Mestia, au cœur du Grand Caucase, la Svanétie

En Géorgie, deux régions plus que toutes les autres attirent le touriste en quête de hauteurs et de randonnées. Je vous ai déjà parlé de Kazbegi, restait donc la Svanétie et son chef-lieu, Mestia. Alors que Kazbegi offre des paysages de montagne des plus majestueux, Mestia et la Svanétie ont pour elles leur isolement et une farouche volonté d’indépendance qui ont forgé au cours des siècles une culture propre.

Mais qu’en est-il vraiment aujourd’hui ? Mestia est-elle encore cette petite bourgade perdue au milieu du Grand Caucase ? Allons-y pour une visite du village ainsi que deux randonnées dans les montagnes environnantes.

Mestia, un havre de… touristes

Historiquement, toute la région de la Svanétie était relativement isolé du reste de la Géorgie. La combinaison de cet isolement et une exigence d’autonomie pour le moins exaltée des Svanes ont fait que bien des potentats s’y sont cassé les dents. Certains se seraient même enfuis si rapidement qu’ils s’y seraient également cassé le coccyx !

Aujourd’hui, les choses ont bien changé. Même si les tours de défense (les koshkebi) sont encore bien présentes dans villages de Svanétie, si votre guide de voyage parle de Mestia comme d’un petit village rude et authentique perdu au milieu des montagnes du Grand Caucase, ne le croyez pas, il essaye en partie de vous empapaouter.

Mestia, tour de défense

En hiver, Mestia a sans doute gardé une once de ce caractère bien trempé, mais une fois les beaux jours venus, l’équation est un chouia différente. Même si le village a conservé ses maisons et ses tours de défenses très authentiques, durant l’été, l’activité essentielle qui semble accaparer tout le monde ici, c’est de s’occuper des authentiques touristes comme moi.

En ce mois de juin, nombre de chambres d’hôtes sont encore fermées, mais le long de la rue principale, les panneaux indiquant des hôtels ou des chambres chez l’habitant abondent. Au dernier décompte, on dénombre sur la célèbre plateforme de réservation hôtelière plus de 200 offres de logements, ce qui est même plus qu’à Kazbegi.

Bon là, j’en entends déjà me dire « m’enfin Laurent t’es chiant, Mestia et la Svanétie, c’est un coin de Géorgie qui nous faisait rêver, et là, paf, maintenant on a juste envie de rester dans notre canapé ». Paf en effet, mais croyez-moi, vous pouvez tout de même décoller votre séant du divan ; vous devriez aimer ce voyage en Svanétie.

En route pour Mestia

Un peu plus de quatre heures de route à bord d’une marchroutka depuis Koutaïssi, juste le temps de profiter des paysages. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à admirer le panorama, car je ne compte plus le nombre de vaches en liberté qui gambadent l’air de rien le long de la route. Pour un peu, on se croirait en Inde, si ce n’est qu’elles sont un brin plus grasses.

De là à croire que les routes seraient plus apaisées si on mettait des vaches derrière le volant, il n’y a qu’un pas

Elles sont par contre tout aussi impassibles que les vaches indiennes face à la circulation. Elles restent fièrement au milieu de la route sans noter le moins du monde le passage des voitures. De toute évidence, la zénitude routière est un trait de caractère bien ancré chez nos amis les ruminants. De là à croire que les routes seraient plus apaisées si on mettait des vaches derrière le volant, il n’y a qu’un pas.

Apaisé, notre chauffeur ne l’est assurément pas. Il fonce à toute berzingue, zigzagant entre les vaches et les virages. Comme dans bien des pays, en plus de transporter des passagers, les transports en commun font office de poste, livrant ici un colis, là une bouteille de gaz ou là encore une simple lettre. C’est d’ailleurs sans doute pour ça que le chauffeur roule pied au plancher. L’agrément Chronopost en Géorgie, ça ne rigole pas !

