De Madaba à Kerak en passant par le mont Nébo et le Wadi Mujib

Ce voyage en Jordanie commencera donc à Madaba, petite ville au sud d’Amman connue pour ses mosaïques byzantines. Une fois sur place, il me fallait bien aller tirer ma révérence à Moïse au mont Nébo, puis admirer la mer Morte depuis les hauteurs du château de Macheronte. L’appel du sud se faisant plus pressant, la route du Roi me mènera à Kerak et son château fort croisé. Les croisés, vous vous souvenez, ces gars partis au XIe siècle pour un simple séjour au Club Med de Jérusalem, mais qui sur un grand malentendu se muèrent en loustics finalement pas si cool que ça. Et entre les deux, la route du Roi plonge au fond du Wadi Mujib, souvent surnommé le Grand Canyon jordanien.

Madaba

Madaba est une petite ville qui compte une forte minorité chrétienne. Résultat, on y trouve de la bière plein d’églises. C’est également une des plus vieilles cités de la région, puisqu’elle est habitée depuis 4500 ans.

Faire étape à Madaba ou à Amman

La logique voudrait en atterrissant à Amman de filer directement depuis l’aéroport au centre-ville. Sauf qu’Amman, vous y repasserez probablement à la fin de votre voyage. Et cerise sur le gâteau, l’aéroport Queen Alia est en fait plus proche de Madaba que du centre d’Amman. J’en parlerai dans un prochain article, il y a beaucoup de choses à voir dans la capitale et autour, mais pour commencer le voyage, Madaba est sans doute la meilleure option.

Eglise St Georges Madaba
Église St Georges

Les mosaïques de Madaba

Si l’on vient à Madaba, ça n’est pas nécessairement juste pour la messe du dimanche. Car voyez-vous, la ville est célèbre pour ses mosaïques byzantines, ces sortes de code QR des temps anciens. Et la plus illustre d’entre elles est la carte de Madaba. Cette mosaïque qui remonte à l’an 560 représente une carte de la Palestine, la plus vieille connue à ce jour. On la trouve dans l’église Saint-Georges. Faute de GPS, les pèlerins du VIe siècle venaient donc ici pour y trouver leur chemin.

Une légende veut que l’un d’entre eux ait émis l’idée de faire de cette carte-mosaïque une application. Mais ses congénères l’auraient rembarré au prétexte qu’il aurait bu un peu trop de bière locale. 1500 ans plus tard, un de ses descendants, portant le nom de famille de Jobs, inventa le premier smartphone pour que cette application voie enfin le jour. Ainsi va la légende, ou pas.

Sur cette carte, si l’on reconnaît facilement la mer Morte, pour le reste c’est plus compliqué. Savoir lire le grec ne nuit pas à l’entreprise.

On trouve ne nombreuses autres mosaïques dans les deux parcs archéologiques situés au centre-ville. Si tant est qu’il n’y ait pas de groupes durant la visite, ce sont des lieux paisibles forts agréables. Et pour ne rien gâcher, comme toujours en Jordanie, les gardiens vous accueilleront avec le sourire et quelques mots gentils.

Madaba voit donc défiler des groupes assez pressés, mais pas que. J’ai également croisé à l’auberge quelques touristes dont la motivation essentielle pour venir ici était le fait qu’on y trouve de l’alcool plus facilement, et à des prix plus avantageux1l’alcool est cher en Jordanie, car énormément taxé !

Mosaique Madaba

Carte de la Palestine Madaba
Carte de la Palestine en mosaïque.
Mosaique Madaba
Mosaïques dans le Parc archéologique.

L’église Saint-Jean-Baptiste

Après avoir essayé en vain de décoder le message secret caché dans toutes ces mosaïques, il me faut prendre un peu de hauteur. Et pour ça, rien de mieux que le clocher du sanctuaire de la Décollation de Jean-Baptiste. Pour celles et ceux qui auraient un doute, une décollation, c’est en fait moyennement plaisant. Ça ne consiste nullement à décoller assis sur un tapis volant, mais plus prosaïquement à de faire décoller la tête du reste du corps !

Après m’être faufilé au milieu des cloches et de leurs cordes moyennant quelques contorsions pour passer sous les poutres, me voici au grand air avec une vue plongeante sur toute la ville. Inutile au passage de tirer les cloches, les fidèles ne viendront pas pour autant !

Eglise St Jean-Baptiste Madaba

Cloche église St Jean-Baptiste Madaba
Ding dong…
Eglise St Jean-Baptiste Madaba
La minute philosophique.

Vue Madaba

Stupeur par contre en me promenant dans les rues de Madaba, les cafés traditionnellement rencontrés au Moyen-Orient, où l’on peut siroter tranquillement un thé, fumer une chicha et jouer une partie du backgammon, ne sont pas légion. Et quand je finis par en trouver un, personne ne joue au backgammon à l’intérieur. On frôle le drame.

