Les gorges du Dadès, rock in the casbah

Il y a un an, je partais en voyage au Maroc. Vous vous en souvenez peut-être, j’y étais allé non pas en avion, mais en bateau depuis Sète jusqu’à Tanger. Au Maroc bien sûr, je voulais voir, et j’ai vu Tanger, Fès, Meknès … etc. Mais ce qui m’attirait plus que tout, c’était les montagnes du Haut Atlas et les casbahs. Les possibilités le long de la route qui relie Merzouga à Ouarzazate sont nombreuses, ça n’est d’ailleurs pas pour rien que cette route est surnommée la route des mille casbahs. Vous n’avez pas le temps de toutes les visiter, dans ce cas, les gorges du Dadès s’imposent à vous. Pourquoi donc ? Allez hop, rock in the casbah …

Évidemment, comme tout choix, quel qu’il soit, c’est toujours très subjectif. Certains vous diront que Skoura vous tend les bras. Sans doute, mais j’ai en fait été plutôt déçu par Skoura. D’autres n’auront d’yeux que pour les gorges de Todra. Là en effet, on peut discuter, je vous en parlerai un peu plus tard de Todra. Mais pour aujourd’hui, en route pour les gorges du Dadès. La première étape, que l’on vienne d’Ouarzazate ou de Merzouga, c’est le bus jusqu’à Boumalne du Dadès. Un repas sur le pouce à Boumalne, après quoi l’heure est à la pêche au grand taxi ou au minibus pour remonter la vallée du Dadès. Un grand taxi, c’est le plus souvent une 504 ou une 505 break, une Peugeot quoi ! L’espace y est un chouia plus confiné que dans un minibus, mais voilà, un minibus, ça n’a pas d’âme, alors qu’un « break Pigeot », c’est tout de même autre chose, c’est plus rock’n’roll (je vous avais prévenu, rock in the casbah ;-)).

Un break Pigeot […] rock in the casbah

Mais voilà, ils sont loin d’être plein les grands taxis, il faut donc attendre. Les taxis individuels essayent de me convaincre de louer leurs services, que l’attente va être trop longue, mais l’oeil assuré, je leur garantis qu’après un bon chwarma et un thé à la menthe, ma patiente est infinie, enfin presque. Finalement, c’est un minibus qui est sur le départ, tant pis pour cette fois, pas de Pigeot, je ne vais tout de même pas faire la fine bouche.

Les paysages le long de la N10 sont des plus arides, mais dès que l’on remonte la vallée du Dadès, un tout autre horizon fait d’oasis verdoyant s’offre à l’oeil. Des palmiers, des arbres, et au milieu, des cultures de blé, de maïs et autres légumes du potager font leur apparition. Le peintre ici n’a pas sorti ses pastels. Le sol est rouge et la nature verdoyante. C’est ce contraste, cette ligne de démarcation très nette entre les terres irriguées et celles qui ne le sont pas qui rendent ces paysages si attrayants. Le sol asséché criant à la face du monde, donne-moi de l’eau, et moi aussi, je verdirai.

Le long de cette vallée, il faut choisir son point de chute. J’avais à l’idée d’aller jusqu’à l’entrée des gorges à Aït Oudinar et puis en route, un jeune me parle de Aït Arbi et des soi-disant fameuses pattes de singe. Arrivé sur place, le village me plait, je n’irai donc pas plus loin et décide d’élire domicile ici pour quelques jours. Si je vous montre à quoi ça ressemble, vous allez sans doute mieux comprendre.

Aït Arbi et ses kasbah
Aït Arbi et ses casbahs

À la Kasbah d’Aït Arbi où je loge, Ahmed me propose assez vite ses prestations de guide pour explorer la région. Mais voilà, devant ce genre de paysage, mon côté contemplatif reprend le dessus. Je ne peux plus décoller, le regard littéralement happé, tout juste bon à parcourir quelques pas pour trouver d’autres points de vue et prendre d’autres photos. Aït Arbi est un village des plus paisible. Vous verrez passer les touristes dans les minibus qui montent aux gorges du Dadès, mais aucun ne s’arrête ici, bien trop pressés qu’ils sont. Ici on les appelle les toutristes 😉

Aït Arbi et les pattes de singe
Aït Arbi et les pattes de singe

Si vous ajoutez à ça les tajines, thés à la menthe ou encore le gamin espiègle d’Ahmed qui du haut de ces 5 ans, a décidé, aux cris de « Allah akbar » de me faire la peau avec son fusil en plastique, partir d’ici n’est pas chose facile. Quand je vous dis que voyager, ça n’est tout de même pas un truc facile et que ça demande une volonté de fer, me voici donc consigné ici à jamais, qui sait ! Et puis par je ne sais plus trop quel miracle, quelques thés à la menthe et autres hamdoulilah1Dieu merci plus tard, me voici parti pour une randonnée de deux jours avec Ahmed, mais sans son fils, car nous n’avions pas besoin de garde du corps pour cette fois.

