Murghab, des airs de Mad Max dans le Pamir

Murghab est une bourgade assez étrange, et c’est même sans doute le lieu le plus étrange que j’ai pu voir durant ce voyage dans les montagnes du Pamir au Tadjikistan. Jamais auparavant, je n’avais eu, je pense, à ce point l’impression d’être dans une sorte de bout du monde, mais vraiment au bout du bout. Ça n’est pas un cul-de-sac et avec ses 6500 habitants, c’est une étape importante le long de la Pamir Highway, mais Murghab a tout à la fois des airs de Far West, de Mad Max et de contrée sans foi ni loi.

Aux voyageurs en quête de sensations fortes, aucune chance de croiser ici Buffalo Bill, Max Rockatansky et pas davantage l’inspecteur Harry. Non, si vous risquez quelque chose à Murghab, c’est tout au plus d’apercevoir au détour d’une rue les crocs d’un des quelques chiens vaguement errants jappant avec plus ou moins de conviction. Sans doute de braves toutous, mais moi et les toutous, on ne se comprend pas vraiment et plus d’une fois, je ne fais pas le malin en leur présence. Je veux bien convenir que les léopards des neiges ou les yétis sont bien plus intimidants (surtout les yétis d’ailleurs), mais ces derniers ont le bon ton de se faire beaucoup plus discrets.

Murghab sur le plateau du Pamir

Murghab sur le plateau du Pamir

Après une première nuit pour ainsi dire sans sommeil, me voici au petit matin à flâner dans les rues de Murghab. La fatigue était au rendez-vous avec la promesse d’un gros dodo, mais par manque d’acclimatation à l’altitude (nous sommes à 3600 m), mon cerveau a refusé de s’éteindre. L’air pique un peu les oreilles. Une légère brume plane sur le bourg, renforcée par la fumée qui sort de la cheminée des maisons. Les rues sont pour ainsi dire désertes.

De rares piétons ici ou là, et de temps à autre, une vieille Lada rescapée de l’ère soviétique qui traverse la ville. Mais où donc se cachent les habitants ? Au détour de cette rue, une carcasse de voiture, derrière cette maison une citerne à moitié rouillée qui sembleraient presque avoir atterri ici, parachutée par je ne sais trop quels martiens, et toujours cette impression étrange. Et pour ajouter une touche finale, un minibus d’un autre âge.

Carcasses de voitures à Murghab

Dans les rues de Murghab

Minibus de l'air soviétique Murghab

Pourquoi un jour des hommes et des femmes ont décidé de s’installer ici, dans une région si isolée où pour ainsi dire rien ne pousse et où les températures en hiver descendent à -20 °C relève du mystère. Les villages les plus proches sont au sud, Alichour à plus de 100 km et au nord, Karakul à 140 km. Quant à une vraie ville, c’est soit Khorog, la capitale régionale du Pamir à 320 km, soit Osh au Kirghizstan à plus de 410 km. Paumé je vous dis, de chez paumé paumé.

Autre étrangeté, ce ne sont pas des Tadjiks qui vivent ici, mais des Kirghizes, facilement reconnaissables à leur faciès typé mongoloïde (les Tadjiks sont Perses) et leurs splendides kalpaks. Au gré de l’apparition des frontières, ce peuple nomade s’est retrouvé ici en terre tadjike.

Kirghize avec un kalpak à Murghab

Le bazar de Murghab ne participe pas vraiment à normalisation des lieux, car les échoppes ne sont pas entre quatre murs, mais entre quatre tôles. Tout comme les citernes, un conteneur a dû atterrir un jour ici et plutôt que de le laisser dépérir, quelqu’un aura décidé d’y découper une fenêtre et d’en faire une boutique. L’idée en séduira d’autres et aujourd’hui, le bazar n’est en fait qu’une succession de conteneurs. On est par contre assez loin de l’abondance de celui de Douchanbé. Trouver ici de la vodka ne posera pas le moindre problème, mais pour les fruits et légumes c’est à la fois plus compliqué et plus cher.

