Traverser la mer Noire en ferry d’Odessa à Batumi en Géorgie

Même si je suis un grand frappadingue fan des longs voyages ferrés, il faut bien reconnaître qu’après mes 3 journées de train entre Paris et Odessa, je ne suis pas mécontent de cette pause. Une pause de 2 jours dans cette ville au si joli nom, Odessa. Enfile tes baskets, on va faire un petit tour en ville le long des avenues ombragées, devant les jets d’eau de l’opéra sans oublier d’aller saluer Potemkine. Et une fois en partie rassasié, on se laissera aller à voguer deux jours durant sur la mer Noire en ferry d’Odessa à Batumi en Géorgie.

Visite d’Odessa

À peine sorti de la gare, on me déroule pour ainsi dire le tapis rouge, car devant moi, se dresse l’église Panteleymonivskaya. Un dôme doré en forme d’oignon, tout va bien, les convenances orthodoxes sont respectées. On salue le talent mis en œuvre à l’érection de cette église, mais avec un nom pareil, on a comme en doute quant aux talents marketing des commanditaires. J’imagine bien l’Odessite dire à son voisin : “Tu devrais venir à l’église PanteleymoniMachinTrucChose. Pour prier et entrer en communication avec le Très-Haut, on ne fait pas mieux.”

Eglise Panteleymonivskaya
Eglise Panteleymonivskaya

Odessa, c’est aussi Potemkine. Mais oui, mais c’est bien sûr, c’est un truc mythique ça. Le Cuirassé Potemkine et son escalier. Sauf que voilà, le mythe n’est pas tout à fait à la hauteur de la réalité. Si vous y voyez autre chose qu’un escalier massif plongeant sur le port industriel d’Odessa, levez la main droite. Personne ? Au moins j’aurai tenté.

Port d’Odessa
Port d’Odessa
Escalier du Potemkine Odessa
Escalier du Potemkine
Port d’Odessa
Port d’Odessa

Dis-moi quelle langue tu parles

Dans les rues d’Odessa, on parle russe bien plus qu’ukrainien. L’heure est donc venue de ressortir mon russe de mon chapeau. Même si ma maîtrise de cette belle langue reste assez balbutiante, j’éprouve maintenant un réel plaisir à jongler avec le peu que je connais. Ce qui est plaisant au fond, c’est quand se développent des automatismes. Savoir répondre du tac au tac. Tic-tac, tac-toc… et badaboum.

Si on répond en anglais à mes questions en russe, je fronce les sourcils de l’air de celui qui ne comprend pas. Mais parfois, je réussis à faire un peu plus illusion si bien que l’on m’amène un menu en russe au restaurant. Je m’empresse alors de demander en russe s’ils n’auraient pas par hasard un menu en anglais ! Tu n’a rien compris ? Résumons ça à tour de Babel dans ce cas.

Pour les touristes ukrainiens, Odessa est avant tout une station balnéaire. On vient y faire bronzette. On vient également y faire la fête et les auberges de jeunesse ont la réputation de ne pas fournir l’option dodo.

Je préférerai pour ma part mettre à profit mon peu de temps à me balader le long de toutes ces avenues ombragées. On y roule de manière très policée, les piétons attendant même le passage du petit bonhomme au vert avant de traverser. Habitude culturelle qui pour le bon Français que je suis semble toujours aussi étrange.

C’en est déjà fini de cette pause ukrainienne pour cette fois, mais promis, chère Ukraine, la prochaine fois, je viendrai te rendre visite bien plus longtemps. Une vraie visite, pas comme ce passage en coup de vent.