En ce mois de novembre, les soirées sont un peu fraîches dans le nord de la Jordanie. Moi qui en voyage passe généralement la majeure partie de mon temps dehors, me voilà plus ou moins contraint à rentrer dans mes pénates plutôt que de musarder au grand air. Bien sûr, je m’adapte, mais voilà tout de même la confirmation que je ne suis pas fait pour les destinations frigo.

Mosquée Madaba
Mosquée de Madaba

Infos pratiques

Guest house à Madaba : Une des options les moins chères est le dortoir de l’hôtel Moab Land juste en face de l’église Saint-Georges. L’hôtel est très bien situé avec une terrasse très sympa au dernier étage. Un lit pour une nuit y coûte 6 JD (petit déjeuner en supplément). Pour une chambre double, c’est plus de 20 JD (suivant la saison), petit déjeuner inclus.

Aller de l’aéroport d’Amman à Madaba : aucun transport public. La seule solution est de prendre un taxi pour environ 20 JD.

À l’exception de l’église de Saint-Jean-Baptiste, l’entrée pour les différents sites est comprise dans le Jordan Pass.

Petite visite au mont Nébo

Puisqu’il est question de prendre de la hauteur, continuons en ce sens avec l’ascension du mont Nébo. Mais rassurez-vous, ça reste une ascension relativement accessible. Pour situer un peu la chose, Madaba est à 763 m et le mont Nébo à 817 m. Et pour couvrir les 10 km de cette odyssée, il suffit en fait de monter dans un taxi.

Petit rappel, nous sommes en Terre sainte, ce qui veut dire que nombre de sites de la région sont cités dans la Bible. En termes de notoriété, il faut bien reconnaître qu’être cité dans la Bible, c’est tout de même pas mal. Et si le mont Nébo y est mentionné, c’est parce que Moïse y serait mort à l’âge de 120 ans et y aurait été enterré. J’emploie le conditionnel, car contrairement à d’autres prophètes comme Jésus ou Mahomet, l’existence historique de Moïse n’est en rien avérée.

Sauf à être en pèlerinage, l’intérêt essentiel d’une visite au mont Nébo reste la vue depuis l’esplanade panoramique. Depuis ce perchoir, on peut voir au loin la mer Morte, la Cisjordanie, et même, paraît-il, Jérusalem. Mais c’est un peu trop brumeux aujourd’hui pour réellement apercevoir les contours de cette ville qui m’avait tant émerveillé il y a plus de 20 ans (déjà).

Vue du mont Nébo
Panorama depuis le mont Nébo.
Mont Nébo serpent d’airain
Sculpture du serpent d’airain.
Mont Nébo serpent d’airain
De profile.

Vue du mont Nébo

Infos pratiques

Pour aller au mont Nébo, on peut prendre en taxi collectif depuis le rond-point à 200 m au nord de l’église Saint-Georges. L’aller simple coûte 1 JD par personne. Sinon, un taxi privé avec une heure d’attente sur place demandera 10 JD.

Le château de Macheronte

Macheronte, c’était le château d’Hérode le Grand. Hérode, vous vous souvenez, c’est le gars qui tient assez souvent le rôle du méchant dans la Bible. Il paraît même qu’il prenait régulièrement son rôle un peu trop à cœur. Mais rassurez-vous, lui aussi est passé de vie à trépas, et son château n’est pas hanté. D’ailleurs, de son krak, il ne reste pas grand-chose. Tellement peu de choses que je n’ai en fait même pas pris la peine de le visiter.

Alors, à quoi bon faire le déplacement si le château ne casse pas trois pattes à un canard me direz-vous ? Et bien une fois de plus, tout simplement pour le panorama. Depuis la route venant de Mukawir, on a une vue plongeante sur la mer Morte et au-delà la Cisjordanie. La route est pour ainsi dire déserte, rendant la balade plaisante.

Et quand une voiture finit par passer par là, quand bien même vous n’auriez pas tendu le pouce, elle s’arrêtera et vous proposera de vous déposer au prochain village ou plus loin. Vous ai-je déjà dit que les Jordaniens sont adorables ? Je préfère le répéter, car ça me chagrinerait tout de même d’oublier.

Projection: Cylindrical (1) FOV: 119 x 68 Ev: 14,51
Au sommet de la colline, le château de Macheronte.

Infos pratiques

Pour rejoindre le château de Macheronte, prendre un minibus pour le village de Mukawir à la gare routière de Madaba. Le plus souvent, ils vous déposent à une jonction 5 km avant le village. De là, vous pouvez attendre un autre minibus avec les autres passagers, ou tout simplement faire du stop.

