Le Caire – Khartoum, un voyage entre Égypte et Soudan sous le signe de la bienveillance

Si tu me suis sur les réseaux sociaux, tu n’es pas sans savoir que je rentre juste d’un voyage d’un mois en Égypte et au Soudan. Et qui dis retour de voyage dis premier billet qui regroupe à la fois mes premières impressions (spoiler : ce fut, comment dire… ah bah non, pas de spoiler finalement), quelques pitreries (car être trop sérieux, ça n’est assurément pas très sérieux), sans oublier un aperçu à travers une sélection de photos qui, je l’espère, ne sont pas les plus blettes du lot. Accessoirement, tu pourras même découvrir qu’au Soudan, en plus des Soudanais, il y a de très belles choses à voir. Ça, c’est la chute de l’intro qui nourrit normalement chez toi l’envie impérieuse, viscérale, incontrôlable et donc incontrôlée de poursuivre ta lecture.

Le Soudan, une destination qui trottait dans ma tête depuis quelques années. Pourquoi le Soudan ? Généralement, j’ai tendance à répondre à cette question par un et pourquoi pas ? Sauf que de prime abord, partir se balader au Soudan n’a rien d’une évidence. Le pays fait peur et dans l’imaginaire collectif, on le classe facilement au rang des parias, un peu comme l’Iran.

Pourquoi le Soudan… et pourquoi pas ?

Sauf que ça, c’est la façade si complaisamment anxiogène véhiculée par le journal de 20 h. Ne considérer le Soudan que sous cet angle revient à se mettre des œillères tellement grosses que même un dinosaure en perdrait son sens inné de l’orientation ainsi que son latin. On en revient toujours à la problématique du voyage dans une dictature en confondant allègrement d’un côté un régime et de l’autre les habitants d’un pays dont nos JT ne parlent jamais.

Les Soudanais, un peuple affable

L’idée d’aller au Soudan s’est fait une place dans mes neurones vagabonds après avoir lu Africa Trek. Tout au long de leur périple à pied à travers l’Afrique, Sonia et Alexandre Poussin avaient été éblouis par l’hospitalité à laquelle ils avaient eu droit, mais le Soudan ne semblait pas appartenir à la même catégorie. La prestation comptait assurément quelques étoiles supplémentaires. Quelques étoiles non pas de confort, mais de gentillesse et d’altruisme. D’autres récits glanés ici ou là allaient tous dans le même sens.

J’avais donc mis la barre assez haute, avec comme toujours, le risque d’être déçu. Il est toujours hasardeux de comparer l’accueil auquel on a eu droit dans tel ou tel pays. Au fil des ans, notre mémoire s’étiole, embellissant certains voyages et en diluant d’autres. Des pays à l’hospitalité hors-norme, j’ai eu la chance d’en visiter plus d’un. Mais les Poussin avaient raison, les Soudanais se sont avérés être de véritables voltigeurs. Face à cette barre si hautement placée, loin de fléchir, tel un Bubka, ils l’ont survolée. Ils se sont révélés être d’une gentillesse, d’une douceur et d’une bienveillance à mon égard rarement égalée, c’est peu dire. J’en reviens apaisé comme jamais. Qui a dit que le voyage pouvait rendre meilleur ?

Le sourire d'Ibrahim sur les rives du Nil à Abri.
Le sourire d’Ibrahim sur les rives du Nil à Abri.

Le Soudan, c’est pas dangereux ?

Pour répondre rapidement à la question, oui, certaines régions du Soudan sont dangereuses, pour l’essentiel, le Darfour à l’ouest, et le sud, près de la frontière avec le Soudan du Sud. Mais le Soudan étant plus de 3 fois gros comme la France, les régions que j’ai visitées le long du Nil entre Wadi Halfa et Khartoum sont loin, très loin de ces zones tourmentées. Quelle que soit l’heure, quel que soit le lieu, pas une fois je me suis senti en insécurité.

Pour lever ce dernier doute qui traîne là tout au fond de ta tête, la carte des conseils aux voyageurs britannique devrait faire merveille puisque cette région est toute verte ! Les esprits chagrins m’opposeront que la version française est abondamment peinturlurée d’orange. Il paraît qu’on appelle ça le principe de précaution.

4 semaines le long du Nil du Caire à Khartoum

L’Égypte que je connaissais déjà fut avalée en une semaine. Quelques jours au Caire où je mourrais d’envie de retourner puis Assouan pour obtenir mon visa pour le Soudan.

