Le lac Song-Köl à cheval

Cet article est publié dans le cadre de l’opération “Unis pour un tourisme alternatif”. Orchestrée par Voyageurs du Net et parrainée par Voyageons-Autrement, ABM, Babel Voyages, EchoWay et Viatao, cette opération vise à promouvoir dans la blogosphère le tourisme alternatif et responsable.

Quand un pays jusqu’alors fermé s’ouvre au tourisme, on présente très souvent ça comme une opportunité pour les locaux de générer des revenus supplémentaires grâce à cette nouvelle manne. Vous pensez bien, tous ces touristes tellement riches qui vont visiter votre beau pays. C’est une occasion en or, c’est le cas de le dire. Malheureusement, le rêve est très souvent de très courte durée et à l’espoir fait souvent place assez rapidement la désillusion. Tirer des profits de l’activité touristique n’est pas forcément à la portée du tout un chacun. Résultat des courses, au lieu de profiter aux locaux, cet argent finit le plus souvent dans la poche d’investisseurs et de professionnelles du tourisme qui seront plus rapides, mieux avisés et avec de meilleurs connections pour promouvoir leur business. Pour finir, les locaux voient défiler les touristes aux poches pleines, ils en subissent les désagréments sans en tirer le moindre profit. D’où, on l’imagine facilement, une très grande frustration.

Quand le Kirghizstan a acquis son indépendance en 1991, sa situation économique était désastreuse. Certaines organisations, conscientes du potentiel touristique du pays décidèrent de développer des projets d’écotourisme qui profiteraient à toute la communauté. Ainsi naquit le CBT (Community Based Tourism). Le principe est simple, un bureau du CBT est installé dans une dizaine d’agglomérations à travers le pays. Dans ce bureau, vous pouvez réserver une chambre chez l’habitant ou encore une randonnée à cheval avec guide, repas et hébergement en yourte, un trek … etc. Vous payez tout au CBT mais au lieu d’avoir la moitié de l’argent qui va dans les poches d’une agence privée qui le plus souvent paye ses prestataires au lance-pierre, cet argent est redistribué à la communauté qui participe au projet. Le but étant également de d’essayer de faire travailler équitablement les différents acteurs. Résultat, pour vous des prix raisonnables et une expérience enrichissante et pour les locaux, un tourisme plus équitable et plus durable.

C’est donc en passant par les services du CBT que je suis allé au lac Song-Köl à cheval. Le lac Song-Köl est un splendide lac de montagne perché à plus de 3000 m et situé au centre du Kirghizstan. On peut y aller en voiture depuis Kochkor mais le Kirghizstan est un pays de nomades où le cheval est roi donc tel les nomades, j’irai au jailoo1pâturages à cheval. À ceux qui se diraient d’entrée de jeu, « c’est sans doute sympa son plan mais je n’ai jamais fait de cheval de ma vie », ne passez pas votre chemin car c’était aussi mon cas.

Le lac Song-Köl
Le lac Song-Köl

Départ de bon matin de Kyzart avec Mathias, un hollandais rencontré en chemin et notre guide. Départ très poussif car mon cheval semble appartenir à la catégorie feignant qui ne pense qu’à s’arrêter pour manger et boire plutôt qu’à la race des pur-sangs. Je m’essaye bien à la technique du tchoup tchoup apprise cinq minutes plus tôt (vous dites tchoup tchoup à votre cheval tout en serrant les mollets et les talons) mais est-ce dû à un manque de conviction dans le ton, ou mon cheval serait-il sourd ? En tous cas, ça ne change rien. Un peu plus loin, il décide que l’herbe sous un arbre doit-être bien meilleur qu’ailleurs. Je suis en selle, je suis grand, l’arbre est petit et ses branches assez piquantes, je vous laisse imaginer la suite !

Mon fidèle compagnon
Mon fidèle compagnon

Mais sous la direction du guide, mon cher canasson finit par obéir. Au premier trot, ça devient forcément bien moins confortable mais je ne suis pas non plus venu ici pour me la couler douce, non mais ! Enfin nous avançons. Le premier soir, nous rejoignons une dizaine d’autres cavaliers à Kilenche pour un repas sous la yourte suivi d’un gros dodo.