En randonnée depuis d’Aït Arbi

La randonnée débute par un canyon, complètement à sec en cette saison, mais sans doute plutôt déconseillé après un orage. Dans les passages les plus étroits, ça frotte en peu. L’heure n’est plus aux palabres gestuelles.

Canyon des doigts de singe
Canyon des doigts de singe
Régime de rigueur pour passer !
Régime de rigueur pour passer !

Un peu plus loin en chemin, une fois sortis de ce canyon, nous croisons un petit homme sur sa mule. Il est parti voilà cinq jours de la région du Djebel Sarhro plus au sud. Sa tenue est assez improbable puisqu’il porte une chemise bleue et un costume deux pièces vert à rayures, le tout plutôt élimé, mais il n’empêche, monter une mule en costume ! Une casquette bleu clair entourée d’un turban de la même couleur complète le tout merveilleusement bien. Et j’oubliais, un poste de radio porté en bandoulière.

Comme toujours lors de telles rencontres, la conversation s’engage par un échange d’amabilités : Es salam aleikum – Waleikum salam – La bes – La bes, hamdoulilah – Bekhir … etc. Un simple bonjour vous ferait passer par ici à coup sûr pour un malotru, un impoli.

Nous arrivons en fin d’après-midi dans un petit hameau de trois maisons. Hassan, qu’Ahmed connait bien, sera notre hôte pour ce soir. Il vit ici avec sa femme, leurs trois enfants et sa mère. Ils habitent une maison aux de murs de torchis et au toit fait de roseaux, d’une bâche en plastique, le tout recouvert de terre. Cette maison pourtant fort simple (il n’y a pas de béton au sol) fait l’admiration d’Ahmed, mon guide. Il n’y a ici ni route ni électricité. Un panneau solaire permet de s’éclairer et de faire fonctionner la radio.

Hassan avec sa mère et sa fille.
Hassan avec sa mère et sa fille.

La femme d’Hassan n’a pas la langue dans sa poche. Elle ne reste pas isolée dans sa cuisine, mais participe pleinement aux longues discussions en berbère. Elle ne parle pas français, si ce n’est le minimum pour accueillir comme il se doit l’étranger de passage : bijour missieur – ça va ? – mange missieur – le thé missieur.

Nous mangeons tous ensemble sans assiette ni couverts en piochant avec du pain dans un grand tajine qui sert de plat commun. La discussion se prolonge tard dans la soirée et même une fois couchés, Hassan et Ahmed continuent encore de parler. Bien que n’étant qu’à 4 h de marche de Aït Arbi, les rencontres se font sans doute trop rares, à moins qu’ils ne soient juste très bavards !

Le lendemain, nous nous levons assez tard et il est déjà 10 h 30 quand nous partons. Ahmed fait remarquer à Hassan que nous avons vraiment trop trainé, mais Hassan lui rétorque que 9 h 30, ça n’est tout de même pas si tard que ça. Le Maroc est passé à l’heure d’été depuis deux semaines, mais Hassan est un peu passé à côté de l’information, mais au fond, à quoi peut bien servir une montre dans ce hameau perdu dans l’Atlas ? L’heure est donc au retour vers Aït Oudinar puis Aït Arbi en suivant la vallée du Dadès à travers les potagers verdoyants.

Oueds asséchés en cette saison
Oueds asséchés en cette saison

Quelques infos pratiques

  • Pour ceux qui souhaiteraient opter pour une rando plus courte, il est très facile de faire juste le canyon en une journée. Un guide n’est dans ce cas pas forcément très utile, il faut juste trouver l’entrée du canyon. Pour cela, il suffit de descendre le long du Dadès jusqu’à en trouver l’entrée sur la gauche. Il y a une ou deux bifurcations qui ne mènent plus ou moins nulle part en remontant le canyon. Si vous avez l’impression que ça devient trop compliqué, avec de l’escalade, c’est sans doute que vous avez opté pour le mauvais embranchement, il suffit alors de rebrousser chemin sur tout au plus quelques dizaines de mètres. Une fois sorti du canyon, le chemin pour revenir à Aït Arbi est évidant, à moins que votre sens de l’orientation soit proche de zéro 😛
  • La Kasbah d’Aït Arbi propose des chambres en demi-pension pour 200 Dh par jour pour une personne. Les autres options sont assez peu nombreuses à Aït Arbi, car la plupart des auberges sont plus haut dans la vallée, plus proches des gorges du Dadès.
  • Pour la rando avec un guide, compter 350 Dh par jour pour les services du guide. L’hébergement et le couvert dans les familles demandent également une petite rétribution évidemment.
  • Pour les plus ambitieux, il est possible de s’attaquer au M’goun, le troisième sommet du Maroc à 4 071 m. Depuis Aït Arbi, le trek se fait en 7 jours. Là encore, Ahmed pourra vous accompagner.

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1. Dieu merci
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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