Mais chère lectrice, cher lecteur, je sens que tu commences à piétiner, ou à dandiner ton postérieur sur ton siège si tu es assis. Normalement, le premier article de retour d’un voyage se veut, que dis-je, se doit d’avoir un penchant un peu foutraque. Aussi, je t’entends fort bien susurrer à mon oreille : “tes histoires d’hospitalité, c’est sympa, ça apporte un rayon de soleil, mais allons bon, un peu de folie quoi, Ramses, lâches les crocodiles”.

Sauf que les crocodiles sont têtus et ne veulent pas montrer le bout de leur museau. Aussi, dans un souci constant d’être le plus didactique possible, je me propose de t’abécédairiser.

Abécédaire égyptien incomplet

    • Acrobate : qui n’a pas vu un livreur de pain à vélo se faufiler dans les embouteillages des rues du Caire ne sait en fait pas ce qu’est un acrobate à vélo.
    • Canard : parce que les temples d’Abou Simbel, les pattes des canards s’en souviennent encore. Si cette phrase te laisse perplexe, pense donc à cette expression à base de pattes, de canard et du chiffre 3.
    • Dingue : Le Caire n’est peut-être pas une capitale à mettre entre toutes les mains. Amateur de parcs et de balades bucoliques, passe ton chemin. Le Caire est une ville merveilleusement, mais surtout merveilleusement dingue. Ajoutes-y quelques vaches ici où là et Delhi ne sera sans doute pas très loin.
    • Gentillesse : on a beau dire que les guides autoproclamés peuvent être parfois un peu pénibles, l’Égyptien moyen est le plus souvent quelqu’un d’extrêmement gentil à ton égard.
    • Nil : parce que plus romantique que le Nil, ça n’existe pas. Évidemment, si tu es au Caire, la vue sur le fleuve y est agrémentée de quelques klaxons et d’un chouia de pollution, mais rien n’y fait, tu es sur la rive du Nil, donc c’est romantique. Et si tu en doutes, les amoureux qui s’y installent sont là pour te le rappeler. Ajoutes-y un zeste de coucher de soleil et le tableau est parfait.
    • Pigeot : parce qu’on a beau dire, on a beau faire, les Pigeot 504, il n’y a que ça de vrai.
    • Touriste : être doté le plus souvent de deux pattes que l’on croisait fréquemment en Égypte il y a 5 ans ou plus et qui semble s’être évaporé. Plus sérieusement, nombre d’Égyptiens qui vivaient du tourisme se trouvent aujourd’hui fort dépourvus. Et non, jouer au touriste en Égype n’est pas une activité dangereuse. Nous vivons ce paradoxe où les attentats qui ont touché la France font que les gens ont peur de se rendre dans certains pays pourtant bien moins touchés. Alors fais-toi plaisir, va donc en Égypte, tu ne le regretteras pas, crois-moi !
    • Walk : parce qu’il ne faut jamais oublier les fondamentaux, walk like an Egyptian.

Les lettres manquantes seront savamment complétées, ou pas, par ces quelques photos d’époques. Plus précisément, de l’époque où j’y étais, c’est-à-dire il y a quelques semaines.

Chaud devant ! Livreur de pain au Caire.
Chaud devant ! Livreur de pain au Caire.
Abou Simbel, effectivement, ça casse pas 3 pattes à un canard !
Abou Simbel, effectivement, ça casse pas 3 pattes à un canard !
Matin calme...
Matin calme…
... dans les rues du Caire.
… dans les rues du Caire.
Vue sur le Nil et Assouan.
Vue sur le Nil et Assouan.
Quand tu seras grand, toi aussi tu conduiras une Pigeot.
Quand tu seras grand, toi aussi tu conduiras une Pigeot.
Si t'aimes pas les 504, ça sera une 404.
Si t’aimes pas les 504, ça sera une 404.
Dans les rues du vieux Caire.
Dans les rues du vieux Caire.

Abécédaire soudanais tout aussi inachevé

  • Tamam : si tu ne sais pas ce que ça veut dire, crois-moi, au soir de ta première journée au Soudan, tu auras eu droit à tellement de “salam alaykoum, tamam ?” que tu auras compris.
  • Hamdoulilah : bah parce qu’à la question “tamam ?”, tu répondras “tamam, hamdoulilah”.

Oui, je sais, t et h ne sont pas les premières lettres de l’alphabet, mais sinon, on n’y comprend rien !