Hotel Passazh Odessa
Hotel Passazh
Rue Odessa
Avenues ombragées d’Odessa
Opéra d’Odessa
Opéra d’Odessa

Fresque Odessa

Odessa

Ferry Chornomorsk-Batumi

Si je suis venu à Odessa, c’est avant tout pour aller jusqu’en Géorgie en bateau en traversant la mer Noire d’Odessa à Batumi. L’autre solution eût été de rejoindre Istanbul en train depuis Paris, puis de poursuivre à travers la Turquie. Istanbul, j’ai connu escale plus déplaisante, mais voilà, traverser la mer Noire en ferry était une perspective tout bonnement impossible à décliner. Pensez donc, 56 h pour parcourir 1000 km sur un navire, qui plus est un roulier, un Ro-Ro1Roll-on/roll-off. De quoi me rappeler mon voyage en cargo d’Anvers à Cotonou.

Un de ces moments où tu te dis que oui, voyager, ça peut-être extraordinaire

Un après-midi à poireauter dans les bureaux d’UkrFerry, suivi de quelques poireaux supplémentaires à la douane et à l’immigration et me voici enfin à bord du Kaunas Seaways. Alors que le soleil se couche et que je suis sur le pont, là honnêtement, dans ma tête, c’est l’euphorie. Un de ces moments où tu te dis que oui, voyager, ça peut-être extraordinaire. Non pas qu’être à bord de ce bateau soit le truc le plus dingue qui me soit arrivé, mais voilà, c’était juste la séquence émotion !

Visiblement, je ne suis d’ailleurs pas le seul à être ému. À 1 h du matin, alors que nous n’avons toujours pas largué les amarres, débarque sur le pont un fort joyeux chauffeur ukrainien. Fort joyeux, car le gars s’est pris une caisse, vous m’en donnerez des nouvelles. Du reste, on ne comprend même pas très bien comment il fait pour ne pas s’étaler à chaque pas. Il s’est peut-être entraîné en regardant les vidéos d’Elstine sur YouTube, qui sait.

Port de Chornomorsk
Coucher de soleil sur le port de Chornomorsk
Kaunas Seaways au port de Chornomorsk
Kaunas Seaways dans le port de Chornomorsk au sud d’Odessa

À bord du Kaunas Seaways

Le Kaunas Seaways est un gros bébé. Pour les aficionados des chiffres, 190 m de long pour 26 m de large. Il embarque pour l’essentiel des camions, une soixantaine, mais le pont inférieur est également équipé de rails pour les trains.

La plupart des passagers sont des routiers ukrainiens et géorgiens. Mais on compte également tout de même une dizaine de passagers sans véhicule, comme moi.

J’avais lu ici ou là que voyager à bord d’un ferry depuis l’Ukraine était assez rustique. Mazette, je ne dois pas avoir la même définition de la rusticité. Moquette nickelle à tous les étages, cabines de 2 personnes avec salle de bain elle aussi impeccable. Quant aux repas, OK, ça n’est pas le cuistot 3 étoiles du Grande Lagos, mais c’est tout de même plus que correct.

Je partage ma cabine avec Alan, un Américain vivant depuis quelques années en Ukraine. Alan est ce qu’on peut appeler un personnage. La bonne cinquantaine, une tête de baroudeur et un CV qui a fait étapes aux quatre coins du monde. Alan embarque avec lui un côté un peu mystérieux. Ses théories tour à tour loufoques et très sérieuses égrainent le temps. On se marre bien.

Pendant ce temps-là, le Kaunas Seaways avance à un rythme plutôt pépère de 10 nœuds218,5 km/h. Nous apercevons maintenant au loin les côtes de la Crimée. Le ciel est toujours d’un bleu aussi radieux.

Pont supérieur du Kaunas Seaways

Kaunas Seaways battant pavillon lituanien

Coursive extérieure Kaunas Seaways

Sur le pont, quand je ne refais pas le monde avec Alan, je bouquine ou je contemple la mer et laisse tranquillement de temps s’égrainer. Tranquillement, on oublie tellement trop d’être tranquille, juste là à ne rien faire. D’autres se risquent à la pêche à l’écrevisse. Sauf que voilà, dans la mer Noire, point d’écrevisses. Pas refroidis pour si peu, ils tirent au sort celui ou celle qui se fera cramer en maillot de bain sur le pont jusqu’à ce que le soleil accomplisse la mue en ce crustacé tant convoité.

