L’île de Diu dans le Gujarat, pour débrancher du chaos indien

Quand bien même on adore voyager en Inde, il faut reconnaître que ça n’est pas toujours de tout repos. Le bruit et cette sorte de chaos permanent ont un certain côté qui peut fasciner, mais qui peut user également. Dans les suggestions de destinations pour déconnecter un peu, on compte Dharamsala (Mac Leod Ganj), Manali, Goa et j’en passe. Certes, le calme est au rendez-vous, mais très souvent, je m’y sens un peu à côté de mes pompes. Ces destinations ont un côté hype, cool qui a tendance à m’agacer quelque peu. Dans le genre petite île plutôt relaxe qui ne se la pète pas, l’île de Diu, au sud du Gujarat a quelque atout, et pas des moindres.

Après mon ascension héroïque des 7000 marches de Girnar Hill (oui oui, rien que ça), j’avais prévu d’aller écouter ronronner les lions du parc national de Sasan Gir. Sauf que ce qui n’était au départ qu’un rhume est en train de muer en bronchite. Je suis fiévreux depuis cinq jours et la méthode Coué n’y fait rien, je commence à tousser comme dans un tonneau. L’heure est semble-t-il venue de me faire soigner et de me reposer un peu. Je quitte donc le brouhaha de Junagadh à bord d’un bus direct pour Diu.

Une fois arrivé, histoire de flatter les dieux, un détail qui a son importance en Inde, je décide de loger sur le toit d’une église. Oui, vous avez bien lu, une église. Jusqu’en 1961, Diu était une colonie portugaise, ceci explique cela. Et sur le toit de l’église St Thomas (reconverti en musée de Diu), se trouve une petite pension, l’hôtel Sao Tomé Retiro. Les chambres, faites de quatre planches sur le toit, sont pour le moins fatiguées, mais la vue est imbattable, exactement ce qu’il me faut.

Ma chambre d'hôtel, tout en haut à gauche.
Ma chambre d’hôtel, tout en haut à gauche.
Vue depuis la terrasse devant ma chambre.
Vue depuis la terrasse devant ma chambre.

C’était donc bien une bronchite

Ma première mission une fois posé mon sac à dos est donc de trouver un médecin. On m’envoie pour ça à l’hôpital de Diu. L’hôpital est lui aussi dans une ancienne église (à droite sur la photo précédente). Évidemment, un hôpital en Inde, on imagine tout de suite une sorte de cours des miracles. Un lieu bondé avec des brancards de partout combiné à un chaos administratif dans lequel il va encore falloir trouver son chemin, apprendre le mode d’emploi. Bref, la garantie d’y passer la journée entière.

Sauf que non, in India, everything is possible1en Inde, tout est possible, et en l’espace d’une demi-heure, j’enchaîne consultation, prise de sang pour un dosage des globules blancs et rouges, test du palu, reconsultation et passage à la pharmacie de l’hôpital. Trente minutes chrono, pas une de plus, et le tout sans débourser un kopeck ! À Diu, l’hôpital public est gratuit, être étranger ne change rien à l’affaire. Et comme prévu, mes bronches hébergent donc bien quelques hôtes indiennes qui ont un peu tapée l’incruste sans frapper à la porte. J’ai donc une bronchite.

Mais Diu n’est pas l’Inde, et à lire le témoignage d’Aurélie, le parcours du combattant auquel elle a eu droit en accompagnant en tant qu’infirmière une patiente atteinte d’un cancer à Auroville donne un tout autre son de cloche. Évidemment, les pathologies ne sont en rien semblables, on ne va pas comparer une bronchite avec un cancer, mais il n’empêche, l’hôpital d’Auroville semble assez éloigné de celui de Diu. On ne traite sans doute pas à Diu des pathologies aussi graves, rien de high-tech ici, l’hôpital a des allures assez rustiques, mais tout semble on ne peut plus fonctionnel. Donc vous l’aurez compris, pour la bronchite, je recommande Diu !

La ville de Diu

Fort heureusement, Diu, ça n’est pas qu’un hôpital. L’île a beau n’être séparée du continent que par un pont d’un petit kilomètre, c’est un autre monde. On oublie les rues où il faut vérifier par trois fois si traverser est un choix raisonnable. Ici, on peut marcher au milieu des rues. Il n’y a pour ainsi dire aucune circulation, pas de klaxon, pas de pétarades, on croit rêver.

Ganesh dans les rues de Diu
Ganesh en fresque murale
Nagar Sheth Haveli
Nagar Sheth Haveli
Rickshaw arc en ciel
Rickshaw arc-en-ciel

En fait, seuls deux indices confirment qu’on est bien toujours en Inde :

  • On y dodeline toujours de la tête.
  • Il y a des vaches dans les rues.

Vache dans les rues de Diu

Le passé portugais de l’île offre à voir quelques églises et un fort. Diu étant une île, on y compte également quelques plages, mais sincèrement, ne pas en attendre monts et merveilles. La mer n’est en rien bleu turquoise et toutes les plages ne sont pas forcément des plus propres. Ça n’empêche pas certains touristes, quelques Occidentaux et beaucoup d’Indiens, de venir ici pour la plage. Mais la plage, ça n’est pas trop mon truc.

Le village de pêcheurs de Vanakbara

Pour moi, le clou du spectacle sur l’île de Diu, sera ma visite du village de pêcheurs de Vanakbara. Vanakbara est situé à l’extrémité occidentale de l’île, à 18 km de la ville de Diu. La circulation étant pour ainsi dire inexistante sur l’île, un vélo loué à Diu sera donc mon compagnon de voyage. Bien entendu, le vélo est tout pourri et bien trop petit pour moi, mais le terrain est assez plat, donc ça fera parfaitement l’affaire. En suivant la côte sud de l’île, une succession de plages mène jusqu’à Vanakbara.