Les tours de défense de la Svanétie

Ce qui frappe dès que l’on arrive à Mestia, ce sont toutes ces tours de défense encore présentes en abondance dans le village. Il fut un temps où chaque famille en possédait une. Ces tours ont été pour la plupart construites il y a près de mille ans. Comme leur nom l’indique, elles n’étaient pas construites pour faire joli, mais pour que les villageois puissent se protéger en cas de baston contre un autre royaume du coin, mais pas que. On se battait également à l’occasion entre familles pour des histoires d’honneur bafoué ou de règlements de compte sans fin. Le mâle testostéroné à souhait a donc dû connaître ici son heure de gloire.

Qu’on se rassure, leur fonction première a aujourd’hui disparu. Les Svanes ont de toute évidence mis de l’eau dans leur vin et accueillent maintenant on ne peut plus convivialement les visiteurs de passage.

Mestia

Tours de défense et Grand Caucase

Randonnée en Svanétie autour de Mestia

Le voyageur de passage en Svanétie aime le plus souvent à se dégourdir les jambes. L’office du tourisme situé au centre du village l’a bien compris et remplit sa mission à merveille. Au lieu de se contenter de distribuer des prospectus, elle propose gratuitement aux marcheurs des extraits de cartes de randonnées (des vraies, comme les cartes IGN avec courbes de niveau) avec les différents itinéraires tracés. Ils sont également tout à fait qualifiés pour répondre aux questions sur les nombreux itinéraires proposés.

Promontoire et le lac de Korudli

Cette randonnée débute à Mestia, à 1400 m d’altitude. Au nord du village, 900 m plus hauts, trône un promontoire qui offre une vue magnifique sur toute la région. Avec un de ces plans en poche, je pars donc à l’assaut de ces montagnes. Enfin, n’exagérons rien, on ne peut par vraiment parler d’assaut. Il s’agit tout au plus de marcher le long d’un sentier très bien balisé. Je monte, je monte, je monte. Petit à petit, les tours de défenses se font plus petites, mais tout autant omniprésentes.

Mestia au pied du Grand Caucase

Tours de défense

Une fois arrivé au promontoire, la vue n’est pas piquée des hannetons. C’est même limite capotant pour être honnête. Tout là-haut, le mont Ouchba du haut de ses 4710 m fait un peu son timide dans les nuages.

Un sentier continue jusqu’au lac de Korudi 400 m plus haut. C’est diablement tentant, mais le ciel s’assombrit et le temps semble tourner à l’orage. Mieux vaut donc redescendre.

Mont Ouchba

P6201052_-Grand-Caucase

La suite du sentier est toujours aussi bien indiquée. Depuis le promontoire, il y a même un panneau pointant la direction à suivre. C’est parfait, seul un demeuré pourrait se perdre. Le chemin descend rapidement dans la forêt. Les marques de peinture ont disparu, mais en même temps, il n’y a qu’un sentier.

Sauf qu’il devient de plus en plus raide et glissant. Je dérape ici, me rattrape aux branches par là avant de finir sur mon postérieur. Je me relève, me jette à nouveau dans la pente, sers les troncs d’arbres dans mes bras, embrasse même l’écorce parfois. Ma relation avec cette forêt devient vraiment fusionnelle.

N’empêche, l’office du tourisme, ce sont de beaux salopards

Après une demi-heure de ce régime, je finis par être tout de même un peu las de ce jeu, d’autant plus que je ne semble être guère qu’à mi-parcours de cette descente. Je ne comprends pas trop que ce sentier puisse être aussi difficile alors que cette randonnée est classée plutôt facile.

N’empêche, l’office du tourisme, ce sont de beaux salopards. Envoyer les visiteurs dans ce genre de traquenard. Certains bien plus âgés, même s’ils ont la forme pour randonner, ne sont pas forcément assez alertes pour ce genre de descente.