Premier soir à Kilenche
Premier soir à Kilenche

Le lendemain matin, surprise, m’asseoir sur la selle de mon fidèle destrier est un peu moins confortable que la veille. J’ai comme qui dirait le derrière un peu brûlé par le frottement de mon caleçon sur mon séant. Mais il fait beau, le paysage est magnifique donc j’oublie très vite ce léger désagrément. Le sentier s’élève jusqu’au col entre Kilenche et le lac Song-Köl. Du sommet, le spectacle est grandiose. Derrière nous la vallée de Kilenche et devant au loin le lac Song-Köl.

Col entre Kilenche et Song-Köl
Col entre Kilenche et Song-Köl

Je commence à ne pas trop mal m’en sortir avec mon cheval. Alors que nous sommes quatre de front, en poussant chacun un peu notre monture, nous nous retrouvons très vite au galop. Et là c’est l’euphorie. Galoper ainsi dans ces grands espaces avec en toile de fond le lac Song-Köl, les yourtes et les troupeaux de moutons. Pour un peu, on se prendrait pour Gengis Khan (même si le mythe du voyageur, c’est fini) ! Ces paysages faits de collines ondoyantes ont des allures de Mongolie, en moins vert.

Au galop !!
Au galop !!

Les deux dernières heures avant d’arriver au camp de yourtes se font un peu longues. Je commence à fatiguer un peu (enfin surtout mon popotin pour être honnête) et mon cheval aussi. Tant et si bien qu’il finit par trébucher et tomber sur ses pattes avant. Ni une ni deux, je bascule en avant et boum (bada boum) me voilà sur le plancher des vaches. Plus de peur que de mal, je ne suis pas tombé de bien haut et tout fonctionne !

Suivront ensuite deux jours de repos bien mérités sur les rives du lac Song-Köl. La plupart font ce circuit en trois jours et repartent vers Kochkor dès le lendemain. Mais pourquoi courir ? Ce lieu est tout simplement magnifique, autant en profiter. Je n’aime pas voyager au pas de course car à quoi bon. En cette saison, les rives du lac sont surtout occupées par des yourtes qui accueillent les touristes de passage et des chevaux, encore des chevaux, tellement de chevaux sans oublier les moutons.

Tellement de moutons
Tellement de moutons

Conseils pratiques

  • Comme je l’ai déjà dit, cette randonnée à cheval est à la portée de tout le monde. La moitié des personnes rencontrées étaient comme moi débutantes. On vous donne à monter des chevaux très paisibles. Et pour ceux que ma chute inquiéterait, ça n’est pas forcément dans la norme. Je suis le seul sur un groupe d’une douzaine de personnes à avoir eu droit à ce traitement de faveur.
  • Ces quatre journées nous ont coûté autour de 150€ chacun tout compris à savoir, le transport en voiture vers Kizart et le retour depuis Song-Köl, 2 journées de randonnée à cheval (il faut payer également la troisième journée pour le retour des chevaux), les repas et les 3 nuits. Il est possible de réduire un peu la note en allant jusque Kizart en transport public mais ils sont assez limités donc ça vous prendra plus de temps. Pour le retour depuis Song-Köl, il est sans doute possible de trouver une place dans une des voitures qui redescendent à Kochkor.
  • Différentes options de randonnées à cheval sont disponibles sur le site du CBT. Il y a celle décrite ici, mais il y a d’autres possibilités au Kirghizstan.
  • Il a beau faire 35° à Bichkek, en raison de l’altitude, une fois le soleil couché, il fait rapidement assez froid même en plein été (j’y étais en août). Prévoir donc des habits chauds. Le gros sac de couchage n’est par contre pas nécessaire. Les yourtes sont très bien pourvues en couvertures.
  • Et pour clore sur une dernière note « tourisme responsable », ne partez pas avec un stock de bouteilles d’eau qui risquent fort de terminer leur voyage dans la nature mais prévoyez des pastilles de micropur ou équivalent.

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1. pâturages
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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