Arrivé sur place, le port est en fait beaucoup plus gros que ce que j’avais anticipé. On y trouve des bateaux par dizaines. En ce début d’après-midi, l’activité n’y est pas à son plus fort, car le retour de pêche se fait plutôt au petit matin. Mais on y répare les bateaux, on y démêle les filets et on y conditionne le poisson avec de gros pains de glace. Évidemment, comme toujours en Inde, dès lors que je sors mon appareil photo, quelques badauds débarquent pour la pose. J’attends toujours de trouver en fait la bête rare, à savoir un Indien qui n’aime pas les photos !

On charge la glace à bord des bateaux.
On charge la glace à bord des bateaux.

Port de Vanakbara à Diu

Rickshaw au port de Vanakbara

Pause chai à bord du bateau.
Pause chai à bord du bateau.

Au retour, surprise, mon vélo tout pourri se transforme en vélo tout pourri et crevé. Normalement, en Inde, tu trouves un réparateur de vélo à chaque coin de rue, sauf que là évidemment, il n’y en a aucun. Les badauds auprès de qui je me renseigne me baladent dans Vanakbara. Visiblement, eux non plus ne savent pas. En Inde, le plus souvent, quand tu demandes une direction, quand bien même on ne sait pas où c’est on n’ose pas te le dire. À la place, on t’envoie un peu n’importe où. Mais très vite, tu comprends qu’une réponse nonchalante accompagnée d’un vague « c’est là bas » veut dire en fait « mais je n’en ai pas la moindre idée mon ami ».

Après quelques « c’est là-bas », cerise sur le gâteau, un jeune m’interroge du regard quant à mon problème. Visiblement, il ne parle que très peu anglais. Je lui montre donc la roue arrière de mon vélo et lui dit « puncture »2crevé en anglais, ce à quoi il me répond « your name, puncture ? »3tu t’appelles crevé ?. Voilà voilà, comme partout en Inde, les jeunes ici te demandent ton nom à chaque coin de rue, donc forcément, ça ne pouvait pas être autre chose !

Your name, puncture ?

Résultat des courses, 18 bornes pour retourner à pied à Diu, bof bof. Les véhicules susceptibles de me charger avec mon vélo ne courent pas les rues non plus, mon choix est fait, je rentre en pédalant à allure réduite sur mon vélo crevé. De temps à autre, des passants me font remarquer que ma roue arrière est crevée, et là, je fais mon Indien, celui qui n’a pas compris. Tu sais, celui qui t’envoie à droite alors qu’il ne sait pas où tu veux aller !

Arrivé en ville, je marche à côté du vélo pour le dernier kilomètre. Comme on pouvait s’y attendre, le pneu arrière fait un peu grise mine, sauf que je ne m’en suis même pas rendu compte (si si, ça c’est vrai) ! Le loueur de vélo et dans un premier temps plutôt navré de ma crevaison. Mais après être tombé sur l’entaille dans le pneu, il est un peu moins navré et un peu plus énervé. Assez bêtement, je fais l’offusqué qui ne comprend pas pourquoi le pneu est comme ça. Oui, je sais, c’est complètement idiot de ma part. Je pourrais sortir comme excuse qu’à force de devoir s’habituer à parer un peu à tout et n’importe quoi, on se plante parfois, mais l’excuse est bien maigre.

Il m’annonce en fin de compte que je vais devoir lui payer un nouveau pneu, soit 150 Rs42 €. J’obtempère finalement, mais non sans quelques haussements d’épaules. Voilà voilà, tant qu’à être bête, autant l’être jusqu’au bout. L’honneur est sauf, j’ai payé mon dû, à savoir un pneu, mais pourquoi ce sketch de ma part ? Franchement, je n’en sais rien ! C’est un peu nul, oui, je sais 🙁

On ponce, on peint.
On ponce, on peint.

Port de Vanakbara à Diu

Conseils pratiques

  • De Junagadh, peu de bus vont directement à Diu. Il y en a par contre pour ainsi dire un par heure pour Una qui se situe à une quinzaine de kilomètres de Diu. De Una, il y a normalement des bus et des autorickshaws partagés assez fréquents pour Diu. Dans le pire des cas, un rickshaw privatif ne devrait pas coûter plus de 150 Rs.
  • L’offre de logements est assez abondante. Il faut en fait choisir entre un hébergement proche des plages ou un hébergement dans Diu, plus pratique pour aller dîner le soir, à moins de louer un vélo ou un scooter. L’hôtel Sao Tomé Retiro où je logeais compte sans doute parmi les options les moins chers. 300 Rs la chambre simple avec salle de bain commune.
  • Si louer un vélo ou un scooter ne vous convient pas, quelques bus se rendent à Vanakbara. Celui de 7 h est une bonne option pour y être alors que l’activité au port bat son plein.
  • Alors que dans tout l’état du Gujarat, l’alcool est interdit (oubliez les King Fisher), à Diu, non seulement l’alcool est autorisé, mais il n’y est pas taxé. Résultat des courses, les Indiens qui viennent ici pour picoler sont légion. On trouve d’ailleurs autour du marché une concentration de bars peu commune en Inde. Ça n’est pas un problème en ville, mais ça peut être un problème sur les plages, en particulier pour les voyageuses. Mesdames, Mesdemoiselles, si vous ne voulez pas vous faire importuner par un Indien ivre et bien pot de colle, évitez les plages un peu trop désertes ainsi que Nagoa Beach.

   [ + ]

1. en Inde, tout est possible
2. crevé en anglais
3. tu t’appelles crevé ?
4. 2 €
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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