Mais bon, tant qu’à être un peu à la peine, autant en finir le plus rapidement possible. Je continue donc ma dégringolade à moitié sur les talons à moitié sur les fesses quand soudain, mon sentier-toboggan croise un autre chemin beaucoup plus fréquentable : le vrai sentier, avec des marques de peinture bien comme il faut.

En gros, j’ai dû descendre droit dans la pente sur un itinéraire bis à 50 ou 100 m du véritable tracé. Je suis plus ou moins recouvert de terre, mais hilare et réconcilié avec l’office du tourisme !

Le glacier de Chalaadi

La randonnée qui mène au glacier de Chalaadi est un des autres grands classiques des virées autour de Mestia. La fin de cette rando une fois que l’on approche du glacier est vraiment chouette. Ça compense pour la première partie qui est tout de même un peu longue et monotone le long d’une route pour sortir du village puis le long d’un chemin de terre du genre plat et ennuyeux. Ça ne commence à grimper que pour la dernière partie après avoir traversé la rivière. Donc en gros, cette randonnée, c’est près de 10 km un peu lassants et 1,5 km de grimpette pour finir.

Passerelle glacier Chalaadi

Glacier Chalaadi

Glacier Chalaadi

Le mot de la fin

Le village de Mestia avec en particulier ses nombreuses tours de défense est clairement bien plus pittoresque que Kazbegi, mais les montagnes au-dessus de Kazbegi sont plus impressionnantes qu’ici. Quant à l’affluence touristique, si c’est un petit village un peu plus perdu au milieu du Caucase que vous recherchez, Ushguli, perché plus haut dans les montagnes à 2050 m répondra sans doute mieux à vos attentes. Les chambres d’hôtes y sont là encore assez rares.

Et pour tout savoir sur ce village, allez donc lire Mi-fugue mi-raison et leurs aventures à Ushguli.

Infos pratiques

Transports Mestia

On trouve des marchroutkas depuis Koutaïssi ou encore Tbilissi.

De Koutaïssi, départ chaque matin de la gare routière vers 9-10h. Compter près de 5 h pour le voyage.

De Tbilissi, départ à 7 h du matin depuis les gares routières de Sadguris ou Navtlughi pour une grosse journée avec 9 h de route.

Depuis Mestia, une marchroutka part pour Batoumi chaque matin vers 8 h depuis le centre du village. Il convient de se renseigner la veille pour réserver son billet. 6 h de route pour rejoindre Batoumi.

De Tbilissi une autre très bonne solution est de prendre le train de nuit qui arrive vers 6 h du matin à Zougdidi. De là, des minibus se remplissent très vite de touristes pour continuer jusqu’à Mestia.

Il y a également un aéroport à Mestia avec un vol quotidien depuis Tbilissi dans un petit coucou, mais qui voudrait prendre ça, sérieusement ?

Quand visiter Mestia et la Svanétie

Comment dans toute cette région du Caucase, les mois les plus plaisants, et plus particulièrement pour randonner, sont les mois de juin et de septembre. D’un point de vue climatique, juillet et août sont également parfaits, mais l’affluence touristique y sera bien entendu bien plus élevée avec la majorité des 200 hébergements plus ou moins complets. Vous aurez donc pas mal de copains !

En mai et octobre, les transports pour rejoindre la Svanétie sont bien plus limités et la neige peut être encore un problème en mai.

Dormir à Mestia

Par le plus grand des hasards (qui fait souvent bien les choses), j’ai trouvé une chambre juste un peu avant la Guesthouse Eka que j’ai trouvé au final bien plus agréable sur la sus nommé. Dans cette maison d’hôte tenue par la tante de la tenancière de la Guesthouse Eka, on n’y parle pas anglais. Mais la très petite taille de cette maison d’hôte et ladite tante adorable y rendent l’ambiance plus que chaleureuse et conviviale. Chambre simple à 10 € la nuit plus petit déjeuner à 2,50 € (en 2016).

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Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Tu en sauras plus sur ce blog et sur moi dans l'à propos.