En route vers Kerak

Pour rejoindre Kerak depuis Madaba, on emprunte la route du Roi. Et ça, la route du Roi, pour quiconque vise la plus haute fonction au Kiffistan, c’est forcément un incontournable. Il m’était donc impossible de ne pas glisser ça au programme de ce voyage en Jordanie en novembre.

De Madaba au Wadi Mujib

Un wadi, en arabe, c’est un cours d’eau. Le Wadi Mujib, c’est donc la vallée où coule la rivière Mujib. Mais en vrai, c’est un chouia plus que ça. Ici, il est souvent surnommé le Grand Canyon de Jordanie. Celles et ceux qui ont vu le Grand Canyon des États-Unis protesteront sans doute quelque peu, mais force est de reconnaître que ça a tout de même une certaine allure.

Pas de bol, aujourd’hui, le ciel est assez capricieux. De gros nuages et même quelques gouttes se sont invités. Je suis forcément un peu déçu, mais n’ayant pas de bâton magique pour chasser la pluie, je fais avec.

Wadi Mujib route du Roi

Infos pratiques

Madaba-Kerak : Il n’y a malheureusement aucun transport public pour rejoindre Kerak via la route du Roi. Les transports passent par la route du Désert qui est plutôt du genre monotone. Pour passer via le Wadi Mujib, il faut soit prendre un taxi, soit faire du stop.

À Madaba, l’hôtel Black Iris propose des taxis aller simple pour Kerak pour 30 JD. Sinon, au compteur, la course coûte 22 JD. Vous pouvez donc toujours essayer de négocier ça directement avec un chauffeur de taxi.

Pour aller uniquement au Wadi Mujib vous coûtera 10 JD, là encore au compteur (aller simple).

Le château de Kerak

Comme ça semble être une habitude dans la région, la forteresse est perchée en haut d’une colline. C’est tout de même étrange cette habitude de construire les châteaux au sommet d’un promontoire. Les gars à l’époque n’avaient ni voiture, ni ascenseur et encore moins d’escalators. Ils auraient pu s’installer tranquillement au fond de la vallée, près de la rivière, mais non, ils voulaient absolument une chambre avec vue. Bien que ne possédant pas non plus de frigo, ça semblait manifestement plus essentiel que de pouvoir mettre sa bière au frais dans le lit de la rivière, allez comprendre.

Le château de Kerak était une forteresse des croisés. Son grand chef en était Renaud de Châtillon, un gars paraît-il super cool, mais dont la coolitude n’aurait pas été reconnue à sa juste valeur par les armées de Saladin. Car voyez-vous, lui aussi a eu droit à une petite décollation.

Évidemment, la forteresse est aujourd’hui pour l’essentiel une ruine. Mais la visite n’en est pas moins assez réjouissante. Le château est vaste et l’on passe facilement quelques heures à déambuler à l’intérieur. On joue à cache-cache dans les souterrains, on admire la vue, bref, on passe du bon temps. Notez d’un sens, tant mieux, puisqu’on est en vacances.

Chateau de Karak

Chateau de Karak

Chateau de Kerak

Bazar du chateau de Kérak

En sortant du château, si vous avez un petit creux, évitez de restaurant Al Fida qui lui fait face. C’est un resto tout simple et sans chichi comme je les aime. Mais on y roule le touriste, et le ton monte quelque peu quand je leur explique avec le sourire (toujours garder le sourire) que je ne suis pas forcément volontaire pour jouer le rôle du dindon, et encore moins de la farce. Bref, passez votre chemin.

Je ne resterai qu’une journée à Kerak. Par choix bien sûr, mais les rares fois où je passe ainsi en coup de vent, j’ai plus l’impression au bout du compte d’avoir posé une croix sur une hypothétique liste que d’avoir voyagé.

Vue du chateau de Kérak

Chateau de Karak

Infos pratiques

Hôtel à Kerak : Il n’y a pas beaucoup de guest houses à Kerak, et bien que je n’aime pas ça, j’ai dû réserver une chambre via une de ces plateformes de réservation que tout le monde semble tant aimer. Je loge le plus souvent dans des petites guest houses bon marché et préfère donc toujours que mes Dinards aillent dans la poche de l’hôtelier plutôt qu’en commission pour ces plateformes. Telle est donc la raison pour laquelle je ne réserve normalement jamais. Mais là, au vu de l’affluence, sans réservation, vous risquez fort de vous retrouver le bec dans l’eau.

J’ai logé pour ma part à l’hôtel Cairwan, 21 JD la chambre double. L’hôtel n’est malheureusement pas en ville, mais tout y est nickel.

L’entrée pour le château de Kerak fait partie du Jordan Pass.

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1. l’alcool est cher en Jordanie, car énormément taxé

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Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Tu en sauras plus sur ce blog et sur moi dans l'à propos.