Mon voyage en Syrie avant la guerre

Je suis allé en Syrie il y a presque 15 ans, c’était en avril 2004. De ce voyage, j’ai publié un premier article sur le blog il y a 4 ans, mais c’était en ne faisant appel, faute de mieux, qu’à ma mémoire, concept très ambitieux s’il en est. Or par le plus grand des hasards, il y a quelques jours, je suis tombé sur des notes prises durant ce voyage. Je les publie aujourd’hui ici après les avoir légèrement peaufinées. Certaines anecdotes que j’avais depuis oubliées m’ont fait rire. D’autres m’ont rappelé au souvenir d’un peuple syrien très souvent affable et généreux.

Arrivé à Damas, je m’étais rendu à Palmyre, puis Hama et Alep avant de retourner à Damas. Un voyage en Syrie de 3 semaines où j’avais donc pris l’option de ne pas courir partout, préférant déjà prendre mon temps, en profiter.

Pour resituer ce voyage dans son contexte, en 2004, le tourisme en Syrie s’est déjà pris du plomb dans l’aile. Le pays est sûr pour le voyageur de passage, mais la seconde guerre du golf en Irak qui a débuté un an avant en mars 2003 en inquiète plus d’un. L’Irak est en effet voisin de la Syrie. Bagdad est à 850 km de Damas.

Damas

Ce voyage en Syrie commence par Damas. Quand l’avion atterrit, il fait nuit. Qui s’en étonnera puisqu’il est 3 h du matin ! Je sors du hall de l’aéroport, salam aleikum, taxi how much, no that’s too much… Et voilà, cinq minutes plus tard, je roule vers le centre-ville. Pas mal d’hôtels sont complets, mais je finis par trouver une chambre et je m’endors dans les cinq minutes du sommeil du juste.

Au petit matin, les klaxons me tirent de mon sommeil. Je sors, pas très bien réveillé, en quête d’un petit quelque chose à manger. Les rues sont animées, et des cafés, s’échappe un doux parfum de chicha. Pas de doute, je ne suis plus à Paris, mais bien à Damas.

Les quartiers modernes sont plutôt décevants, mais il suffit de se plonger dans la vieille ville pour retrouver l’ambiance du Moyen-Orient.

Après avoir déambulé quelques heures, c’en est fait de moi, je suis pris en otage ! On me force à boire un thé, à manger, à m’asseoir. Mais pourquoi moi ? Qu’attend-on de moi ? Un peu de conversation, de convivialité. Je ne resterai jamais bien seul en Syrie.

Une fois de plus, je suis un peu contrarié de ne pouvoir baragouiner que cinq ou six mots d’arabe et encore, sur les six, il y en a un qui ne marche pas puisqu’une chicha s’appelle ici un narguilé. C’est dommage, moi je préférais chicha.

Jacques Chirac, really good

Évidemment les questions des badauds sont toujours un peu les mêmes. What’s your name, your country, are you married ? Être français suscite généralement une réaction très enthousiaste chez votre interlocuteur. Ah, France, really good, Jacques Chirac, really good (en 2004, Chirac est alors président de la République). Forcément, devant un tel enthousiasme, je n’ai guère d’autre solution que de dire que j’adore également Chirac !

Mais à tant marcher, la fatigue commence par vous gagner et rien de mieux qu’un chaï et un narguilé pour recharger les batteries. Je peux alors à loisir observer les parties endiablées de backgammon dans les cafés. Si vous décidez de revenir le lendemain à la même heure dans le même café, vous aurez l’impression que rien n’a changé. Les mêmes têtes seront installées aux mêmes tables. Le serveur ne sera peut-être plus le même, mais les clients si !

Damas, mosquée des Omeyyades
Damas, mosquée des Omeyyades

Damas, mosquée des Omeyyades

Damas, mosquée des Omeyyades

Palmyre

Me voici donc en route pour Palmyre, ancienne citée romaine au cœur du désert. Palmyre, c’est plus ou moins censé être un des moments forts de ce voyage en Syrie. En quittant la capitale, les panneaux autoroutiers indiquent Bagdad. À l’heure qu’il est, Bagdad ressemble sans doute beaucoup plus à l’enfer qu’au paradis, mais ce nom n’en garde pas moins un côté un peu mythique.

Depuis Damas, plus on avance vers l’est et plus les paysages deviennent désertiques. De temps à autre, cette monotonie est interrompue par un campement de nomades avec leurs troupeaux, encore assez nombreux dans la région. Palmyre n’est plus maintenant qu’une petite bourgade plutôt banale, mais il devait en être tout autre du temps des Romains, quand on voit l’ampleur du site archéologique. Sa rue principale bordée de colonnades et son théâtre, le tout dominé par un château fort plus récent.

Dans les rues, de nombreux hommes portent le chèche rouge ou blanc et leur regard perçant leur donne fière allure. Une telle prestance pourrait facilement intimider, mais un sourire, jamais bien loin, rassure très vite. La ville a dû connaître des périodes plus fastes pour le tourisme, car les hôtels et les restaurants sont quasiment déserts.