Kirghizes portant leur kalpak au bazar de Murghab

Conteneur au bazar de Murghab

De là à dire que c’est la vue de ces conteneurs qui me fera embarquer à bord d’un cargo une année plus tard, il n’y a qu’un pas !

Et puis le long de la rue principale, une silhouette familière immaculée de blanc, Vladmir Illitch est resté solidement installé sur son socle. Le front haut, le regard qui perse l’horizon, Lénine semble encore veiller sur la ville.

Quant au mystère des rues désertes, il semblerait qu’en fait, un certain nombre d’hommes s’adonnent à une passion dévorante, celle du jeu et des paris.

Un père et son fils à Murghab

Les caïds du coin ;-)
Les caïds du coin 😉
Indémodable et indétrônable !
Indémodable et indétrônable !
Êtres sérieux devant le photographe!
Êtres sérieux devant le photographe !
Mad Max, mais aussi Easy Rider !
Mad Max, mais aussi Easy Rider !

L’idée de départ était de passer quelques jours ici pour explorer un peu les montagnes environnantes, sauf que les caisses sont vides. Je ne suis pas à proprement parler fauché, mais ma réserve de somonis s’est tarie. Évidemment, à Murghab, il n’y a pas de distributeur (ça, je le savais), et la seule banque ne daigne changer que les billets de l’oncle Sam (ça c’était moins prévu). De mes liasses de 500 € comme de mes billets de 20 €, elle n’en veut point. Je suis donc fait, il va me falloir poursuivre ma route.

Ce voyage vraiment mémorable au Tadjikistan Kiffistan touche à sa fin. J’en ai vraiment pris plein les yeux dans ces montagnes. Je pense maintenant un peu à Laurent Houssin, alias Asiatrek. Certains le connaissent sans doute, il était parti, comme il dit, pour une grande balade sur son drôle de tricycle à voile du mont St Michel au mont Fuji. Nous nous étions ratés de peu avant son départ et alors qu’il se trouvait à Bichkek au Kirghizstan voisin, nous avions convenu de nous retrouver à Douchanbé. Mais l’ambassade tadjike en avait décidé autrement et fera traîner à n’en plus finir sa demande de visa. Si bien qu’alors que je vais quitter le pays, lui s’apprête à y entrer ! Vous serez d’ailleurs accueilli sur son blog par une photo de femmes lavant des tapis dans la rivière à Murghab.

Il ne me restera plus qu’un épisode à vous compter, la dernière étape de la route du Pamir vers Osh. Mais pour ça, il va falloir attendre un peu, puisque je vais m’envoler sous peu pour un voyage en Arménie et en Géorgie. Comme d’habitude, vous pourrez durant ce voyage me suivre dans la mesure du WiFi sur les réseaux sociaux Facebook, Instagram et Twitter, mais le blog sera lui silencieux, en repos !

Quelques infos pratiques

Où loger à Murghab

  • J’ai logé au Pamir Hôtel qui est en fait le seul vrai hôtel. Il est plus au moins au centre, le long de la Pamir Highway. Accueil chaleureux avec même une personne parlant couramment anglais à la réception. Il est également possible de manger sur place, les autres options étant rares.
  • La META peut proposer des logements chez l’habitant.

Excursions autour de Murghab

  • Là encore la META qui est une sorte d’agence communautaire est une très bonne option. Elle peut organiser des randonnées dans les montagnes environnantes, des transports vers Osh, Khorog ou Langar via le col de Kargush pour ceux qui voudraient un transport privé avec chauffeur.

Changer de l’argent

  • Attention, pas de distributeur et une seule banque que ne change que les dollars. Faites donc le plein de somonis avant !
Laurent

À propos de Laurent

Attiré par les destinations moins courues, en recherche perpétuelle du Kiffistan, je partage ici ma passion du voyage. J'essaye désespérément de me prendre très au sérieux, mais à ce jour, c'est un échec cuisant. Pour en savoir plus sur ce blog et sur moi, c'est par ici.

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