Le deuxième jour, quelques dauphins ont l’élégance de nous escorter brièvement. Ils font leurs timides. Quelques petits sauts et hop, bye bye les amis, à plus tard.

D’autres enfin ont préféré enfiler les baskets et courent en rond le long des coursives extérieures du ferry. Tout le monde est rassuré de voir que notre camionneur ukrainien n’est pas de la partie. Quoiqu’il semble s’être remis de ses émotions du premier soir.

Pont supérieur du Kaunas Seaways

Pont supérieur du Kaunas Seaways

Pont supérieur du Kaunas Seaways

Coucher de soleil Kaunas UkrFerry mer Noire

Arrivée à Batumi

J’ai souvenir il y a 2 ans, alors que Batumi clôturait mon voyage en Géorgie, la vue des navires dans le port de Batumi m’avait donner l’envie de rentrer à bord de l’un d’entre eux. Rallier ou quitter la Géorgie en bateau, je l’avais envisagé, mais avait alors botté en touche. Voilà qui est fait, j’aurai cette fois rejoint la Géorgie en train depuis Paris. Ne reste plus de 500 km en bus de Batumi à la frontière azérie et l’heure du début de ce voyage en Azerbaïdjan aura sonné.

Infos pratiques

Ferry Odessa-Batumi

Il y a en moyenne un ferry tous les 3 jours entre Chornomorsk en Ukraine et Batumi en Géorgie. La traversée dure environ 50 heures, variable suivant le navire et surtout suivant la météo. Les dates et horaires sont disponibles normalement un peu plus d’un mois à l’avance sur le site de UkrFerry.

À noter qu’il n’y a aucun engagement d’une quelconque ponctualité de la part d’UkrFerry. Le but de ces bateaux et de transporter des camions. Ce ne sont pas des navires de croisière. Les horaires ont été scrupuleusement respectés dans mon cas, mais il n’en est pas toujours ainsi. Si vous avez un planning serré, ça n’est probablement pas une solution viable.

Le plus simple pour acheter son billet est de le faire en ligne. Le prix du billet pour la traversée Odessa-Batumi pour une personne sans véhicule est de 110 €. Ça comprend une place dans une cabine (cabine de 2 sur le Kaunas Seaways, mais c’est variable suivant les ferries) ainsi que tous les repas. Les draps et couvertures sont également fournis.

Comme déjà dit, les cabines sont confortables et les repas copieux. Dans la marine on est ponctuel et les repas sont servis à 8 h, 13 h et 18 h 30 précises (heure d’Ukraine).

À bord du ferry, en plus de la cabine et des espaces extérieurs, il y a une cafeteria où il est possible de s’installer durant la journée.

Comment se rendre à Chornomorsk

Le ferry ne part pas du port d’Odessa, mais de Chornomorsk à 20 km plus au sud. Pour s’y rendre, prendre le bus 25. Il démarre près de la gare d’Odessa. Il faut ensuite descendre ici pour l’enregistrement.

Dans mon cas, le ferry partait à minuit, mais je devais me rendre au plus tard à 14 h avec mon billet au bureau d’enregistrement. Ensuite, un minibus vient en fin d’après-midi pour amener gratuitement les passagers de ce bureau jusqu’au port ici pour l’immigration et la douane avant de monter à bord du ferry.

Port de Batumi

À Batumi, le port est très proche du centre-ville (atteignable à pied). Les ferries de UkrFerry accostent ici.

Une fois arrivé au port de Batumi, l’immigration se fait à bord du ferry et le passage en douane à quai.

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1. Roll-on/roll-off
2. 18,5 km/h

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Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Tu en sauras plus sur ce blog et sur moi dans l'à propos.