Mais Palmyre, ça n’est pas que ça. Palmyre, tout comme les autres villes syriennes, c’est aussi la lambada. En effet, ici, les feux de recul des véhicules ne se contentent pas d’un vulgaire tut-tut. Ils jouent la lambada !

Palmyre

Palmyre, le théâtre

Palmyre

Palmyre

Palmyre

Hama

Retour sur l’axe principal Damas-Alep à Hama. Je gravis les marches d’un hôtel présenté comme bon marché dans mon guide et suis plutôt surpris par le marbre reluisant des escaliers. À la réception, une charmante Syrienne m’accueille avec un grand sourire dans un anglais parfait. Il doit y avoir erreur et je me vois déjà bredouiller ma méprise à l’annonce du prix des chambres, sauf que non. Revers de la médaille, de nombreux groupes en voyage organisé occupent les lieux.

Petite séquence gag. Alors que je rentre dans la salle de bain commune de l’hôtel, un des employés, tee-shirt relevé, contemple sa panse dans le miroir. Forcément mon entrée impromptue le met plutôt mal à l’aise ! J’aurais bien participé au concours, mais je n’aurais pas été un concurrent très crédible dans ce duel de bedaine.

Hama est une ville très plaisante avec sa verdure et ses norias1roues à eau en bois qui tournent dans un grincement assourdissant si on s’en approche trop. Le vendredi (jour férié en Syrie), les parcs sont envahis par les familles en balade. Dans l’un d’entre eux traversé par la rivière Oronte, des jeunes essayent d’épater la galerie en plongeant depuis un pont. Évidemment, la venue d’un groupe de fille avive leurs ardeurs. J’ai bien cru qu’ils allaient vider la rivière avec de tels plongeons. Ici comme partout, qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour épater les filles !

Hama, noria
Noria à Hama

Hama, noria

Alep ou la fin de ce voyage en Syrie

Ma dernière étape sera Alep, une des plus vieilles villes du monde, puisqu’elle est habitée depuis le 6e millénaire av. J.-C.. S’il y a une ville où l’on pourrait se promener des heures durant, c’est bien Alep. Son souk semble avoir à peine entrouvert la porte du modernisme. Dans une ruelle, vous trouvez les bouchers occupés à découper les bêtes et qui exposent les plus belles pièces dans leur vitrine. Dans une autre, ce sont les marchands de savon, le célèbre savon d’Alep, puis les bijoutiers et ainsi de suite sur des kilomètres et des kilomètres. Évidemment, on rencontre ici ou là une boutique de souvenirs, mais elles sont plutôt rares.

On trouve aussi dans les rues de nombreuses maisons faites de façades en bois. La plupart tombent en décrépitude, mais n’en gardent pas moins un certain cachet.

Scène assez incongrue devant une étale dans la rue, deux Syriennes portant le niqab choisissent des soutiens-gorges en dentelle. Contraste…

Mais au-delà de toutes ses strates d’histoire et de ce souk, Alep, ça sera deux rencontres, de celles qui font le sel du voyage. Ahmed et Mohammed habitent tous les deux à Alep.

Ahmed est le patron d’un restaurant dans lequel je suis arrivé un peu par hasard. Ahmed, tout le monde l’appelle Hajji. Dix pèlerinages à La Mecque (le hajj), ça vaut assurément bien le qualificatif. Hajji, c’est le Syrien qui a la main sur le cœur. Il vous connaît à peine qu’il vous serre déjà dans ses bras quand vous arrivez. Qu’un nouveau client rentre dans le restaurant et il se lève pour aller chaleureusement le saluer.

Avec un tel accueil, impossible de ne pas revenir le lendemain matin y prendre mon petit-déjeuner. À démarrer une journée du si bon pied, la baraka est assurée. C’est au moment de payer que les choses se compliquent. Hajji se transforme non pas en pickpocket, mais en pushpocket. Car non seulement il refuse que je paye mon petit-déj, mais par un tour de passe digne de Garcimore, le billet que j’avais sorti de ma poche se retrouve, ni une ni deux, à nouveau dans ma poche. Faire payer un étranger avec qui il a pu discuter toute la soirée la veille lui semble tout bonnement impensable.

Quant à Mohammed, de prime abord, on le prendrait presque pour un clochard. Il n’est plus en très grande forme et sa démarche ressemble plutôt à celle d’un pachyderme. Lorsqu’il est devant sa chaise, prêt à s’asseoir, un frisson vous traverse le corps, et s’il venait à la rater. Mais cet air fatigué cache en fait une intelligence, une culture et une curiosité démesurée. Mohammed me racontera je ne sais combien d’histoire sur Alep, son Alep, durant toute la soirée. Non sans me poser moult questions sur la France et Paris.

Avec de tels personnages, on en viendrait presque à vouloir avaler cinq repas par jour pour ne plus quitter ce restaurant.

Alep

Alep, maison en bois
Maison en bois à Alep

Alep

Syrie, porte de la citadelle d’Alep

Bosra, le théâtre
Petit détour par Bosra au sud du pays avant de regagner Damas.

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1. roues à eau en bois

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Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Tu en sauras plus sur ce blog et sur moi dans l'à propos.