  • Âne : un soir, à Atbara, un gars a garé son âne dans la rue devant moi pour faire une course. L’âne en a eu marre d’attendre, il s’est barré tout seul dans les rues avec sa charrette.
  • Chaï : dans les villes soudanaises, pour ainsi dire à chaque coin de rue se trouve un stand de chaï tenu par une femme où tu t’installes paisiblement sur un tabouret pour siroter ton huitième chaï de la journée. Sur ce tabouret, tu ne vas pas rester assis comme une cruche à te lamenter et t’ennuyer. Nombre de clients viendront te serrer la main et te décrocher leur meilleur sourire agrémenté d’un welcome in Sudan. Régulièrement, passer à la caisse te sera refusé. Tu auras beau insister, rien n’y fera, ton voisin aura déjà payé ton thé. Tamam ?
  • Carlos (oui je sais, y a deux fois la lettre c, mais bordel, c’est Carlos quoi) : fan du club Dorothée devant l’éternel, ayant appris que Carlos avait vécu à Khartoum, à peine arrivé dans cette ville, tel un fan proche de la syncope à la vue de son idole, j’étais… proche de la syncope. Jusqu’à ce qu’un malotru ruine à jamais mon rêve en me parlant d’un certain Ilich Ramírez Sánchez.
  • Luxe : ça fait quelque temps que je songe d’une part à voyager autrement, mais également à changer un peu la ligne éditoriale du blog, à me glisser dans la niche du voyage de luxe. Le Soudan aura été l’occasion de faire mes premiers pas dans cette direction. Démonstration avec une photo de ma chambre à Wadi Halfa.
Tons pastels et simplicité, la nouvelle marque du luxe 5*
Tons pastel et simplicité, la nouvelle marque du luxe 5* au Soudan.
  • Météo : quand il fait 37 °C et que quelqu’un te dit que l’hiver au Soudan, c’est bien, t’as vraiment choisi la bonne saison, tu te dis qu’un petit chaï de plus, ça ne ferait pas de mal.
  • Nuage : un matin à Karima, j’ai cru à une hallucination. Dans le ciel, il y avait un nuage ! Tout petit riquiqui, mais tout de même.
  • Paperasse : si tu trouves que l’administration française te demande parfois plein de paperasse inutile, viens donc faire une cure au Soudan. À peine passée la frontière, en guise de tiercé gagnant, il te faudra t’enregistrer (ce qui te fera gagner un joli autocollant en plus du visa dans ton passeport), obtenir un permis de voyage et un permis photo. Mais comme les policiers soudanais sont très sympas, tu peux faire ça dans le désordre, ça marche aussi.
  • Rumeur : après 2 jours passés dans le même quartier d’une ville, même à Khartoum, les gens savent que tu es français, la rumeur se propage. Fransa, tamam ?
  • Salam alaykoum : wa alaykoum salam. Ça doit-être le cinquantième de la journée. Ça peut paraître barbant dit comme ça, mais c’est dit si aimablement. Tamam ?
  • Tiercé : après ce voyage au Soudan, j’ai mis à jour mon tiercé gagnant des pays les plus accueillants pour le voyageur. Sur la plus haute marche, le Soudan, suivi de très près par l’Iran et le Pakistan.
  • Voiture : parce qu’au Soudan, on y croise pas mal de Toyota du genre sérieusement défraîchi, mais aussi 4 Porsche du rallye Race4Health qui vont d’Alexandrie au Cap en Afrique du Sud.
  • Zidane : quand je dis que je suis français, on me parle tout de suite de Zidane. Ça tombe bien, car je ne connais pas les nouveaux joueurs !

L’abécédaire était cette fois, tu en conviendras, un tantinet plus complet. Mais ça n’est pas pour ça que tu n’auras tout de même pas droit à un petit jerrican de photos soudanaises, toujours d’époque, ça va sans dire.

Porsche du rallye Race4Health à Abri
Porsche du rallye Race4Health à Abri
Traversée du Nil en ferry
Traversée du Nil en ferry
Temple d'Amon à Soleb
Temple d’Amon à Soleb
Autoportrait
Autoportrait
Chaï à Dongola
Chaï à Dongola
Chambre avec vue sur l'île de Saï
Chambre avec vue sur l’île de Saï
Dans les rues de Dongola
Dans les rues de Dongola
Vue sur Karima depuis le Jebel Barkal.
Vue sur Karima depuis le Jebel Barkal.
L'hôtel Corinthia, un bâtiment emblématique de Khartoum
L’hôtel Corinthia, un bâtiment emblématique de Khartoum

Bon OK, sous les salves de “encore, encore, encore”, tu auras droit à trois petits rappels. Mais en échange, n’hésite pas à partager la bonne parole. Les Soudanais méritent d’être connus un peu plus pour ce qu’ils sont au quotidien, à savoir des gens tout simplement charmants. Merci à toi 🙂 Tamam ?

Jebel Barkal au coucher du soeil à Karima.
Jebel Barkal au coucher du soleil à Karima.
Marché de Shendi.
Marché de Shendi.
Pyramides de Méroé.
Pyramides de Méroé, on peut difficilement faire une meilleure chute.
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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