Moto, hippos, dodo entre Banfora et Sindou

Il est assez commun de nos jours d’entendre ici ou là que voyager, ça n’est plus ce que c’était, que les touristes auraient tout envahi, tout dénaturé. Évidemment, si on choisit ses destinations en fonction des modes, c’est peut-être une lapalissade, mais on va où tout le monde va ! Alors qu’en fait, s’aventurer un peu hors des sentiers battus, c’est un jeu d’enfant ! Retour donc au Burkina Faso, cette fois dans la région de Banfora, sans doute la région qui offre le plus d’attractions touristiques au Burkina, le pays des hommes intègres. Je vous emmène donc pour une balade à moto vers les pics de Sindou, le lac de Tengréla et ses hippopotames, les dômes de Fabédougou et enfin la cascade de Karfiguéla.

L’Afrique, ce continent oublié des voyageurs, quelle injustice, une de plus, on n’en est plus à ça près, je suppose. En voyage, il est de bon ton d’aimer l’exotisme, mais curieusement, l’exotisme africain semble moins cool que son cousin asiatique ou latino-américain, allez comprendre. Les rastas avec leur bonnet aux couleurs de l’Afrique sont assurément très cool. Un côté assez caricatural et parfois douteux décrit même l’Africain comme quelqu’un des plus joyeux, relaxe et désinvolte. Mais voyager en Afrique, non, il y a comme un schisme, comme si voyage et Afrique étaient des oxymores. Allons bon…

L’exotisme africain semble moins cool que son cousin asiatique

Après quelques jours passés à Bobo-Dioulasso pour y voir notamment sa splendide mosquée de style soudanais, me voici donc à l’extrémité sud-ouest du Burkina Faso, à Banfora. Dans cette région, le ciel y est un peu moins avare de cette pluie qui se fait de plus en plus rare dans le nord du pays. La nature y est donc plus généreuse, plus verdoyante.

Depuis Banfora, pour se rendre aux pics de Sindou, il faut emprunter une piste de latérite rouge d’une cinquantaine de kilomètres. Cette terre rouge, pas forcément très fertile, mais qui est un peu la signature photographique d’une grosse tranche de l’Afrique.

Ici, les taxis-brousse ne sont pas légion, et de toute manière, ils n’offrent pas la flexibilité dont j’ai besoin pour visiter les environs de Banfora. Il me faut donc, au choix, trouver à louer une petite moto ou y aller avec un guide qui en possède une. J’hésite un peu, et alors que je m’enquiers des tarifs pour louer une moto, mes pas croisent ceux de Bako le menuisier.

Bako le menuisier aux dômes de Fabédougou
Bako le menuisier aux dômes de Fabédougou

Comme vous l’avez sans doute deviné, Bako est donc menuisier de son état. Mais quand un blanc-bec, un toubabou, pointe le bout de son nez, Bako se transforme en guide, mais n’en garde pas moins pour nom de scène « Bako le menuisier ». Et à moins d’être plongé dans les affres d’une dépression, résister à Bako, c’est juste impossible. Ce gars dégage une énergie et une joie de vivre comme j’en ai rarement vu et seul un sociopathe pourrait raisonnablement décider coûte que coûte qu’il irait seul aux pics de Sindou.

Comme pour beaucoup de Burkinabés, la vie n’est pas facile tous les jours pour Bako. Joindre les deux bouts fait souvent appel à de petites combines et une certaine ingéniosité. Bako ne pèse sans doute pas beaucoup en terme de sacro-saint PIB, mais en Bonheur Intérieur Brut, il donne les apparences d’une opulence presque indécente. À Banfora, tout le monde semble le connaître. Rendez-vous est donc pris pour aller le lendemain à Sindou en moto avec mon nouvel ami.

Sur la route de Sindou

Me voici donc au petit matin assis à l’arrière de la moto, une Kawasaki toute pimpante, un certain contraste avec les mobs que j’avais pu jusqu’alors louer à droite à gauche au Burkina. Bako roule tranquillement sur la piste en apparence très bonne. Sauf qu’au milieu, c’est en fait une sorte de tôle ondulée qui vient délicatement vous masser le derrière. Il convient donc de rouler dans la bordure, mais là, le surplus de poussière de latérite accumulé fait que la roue arrière se prend parfois à une sorte de danse que l’on pourrait sans doute assimiler à la lambada. Elle vous fait onduler du derrière. Je n’ai sans doute jamais aussi bien dansé de ma vie que ce jour-là !

Je ne sais trop ce qui m’attend à Sindou, mais en attendant, la route bordée de kaceïdras est splendide. Pour la petite histoire, ces arbres ont été plantés le long des routes durant la colonisation française, un peu comme les routes de nos campagnes étaient bordées de platanes ou de peupliers. Sauf que ces kaceïdras, ce sont des mastodontes, jugez-en par vous-mêmes ! Malheureusement, ils tendent de nos jours à disparaître, victimes d’une modernité qui demande des routes plus larges.

Caïlcédrat bordant la route Banfora-Sindou
Caïlcédrat bordant la route Banfora-Sindou

Nous roulons donc tranquillement quand au bout d’une vingtaine de kilomètres, la roue arrière se lance soudainement dans une danse endiablée, et pour cause, nous venons de crever. Évidemment, nous n’avons absolument rien pour réparer. Bako sort alors de sa poche son téléphone portable pour appeler son ami mécano, celui qui nous a loué la moto : « dis-moi mon ami, ta moto vient de crever. On t’attend pour venir nous réparer ça ». Bako parle tellement fort au téléphone qu’on ne sait pas trop si le message arrive à destination par les ondes ou par les airs, mais l’essentiel est qu’il arrive.

