verrait passer beaucoup moins de touristes, la Touchetie.

D’autres blogs

Kazbegi n’est pas une ville gigantesque, mais quelle était néanmoins la probabilité que je dorme dans la même maison que Mélissa alias Mel Loves Travels ? Car oui, elle aussi avait séjourné 4 ans plus tôt chez Taliko.

Chez Mi-fugue, mi-raison, vous pourrez en plus de l’église partir en randonnée dans la vallée de Sno. De toute évidence, ils n’ont pas regretté d’aller traîner leurs baskets dans ce joli coin de Géorgie.

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Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Tu en sauras plus sur ce blog et sur moi dans l'à propos.