Le Caire, follement dingue tu étais, follement dingue tu resteras

Maintenant que vous connaissez par cœur mon abécédaire égypto-soudanais incomplet, l’heure est venue d’entamer la balade. Cette balade entre Égypte et Soudan commence au Caire. Elle aurait pu démarrer à Alexandrie si un gentil cargo avait bien voulu m’y déposer, mais de gentil cargo il n’y eut point. Le Caire, Cairo, Al-Qāhira (la victorieuse en arabe), sous ce nom peut-être un rien prétentieux se cache un chaudron en pleine ébullition. Qu’on se le dise, luxe, calme et volupté ne sont pas au programme, car Le Caire est fou, Le Caire est dingue, Le Caire est follement dingue, tout simplement ! Alors, venez donc, entrez dans la danse.

Ma première rencontre avec Le Caire, c’était en 2002. J’y avais atterri un 21 avril. Je me souviens très bien de la date, car le soir même, je lisais stupéfait sur internet les résultats du premier tour de l’élection présidentielle française. Un malotru avait gagné son ticket pour le deuxième tour. Je n’avais pas pris la peine de faire une procuration. Je crois ne pas avoir raté un seul scrutin depuis ce jour-là.

Cette fois-ci, j’ai atterri au Caire un 5 novembre. Trois jours plus tard, les Américains étaient appelés aux urnes pour élire leur prochain président. L’histoire se répète, sauf que la farce n’est pas du meilleur goût. L’heureux élu semble être parfois encore plus cruche que mon chien. D’ailleurs, je n’ai pas de chien, c’est vous dire l’étendue des dégâts. Mais je m’égare…

Il était une fois Le Caire

Suite à ma première rencontre avec cette mégapole, j’expliquais dans un précédent billet avoir été frappé par son côté monochromatique. Cette impression perdure, mais l’énergie qui se dégage de cette ville compense allègrement ce déficit de pigments. Cette énergie dépasse tout en fait. Le Caire, c’est un peu Delhi, les vaches en moins. Le cœur de la cité bât vite, très vite. Et même si son esprit est un peu moins hystérique que celui de Delhi, il n’en reste pas moins fou !

Le Caire, c’est un peu Delhi, les vaches en moins

Oui, la folie est là quand le long de Kobri al-Azhar, une autoroute urbaine, hissée tel un mille-pattes sur échasses, serpente entre mosquées et vieilles bâtisses. Creuser eut préservé la vue et une certaine quiétude, mais assurément, Le Caire ne voulait pas jouer le rôle de la belle endormie. Folie à tous les étages on voulait, folie à tous les étages il y aurait. S’il fallait un slogan pour cette ville, follement dingue serait le plus approprié. What else ?

Autoroutes urbaines au centre du Caire
Autoroutes urbaines au centre du Caire

Autoroutes urbaines au centre du Caire

Autoroutes urbaines au centre du Caire

Petit aparté, la date approchant, vous rêvez d’aller au Caire pour la Saint-Valentin ? Proposez donc à votre cher(e) et tendre « une virée follement dingue ». Si contre toute attente, en apprenant qu’il s’agit du Caire, il (elle) résiste, refuse, voir même se rebiffe, vous pourrez alors toujours tenter un « bah dans ce cas, on va à Delhi ». Oui, ça se tente…

Revenir en Égypte n’était pas vraiment prévu. L’idée qui trottinait dans ma tête, c’était de visiter le Soudan, point. Mais la rumeur courait comme quoi le Soudan saurait se faire désirer. Son consulat parisien aimerait tracasser le touriste en quête d’un visa. Son homologue égyptien à Assouan serait par contre bien plus magnanime, délivrant le précieux sésame en deux temps trois mouvements. Loin de m’agacer, la perspective de ce détour administratif m’a pour ainsi dire rempli de joie. L’occasion était trop belle, atterrir au Caire, y passer quelques jours, puis traverser le pays en train, tchou tchouuuu, jusqu’à Assouan. Le sort en était jeté !

Vol EgyptAir MS800, 05 novembre 2016, 14:35

Mon vol doit décoller de l’aéroport Charles de Gaulle, mais il ne veut pas, il est en retard le traître. N’appartenant pas au clan des hystériques, je patiente, mais au fin fond de mon cortex, une fois passés tous les sas de sécurité pour atteindre le Saint des Saints, mes neurones gigotent.

Si tu n’as toujours pas compris que je trépigne d’impatience à la simple idée de fouler à nouveau le tarmac du Caire, tu files un mauvais coton. De grâce, l’année 20017 commence seulement, il est encore temps, ressaisis-toi. Enfin bon, passons pour cette fois. Je sais, il n’est pas toujours simple de composer avec les plus étourdis, alors composons ensemble 😉 On s’installe, on boucle sa ceinture et on continue.