En attendant l’arrivée de « SOS moto Bako », pour ainsi dire tous les véhicules de passage, que ce soit les voitures, les motos ou les vélos s’arrêtent. Manifestement, l’indifférence ici, ça n’existe pas vraiment. Personne n’est à même de nous dépanner, mais chacun semble se donner de la peine à imaginer une solution. Aucune ne tient vraiment la route, mais c’est l’intention qui compte.

La piste en tôle ondulée
La piste en tôle ondulée
Bako entouré de l'équipe mécano
Bako entouré de l’équipe mécano

Bako, à qui il en faudrait plus pour perdre sa bonne humeur les gratifie tous d’un : « ne t’inquiète pas, mon ami mécano est en route et vient nous dépanner ». Effectivement, moins d’une heure plus tard, une moto arrive avec deux gars, un pneu et une chambre à air. Ils nous laissent leur moto non sans avoir siphonné le réservoir de la moto crevée pour le transférer dans l’autre enfin que l’on garde notre précieux plein d’essence. Il n’y a pas à dire, le Mondial Assistance version burkinabé, c’est diablement efficace et qui plus est bien moins cher !

Les pics de Sindou

Une fois arrivé à Sindou, objectivement, c’est un peu la déception. Le ciel blanchâtre, l’atmosphère un peu brumeuse et une lumière assez vive écrasent littéralement le paysage. Mais Bako avec son ton toujours aussi enjoué fait vite oublier ce petit contretemps. Quand je pars quelque part avec un guide plus ou moins informel, je suis souvent gêné par une certaine déférence du guide à mon égard. Les monsieur par ci, monsieur par là, je n’aime pas trop ça. Avec Bako, pas de souci, il est jovial, cordial et pas gêné pour un sou. C’est un bon vivant sans pour autant être un dilettante. Bref, Bako, c’est une star et on s’éclate bien. À Sindou également, tout le monde le connaît.

Pics de Sindou

Pics de Sindou

Les hippopotames du lac Tengréla

Mais notre petite balade n’avait pas pour seule et unique destination Sindou. Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons au lac de Tengréla pour y saluer nos amis les hippopotames. Nous sommes l’après-midi et c’est l’heure de la baignade. En fait, les hippopotames passent la plus grande partie de la journée à la fraîche à buller dans les eaux du lac. Comment leur donner tort quand dehors, il fait plus de 40 degrés à l’ombre.

Un hippo sous l’eau, ce sont deux narines, deux yeux, deux oreilles et rien d’autre. Aucun parmi eux ne daignera ouvrir grande sa bouche et nous montrer ses quenottes, mais qu’importe. Nous sommes à n’en pas douter devant une sorte de « force tranquille ». Il suffit que la barque s’approche un peu trop d’eux pour que le mâle dominant émette quelques mugissements qui laisse bien attendre que le boss ici, c’est lui et personne d’autre !

Hippopotames au lac de Tengréla

Pour avoir une chance de voir les hippopotames hors de l’eau, il faut en fait passer la nuit sur place, à l’auberge proche du lac Tengréla et se lever très tôt pour le lever du soleil. On a alors une chance de les voir terminant leur petit-déj végétarien sur les rives du lac !

Pour rentrer à Banfora, Bako qui est toujours aussi en forme me gratifie d’un : « oh, mon ami, j’ai assez travaillé pour aujourd’hui, c’est à toi de conduire la moto. Et puis il faut que tu apprennes à manier ça sur une piste, tu en auras besoin au Burkina. »

Les dômes de Fabédougou

Le clou de la visite, ça devait être les pics de Sindou, en fait, ça sera plutôt les dômes de Fabédougou. Vous êtes sans doute nombreux à connaître la Cappadoce en Turquie. Et bien quelque part, les dômes de Fabédougou, c’est la version burkinabé de la Cappadoce. Ça n’est pas aussi grandiose, mais les formations rocheuses y sont à certains égards comparables.

Dômes de Fabédougou

Dômes de Fabédougou

Dômes de Fabédougou

La cascade de Karfiguéla

Après une journée entière passée à griller sous le soleil de Banfora et à manger la poussière des pistes, rien de tel qu’un petit bain rafraîchissant à la cascade de Karfiguéla avant de boire une Brakina1bière du Burkina Faso avec mon ami Bako dans un des cafés de Banfora.

Cascade de Karfiguéla

Avouez que ça serait tout de même ballot de passer à côté de ça sous couvert que les autres n’y vont pas. Alors, toujours aussi peu cool l’exotisme du Burkina 😉 ? Convaincu, alors n’hésitez pas à faire passer la bonne nouvelle à la ronde ! Et si vous cherchez Bako, il n’habite pas très loin de la gare routière. Il a même un petit panneau avec son nom planté au bord de la rue. Mais le plus sûr est de demander à la ronde, car à Banfora, tout le monde connaît Bako le menuisier.

Itinéraire entre Banfora et les cascades de Karfiguéla

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1. bière du Burkina Faso
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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