Je viens d’atterrir (du coup, tu peux déboucler ta ceinture), il est minuit passé, un taxi me dépose dans Talaat Harb, une des artères principales de la ville. Malgré l’heure avancée, l’avenue grouille de monde. Je pose mon sac à l’hôtel et redescends illico sur le trottoir rouler ma première cigarette. Ma tête fait des bulles, je suis au Caire et je suis bien.

Talaat Harb la nuit
Talaat Harb la nuit

3 journées au Caire, tout un programme

Les soi-disant musées incontournables ayant déjà vu ma pomme il y a 14 ans, me voilà absous de l’injonction d’y aller. Ça tombe bien, car pour être honnête, ils m’attirent de moins en moins ces musées. Même si l’on y découvre des choses passionnantes, je ne voyage plus pour me cultiver. Le voyage épicurien me sied davantage. Les sourires des Cairotes nourrissent mes sens bien plus que les statues.

Et c’est sur un pas de valse à 3 temps que je déroule mon programme. Je me balade, je déambule, je vagabonde de par les rues, un temps, deux temps, trois temps :

  • Marcher ici.
  • Boire un chaï là.
  • Endosser mon costume favori de spectateur de rue là-bas.
  • Compter les minarets.
  • Entendre ces phares de la foi me rappeler cinq fois par jour qu’Allah est grand.
  • Me demander si au Caire, mesurer 1 m 90 est considéré comme être grand.

Vue sur le Caire islamique

Mosquées du sultan Hassan et al-Rifa'i

Le Caire islamique

Mosquée al-Ashraf

Mosquée al-Ashraf

Bab Zuweila

Plafond mosquée al-Ashraf
Plafond mosquée al-Ashraf
  • Aspirer un grand bol d’air, puis retenir ma respiration, tout en me disant que oui, traverser cette avenue à 4 voies au milieu de la circulation, ça va le faire.
  • Manger un kochari par ici.
  • Boire un verre de karkadé par là.
  • Dégainer mon appareil photo à la vue d’un livreur de pain à vélo, ces cyclistes virtuoses qui défient la circulation, mais rater une fois sur deux la photo tant ils sont lestes.
  • Constater qu’il y a des policiers partout, absolument partout.
  • Se rappeler qu’il en était déjà ainsi en 2002.

Livreur de pain dans les rues du Caire

Rues du Caire
Matin calme dans les rues du Caire
  • Constater par contre qu’il n’y a plus de touristes.
  • En croiser tout au plus une vingtaine de l’après-midi dans les rues du souk Khan al-Khalili, pourtant jadis bondé.
  • Aller admirer le soleil qui se couche sur le Nil.
  • Boire un chaï.
  • Se dire au soir du troisième jour que non, trois jours, ça n’était vraiment pas assez.
  • Boire un chaï pour se consoler.

Coucher de soleil sur le Nil au Caire

Alors que j’interromps ce pas de danse, un constat, en 14 années, le Nil a charrié quelques hectolitres d’eau et de limon, mais Le Caire n’a pas vraiment changé. La folie ne s’est pas échappée, le djinn ne s’est pas envolé. De gros blocs de béton se sont écrasés au détour de quelques carrefours menant au quartier chic de Garden City, l’emmurant littéralement. Le flâneur n’y déambulera plus au grès de ses errements. Pour y accéder, il devra dorénavant montrer patte blanche devant les gardes des rares rues encore ouvertes. Mais pour le reste, Le Caire reste Le Caire, une ville… follement dingue !

Aujourd’hui, la ville me libère. Un train m’attend, un autre pays m’appelle plus au sud. En route vers le Soudan, en route vers Khartoum. Mais un adage dit que quand on aime Le Caire, on n’a de cesse d’y revenir. Alors si, si dans moins de 6 mois, je retournais au Caire pour y apprendre l’arabe ?

Dans les rues du vieux Caire

Dans les rues du vieux Caire

Dans les rues du vieux Caire

Conseils pratiques

Où dormir au Caire

La plupart des hôtels bon marché se trouvent au nord de la place Tharir, autour de Talaat Harb. J’ai logé à l’hôtel Luna, au nord de l’avenue Talaat Harb, 13 $ la chambre simple avec sanitaires partagés. Rien à redire pour un hôtel pas cher.

Sécurité

Durant mon séjour, vous avez été plusieurs à me demander si aller au Caire aujourd’hui représentait un danger. La réponse est non, la ville n’est pas dangereuse, aucune crainte de ce côté-là. Je me suis senti en permanence en sécurité aussi bien le jour dans les ruelles du Caire islamique que la nuit au centre-ville. Le nombre important de policiers présents, tant en civil qu’en uniforme, pourrait laisser à penser que la situation est très tendue, mais ils étaient tout aussi nombreux en 2002.

Comme souvent, c’est avant tout une histoire de bon sens. S’il vient à y avoir un rassemblement ou une manifestation durant votre séjour, ne traînez pas autour des rues concernées, ne prenez pas de photos. C’est juste du bon sens, et c’est d’ailleurs valable dans bien des pays.

Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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